CHAPITRE IV
les yeux d'Elisabeth. Il dit : V que les enfants à naître de ce mariage devant être naturellement regardés comme les héritiers des deux couronnes, beaucoup de sujets anglais, et des plus considérables, pourraient être détournés de leurs devoirs envers leur souveraine et favoriser les intrigues ainsi que les projets de la reine d'Ecosse ' ; 2® que les papistes se serviraient de ce mariage, qui seul leur offrait les moyens de restaurer la religion romaine, pour troubler la paix des deux royaumes et Tobéissance envei's Sa Majesté ^. Rappelant l'usurpation des armes et du titre royal d'Anglcten^e par la reine d'Ecosse lorsqu'elle était mariée en France, il annonça que Marie Stuart reprendrait ses prétentions et donnerait un surcroît de force et de hardiesse au parti qui les soutenait, u Ce parti, ajouta Cecil, à moins que l'on n'y mette ordre promptement, deviendra si dangereux dans cette cour, dans les chambres, hors des chambres, que l'on ne pourra l'arrêter que par des mesures désespérées. A la dernière inspection des
* « A ^eat number in tht» realm , not of the worst snbjeclt, mîgfht be alîenaled in their ininds from tbeir natiiral duties to Her Majesty, to dépend iipon the success of thîs marrîage of Scolland, as a mean to establish the succession of both the crowns in the issue of the same marria^, and to favour ail devtces and practices that should tond to the advancement of the Qucen of Scots. m 4 juin , au Stale Pap. Off., et dans Tytier, t. VI, p. 396.
2 /W. — Tvtler. p. 397.
justices de paix dans les comtés de ce royaume, à peine un tiers a été trouvé complètement sûr en matière de religion ^ »
Cecil proposait comme moyens de prévenir ces dangei*s : 1* de ne pas différer davantage le mariage d'Elisabeth ; 2® de prendre des mesures capables de fortifier et d'étendre la religion nouvelle en Angleterre et en Ecosse ; 3° de s'unir étroitement en Ecosse avec le parti opposé au mariage de Darnley et de l'assister puissamment^. On ne pouvait ni mieux prévoir ni plus utilement conseiller dans le sens du protestantisme et pour son triomphe. Le parti de la réforme voulait surtout alors opposer le mariage de la protestante Elisabeth à celui de la catholique Marie, et affermir la révolution religieuse opérée par Henri VIII en assurant le trône d'Angleterre à un héritier de son sang et de sa croyance.
Elisabeth avait alors trente ans. Sans être belle , elle avait de l'éclat et elle en était très-vaine. Dans ses manières tour à tour très-libres et très-dignes, elle alliait la plus familière bizarrerie à la plus imposante majesté. Pleine d'esprit, de passion, de singularité et de grandeur, elle gouvernait son royaiune avec une habileté rare, mêlée de prudence et de
' « Scantly a third part was found fuUy assured to be trusted in the matter of religion. » State Pap. Off., et Tytier, t. VI, p. 397, 398.
' Ihi(L, et Tytler, p. 398.