CHAPITRE VI
délivrance de sa sœur lorsqu'il arriva à Londres. Elisabeth , qui s'intéressait cette fois à la position de Marie Stuart, fut malhabile avec lui. Irritée de l'atteinte qui venait d'être portée à l'autorité souveraine en Ecosse, cette reine altière lui dit qu'elle était résolue à remettre sur son trône Marie Stuart et à punir les sujets rebelles qui l'en avaient renversée ' . Murray fut blessé de ce ton de suprématie et de menace qu'Elisabeth avait déjà employé , avec tout aussi peu de succès, vis-à-vis des lords écossais par l'entremise de Throckmorton. Loin d'être , par là, utile à la malheureuse prisonnière, elle ajoutait à ses périls , tant elle était destinée à lui nuire lors même qu'elle voulait la servir. En effet, le paiti des lords qui avait détrôné Marie Stuart n'avait pas entièrement renoncé à l'idée de la juger. Par ime monstrueuse trahison et un sanguinaire calcul, le parti des Hamilton proposait de la mettre à mort , comme le sûr moyen d'opérer tmc réconciliadon générale. En se débarrassant de la reine, qui pouvait avoir encore des héritiers par im nouveau mariage, les Hamilton espéraient arriver au trône dont ne les séparerait plus qu'un faible enfant« L'archevêque de Saint'André, l'abbé de Kilwinning et le comte de Huntly offrirent donc aux lords confédérés de
• Lettre de Dedford à Cecil du 10 août 1567, après Tentrevuc qu'il eut avec Murray à Bcrwick, au State Pap. OfF., et dans Tyïler, t. VII, p. 179.
conclure un accord sur cette base. Le contrôleur .1. Murray de Tullibardin et le secrétaire Lethington dévoilèrent l'un après l'autre cette horrible négociation à Tbrockmorton '. Lethington dit à l'ambassadeur d'Elisabeth, lorsque celui-ci lui communiqua les desseins menaçants de sa souveraine : « Milord ambassadeur, je vous assure que, si vous vous servez vis-à-vis des lords du langage que woms employez vis-à-vis de moi , le monde entier ne sauvera pas la vie de la reine seulement pour ti^ois jours '. »
Telle était encore l'imminence du péril auquel se trouvait exposée Marie Stuart, quand Murray, après avoir quitté Londres assez mécoqtent d'Elisabeth , arriva en Ecosse le 1 1 août. Son retour et sa conduite étaient l'objet de l'attente universelle. Les lords confédérés avaient envoyé au-devant de lui jusqu'à Berwick le clerc du registre, J. Makgill, et J. Melvil. Le premier représentait la partie exaltée
• Toute cette nég^ociation est rapportée par Tytler, t. VII , p. 170 à 175, d'après la dépêche jusque-là inédite que Tbrockmorton écrivit le 9 août 1567 à Elisabeth, et qui est déposée au State Pap. OfF.
' « My lord ambassador, I bave heard what you bave said unto me, I assure you, if you sbould use tbis speech unto tliem, which you do unto me, ail the world could not save tbe queen's life three days to ane end. » Tbrockmortoa à Elisabeth, Edimbourg, 9 août 1567, au State Pap. Off., et dans Tytler, t. VII, p. 173.