CHAPITRE III
ley ; toutes les dignités qu elle a pu accumuler sur sa tête lui sont déjà accordées ; on ne plait point à la reine lorsqu'on ne réussit pas à le contenter : elle a concentré en lui toutes ses volontés pour être conduites et dirigées suivant le bon plaisir de ce lord ' . »
Ce mariage mit fin à l'union assez cordiale des deux reines , fondée pendant quatre ans sur une espérance réciproque qui, des deux parts, fut déçue! Elisabeth avait poursuivi la ratification du traité d'Edimbourg sans pouvoir y amener Marie, et Marie avait réclamé la reconnaissance de son droit à lasuccession d'Angleterre sans pouvoir l'obtenir d'Elisabeth. Avec l'animosité entre les deux reines dut reprendre la lutte entre les deux royaumes.
Les torts, il faut le dire, ne vinrent pas de Marie, ils appartinrent tous à Elisabeth. Cette princesse rusée et altière , défiante et impérieuse , entreprit de diriger Marie sans la satisfaire, de l'isoler de tout le monde sans lui accoixler ce qui aurait pu l'attacher fortement à elle. Elle ne voulut pas que la reine d'Ecosse épousât un prince du continent qui l'aurait rendue trop puissante , un sujet anglais qui lui aurait procuré la succession d'Angleterre, un membre des maisons royales de Tudor et de Stuart qui aurait préparé l'union des deux couronner ; q\U s'op-
* Lettre de Randolph du 81 juillet.
posa à don Carlos, repoussa 1 archiduc Charles , refusa Leicester, combattit Damley. Elle aurait pu la marier à son gré, si elle avait consenti à la désigner comme son héritière. En ne le faisant point , elle se condamna à une politique de vigilance, d'intrigue, de rivalité , de fourberie et de lutte. Ourdir sans cesse des ti*ames en Ecosse, en déjouer fréquemment en Angleterre; fomenter la guerre civile dans lej'oyaume de sa voisine, la comprimer ou la prévenir dans le sien : tel fut le sort auquel elle se trouva réduite pendant plus de vingt années , de .1565 à 1586.
D*un autre côté, Marie Stuart vit le cours, quelque temps suspendu, de ses tristes destinées recommencer par ce mariage raisonnable et funeste. Elle rompit forcément avec son frèi*e, Tambitieux comte de Murray, qui l'avait habilement dirigée depuis son retom* de France , et lui avait donné le repos à l'intérieur de son royaume, la paix vis-à-vis de l'Angleterre, l'obéissance de sa turbulente noblesse, la confiance ou tout au moins la soumission de la secte ombi*ageuse des presbytériens. Elle allait revenir à ses penchants, se rapprocher de ses oncles, dont le plus grand, le duc François de Guise, était mort assassiné ^, s'entendre avec le roi d'Espagne et le sou-
' Atteint d'un coup de pistolet par Poltrot de Méré au sieQe d^Orléans, il avait snccoiiibé à sa blessure le 24 février 1563. Marie Stuart avait éprouvé nue douleur véritable