CHAPITRE XXY
Jdarseilic pendant \ù Consulat et l'Empire. — Cbarles iv à lUarseillc. — ComploU. — Le oonte Thibiudeau. — Chate ^ rEn^iv. <— PramlirvRflstawttkHi. — fiilhoiniasiM des Uaneilbis. * Fiiile du comte Thibaudeaa. — Les Alliés. — Fîtes. — Horseille
devient royalisle. — Le comte d'Artois. — Espérances ot déccplions. — Hctoiir de riiiî d'Klb»î. — Masséna. — M.Toscan du Tcrrail, — La cam|ia;;nf r,;ip. — Le duc d'Angoulèaïc dans le Midi. — Menaces de Ma&séoa. — SouiiiiN>ioii de Marseille. — Graacby. — Le moréche] Brane. — Verdter. — Le comte Frochot. — Msrseillo pendant les Cent -Jours. — Défaite de Wolerloo. — Deuxième Piosiauration. — Saogtaotas représailles. — Héroïsme et cniaulé — La journée du i5 juin ISiT». — Le comité royaliste. — Anarchie. — La Terreur blanclie. — Réllcxions — Kpisodos. — Massa> cre des Mamelucks. — 0|jiiiion de M. Capc%uc. — Opiuiuu de M. Laulard. — M. Ronagoac et le chef des ma^secreurs. — Pteclamalion. -~ UfAckions — OrgaDisalioo d*aiie année départt meatale. — Le marqtiis de Rivière. ~ I.ord Exinoiith.— HudaM Lowe. — Ovation faite mix ti:iplriis. — M. de Montgrati l — t'iVit ral Pcrrovuiond. — Ressentiments dos Marseillais contre Masséna. — Adresse du Coitsed municipal à Louis xviii. — M. Reyoaud de Trcts à la tribune de la Chambre des Députés.
• Bonaparte avançait dans son œuvre de pacification ; il s^étaît annoncé comme devant fermer toutes les plaies ouvertes par la
Révolution, consoler toutes les .sympathies froissées parelle. L'effet suivit (le pi i's l:i pt-onics.sc. Il sut r allier à lui les intérêts matériels , (loniK'r un nouvel essor ;hi cuiuiucrce et à 1 indusli ie ; et une loi <l auuiislie rappela en France les émigrés elles proserils.
^ HlSTOIIte
Marseille ne pouvait manquer de se ressentir de la sonicitude du gouvernement. Des modilicalionsdans l'adniinistrîUioa liiuuicijtale et judicicnre ; la création de plusieurs ëlahlisstiiieiiis . par exemple : — le Tribunal Civil de première Instance, la IVil liothèque publuinp , l'Entrepôt réel et fictif, le Lycée, le Mn^rt des Arts, I administration des Dioils-Rénnis ; le rélablisscmeni de rîîôlel des Monnaies , fonde par Louis xvi , en 1787, et supprimé par la loi du II février ITOi'; — de rArndémie des Sciences et des Arts; de la Bourse et <le la Chambre de Commerce ; et Torgamsation du Conseil des Prud hommes : — tels sont les bienfaits que la cité phocéenne dut à la période du Consulat et de l'Empire. Toutefois, cela ne suffisait pas à ses exigences. Rendue à son rôle naturel , elle s'occupa de réparer le plus possible Pénorme brèche faite à sa fortune ( ommcrcialo , comme elle réparai! les brèches faites à ses murailles. Elle ressuscita ses anciens usages et ses fêles religieuses, tout en déplorant la suppression de son évéché par le concordat de Tan ix , qui réinstallait le clergé dans l'Etat et replaçait fa France catholique sous la dépendance spirituelle du Saint-Siège. En voyant renaître , ilans ses murs , Tamour des études et des lettres , se relever sa marine marchande , affluer la richesse avec les grandes transactions, avec le mouvement de sa population flottante, elle crut à une ère nouvelle; et, dans l'effusion de sa gratitude , elle frappa des médailles en Thonneur du premier consul et offrit au gouvernement un vaisseau de 74 pièces de canon , qu'elle baptisa de son nom.
L'illusion fut de courte durée. Cet amour, né de l'admiration , (]ue Marseille portait au premier consul , se changea bientôt en liaine pour Tempereur Napoléon. Non pas que le despotisme du
' « Ed relourde leur soumission (l5U<i) , It^s liabilants d'Aix demandaient à Heari iv la privilège de le hbricalioii de la meonaîe royale ; oieis le roi ne touIoI point déponider Haneille d\iD ét«blitaemoiit qn^ella tviit'de temps immémorial , et qai étùt si bien placé
pour rendre de précieux services a» commprcect h l'Etat.
t Le ravoritisme prévalut plus tard sur ces considérations majeures , et la ville d'Aix , en sa qualité de capitale de la Provence , enleva à Marseille la roturière son Hdtel des moiuiaies » qu*èlle tveit exploité près de iwt mille aoa.
' • Enfin, en 1787, sur des réclamations motivées par les crises qu'avait occasionnées $ur notre place 1a rart^lé de numéraire, l'Ilotel des lOORliaieB, rMiièdeiiii«|iie itaotdenan, tut transféré d Aix à Marseille, (s. BKRTJè^AUr^ »
rvfiif^eiir lui pesât ; «lie se fut accommodée fort bien du despotisme , même avec son nouveau préfet Thibaudeau , image rapetissée du mattre , pourvu qu'il fût toujours accompagné de bten-étre et de repos. Or, cette succession de guerres et de conquêtes , toute cette gloire dont le héros payait les sacrifices de la France , c'était pour elle , en définitive , l'agitation dans le présent et la ruine dans Tavenir. Déjà Texpédition d'Egypte lui avait coûté la perte de ses relations avecle Levant, et le traité d'Âmiens n'avait pas longtemps protégé sa marine, dont un grand nombre de navires furent capturés en ploiiiu mer et aux alléragcii. La guerre à mort , que Napul^un faisait à l'Angleterre , devint funeste à ses intérêts. Rugissante dans l'étrcinle du Itlot us continental , la Grande-Bretagne s'épuisait en efforts inipui-ssanis pour secouer ranatlième commercial qui devait la tuer, et ses vaisseaux croisaient dans toutes les mers. Chassés de la Baltique, obligés de repasser le détroit des Dardanelles, ils sillonnèrent la Méditerranée , s'avancèrent souvent dans les parages de Provence , et • tirent même plusieurs tentatives de débarquement sous le feu des batteries marseillaises. Quoiqu'il y eût quelque gloire pour les descendants des phocéens à se mesurer avec une puissance maritime comme l'Angleterre , leurs triomphes , les lauriers de Tintrépide capitaine Albran» — dont le corsaire ï Amiral-Ganteaume, armé seulement de quatre canons de 4 , et de* soixante bommes d'équipage , captura deux bricks anglais sur la côte de Barbarie , après un combat de deux heures à Tabordage (16 mai 1 809), — ne suffisaient pas pour consoler ces cupides marchands — de Tincendlequi dévorait leurs vaisseaux en quarantaine au portdePomëgue (3 mai 1 81 0) , ni des désastres qui succédaient à un retour de prospérité bien éphémère. Si l'on joint à ces causes de désalfection d'autres conséquences non moins funestes du blocus, ^telles que la nécessité de nouveaux impôts, et l'accroissement des anciens; raugmenlalion des droits d'importation sur diverses marchandises (30 avril 1 80C)) , de la taxe du sel livré à la consommation ; la création d'un nouveau système de licence, et d'un droit de quarante pour cent sur la valeur des denn t s coloniales venant de la Hollande et nationalisées, — on comprendra qu'il n'en fallait pas davantage pour rendre le régime impérial insupportable à un
m nisTome
peuple, bien plus préoccupé de son propre bonheur que tle la grande politique de Napoléon. Il en résulla que l un essaya tl éluder liiMt de niesuiL'S prohibilives. La conl rebande prit un lel carac tèie d'audace , en dépit de la surveillance la plus active, que, pour la réprimer, l'empereur fut obligé de recourir à la juridiction exceptionnelle des cours prevolules (octobre \ SI Oj.
Marseille, condamnée à l'immobilité du côle de la mer, malgré la réunion de Gènes , de la Tuseaiie et des Ktats-Honiains à l'empire français; réunion qui lui eût a?î!5uré un cabola^re élcndu . si les Génois ne lui ^ ii-seiit fait une fatale eonrurrcnce par l'écononiie de leurs moyens de navi!,'a!!on ; — Marseille, disons-nous, dut reporter toute son activité induslrielle versTinlerieur. Enefîet, ses soudes artilicielles , dont la prohibition des soudes étranp:ères (I l juillet 1810) favorisait reeouleinent ; ses savons, ses §oufres raffinés, trouvèrent des debouebés importants. Mais ses autres branches d'industrie , telles que te raffinage du sucre , la tanoerie, , la chapellerie » etc., ne lui ofl'rireal que de médiocres ressources.
Tout concourait donc à irriter ]a population Marseillaise contre la tyrannie de l'empereur; et son exaltation haineuse s'accroissait encore du speclacle d'une grande infortune réfugiée au milieu d'elle. Charles iv, roi d'Espagne, dépossédé de sa couronne, occupait à Marseille , depuis le mois d'octobre 1808 , quatre maisons de la rue Mazade. Plus heureux que les princes d'Orléans qui n'avaient 'vu s'ouvrir les portes du Fort Saint-Jean (3 novembre 1 796) . qu'après avoir puisé , dans Tinsatubrité d*un étroit et sombre cachot , les germes d'une maladie qui devait si jeunes les conduhre au tombeau , — Charles pouvait prendre sa captivité en patience, avec un budget de 4,800,000 francs, une cour nombreuse , les murs d'une grande cité pour prison , et les sympathies . de tout un peuple pour consolation. C'est ce qui arriva à l'auguste vieillard , dont la philosophie se fÙt facilement habituée au calme de la vie bourgeoise , si le gouvernement français , en lui infligeant les tortures de son inquisition policière , et en supprimant son traitement, ne lui eût l'ail regretter les grandeurs du trône; car la détresse du monarque déehu devint si grande , qu'il réforma sa maison et engagea , puis vendit une partie de sa vaisselle (1811):
DE MARSeilXR.
Ce n'est pas sans molif, louteluis, que la police de Napijléon tracassait la famiilc royale des Tîoiirbons d'Espagne. li se tramait un coinplol pour l'enlever de Marseille , et les limiers de Savary , ministre de la police , étaient sur la trace des conspirateurs, parmi lesquels se trouvaient l'ex-Direcleur Barras, alors relégué au château des Aygalades, Guidai, général de brigade, rayé du cadre de l'armée pour avoir tenu des propos ofTensanls contre Tempereur, et un agent de Godoî, prince de ia Paix. L'intrigue , cornmencée en 1809, paraissait arriver à terme , en 1812 , lorsqu'elle se dénoua par Tarrestalion de Guidai , à Paris , et par la translation de Charles iv et de sa famille à Rome, où Barras ne tarda pap également à être exilé. On sait que l'aventureux Guidai , jeté dans la même prison que le général Blalet et le général Lahorie , prit part avec eux à Tétonnante conspiration du 23 et 24 octobre 1812, et mourut victime de sa témérité. Quant k Charles iv, son départ avait fourni un prétexte aux Marseillais pour laisser percer, dans Taffectation de leurs adieux adressés au roi plutôt qu'au bienfaiteur, les sentiments hostiles dont ils étaient animés contre Napoléon. Ce fut, pour le préfet Thibaudeau , un avertissement que le complot de l'enlèvement de Charles pouvait bien avoir de plus vastes ramifications cl un but plus formidable. Il redoubla de surveillance et acquit bientôt la preuve que, de concert avec les Anglais, on méditait le renversement de 1 Empire. Joseph Cliarabot , aspirant de marine, l'un des conspirateurs, fut arrêté le 19 août 1812, et livre à une commission inililairc par décret daté de Hussie(2i oeitdu e i. — Sur ces enii'claiies, la tentative de Malet vint jeter une nouvelle lumière sur la conspiration dn ^lidi , — et les révélations du jeune Cbarabot et de son père, Aiil inc Charabot , apprirent au gouvernement quelles haines violentes couvaient an fond des cœurs , et combien de périls elles lui préparaient. A en juger par les détails de cette insurrection, dont Marseille était le foyer principal , rédilice impérial était miné dans sa base, et sa chute n'était que retardée. Soulever les campagnes, en promettant aux paysans la suppression des Droits^Réunis et de la conscription ; laisser les Anglais débarquer sur plusieurs points du département des Bouches-du-Rhéne; entraîner par surprise les troupes dans la révolte, s'emparer de Toulon, du FortLamalgue et
HiSTOine
des cai>se« publiques ; arrêter les magislrals, et proclamer le gouvernement républicain; — tel était le plan des conjurés. La trabison seule le faisait éclioiier ; mais c'était une leçon et une menace, et les désastres de la retraite de Moscou, en ébranlant au dedans comme au dehors 1 autorité lyrannique de l'empereur, donnèrent un surcroit de violence à la réaction qui s'opérait contre lui.
Parmi ceux que Gharabot avait dénoncés, plusieurs avaient réussi à sesoustraireauxrecbercbcs de Tbibaudeau et continuaient leurs intrigues et leurs conciliabules. Ils devaient, dans ia nuit du 30 avril au f '''' mai 1 8 1 3, se réunir au ebemin du château Fayan , près le Pont-Saint-Pierre, et pénétrerdansMaraeille, pour soulever la population. L'autorité fut encore instruite de ce projet et en prévint l'exécution. Il était de son droit et de son devoir de punir les coupables ; «Ile le fit avec toute la rigueur que justifiait la nature du crime; une commission militaire, siégeant à Toulon, condamna les plus compromis à la peine de mort et à la confiscation de leurs biens. Un horloger , du nom de Camoin , eut cinq ans de prison ; un autre fut renvoyé devant la cour d'assises avec les avocats Porre etSauvaire, le chirurgien Porre, Revest et Alexandre Ricord. Le fils du général Guidai fut acquitté (20 décembre). 11 y eut un sursis à Texécution de Tavocat Jaume et d'Antoine Gharabot, à cause de nouvelles révélations de leur part , et leurs complices Bcrgier , Paban , Bernard , Ra^^mond, Turcon , Auflan , Giraud et Picon furent fusillés.
Ces justes mais cruelles répressions d'un gouvernement, menacé de toutes parts et obligé de se défendre, produisirent à Marseille l'effet qu'on devait en attendre. Les ressentiments, refoulés par la terreur au fond des âmes, attendirent avei iuipnticnee le moment de faire explosion. Or , ce moment n était pas éloigné. Les destinées de Icmpereur allaient s accomplir. La France, décimée par vingt-diKj aiHiecs de guerre , se refusait aux [H udiges d'béroïsme que le despote lui demandait pour rt'()ousser l'invasion étrangère. Les sympalliies populaires l'abandonnaient complèlenient à relie heure suprême. Serviles imitateurs de sa bautaine et Hillcxii)le ener- * gie, sans avoir son génie , — ses préfets , ses bauts fonctionnaires semblaient prendre à tâche de hâter les progrès de cette désaffection générale, par les rigueurs impolitiques de leur administration;
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et, parmi eux, le comte Thibaudeau n'était pas à coup sûr le moins détesté. Soudain , les événements se précipitent, et, coup sur coup, Marseille apprend l'arrivée triomphale du duc d'AngouIême à Bordeaux (12 mars 1814), la capitulation de Paris (31 mars), la déchéance de Napoléon (3 avril), la noniinalion d'un gouvernement provisoire , qui appelle au trône Louis-Stanislas-Xavier de France (G avril), et l'enlréedu comte d'Artois dans la capitale (12 avril). A ces nouvelles, auxquelles on avait peine à croire , tant elles dépassaient les espérances, la joie éclate par toute la ville ; on arhyre le drapeau iilane , et l'on salue, avec une immense allégresse, la restauration de laRovaulé. La Révolution était enfin vaincue: l'autel se relevait avec le trône. Mais, comme à Paris, cet enthousiasme « provoqué moins encore par le retour de princes inconnus, que par la chute du colosse impérial, se traduisit en actes de rancune contre les hommes et les choses du dernier r^ne. Thibaudeau fut naturellement le point de mire des vengeances populaires. On se porta donc immédiatement à la Préfecture ; la porte en était fermée. On mit le factionnaire en fuite, on brisa la guérite ; et , armés de ses débris, quelques individus de mauvaise mine allaient escalader les murs et faire irruption dansTIIÔtel , quand un sous^ officier de la garde nationale , M. Auguste Attenouz , eut l'idée de les entraîner vers le Cours Bonaparte , en leur faisant observer — « qu'ils y trouveraient le buste de celui qui avait fait le malheur de la France/ et qu'ils devaient abandonner le projet de se venger de Thibaudeau qui vraisemblablement avait quitté l'Hôtel, (won v ahosciite). » La foule obéit fort heureusement à cette impulsion; car le préfet profita de son éloignement, pour s'esquiver par la rue de l'Arménv et les écuries du général Dumuv, dont la demeure était adossée à la Préfecture ; et l'on n'eut à déplorer que des dégâts corniiiis surle buste de Napoléon, sur les emblèmes de sa puissance, etsurle tombeau du gênerai Desaix, que, dans l'emportement delà rage, on prit pour un monument consacré à la gloire de l'empereur.
Il manquait au triomphe tous ceux qui avaient été victimes de leur dévouement à la cause rovale, et les auxiliaires ardents de toutes les tentatives de révolte à Marseille, — les prisonniers politiques et les Anglais. L'amiral Ganteaume fit élargir les uns. Les autres avaient eu soin de rappeler leur présence dans la Méditer-
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ranée , en saluant de plusieurs bordées de canon le drapeau biaiit: qui flottait au suiiiiiiL't de Notre-Dame-de-ia-Garde. Le marquis de Monl^rand alla au devaut d'eux et iuvlla les principaux olTiciers à se reudie au uiilieu d'une population impatiente de leur donner des téiiioii^iiages de £?ratitude et de sviuj>aihie. En effet, ils furent areueillis eomme des libérateurs, choyés, fêtés, caressés, couronnés de lleurs et promené.s triomphalement dans une caléclie , pavoisée des pavillons de France et d'Angleterre. Marseille , la cité égoïste, comiric le bunl toutes les cités commerçantes , Marseille qui, dans I iiuuiense catastrophe de \ H\'y . ne voyait exclusivement que la fin de ses souflTranees, Marseille se livrait au délire de son enthousiasme avec l'abandon le plus complet. TeDeum, processions, fêtes de toute sorte, au bruit des clocheset des salves d'artillerie, se succédèrent pendant plusieurs jours sans interruption, et tireDtde la ville, — où tousles citoyens étaienlconfondus dans une commune ivresse; où les arcs de triomphe, les guirlandes de fleurs, les riches tentures, les drapeaux se multipliaient à l'infini, — un séjour délices, illuminé tantôt par les rayons d*un soleil de printemps, tantôt par les flammes vacillantes de mille torches. C'est ainsi que la joie bruyante du peuple Marseillais faisait écho aux acclamations du parti royaliste ; c*est ainsi qu'en promenant parles rues les bustes de ces Bourbons, dont on avait- presque oublié Texistence, et qui venaient s'Installer sans transition , avec la troupe affamée de leurs fidèles , sur les ruines du monde impérial, si grand encore dans sa chute ; — c'est ainsi qu'on relevait un culte qui devait désormais pr endre si profondément racine dans le sol phocéen , — le culte de la Royauté. Ces révolutionnaires, dont les ancêtres avaient vécu en République , et s'étaient sans cesse révoltés contre leurs souverains; qui s'étaient précipités corps et âme dans les sanglantes saturnales de 93 ; qui avaient accompagné de leurs malédictions à l'échafaud — Louis xvi, Marie>Antoinette et Madame Elisabeth, n'attendaient pas même l'anniversaire du 21 janvier pour i^lébrer leur martyre (23 juin). Celle royauté, si détestée, si avilie par eux, représentait maintenant à leurs yeux des pi iviléges conniieiciaux, la paix, la richesse. Mais, de la dignité , du lituiheur. des franchises de la ruition, nul ne se préoccupait, nul n'avait souci chez ce peuple mobile en toutes choses; et son intérêt personnel était réloile polaire
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qui seule brillait à l'horizon de l'avenir. — Là , en effet , est tout le secret de cet attachement que la majorité de la grande famiUe Marseillaise a conservé depuis au principe monarchique. « Dans la France, dit M. Hîchelet, la première gloire est d*étre français. Les extrémités sont opulentes , fortes , héroïques ; mais souvent elles ont des intérêts différents de Tintérét national ; elles sont moins françaises. La Convention eut à vaincre le Fédéralisme provincial avant de vaincre l'Europe. Le carlisme est fort à Lille, à Marseille. » Ces quelques mots si caractéristiques résument nettement le nouveau réle auquel Marseille se jura de rester fidèle dès la première Restauration.
Il faut bien l'avouer d'ailleurs , à tant de contrainte, à tant de misère succédaient tantd'espérancef^; les princes, revenus de l'exil, savaient si bien se concilier les espritf par leur affabilité et par la séduction de leurs promesses ; ils avaient des mots si flatteurs pour tout ce qui les appi-ochait , des caresses si adroites pour toutes les opinions, — que les Marseillais étaient assurément fort excusables (le s'abreuver àlongs traits à la coupe des illusions. «Plus de conscription , plus de droits réunis, avait dit le comte d Artois, l)i(>ntôt la franchise du port et la paix générale ! » Il n'en lallait pas davantage pour faire luire à leurs yeux l'aurore d'une ère pleine de prospérités. Aussi, notre plume aurait-elle peine à décrire les fêtes, données en l'honneur du frère de Louis xviii dans les premiers jours d'octobre. Certes, le plus brillant accueil avait été fait à la famille d'Orléans ^juillet et août). Mais la magnificence de cette lon;îue ovation , dont le lieutenant-général du royaume fut le htros, dépassa tout ce que l'imagination peut r ( ver de splcri leurs féeriques. La population entière mit ses vœux et ses hommages aux pieds de l'idole du moment. La magistrature , la noblesse , l'armée n'eurent pas assez de génuflexions , la beauté pas assez de sourires, la saison pas assez de (leurs, les |)oètes pas assez de louanges allégoriques, pour concourir à l'éclat de cette apothéose. De toutes ces joies , de tous ces triomphes , de tous ces énivrements , qu'est-il resté? le souvenir d'une immense déception , qui s'est dénouée par deux révolutions! Comme les gerbes étincelantes d'un bouquet d'artifice » tout a disparu dans la nuit du passé , en ne
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rendant que plus profondes les ténèbres qui se sunl faites autour de deux tombes creusées sur la ter re d exil.
Trois mois ne s'étaient pas encore écoulés depuis le départ du comte d Artois (9 octobre), et « cependant, dit l'écrivain royaliste que nous avons déjà cité , Marseille n'était pas satisfaite ; le commerce languissait dans l'attente de la franchise du port. De délais en délais, l'ordonnance de la restauration de l'œuvre de Coli>ert mutilée ne parut que le 20 février suivant, areompagnée de tant de restrictions et d enti aves, que, bien loin d'exciter la reconnaissance, la population desapjiointée la considéra comme une mystification.Les dispositions réglementaires, qui devaient l'accompagner, ayant resté en arrière , I;i miso en viijnenr dut être aussi reculée : tant il est vrai que le m il i st prompt « t le remède icnl. (lautard). » Marseille vivait donc ainsi dans l'inquielude de l'altenle , quand un jjrnit étrange se répand dans la soirée du 3 mars: Napoléon est débarqué dans le golfe Jnan avec son bataillon de l ile d Ellie. Ce fut comme un coup de foudre, et cette nouvelle , dont le lendemain on acquit la certitude, remplit les habitants d'une morne consternation. Masséna , qui ne voyait peut-être pas sans chagrin le retour du maître qu'il avait abandonné, mais que ses antécédents condamnaient d'avance à la soumission, comme tous les maréchaux de l'Empire, Masséna se trouvait alors à Marseille. Dans la matinée du 4, une partie de la |^rde nationale et une foule de citoyens se rassemblent tumultueusement devant son hôtel , rue Grignan , et demandent â grands cris des communications et des ordres immédiats : « Soyez tranquilles, Marseillais, répond le gouverneur , je suis au milieu de vous, et j'y serai toujours. Vive le roi !» Ce langage , que l'inaction du maréchal rendait équivoque, était loin de rassurer les esprits. En effet, landis qu'un capitaine ' de gendarmerie , M. Toscan du Terrail , lui propose vainement de partir, avec toutes les brigades de Marseille, à la poursuite de Napoléon , et de le ramener mort ou vif; tandis que tous les habi* tants courent aux armes , promènent dans la ville le buste de Louis XVIII et pavoisent toutes les fenêtres de drapeaux blancs ; tandis qu'enfin le préfet d'Albertas fait afficher une proclamation violente, et, de concert avec la municipalité, en appelle au civisme des gardes nationaux , Masséna paralyse l'unanimité de ces efforts
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par ses terj^iversatiuiis el son apathie évidemment calculée (Cependant, quand il juge que tant d ardeur belliqueuse sera désormais impuissante , il laisse un bataillon de «[i^fre cent cinquante volontaires s'élancer sur la trace de l'aigle, qui continuait son vol impétueux vers la capitale. C'est dans la soirée du 6 mars, que le bataillon se mit en route , sous le commandement du colonel Borrély, et précédé de quelques cavaliers fie la çrarde nationale, qui devaient servir d éclaireurs. Bonaparte avait déjà franchi le pont de Sisteron, pénétré dans Gap, où les Marseillais se dirigeaient , et s'avançait rapidement vers Grenoble, dont ia garnison allait se rallier à lui avec le régiment de Labédoyère. Ces nouvelles , bien vite connues à Marseille , y soulevèrent tellement la population contre Masséna , qu'il crut prudent de conjurer l'uragc par une proclamation qui tinissait ainsi : « HabitaiiU de Marseille , voua pouvez compter sur mon zèle et mon dévouement; j'ai juré fidélité à notre roi légitime; je ne dévierai jamais du chemin de l'honneur; je suis prêt à verser tout mon aang pour le soutien de «on trône. (9 mars). » C'étaient là de coupables paroles , car les sentiments et les actes les démentaient. Lorsque Soult et Ney assuraient Louis xviu de leur fidélité , ils avaient au moins le mérite d'être sincères alors , et ils couraient au devant de Napoléon, pour lui barrer le passage. Seulement ils n'avaient pas prévu que les événements , plus forts que leur loyale volonté, les eniraioeraient dans la défection générale. Mais Masséna n'eut pas même cette excuse d*un entraînement irrésistible. Cest de sang-froid » c'est de dessein prémédité qu'il sacrifiait à ses vieilles sympathies pour son auguste compagnon d*armes la fidélité , que rhonneur lui faisait un devoir rigoureux de conserver à son nouveau souverain.
Quoiqu'il en soit , le bataillon marseillais était revenu à Marseille, le 20 mars , fort dégoûté de l'état militaire par les tribulations - de sa campagne de Gap ; et, le même jour, le proscrit de l'Ile d'Elbe , enveloppé de la fkmeuse redingote grise . était porté par ses officiers dans le palais des Tuileries , au sommet duquel flottait le drapeau tricolore. Tout n'était pas fini néanmoins : les armées de l'Angleterre et de la Prusse étaient encore en Belgique ; la Vendée avait levé l'étendard de la révolte , et le duc d'Angoulème parcourait le Midi à la tète des bandes de verdets. Le prince
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y trouva partout les c\spriifc favorable» à la cauM' (Ua liuuiLuas ; t't Marseille orijanisait (l«ux bataillons vuloiilairtis royaux , quand il y aiii\a. Conliaut dans les nuuvtilles protestations de Masséiia , il alln visiter Toulon et revint lixer son quartier général à Nîmes. Il esi^aya bien d'opposer au gouvernement impérial un gouvernement établi à Toulouse, et une année dévouée. Mais cette héroïque résistance , à la quelle les Marseillais contribuaient avec tonte l énergie d'une haine raisonnée , devait se briser contre le puissant et dernier cn'ori du [iu de Napoléon. Etiéctiven)ent , averti (uirles préparalils lorniidalilos de la Sainte-Alliance qu une lutte suprême allait décider de m s destinées, l'eniporeur se IkUh d'en Unir avec les tracasseries intérieures. Les Vendéens étaient vaincus sur tous les points ; le duc d'ÂngouIéine est forcé de capituler au Pont-Sain t-Ksprit ( 8 avril ) ; et les compagnies franches de Marseille, battues et décimées au dctile de la Saulce , entre Gap et Sisteron , — suivies de près par I année du général Groucbv , riaient réduites de 1,500 à 300 hommes, lorsqu elles rentrèrent dans leurs foyers avec le bataillon du capitaine Reynaud de Trets. Le I I avril , Masséna, jetant enfin le masque . écrivit de Toulon aux autorités : « Si , demain au soir, le pavillon aux trois couleurs ne flotte sur les vaisseaux ei à la municipalité , je marcherai avec de l'artillerie et KuflBsiinDieDt de troupes , pour soumettre la seule ville de l'Empire qui se refuse aux vœux delà nation et à reconnaître le souverain qu'elle a choisi , le grand Napoléon. » Le 12, Marseille envoya sa soumission et arbora le drapeau tricolore. Le préfet, M. d'Albertas , et le maire , M. de Montgrand , qui s'était compromis par une violente proclamation uù il traitait ni plus ni moins Tempereur de Robespierre à cheval , résignèrent bien vite leurs fonctions, et le marquis de Rivière prit la fuite. Le 1 5, Orouchy entrait dans la ville ; le 46 , le duc d'Àngouléme était dédaigneusement jeté hors de France ; et , peu de jours après , le lieutenant-général Verdter, ûomme successeur de Greuchy dans le commandement de la huitième division , le maréchal Brune , en qualité de commandant de l'armée d'observation du Var, vinrent fixer leur résidence au milieu d'une population , qui allait subir le joug impérial avec d'autant plus de rage , que la persécution devait lui rendre plus chère encore
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la cause du la moiiurcliie legitiiin'. N(»n pas que la peraéculiou armiU d iihord d'eu haut ; hici) au contraire 1 l.o nouveau préfet , M. le comte Frochot , s'efforçait de faire aimer son administration par sa douceur et sa tolérance. — Mais le gouvernement ne pouvait pousser la longanimité jusqu'à permettre la rébellion ouverte , les outrages les plus sanglants , et l'avilissement de notre gloire. Non contente de protester contre l'acte additionnel par l'absence presque totale de ses électeurs, quand il s'agit de constituer le corps législatif , Marseille foulait aux pieds la cocarde tricolore et s'énivrait des proclamations du roi. Le mépris et Tinsulte atteignirent un tel degré d'impudence, que Napoléon s'en irrita. Pour mettre l'orgueilleuse cité à la raison , Rœderer et Lecointe-Puyratreau y furent envoyés, l'un à titre de commissaire extraordinaire, Pautre comme lieutenant-général de police. L'opiniâtre persistance de la garde nationale à ne pas adopter le drapeau tricolore et & refuser le serment à l'empereur , finit par appeler une sévère répression. Avant d'user du droit, que toute autorité , réguliferement établie , a de se faire respecter , Brune épuisa tous les moyens de conciliation. Exhortations, prières , rien ne fit. Ses hésitations mêmes paraissaient encourager la résistance. Les menaces n*eurent pas plus de succès. Alors, il eut recours à la raison suprême des gourvemants, aux baïonnettes et au canon. U prit des mesures formidables pour contenir la population ; la garde nationale futdésarmée et réorganisée par le général Mouton -Du vernet; «t la ville, mise en étal de siège, ressembla bientôt à un vaste camp, 011 les soldats , bivouaquant à côté de leurs fusils en faisceaux , n'attendaient que le signal de punir les outrages passés (mai 1 8^ 5).
A ces démonstrations redoutables se bornait rigoureusement le droit du maréchal Brune. Elles suffisaient pour intimider les plus audacieux. La justice, riiumanité , la prudence exigeaient qu*on n'exaspérât pas les esprits par des actes d'un despotisme intolérable. Malheureusement le contraire arriva. Brune n'osa pas ou ne voulut pas retenir la garnison dans les limites d'une consigne inflexible; il laissa le sang ruisseler dans les rues ; et tout ce sang tomba , comme un germe fécond, dans les sillons de la Vengeance, pour enfanter de terribles représailles
L'heure, en effet, n'allait pas tarder a >oiiaer, où la fortune
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changeraîl les rôles. La solennité du GhanipHle-llai, le féticbisnie des soldats pour l'empereur n^inspiraient que dégoût à une ville irrévocablement royaliste ; et la destitution des magistrats, hostiles à TEm pire , l'arrestation des uns, Texildes autres , ne faisaient qu'ajouter, tous les jours , à la violence des ressentiments. Marseille pliait sous le règne du sabre , elle pliait et se taisait , mais en rongeant son frein , mais en se tenant prêle avec tout le Midi puur une insurrection. Car le parti royaliste s'y était merveilleusement organisé. L'administration incertaine ilu préfet avait lai.ssé se former un comité qui correspondait avec ceux de Toulon , d'Aix, de Toulouse et de Bordeaux , et se rattachait même à la Vendée. Toutes les montaj:^nes étaient pleines de réfraclaires , soit de la conscription , soit de la garde nationale mobile , tous armés , tuus animés d'une haine profonde pour IVapoieon , tous attendant le nioiiK ntdese joindre aux compagnies franches, à la garde urbaine, aux compagnies de volontaires, pour briser le despotisme de l'Empire. « Les classes moyennes, probes et relig^ieuses ; ce peuple de marins agenouillés , pendant la tempête , devant l'image de la Vierge ; la multitude tloltanle de Génois , de Catalans, tout cela prétait une force brutale et fanatique aux projets des comités * royalistes, (capefigce). » Soudain un cri retentit jusqu'à Marseille; te cœur lui bondit dans la poitrine ; haletante sous le poids du doute, — elle écoute encore, et le même cri traverse les airs, strident et lugubre : l'aigle impériale a succombé sur le champ de bataille de Waterloo ! Cette nouvelle, arrivée le 25 juin à midi , circule avec la rapidité de l'éclair, et embrase la cité. Ce jour~là était justement un dimanche , et des flots de citoyens inondaient les églises. A Taniiété des premiers moments de surprise succède une fermentation sourde. Des groupes se forment , on s'interroge, on s'agite ; la joie du triomphe illumine les visages; les regards brillent d'un feu sombre et semblent chercher des adversaires. Un prétexte , un mot , une étincelle ! et Texplosion sera terrible i Quelques officiers du bataillon sacré ont l'imprudence de crier vive l'empereur ! Le cri de vive le rai ! poussé par la voix puissante de la multitude , répond à cet audacieux défl. Le général Yerdier, manquant de sang-froid et de fermeté , néglige de prendre les priécautions militaires que la situation exigeait, et s'efforce
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vainement de rétablir le calme; la fureur populnire grandit et éclate comme la tempête. Le buste de Napoléon roule dans la poussière ; on entoure , on menace Verdier, qui se réfugie dans son hôlel. Un feu de peloton , sur la Cannehièrn , porte la mort dans les rangs pressés de la foule ; c'en est fait! le fatal cri aux armes s'échappe de toutes les poitrines , on bat la générule , le drapeau blanc flolte bientôt sur tous les édifices et à toutes les fenêtres ; et le bruit de la fusillade annonce que la lutte est engagée aux quatre coins de la ville.
A quatre heures , les troupes de ligne se retirèrent dans leur caserne, et la f?arde ualionale occupait tous les postes, excepté celui du Palais de Justice , qui ojijto^aîl une résistance désespérée. Il allait être enlin accablé par le riouihi c , quand un détachement de ^Mrdes nationaux , commandé par I( In uienantClérissy, accourt le délivrer, et l'escorte jusqu'au Fort Sainl-Jcan. Mais le peuple, furieux de voir \m t ( liapper ses victimes . les poursuit si odieusement de SCS outrages, de ses menaces, de ses mauvais traitements, qu'à peine retranchés au-delà de la première barrière, les soldats se retournent et vengent la mort de quelques-uns de leurs camarades , en faisant une décharge sur cette multitude de forcenés. Â l'instant , d'autres décharges partent du haut de la plate-forme. Comme , en pareilles circonstances , on exagère toujours de part et d'autre les torts de ses adversaires , on crut , et les gardes nationaux le crurent eux-mêmes , que la troupe de ligne avait tiré sur ses libérateurs ; cette déplorable erreur, en se propageant avec la rapidité de l'éclair, mit le comble à l'exaspération de la populace. Alors , le combat recommença de plus belle et dura jusqu'à la nuit. Mélange de courage et de lâcheté , d'héroïsme et de cruauté , cette lutte impie fut marquée par de nobles actions et des assassinats. Le capitaine Bonnet , sous la menace de vingt épées dirigées sur sa poitrine , refusa de bombarder la ville ; Te ' maire , H. Raymond aîné , qui avait su faire aimer et respecter son administration pendant les Cent-Jonrs , risqua vingt fois sa vie pour arrêter TeMision du sang. Le jeune Espanet , luttant seul contre huit soldats du 13* de ligne , pour arracher des femmes et des enfants â leur foreur, était mort, victime de son intrépidité. Mais tousccs généreux dévouements étaient impuissants contre
m\ HISTOIUK
le fanatisme polUique qui donnait à toute une population le vertige du crime et Tivrcsse du snn^'. nuit eut aussi ses épisodes ; à onze heures » )e général Yerdier se mit à ]a téte de l'armée et se retira sur Toulon , non sans avoir encore à repousser quelques attaques , hors de la Porte de Rome et le long de la route. Sa retraite, en laissant le champ de hataillc aux vainqueurs , semblait devoir terminer le conflit. Il ne restait plus qu'à Taire cesser Pétat de siège , à proclamer le règne de Louis xviii ; et , Torage passé , le torrent populaire rentrait naturellement dans son lit. IIn*en fut pas ainsi malheureusement. De toutes les autorités des Gent- Jours , le maire était le seul qui n'eût pas abandonné son poste. En se ralliant au nouveau gouvernement , pour lequel il avait sans doute de secrètes sympathies , M. Raymond servit quelque peu de frein aux vengeances inassouvies. La levée de l'état de siège , la nomination du colonel Borrély au commandement supérieur de la place , et la constitution d'un cimitéroyalitteproviwiret oomposéde ce dernier, du chevalier de Gandolle, de MM. Romagnac, Bruniquel et Casimir Rostan , suffirent i peine à prolonger la trêve jusqu au jour. Grâce au zële de quelques gardes nationaux , notamment du lieutenant Auguste Attenoux, les cadavres avaient été enlevés , tes traces de sang avaient disparu ; mais la mort avait laissé des vides dans quelques familles , jeté le deuil dans quelques ftmes , et une nuit ne pouvait sécher des larmes si récentes , cicatriser des blessurea^saignantes encore , éteindre tant de haines envenimées par la contrainte. Il fallait une issue aux laves ardentes, que toutes les déceptions de l'égoîsme et de l'orgueil avaient anionrelées dans les entrailles du volcan. Ces bruits sourds , précurseurs (l une explosion, se révélèriiil i<u\ premières lueurs de ram ore. La proclamation , qui annonçait l'existence du comité royaliste , n'élait pas (lo nature à les calmer : c'était un appel à toutes les forces, à toutes les colères de la paliie méridionale: « La Provence et le Midi tout entier, y disait-on, deviendront, s'il le faut . une nouvelle Vendée plutôt que de retomber sous le joug du (lesjMtii.siiiç ou des factieux qui se sont arro^^é le iIkhi de disposer des destint'cs de la France, » Assurément rinlerili Hi (hi comité n'était pas de voir se renouveler « les meurtres et les brigandages de la journée du 25. (lautard). » Mais d y avait tout au
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rooÎDS improdenee à jeter à TexalUtioR du peuple, de ces paroles ,
qui sont , pour ainsi dire , le signal de la guerre civile. Il est des souvenirs, dont la magie est toute puissante sur les esprits, et qu'il est dangereux de réveiller, dans des circonstances et à des époques presque idtMil'ujuos. lis domiL'iil celle lièvre d ijjiilalion qui prend l'odieux pour du I ht l uisme et déshonore tous les h iotnphes par les plus elîVoval)les allenials. En effet, la |)opiilcajua marseillaise n'élait que trop bien disposée à répondre à l appel du comité royaliste; et, faute d'agressions armées à repousser au dehors, elle tourna sa fureur contre elle-même el déchira son propre sein. Livrée sans frein à toute rimpôluosilé de ses passions , sourde à la voix des chefs , que h's lircnii^laiiccs ont improvisés sans les investir d'aucuns moyens de répression, foulant aux pieds tous sentiments de justice et d'humanité ; poussée au crime par des scélérats , qui tuent pour piller ou pour venger leurs injnn ^ ptTsonnelles , elle veut épouvanter le monde entier par le relenlissemenl de ses monstrueuses cruautés. Et à ce spectacle de sanglantes horreurs, les moins forcenés se contenteront d'assister eu spectateurs indif< féreuts. Oui ! ceux qui n'assassinent pas ^ laisseront froidement assassiner; ceux>là ont autant de ressentiments , autant de bar» barie que les autres , et plus de lâcheté. C'est une question de tempérament 1 peut-être un calcul I car ils auront les profits du massacre , sans la responsabilité, sans les remords; il n'y aura pas de sang à leurs mains ! Ah I quand de pareilles pages se rencon^ trent dans les annales d'un peuple , ne devrait-il pas suffire d'en constater seulement les dates sinistres? Ne vaudrait-il pas mieux cacher aux nouvelles générations la honte des générations passées? L'histoire a-t-elle besoin d'énumérer les victimes » de compter les blessures , de tirer de Toiibli le nom des bourreaux? Ces grandes catastrophes sont l'œuvre des temps» des mœurs , des événements, et le crime de tous. Les nations sont solidaires des attentats qu'eU les laissent commettre , à ciel ouvert • au nom de leur intérêt » par quelques monstres > qui accomplissent d^instinct leur infernale mission. Comme la Marseille de 93» comme la Marseille du 9 Thermidor, — la Marseille de 1 81 5 s'est vautrée dans le sang et la fange ; elle a eu sa Terreur blanche ; — et ces trois dates lui impriment sur le front trois stigmates ineflaçables t Cependant, la
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journée du Sl6 éclaira aussi quelques traits d'hérobme et de courage. Là , un vieillard , nommé Baissière , est massacré » mutilé , parée qu'il refuse de crier vite le roi ; et son dernier adieu , son dernier soupir sont pour cet empereur, pour lequel il a tant de fois déjà versé son sang sur le champ de hataille. Ici , c'est un fils, qui , ne pouvant alleiidrir It-s a.^^a^biiis de son père par ses larmes et ses prières, toiuhe avec lui, percé des mêmes coups, frappé de la iiièiue mort. Plus loin , un jeune lieulenant cherche , au péril de sa vie, à sauver les frères Verse et Gaiihert , qu'on assomme impitoyai>lciiient , au milieu du Cours, et à deux pas d'un poile de gardes nationaux, restés sourds à la voix généreuse de leur chel. — Ce jeune homme, ce brave offîcier, c'est encore M. Attenoux , qui avait arraché à la rage des égorgeurs M. Fabrissy aine , et un pauvre diable de chanteur aveugle , coupable seuiemenl d avoir psalmodié, dans les rues et les cafés, quelques plates rimes à la gloire de Napoléon.
« La plus élevée de toutes ces victimes , raconte M. Capefigue avec un accent navré, fut un homme d instruction , d'esprit et d'honneur, une notabilité de Marseille , M. Anglès-Capefigue. Il avait été Tami de Masséna , de Barras et de plusieurs sommités de la République et de l'Empire. Quelque temps préfet militaire en Italie, il s'était retiré dans sa ville natale. Son crime , aux yeux des assassins , était ses relations d'amitié avec le maréchal Brune, pendant son séjour à Marseille. Chose affreuse à dire , cet homme doux , inoffensif, fut percé de mille coups , traîné dans une écurie derrière sa propre maison où on Tacbeva à coups de sabre ! Sa mère pouvait entendre les cris de la victime. » Hélas ! au milieu do tous les tristes épisodes de cette fatale journée , que termina le massacre des réfugiés Hamelucks , débris de la campagne d'Egypte',
* ■ Bonaparte avait ramené d'Egypte de nombiCiiMi familles d'indigènes compromises dans leur pays par des services rendus à l'armée française. Marseille leur avait éif 3- icv "'*^ pour résidence , et r£tat pourvoyait k leurs tiesoias journaliers, au moyeu d'une rciribuuou pirléte. Ait chute de l'Empire , cette rétribution fut , .siiioa supprimée, du moioi coosU dérablemeot diminuée par la Restaantioo. Au retour de nie d^Dbe , elle fut reportée M premier chiffre. Si les Maraelucks avaient concentré leurs regrpts en 1814, il n'en fut pas ainsi de leur jnir p.n 1815 : elle éclata d'aulatit plus vivement qu'ils voyaient revenir l'homme de leur aduurauoû , leur père , leur prophète. Cette joie fut leur crime ; leur perte fut jurie , «t» le 15 juio , jour où pai viol è ManetUe le neaveUe du ddeeetn de Weleilee el
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les moins compromis s'estimèrent heureux d'en être quittes pour des brutalités, pour des blessures , pour Je pillage ou la destruction de leurs propriétés.
Que faisait le comité royaliste, pendant ces heures d'anarchie et de crime? — Ecoutons encore M. Capeâgue , l'impartial historien de la Restauration : « Dans les premiers moments où un parti triomphe , dit-il , il est toujours indisciplinable ; aucune main, quelque puissante qu'elle soit , ne peut le retenir. J'ai la convietion que le comité royaliste ne commanda pas les massacres ; mais il les vit avec indifférence , et nulle mesure ne fut prise pour les empêcher ! Ces compagnies franches qui assaillirent Marseille comme une ville prise d*assaut » ces victimes désignées à leur vengeance, iout cela semblait se faire avec ordre, avec intelligence! Est-il à croire que les paysans agirent seuls, que les bandes armées ne reçurent pas quelque instruction! le ne soulèverai pas ce voile affreux. » A son tour, l'auteur des Esquisses historiques s>zprime de la sorte : « Le comité royal , k bout de voie , mande un homme désigné par le cri public comme Tordonnateur des désordres. M. Romagnac , dont le corps frêle contenait une ftme énergique , lui adresse cette courte mercuriale : — Les abominations de la place publique sont votre ouvrage ; vous seul en êtes le directeur, les coupables n'agissent que parvos ordres; eh bien! monsieur, il est quatre heures (M. Romagnac tenait sa montre à la main) ; si , diins une heure, les désordres n'ont pas cessé . vous serez livré à une eonniiission mililairc. Prenez garde , car ii ) va de votre vie : sortez.
« L'homme balbutia une courte réponse et .se retira. A l'heure désignée, les malfaiteurs avaient disparu. »
Ainsi , il parailrait bien constaté que , si le comité royaliste ne
de ia seconde chute de l'Empire , les chefs royaUstes ordonnèrent les exécutions. Une grande ptrtie (tel Ifam^cks était eotoofsée près I*4d)6ii8que i» It Porte 4s Bon» , rar les Coiin GouffS et Lîeulsud. La popolatioo de ce dernier se composait d'ime tresiaioe do ftmOles
^ptiennes.
f De nonihvcux ti'moin^ oculaires se souviennent d'avoir vu Hcs charrettes, iilcincs de Mamelucks égorgés, traverser la ville. Des cris de vic« le Hoil excoriaient ces cadavres tout langJtBts et «illono^ de Meesures. Deos le port , de naOïeiireiiseB Dégreseee , essajrent de seeayviràleiM|eifec]euneafaiils,fiiraiii atteintes parlée belles joqie dans le» ondes.
<PSLLtTIEII. — LITTBB AU J0tlBM4L : t.**880CIAtlON SRiNOlSS|. •
commanda pas les massacres, du moins il s'y nssocia tacilemenf. Nous avons peine à croire, quant à nous, qu'il en soit resté le spectateur indifférent. Toutefois, il eut le tort impardonnable de les justifier dans sa proclamalioD du ftl. Cette proclamation disait :
• Marseillais, les violences, exercées par les militaires qui ont osé faire feu sur le peuple , ont pu faire excuser des vengeances qui ont été exercées dans le premier moment d'un triomphe ob« tenu au prix de votre sang. Il est temps que tout rentre dans Tordre» et que des hommes étrangers à notre ville, ou desmalveil* lants , ne profitent pas du tumulte pour commettre des crimes. Il est temps que les personnes et les propriétés soient respectées. Il f^ut arrêter des excès coupables. Une commission militaire sera établie pour poursuivre rigoureusement ceux qui tenteraient de troubler la tranquillité publique. La garde nationale, si justement louée par notre auguste monarque , elle qui a si bien mérité de la ville , va redoubler d*activité et d'énergie , pour que désormais tout rentre dans l'ordre, et que Ton n'entende plus que les cris de joie qu'inspire le retour du règne de notre bien aimé souverain louis le tant désiré I »
« Cette affiche, ajoute M. Lantard , cette affiche dont la rédaction, pour le dire en passant, n'est pas un modèle de style, et dont il est impossible d'approuver le début qui renferme, à notre avis, un assentiment implicite & des énormités qu'aucune considération ne pouvait rendre excusables, cette affiche, disons-nous, rameiui la sérénité dans l almosplière. » Une pareille proclamation, monstrueuse apologie des crimes île la veille en efl'et , semblerait bien un aveu de eomplicité , si , en y réfléchissant , elle n'était , avant tout, une preuve n.Tgrante d'impuissance; — sans quoi , la prétendue efïicaciléd utu' mesure, prise aussi tardivemeul , serait la condamnation même de l alLiUultj passive que conserva le ( omiié royaliste, pendant toute la journée du iCt. Xon , le comité ne prit aucune mesure répressive ; elles étaient impossibles dans l'état d'elfervescence de la poj)ulation. Il eonnaissait. h n'en pas douter, les chefs débandes; il n'ignorait pas quels ressorts les faisaient agir. Mais il fui sans autorité sur eux, et ne songea qu à organiser un système de défense. — Aussi , d'accord en cela avec nous ,
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M. Lautard affirme «que la cessation des voies de fait avait précédé
la célèbre proclamation. » Nous disons plus, — elle avait eu lieu , à Marseille, par lassitude, ou faute de viclinies, et non par l'influence magique de M. Romagnac sur le chef mystérieux des égorgeurs. Cela est si vrai que les poignards du fanatisme politique poursuivirent et atteignirent au loin les bonapartistes réfugiés dans les campagnes.
Ceperuhint , le règne des iJourbons n'existait encore réellement que d;ms les proclamations et dans le cœur des citoyens. L'abdication de Napoléon plaçait la couronne sur la tête du roi de Rome, jusqu à ce que la Cliambre des représenlanls en eût décidé autrement. Cet état de choses créait une position épineuse pour Marseille, qiii avait tout à redouter d'une réaction impérialiste. Brune menaçait de marcher sur la ville, avec l'armée du Yar. « Le commerce tremblait pour ses magasins, la propriété pour ses foyers , et tout le monde pour soi-même. Le mouvement commercial , à peine rétabli , s'arrêta de nouveau ; la campagne se repeupla de fugitifs, la panique était complète, car la peur ne raisonne pas. (laittami)).» Le comité royaliste se hâta donc d^organiser une armée sous les ordres dg général baron de Perreymond , investi déjà , depuis le 37, du commandement supérieur des milices marseillaises. Tous les citoyens, de 48 à 60 ans , furent appelés sous le drapeau royal (3 juillet) ; la ville fut rapidement en mesure de fournir, en gardes nationaux et en compagnies franches , son contingent de défenseurs à la cause de Louis xviii ; et, le 6 juillet , le lieutenantgénéral de Bruges, aide-de-camp du duc d'Angoulème, pouvait, en entrant à Marseille , passer en revue 7,000 paysans armés , k la Plaine Saint-Mîchel.
Le 10, le comité résigna ses pouvoirs entre les mains du marquis de Rivière , envoyé par le dur irAngoulème en (jualité de gouverneur civil et niiliuiin: de la liiiiliènie division. Jusqu'alors, la honte de l'invasion étrangère n'était pas venue jus(]u'à Marseille; une proclamation, précédant l'arrivée du nouveau dictateur, la lui avait annoncée; etla vindicaiive cité, dans la logique de ses idées, l'avait naturellement acceptée comme une gloiie. En effet, quoique tout danger eût disparu , — car le maréchal Brune, qui s'était porté sur Atx, était rentréà Toulon, sans brûler une amorce,
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OR accueillit, oomme des héros, lord Eimouth, amiral de la flotte britaimiqae , et sir Hudson Lowe , le futur geôlier de Napoléon , , (1 1 juillet). — et, comme des libérateurs , les 5»000 hommes, que tes vaisseaux anglais vomirent sur la rive phocéenne avec douze pièces de campagne et des munitions de guerre (13 juillei). « Il n'y avait parmi ces troupes qu'un seul corps d'infanterie anglaise; le reste, en uniforme bleu, formait cioq régiments italiens à la solde de r Angleterre. Le débarquement fut accompagné des cris : Vive le m ! vivent les Anglais ! On logea le régiment anglais dan& les beaux quartiers de la ville ; la partie italienne , dans la vieille ville et dans les Forts. Les billets de logement, habituellement accueillis avec une extrême répugnance et des réclamations sans fin, rachetés en (UTinilive par des rançons pécuniaires qu'on marchande, auraient été cent fois considérés comme une faveur municipale. Le temps ayant manqué pour les distrihuer, lés habitants allèrent d'eux-mêmes au devant de l'injonction. On prenait les Anglais par la main pour les introduire. Des aliments, des lits confortables , des alfenlions de toute espèce leur furent prodigués. On croyait ne pouvoir faire assez, pour eux. ''lai rvR[»). »
Le 14, le marquis de Rivière reconstitua les autorités. M. de Montgrand eut la pi éfeeluredes Bouches-du-Rhône, — M. Caire la direction de la poliee dans tout le ressort de la division ; M. Raymond et le gênerai Perreymond furent maintenus, l'un à In mairie, l'antre à la tète de l'armée; et, le lendemain, la nouvelle de l'entrée de Louis wiii à Paris replongea la ville dans ses transports d'enthousiasme frénétique. Marseille, « ainsi royalisée de ses propres mains, » était loin d'être satisfaite des vengeances obscures qui venaient de s'accomplir sousses yeux. Elle n'avait paseuses victimes illustres comme Toulouse, oùRamel était tombé sous le poignard des assassins ; comme Avignon , où Brune , après la soumission de Toulon , avait été recevoir , de la main de ses compatriotes, une mort , o qui ajoutait à la honte ineffaçable , dont le Midi s'était couvert à cette sanglante époque, (xotb mamosc. d'on contsm* porain). » Marseille conservait d'impitoyables ressentiments contre Masséna , V enfant chéri de la victoire. Tandis qu'elle comblait de présents lord Exmouth et Hudson Loire; tandis qu'elle s'imposait joyeusement toute espèce de sacrifices pour subvenir aux frais
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d'eDtretien des troupes étrangères , elle livrait les bonapartistes» qui encombraient ses prisons , à des tribunaux eieeptionnels , et appelait , par des pétitions et des adresses , la sévérité de la Chambre des députés et de Louis xviii sur la tète d'un maréchal de France. Le 19 juillet, le Conseil municipal avait osé parler au roi ce langage homicide : « les maux , dont la France vient d'être accablée, par suite d'une conspiration sans exemple dans les fastes du monde , seront longs ft réparer. Il ne faut rien moins que le règne paternel de Votra Majesté pour guérir des plaies aussi profondes. Cependant, les auteurs de tant de calamités vivent l Leur présence souille encore le sol de la patrie qu'ils ont déchirée ! La nation ne sera rassurée contre leurs délirantes et criminelles entreprises que lorsque, suspendant momenlanonient les efll-ls de voire clémence pour ne consulter que la jnstiee, Votre Majesté les aura frappés du glaive de la loi. » Le G lévrier 181G , le député Reynaud de Trois monta à la tribune pour soutenir l'acte de proscription des Marseillais contre Masséna. Il réussit à faire renvoyer la pétition dans les cartons du inuiislère de la guerre , où elle resta enfouie pour l'honneur de la Restauration , — sur la juelie pesait déjà riofamie de l'aââassmat juridique du maréchal Aey.
aiAPilUE XXVI ET DEUMER.
Physionomie nouvelle de Marst^iilu. — Nouveaux privilt':»es. — Suppression de la fraQch>ie du Porl. — Le comte de VilJencuve-Bargemont. — Uéloruies — Foudaliou de plusieurs élablisseoMiits utiles. — Lilténtnre » Sciences et Arts.'- Le marquis de Pistoret. — Grosson. — De Lanticr. - Albouy dit Dazincourt. — M. Barthélémy. — M. Méry. — M. Autrari. — M. Capefigue. — M. lA>iih T?( \liaii(1. — M. h<hu\ V,07.]m. — M. Eugène Guinol. — M. Eugèûe Forcade.— M. Amédée Achard. — M. Taxile Delord.— M. Papéty. — GunîUe Rosiao. — Jauffret. — Ecole secondaire de médecioc.— }la$éa d'bisteire Dalurelie. — Ecolé gratoile de miinqne.— Ecole gralotle de dessio. — Sodété statistique. — Athénée. — Athénée-ouvrier. — Situation politique. — Folies de la Réaction.— Agitation libérale.— Benjamin-Constant — l.o ij.'in'ni! Foy. — Lafavottc.
— Royer-€ollard. — Assassinat du duc de Berry. — Lea sociétés secrètes. — LecarbODaràine. — Complots. — Ganm. — Vallie. — Blanclurd* — Beiton. — Les quatre sergents de La Rochelle. ^ H. Déanosthèoes Ollhner. -~ M. PMima.— - Mort de Louis xvin. — Avènement de Charles x. — Ministère Villèle. — La congrégation. — Progrès du libéralisme îi .Marseille. — Union des mécr»n(ents. — Journaux de l'opposition marseillaise.— Ix Phocéen. — Lè Mesfayer de Marseille. — Le Sémaphore. — Victoires navales. — Hintetère Nirtigaac Mioistèra PdiglMe. -~ M. îlioans. — Mort doeoBDte Villeneuve-Ban?emont. — Douleur des Marseillais. — M. le marquis d'Arbaud- Joiiques.— Préparatifs de IVxpôilition d'Alger-, conqtu''it». — Ordonnancf s de juillet.
— Révolution de 1830. — .Stupeur ii .Marseille. — Fuite de M. d'Arbaud-Jouques. — Démission de M. de Montgrëiid. — Le drapeau tricolore. — M. Tardieu. — Attitude pacifique de Maneille.— Avènement de Louis-Pliili]ipe Les Mgitimisles relèvent la tête. — Règne de la bourgeoisie. — • H. Thicrs à .Marseille. — Energique opposition du Sémaphore . — Mot de M. Thiprs. — Paroles séditieuses d'un jm'iro. - M*"' la duchesse de Berri. — Complot, — Le Carlo-Alberto. — Insurrection; échec. — Dépari de la duchesse de Berri pour la Vendée. — Le général Daurémont.-^ Plise dn GailtK Alberto. — Voyage da dne d'Orléans en Piraveoce ; il vient à Marseille. — Fêtes. — losorrecUon des 5 et 6 jun» — Sittntion des partis. — Collisions. — Journaux républicains.— Le Peuple toucerain.— M. Maillefer. — Ressentiments de la bourgeoisie.
— Associaiioas politiques. — La société des Droits de rHomme.— insurrecuon de
HUlOiAE OE HAUSEILLE.
hftu, — FlMUê MNiTclte poUiét pir FtupU àotnêMn . — AgitM<m flaàs KcMft.
— AUibide càm des sections. — ArrestatioDs Ifdddlfttion du ponvoir.*^ BiAne' mfnf tri?!i]'u>, — La gardn mmiicipalo, — Moiitcscaut. — Hnioa des légitimistes et dM rtpuLlicaïuà. — Banquets. — Elections. — Le choléra. — Prospérité commercialp. — toiAeaiiasdâRsr. -» IfavigatioQ traasatlutique. ~ Aittbîiidhsscment du parti légitiaille. — M. Berryn-.— R«fl«iiM$ mt h ndnanMe dfijiûllet. ^ tUMMiO» dé 1848.
— CoacUMon. — Leltie 4e Laoïrtiwl Béiwger. — Ott'idvîeedn-l-il de ce Km .f
Sans abdiquer son rôle politique , pendant la comédie de quinze ans, Marseille rentra définitivement dans les eonditions normales de son existence laborieuse. Indifférente , en quelque sorte, aux humiliations de la patrie, elle donnait aux fêles de la religion et de la royauté le temps que lui laissait le soin de ses intérêts matériels, et se montrait prodigue de sacrifices el d'enthousiasme pour hone* rerla présence du duc d'Angoulème, pour faire ses adieuiaux soldats de la Sa in te- Alliante , pour fôter royalement la jeûna fiancée dii dUc de Bérri.
A dater de cette époqiie , la ville prend une pliysionomie nouttelle. Nous Tavons vue, par une suite d'heureuses transformations, arriver insensiblement à cet élai de heauté majestueuse , qu'on adinilre aujourd'hui ; mais ce travail de régénération n^élait pas seulement physique. Sous le rapport des habitudes, des mœurs > des idées , elle suivit le torrent de la civilisation, t^ks lors , elle nous appareil nettement et plus que jamais sous le triple aspect industriel , royaliste , et catholique. Auk derniers temps de l'Empire , )e commerce marseillais était dans la situation la.plus déplorable : les transactions étaient compIèteAient suspendues. « Dans les jours mêmes de sa splendeur , Napoléon avait mal compris les idées de banque , d'échange et d'industrie ; il forçait les mpporls de peuple à peuple, san.s jamais rien laisser à la liberté, à la puissante concurrfnco : quel pouvait être le commerce extérieur , lofS(jue nul navire ne sortait du port sans devenir la proie des etoisières anijlaises ï.e caljoiage même était interdit; les revenus des douanes Loijijilaientpas un cinquième de ce qu'elles
rapportent aujourd hui , et pourtant ce sjstërae s étendait jusqu à
&V0 hiSlOlUK
Hambourg, (capepiocb). » Marseille était donc complètement ruinée , comme le Havre et Bordeaux. La paix devait lui ramener toutes les richesses du monde. Alors, en possession de nouveaux privilèges, depuis que la suppression nécessaire de la franchise de son port ' la soumet à la loi qui régit les grands ports de France , Marseille industrielle redevient ce brillant marché , par où Tabon* dance se répandait jadis dans les Gaules.
Marseille royaliste gémit sur les fautes du gouvernement , sans que ses sympathies en soient altérées, sans que Topposition libérale recrute beaucoup de partisans cbes elle. Sous Tadroînistration éclairée et bienveillante du comte de Yilleneuve-Bargemont , elle appelle les réformes sans impatience , fonde des Sociétés de bienfaisance , une Caisse d'Epargnes pour les ouvriers , et voit B*élever dans son sein une Station télégraphique , un Hospice de la Maternité , une Ecole de Navigation , l'Ecole des sourds et muets ;
se multiplier les fabriques et les manufactures ; — «^améliorer niospice des insensés et les Prisons.
Marseille catholique se distingue par son esprit de tolérance. Tous les cultes y vivent en toute liberté de conscience, et son siège épiscopal , si glorieusement honoré par M. de Beisunce et M. de Belloy , mort cardinal et archevêque de Paris , reçoit un nouveau lustre des vertus de M. de Mazenud.
Sans marclierà la tôle de ce grand mouvement social , la Littérature, les Sciences et les Arts rayonnèrent d'un certain éclat dans la pairie de Pastoret. Meilleur jnrisconsuUe qu'habile homme d'Etat, et membre de rAeaticMiie (ii s lnsi i ipiiuns, à vingt neuf ans, Pastoret appartient, par ses prermers essais , à l'école philosophique du xviii'^ siècle. — Hisloire gniérale dp la f.éfiislation des peuples, publiée sous l;i Ur>Iauralion , est sou piu> beau titre de gloire. Pendant la période unpériale, la littérature n'eut pas
■ f Li Restanratioo , dit M. Berteaut , pour n'avoir pas tenaeompte de h position toute particulière de Maricille , fit un présent sli'rilc el n)'*mc onéreux à notre porl , lorsqu'en 18i5, elle le (Iota d'une franihise que les eniravos douanières rendirent tout à fait illusoire. Cett« coDsidérationi jointe aux nécessités nouvelles que le temps avait créées, détermimi le comneree è deauudsr le letnit du port ftiee. (Mabsoub kt us wriittn MAfio* mus Qin SE RATTACHENT A SON PORT , ouvftigt murmmi en 1845 ait concours fwii par Jf. U baron PHi» tU Beaujour). •
DE MARSEILLE. ft7l
de plus illustre repréieiitaiit à Marseille. Les crises révolutionnaires suppriment naturellement les études sérieuses. La théorie des idéeiB foit alors place à eette rie pratique et ardente qui vieillit et dévore si vite les hommes. Et d'ailleurs un despotisme vigoureux pesait sur la presse et lui enlevait toute libre discussion. Grosson datait déjà de la seconde moitié du xvm'^ siècle , et le Reateil des antiquités et monuments marseillais formait luut son hagage littéraire. Fruit do patientes et consciencieuses recherches, ce recueil a jeté une vive lumière sur la partie archéologie] m de l'histoire des Phocéens de la Gaule. De Lantier , ancien capitaine de cavalerie , était contemporain de Grosson par ses travaux , dont le plus connu est le Voyage iTAnieaor en Grr^re , surnommé fAnacharsis des lioiidoirs. Sa comédie de l'Impatient révèle un certain esprit d'observation. On trouve éj?alement de gracieux détails et de jolis aperçus dans ses Voyageurs en Suisse. A la mAri].' f piMjiie, Marseille avait fourni au Théâtre-Français l'un de ses jilii^ ( ( I( hres artistes , Albouy dit Dazincourt. Tous ces hommes (i eiite honoraient leur mère-patrie , qui les cite encore avec un juste orgueil. >h)is le nombre en est assez restreint pour témoigner du peu de goût que les descendants de Pvthéas et d'Eulhymènes avaient alors pour les Belles-Lettres. Il fallait des jours meilleurs, il fallait des temps de repos , de loisir et de prospérité publique pour voir refleurir l'atticisme des premiers Grecs dans le sein de la cité phocéenne. La Restauration en marqua le réveil , et deux hommes , frères jumeaux par la poésie , inaugurèrent glorieuse ment la voie intellectuelte , où Âlarseilic aspirait à marquer sa place. Nous avons nommé M. Barthélémy et M. Méry , ces hardis héritiers du génie de Juvénal , qui firent aux réactions de la monarchie une guerre si redoutable ; — M. Barthélémy, l'élégant et habile traducteur de Virgile ; — M. Héry, cet esprit ai fin, cette imagination si féconde dans le roman , ce conteur si aimable » si ingénieux dans l'intimité des douces causeries. Entre les mains de ces deux rodes athlètes , la satire a imprimé de sanglants stigmates sur le front de bien des renégats politiques. « Leur premier essai en ce genre fut, je crois , VEfiireà Sidi^ Mahmoud. Fenvoyé musulman qui venait négocier dans la capitale.* On lui offirait Taspect de Puris dans des strophes riches et pompeuses, les
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niisères élégantes de cette capital^, les infirmités 4sk vic&#i di la police ; Qn y attaquait les hommes et les çhçaea , nm illd^uer autrement que par des initiales les |i|e.r8opoages notoirement connus ; on les désignait par la rime , s^Yéc une si cruelle exactitude , que chacun pouvait les reconnaître et les .saisir. Après l'Epîlre à Sidi- Mahmoud , vinrent les Adieux, plus repAarqua^il^ft et plus riches de poésie. La collaboration de ces deux hommes avait produit des vers t^ussi hriilants que |es carieatKm des grands maîtres ; la renommée Tint à f»ux et ils suivireiUt le torrent, (capbfigiii). •
Au tour de ces deux magmfiques inteQigencea » s^ pirates 4» sève poétique , Marseille a vu peu à peu se grouper quelques étoiles qui lui complètent aujourd'hui une radieuse auréole. Cest encore, dans la poésie , M. Autraa , l'auteur ie la PiUe d'Esch^, cette étude antique, étincelante de mâles beautés ; dans l'hisioife* Bt Capefigue , de Técrin littéraire duquel noue avons détaché quelques perles, pour en parer notre œuvre dans la triple sphère du journalisme , du théâtre et du roman , MM; Ibouis Reybaud , Léon Gozlan , Eugène G.uioot , Eugène Forcade , Amédée Achard, Taxile Delord ; dan^la peimure M. Papéty , ce talent si gracieux , moissonné dans la fleur de Fâge ; — puis enfin quelques noms plus modestes dans le passé , tels que Camille Rostan, le botaniste, et JaufTret , le fabuliste.
C'est sous cotte impulsion civilisatrice que se créèrent une Ecole secondaire de médecine, (1818) , un Musée d'histoire naturelle ( 1819) , une Ecole gratuite de musique , ( 1821) une Ecole gratuite de dessin , la Société de SlaListique (1827), l'Athénée ( 1828 ) , et beaucoup piu.s tard , V Athénée ouvrier ; — nobles écoles d'émululiou intellectuelle qui ramènent Mai.st jlle dans celle voie resplendissante, où, jadis,, elle méritiàt qw I^l surnommât l'Athènes des Gaules.
Cependant les folies d'une réaction aveugle ne connaissaient plus de l)ornes; et les éloquentes protestations de Benjamin-Cons-r tant, de Foy, Lafavette , Royer-Collard , mal écoutées à la Clianibro, allaient soulever dans les masses d'énergiques colères , qui se traduisaient déjà, en mouvements tumuUueux.L'opinioaiibéJcaïe,
m: mauskii i k. 5:1
accusée de Tassassinat du duc de Berri (13 février 1820) , formait des sociétés secrètes par loute ia France ; et les habitudes perdues des clubs reparaissaieoldaas les venlet du carbonarisme. Marseille eut aussi ses initiés , à la tète desquels se trouvait le chef de bataillon Caron. Riche, vaillant, infatigable, Garon jouissait, dans le monde, d*une position influente 11 en profita pour organiser une conspiration militaire avec Vallée , ancien capitaine de cavalerie, et Blanchard , olficier en demi-solde. Biais les meneurs, obéissant plutôt aux conseils de la haine qu*à ceux de la prudence, échouèrent dans leurs projets. Vallée et plus tard Caron payèrent de leur tète des tentatives insensées. Loin de se laisser intimider par ces vengeances judiciaires, l'opposition en fit un crime à la Restauration, et ne s'en irrita que davantage contre les bourreaux de Berton et des quatre sergents de La Rochelle. La violation du secret des lettres apprit au pouvoir lus sympalhios (ju'inspirait le martyre de ces coiira;;i^uses victimes. Un Marsi-illais, >l. Démosthènes Ollivier, — ipji ( uminenrail à peiiic, dans les rangs de l'opposition , ce rôle actif, auiiuel il a du l'honneur de siéger à la Constituante de 1848, — avait, dans répancheuieut «les confidences intimes , échangé avec uu Toulon nais de ses amis . M. Pourria , quelques regrets sur le sort de \ ailée. Arrêté et mis au secret, il faillitpasser en cour d'assises, sous la preveutiun de complicité dans le complot de Caron. — Faute de charges , il fallut bien se contenter de le renvoyer, lui et M. Pourria, devant le tribunal correctionnel de Marseille , qui les condamna à six mois d'emprisonnement et à 1,000 fr. d amende, comme coupables « d'avoir divulgué des écrits outrageants pour la morale publique, les jurés, la cour d'assises, etc. , et tendant à exciter à la haioe et au mépris contre le gouvernement du roi. » Ils en appelèrent de ce jugement. La cour royale d'Âix le confirma, et la cour de cassation rejeta le pourvoi, malgré l'éloquente argumentation de M. Odilon-Barrot.
Cette miquité judiciaire émut profondément les patriotes Marseillais , et l'agitation libérale ne fit que 8*en accroître. Tant que Louis xviii vécut , son intelligente modération servit encore de frein à toutes ces passions ardentes , qui poussaient vers Tabîme un trône à peine relevé. La politique de Charles x réalisa tous les pressentiments qui étaient venus assaillir son frère sur son lit de
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mort . Le ministère Viliële , conservé au début du nouveau règne, entendait gronder derrière lui l'ancienne eour et la congrégation, — celle puissance , éclose au pavillon Marsan , qui couvrait le sol méridional de communautés religieuses. Quelque fût son dévouement absolu au principe monarchique , Marseille ne pouvait rester insensible aux fautes monstrueuses de ces hommes du passé , qui avaient vieilli , sans profit , à l'école de Tadversîté. Toutes les mesures rétrogrades du gouvernement Tépouvantaient pour l'avenir ; mats elle souffrait plus douloureusement des blessures que faisaient à son égoîsme , ou à son orgueil , — la loi d'indemnité , exclusivement favorable aux anciens propriétaires fonciers , tandis qu'elle n'avait éprouvé que des pertes toutes mobiliferes ; — Tinsolente domination des nobles et des jésuites ; — la loi du sacrilège, la censure , le privilège du double vote , les prodigalités de la cour et la dissolution de la garde nationale. Aussi , dans l'attente d*un commun danger, là, comme ailleurs, les francs-maçons, les carbonari , les bonapartistes , les républicains , les mécontents étaicul tous confondus sous le nom de liliéraux ; et de courageux écrivains, recueillant l'héritnge du Phocéen , qu Alphonse Rabbe avilit élé forcé d'abandonner après une luui le carrière , osaient, en dépil des entraves de la loi, faire entendre d'éneriîiques protestations dans le Messager de Marseille et le Sémaphore. Ttjules ces intelligences, actives et impétueuses . comme le ciel du Midi qui les avait vues nnître , obéissaient ;> de chaleureuses convictions ; et la persécution était toujours au bout de leurs cflbrls, sans altérer leur dévouement a la cause du vieux libéralisme. En vain !e pouvoir essayait-il d appeler la gloire militaire à son secours, pour reconquérir un peu de popularité ; — les clameurs du dedans couvraient le bruit de la victoire navale du capitaine Collet contre le dey d' Alger et de la bataille de Navarin. Le ministère Marlignac avait seul réussi à rallier pour quelque temps l'opinion , et la transition au libéralisme aurait pu s'opérer san^ (ffusion de sang, quand le prince de Polignac fut annoncé à la France (août 1829). Marseille reçut cette nouvelle entre une joie et une douleur. L'opposition y avait » au mois de mars , obtenu un triomphe écla* tant par l'élection de M. Thomas, bâtonnier de l'ordre des avocats, et Tespoir lui était revenu. L'avénement du prince de Polignac
DK HAnSfiiLLË. &7&
au minisli're elaii une menace. Il jeta de tristes press('iilimeni,s »lans l'âme des Marseillais , et c'est sous l'cinpire de cette stupeur universelle qu ib eurent à pleurer la mort du comte de Villeneuve (12 octobre). Ce fut pour la ville comme une alïliclioii de fauiillc. Le deuil était dans tous les Keiirs. Les aftaires commerciales furent suspendues , les spectacles termes , et un immense coi tcj^e de citoyens accompagna à la demeure dernière celui , qui , dans des fonctions difficiles, avait trouvé le secret de mériter l'estime et la vénération de tous les partis. Quelle plus belle oraison funèbre que ce concert de regrets et de larmes autour d'une tombe ! 11 n'était possible de faire oublier l'administration paternelle du noble comte de Villeneuve , qu*en marcbant dans la même voie. Malheureusement, M. le marquis d'Arbaud -Jouques arriva, pour lui succéder, avec une leçon toute faite par le princ^e de Polignac. Soit conviction, soit aveugle obéissance,' le nouveau préfet fit dMnutiles efforts pour rendre les esprits favorables au retour de la monarchie vers les traditions du passé ; et il ne fallut rien moins que les préparatifs de Texpédilion d'Âlger, pour dis^ traire un moment Marseille des puissantes préoccupations de la politique générale. La présence des ministres Bourmont et d*Hau6séz et du duc d'Ângoulème ramena les fôtes des jours d'enthousiasme monarchique. Mais cette trêve à des pensées plus graves fut de courte durée. La dissolution de la Chambre , coupable d'avoir parlé à la couronne un langage énergique , était un défi jeté à la nation , qui ramassa le gant. Evidemment la royauté du droit divin courait à sa perte de propos délibéré. Eblouie par la conquête d'Alger (6 juillet 1830) , qui ne put réhabiliter M. de Bourmont, elle se crut tout permis. Vaincue sur le champ de bataille électoral', malgré la scandaleuse violation des voles, et malgré l appni du clergé, elle répurulii à l'opinion libérale par les audacieuses ordonnances de juillet, publiées le 26 ; et, le 29, tout était dit.
La dernière iolie de Charles x produisit, à Marseille, des sensations bien opposées. La noblesse y vit le salut de la monarchie ; la bourgeoisie se laissa aller à l'espoir du triomphe de sa cause ;
• M. TbooM» . qui cv«H voté tvee les Sf f , échoua du» le dépirtemcnt des BouchesHlu- RhAïke, et Ait éln daiiB le déperleneot de rSnre.
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le peuple ne raccueillit que comme un événement ordinaire. Nul , dans ces ordonnances liberitcides , nul ne voulu I lire le mot ■AvoLunoR ! Car tous en avaient peur, -^nobles, bourgeois et peuple : — les nobles » parce que l'orgueil les aveuglait ; — les bourgeois, parce que i'égoisme les étouffait ; — le peuple , parce que l'ignorance épaississait sur ses yeux le voile de l'indifférence. La ville était dans une attente suprême , quand la lutte héroïque des Trois Jours vint lui apprendre récroulement du trône, et ajouter à ses inquiétudes , à ses angoisses. Mais la précipitation des événements la tira bientôt de ses cruelles incertitudes. Le l^août , M. d'Arbaud s'enfuit , après avoir fait afficber la dépèche télégraphique , qui annonce le choix du duc d'Orléans comme lieutenantgénéral du royaume; le 3, la garde nationale, nouv<jlleinent réor^aui.^t i' . s empare de quelques postes ; le marquis de Montgrafid donne sa démission ; le 4 , il ne reste plus de fonctionnaires que Patour iicaux , commandant de la 8*" division , l'adjoint au maire. Tardieu.et Taxil , le proeurour du roi. Le 5 , le drapeau tricolore llotle sur les princi()aii\ cdifires : et M. Tardieu , installé h l'Hôtel-de-Ville depuis trois lifure.s du matin, forme , avee le Conseil niuiin ipal , la Chambre de Commerce , l lnUMidanee sanitaire et la plupart des notables de la cité , — une assemblée , qui récompense sa courageuse initiative par un vole unanime de remercîments , et lui adjoint MM. Lemée, Rabaud, Rostand, Ëstieu , Rousse! d'Allorme et Alban Regny.
M. Tardieu était dévoué à la branche aînée des Bourbons et aimé du peuple. C'était assez , s'il l'eût voulu , pour jeter Marseille dans les hasards d'une résistance violente à une révolution , dont on ne prévoyait pas encore bien le dénouement. Ce généreux citoyen n'en eut pas même la pensée. L'attitude pacitique de la cité était la plus sévère condamnation du dernier règne , il le comprit et s'attacha seulement â prévenir les désordres , qui pouvaient résulter du chômage , en donnant du travail aux ouvriers. Le maréchal de camp Garavaque commandait la garde nationale , et le général Delort avait rempkcé le général Patoumeaux. En outre • une compagnie de capitaines marins veillait à la- sûreté du port et des quais. Toute la population était dans le plus grand calme; le 12 au soir, elle apprit que h Franoe venait auari , comme
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l'Angleterre, d'accomplir sa révululion dt; 1688, et que Louis- Philippe avait accepté la couronne , ce rêve de toute sa vie !
Cette révolution de palais ne menaçait pas assez les intérêts matériels de Marseille, pour y rencontrer de nombreux adversjui t's. Les fautes de la hranchc aînée des Bout Ijous rallièrent bien des sympalbies à la jeune royauté de Juillet, et l'on n'eut pas à déplorer le retour de ces luttes effroyables , qui avaient inancruré la seconde Restauration. Pourtant, la cause de Cliai 1rs x n avait pas perdu tous ses partisans ; — ceux-ci, un moment altérés sous le coup qui les frappait, ne tardèrent pas à relever la tête, et répandirent la nouvelle d'une troisième Restauration appuyée par les armes de l'Etranger. Ces bruits, ces espérances, dont le clergé, plus particulièrement fidèle à la Légitimité , se faisait l'ardent propagateur, tout en inquiétant bien peu le gouvernement, n'en avaient pas moins pour résultat d'agiter le peuple et de suspendre les travaux. Le dédain même des autorités enhardissait les carlistes à ce point , qu'ils croyaient pouvoir impunément manifester des velléités agressives dans les cafés contre les artilleurs de la garde nationale. Velléités qu'une attitude un peu ferme suffisait heureusement pour faire évanouir, et qui se changeaient alors en menées sourdes , en intrigues ténébreuses. Hais , c'en était fait des illu* sions de la noblesse ; car il n'y avait guère que la noblesse qui en conservât encore , quand tout aurait dû lui en démontrer Tinanîté. M. Thomas occupait le poste de la préfecture ; les électeurs envoyaient M. Reynard à la Chambre des députés; M.Thters devenait ministre. Le Barreau , la Boutique et les Lettres régnaient, c'està-dire le talent el les écus ; — c'est-à-dire cette classe intermédiaire entre l'jii laiir et le peuple, et qu'on appelle la bourgeoisie, rs'çlail-ce pas pour les partisans du droit divin uii avertissement que le prestige de la nnis>ance s'était, sinon complètement effacé, du moins considérableiuent aiiaibli / — que l'avénenient de la bourgeoisie, loin de ramener la société dans les voies traditionnelles du passé , était au contraire un acbeminenient naturel vers l avénement du peuple , à qui l'édiicalion poilliquc manquait seule pour conquérir sa [)lace de j»riii)e-saiil ÎS'on ! les amis du monarque déchu ne voyaient pas ce qui était palpable , no comprenaient nullement 1 esprit de la Révolution de Juillet.
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Triste aveuglement des partis , que l'eipérience ne corrige jamais , que Tamour de la domination précipite toujours dans les hasards des luttes ciTiles , sans respect pour le sentiment national , sans souci des perturbations profondes que peut causer à l'univers entier Tagitation d un grand peuple. Et cependant, en interrogeant l'opinion publique , il était facile de se convaincre des progrès que disaient chaque jour, les idées libérales. Deux ans s'étaient à peine écoulés que Tanathëme populaire allait frapper ceux qui , une fois en possession des honneurs et du pouvoir, reniaient lâchement leur orij,nne. M. deTalleyrand avait beau donner à M Thiers droit de cilé parmi l'aiislocralie , en disant de lui : «Il n'est point parvenu , il est .irrivé ; » M. Thiers, l'historien désintéressé de la révolulion de 89 , avait , aux yeux de ses concitoyens, le tort impardonnable d'oublier les promesses de toute sa vie. Aussi , quand lui vint la pensée d'aller chercher des ovations dans son pays nalal , il y trouva qut'hjut foisde rudes leçons , dont il ne (lovait pas proliler. A !a veille de son arrivée à Marseille, le Sémaphore s'écriait: "Si le minislère a des peiisious, déshonneurs et des places, pour récompenser les serviles, des destitutions pour punu- les indépendants , le peuple aussi a des moyens tout prêts pour honorer ceux qui le servent, pour flétrir ceux qui le trahissent. Déjà il a donné des preuves de discernement et d'équité; déjà , dans quelques départements, justice éclatante a été rendue. 11 poursuivra , n en doutons pas , l'exécution des arrêts portés par l'opinion publique. Dans toutes les parties de la France , les hommages flatteurs, les couronnes civiques attendent le député qui a su comprendre et remplir son mandat; partout celui qui fut assez lâche pour sacrifier ses devoirs à de vils calculs d'intérêt ou d'ambition , verra se manifester, à son aspect , Texpression non équivoque de rhorreur et du mépris.
« Fidèle à un système dont le succès repose uniquement sur Terreur et la fausse direction donnée 4 l'opinion , le pouvoir a la faculté, il est vrai , de comprimer, de nier, au besoin, les actes de justice populaire ; mais c'est à la presse indépendante et libre , à la presse qui sait apprécier l'importance de sa mission , à les constater , à les provoquer. Courage donc , citoyens I prodiguez au loyal défenseur de vos droits les témoignages de vos respects,
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de votre reconnaissance ; nu craignez pas de vous livrer à trop d'enthousiasme: le dévouement, les vertus civiques sont rares parle temps qui court. Entourez, comblez d hommages riiomme que les séductions et les menaces n'ont pu soustraire à ses devoirs; mais le lâche qui , pour de I or ou de vaines dignités , démentit sa vie passée : l'infâme qui, aprl's avoir combattu les abus , voulut, les conserver, (juand il les eut goûtés ; l'ôtre vil qui viola ses promesses et ne fut fidèle qu'à son ambition , vous ne le flétriret jamais assez. Qu'à chacun de ses pas, un cri d'indignation s'élève; que la réprobation universelle marque son front d'une tache d'infamie indélébile; qu'il apprenne en6n ce qu*il en coûte de renoncer à Tesiime d'une nation. »
L'apostrophe était trop directe, pour qu'on pût s'y méprendre; et M. Tbiers reçut à Marseille un si mauvais accueil , qu'il lui échappa de dire : «Je saurai me venger, un jour, de la réception que me font les Marseillais. » — * Vaine menace , dont les futures ovations devaient effacer le souvenir, en dédommageant Torgueil de cet homme d'Etat par le spectacle de nouvelles apostasies. Eh bien j en dépit de ces manifestations qui révélaient le travail per* sévérant de l'idée démocratique, les légitimistes ne perdaient pas courage et rêvaient un triomphe chimérique. Ils ne tenaient aucun compte de la situation du pays , « oU le peuple jouissait d*une prospérité que le voisinage d'Alger, fécondé par la paix, semblait sur le point d'accroître (i.. blanc). » Ils comptaient encore sur leur indaence et sur l'ascendant , que le cierge avait conservé , mal,^nr ses fautes, pour appeler la multitudi; à l'insurrection. Un prêtre n'avait j)ascraint de laisser tomber, du iiautde la chaire, ces paroles sédiiieuses : «Lo jour du triomphe approche; Incntôl vous aurez à combattre peut-être pour la bonne cause; mais s il le faut , nous ministres des autels , !a croix à la main , nous marcherons h votre téte , nous vous désignerons les impies que vous devez fouler aux pieds. »
Sur ces entrefaites, ie gouvernement fut informé «que Madame, duchesse de Berri, âme ardente, généreuse, rêvait des projets de débarquement sur les côtes de ce pays de France qu'elle avait quitté, nouvelle Marie Stuart, avec tant de douleur, (capefigue). » Toutefois , indépendamment de l'impuissance du parti légistimiste
5to iii&Tome
en proie à du graves dissi'nlinu nls, le corn plot fut conduit à Marseille avec beaucoup d'élourdeiie et même df m uivaise foi. Dus agents gardèrent les sommes envoyées par la duchesse de Berri. Quelques-uns la ti iliissaienl. Puis, il y avait une incapacité profonde parmi les meneurs ; on nétrligeait les amis les plus sûrs. 11 dominait enfin pnrtn\it un besoin de tranquillité publique, de commerce et d'industrie (iiii ciiuam3it même les eorlistes d'opinion à craindre de se prononcer pour leur cmxp rjti jn ix dr 1 ordre public. La duchesse do Rerri n'avait pas fait entrer tous ces obstacles en ligne de compte dans ses calculs d'enthousiasme. «Elle se croyait encore en 1815, sans s'apercevoir que quinze années de paix avaienl suffi pour changer Jes esprits et créer une nouvelle génération. » Son caractère aventureux , soutenu par une exaltation chevaleresque , par une foi sainte dans sa propre cause, rêvait un plan de contre*révolution , identique à celui de Napoléon débarquant au goire Juan; elle voulait avoir, elle aussi , sa marche victorieuse sur Paris.
En effet, }e Carlo-Alberto , parti de Reggio, le 25 avril 1832, cingla vers la France, emportant sur son bord la royale exilée et ses illustres compagnons d'aventure. Le 27, il s'arrêta devant Nice, pour s'approvisionner de charbon, et, le 28, à minuit, il parut au * phare du Planier , aux environs duquel était fixé le rendes-vous. Là, le capitaine fit hisser deux fanaux sur le navire. A ce signai, convenu avec les partisans de Madame dans la Provence, une barque ne tarda pas à s'approcher du Carlo-Alberto , quoique la mer fut houleuse. — Quand le mot d'ordre eut été échangé , Bbrie- Caroline , MM. de Kergorlay , de Bourmont, de Mesnard et de Brissac , tous revêtus de costumes de pêcheurs , descendirent dans le frêle esquif, gagnèrent la côte, abordèrent sans accident à Carry, port solitaire dans la grande rade de Marseille , et parvinrent jusqu'à la chaumière oii l'on avait préparé un asile à la duchesse.
«L'insurrection devait ainsi éclater , bruyante , tumultueuse , comme elle s'était faite en 1814 et en 1813 contre Bonapai iu a Marseille; au milieu du désordre, la duchesse de Berri se fût montrée comme régente de France. Mais les temps étaient bien changés, les intérêts n'étaient plus les mêmes ; le peuple s'était dégoûté , sous la Restauration, du devoir de se montrer plus fidèle; la masse
DK MARSEILLE. Ml
lies patriotes s'élant accrue , la compression d'un mouvement carliste était donc facile ; dans le haut commerce, trop d'intérêts étaient engagés avec l'ordre de choses nouveau, pour que le dévoue* ment mit en jeu sa fortune. Tout était environné d'un certain mystère , les agents de la duchesse n'étaient ni habiles, ni populaires, ni importants, et très peu nomhreux ; quelque argent était répandu aux vieux quartiers de la cité, gardienne de la fidélité bourbonienne. Sur ce point l'insurrection fut essayée, et l'on s'y prit avec une gaucherie et une maladresse extrêmes (capefigub). » Le hasard concourut en outre à la faire échouer presque au début. Dans la soirée du 28 avril , un des plus zélés partisans de Marie* Caroline, surpris du retard du Carla-AibertOt avait pris un bateau sous prétexte de pécher et de chasser, et s'était dirigé vers l'île de Riou , au midi de Marseille. Mal habile à dissimuler ses angoisses , il demanda de la lumière , en route , parcourut un pnpier et i cgarda sa montre. Soudain , un autre bateau pécheur s'approche; et, après quelques paroles échangées tout bas, l'inconnu donne Tordre au patron Tarteiron de gagner le rivage. Or, la fatalité conduisit les gens de cette barque dans le cabaret où se trouvaient ceux qui venaient de débarquer Madame. Ces derniers laissèrent érhappcr leur seeret, dans le cuiu s de copieuses libalioiis, el lu liouvelle arriva rapidement aux oreilles de l'auturilê. Dès lors, on se mit en mesure contre nn soulèvement probable, et l'on doubla les postes à ^lar.sedle, dans la nuit du 29 au 30 avril.
De leur côté , les conjurés n'avaient pas d'autre alternative que de renoncer à leur projet ou d eu brusquer l exécution. Réunis à la Tourrelte , le 30, à cinq heures du matin, ils softnent le toesin à Téglise de Saint -Laurent et plantent le drapeau blanc sur son clocher. Puis, ils se déployent en deux colonnes, dont l'une s'élance vers les bureaux de la Santé publique, à l'extrémité du port , pour entraîner le quartier Sl-Jean.Là, le douanier est forcé d'abaisser le drapeau tricolore , qui est mis en pièces. L'autre colonne traverse le quartier des halles , en excitant les groupes et en criant : Vive Henri VI vive la CroioDl « Pendant ce temps , la foule grossissait , mais elle se composait surtout de femmes. Sur presque tous les visages on ne lisait que la curiosité , Tindifférence ou le soupçon. « C'est un mouvement ordonné par la police, »
m ' HISTOIftE
munnuraienl quelques votx. Les conjurés commençaient à sedécouragep. Kprhs avoir fait quelques pas sur le porl, ils prir ent le parti de remonter le quartier Siiinl-Jean. Les portes, les fenêtres se fermaient de toutes parts sur leur passage , et les persoiuus mêmes, qui les encouiiii<eaienl par leurs cris, s'abstenaient de les suivre. Ils comprirent alors que le mouvement élnif manqué, et résolurent de se disperser, (loi is blanc). » En re rn oinent , une masse de j)cu|)le , dirigée par le eolonel Lachautl , de la trarde royale, le eapilaiue de Berniond et M. de Candolle , ancien eunsul à Niée , parut vis-à-vis du Palais de Justice. Ici , l'on comptait fY;ii. miser avec la troupe, et assurer, par cette défection, le triouiplie du drapeau blanc. Cette illusion ne fut pas de longue durée; la troupe lit résistance; MM. de Lachaud , de Candulle, de Bermond furent désarmés et arrêtés. Là se termina l'insurrection. Â une heure, la duchesse deBerri recevait ce billet laconique : « Le mouvement a manqué , il faut sortir de France. »
Les autorités ne manquèrent pas naturellement de faire montre d'un zèle excessif. Le général Danrémont» commandant ia division militaire , était royaliste , mais homme d'honneur avant d'être homme de parti , et la duchesse de Berri avait compté lui , pour accomplir son 20 mars. L'événement lui prouva qu'elle avait eu tort ; car le général ne manqua à nul de ses devoirs*. Le
■ Le général Danréaioot s'empressa d'adrasser uo rapport snr le» événeoenta de Mu-
geilie flu maréclial minisire de la guerre ; en voici quelques extraits :
« Monsieur le maréchal , depuis pÎKjietirs jours la joif» indi-scr?!? du p?;rti carliste aurait seule éveillé mou aUention, si les rapports, qui m'étaient adressés, ne m'avaient point averti qneooiis tonchioDs ao dénouement de tontes aes intrigues. Je eonnaistats la plupart de ses ehefr I HanelUe, leur înlIiieDee et leurs moyens d'action. Je connaissais l'époque et la (juotité des envois d'argent expédiés dD Livourne ; je savais que des émissaires parcouraient la côte , reconnaissaient les points propices à un débarquement , et travaillaient la population, en y répaodaDtles bruits, plus coupables encore qu'alisurdes, d'intervention étrangère. Les réaoioos fréquentes du eooilté royaliste conânnaieot ious ces indices d'une procliauie comiDOtion, et les indiscrétions, échappées au secret de ces conciliabules, annonçaient que deux porsonncs d'un rang élevé, la duchesse de Berri et M. de Bourmout , viendraient appuyer de leur préseine les efforts des conspirateurs. Nons étions, M. le préfet d« Ronchesdu-Rbdne et moi , pn-vemis de nous tenir sur oos gardes, lorsque, le 27 avnl , à neuf heures du soir, des rapports, aimés de trois points différents, annoncèrent que le bruit courait de la prochaine apparition, en vue de Harsolle, de la duchesse de Berri . On ajoatait que les l ailihlcs avaient formé le projet de s'emparer, penJaiil la nuit qui allait suivre , des principales autorités du départemcut. Le 13* de ligne reçut aussitôt l'ordre de se tenir prêt au
DE MAIISKILLK. 58.!
préfet, M. Thomas, ami de Manuel, jacobin rallié, IreniMa d'abord devant une réaction royaliste, et non grossit que plus ta voix, quand tout danger fut passé. Les patriotes virent» dans cette audacieuse conspiralioD, la nécessité d'évincer du pouvoir tout ce qu'on avait eu l'imprudence d'y laisser de partisans de l'ancien régime. Uhomme le plus considérable du parti de la révolution fut alors le général Garavaque , commandant le département , esprit soldatesque et inflexible » qui devint le chef des patriotes à Marseille.
Cependant, la ville était bien vite rentrée dans Tordre, et une dépêche télégraphique du général Danrémont et du préfet avait annoncé tout k la fois le soulèvement et la répression. C'était bien sur quoi le gouvernement comptait. L'opinion légitimiste ne pouvait avoir aucune chance de succès dans Télat des esprits. Maison ignorait encore le débarquement de la duchesse de Berri. M. de Rergorlay seul avait été arrêté et conduit à Marseille. Il avait commencé par nier, puis avait avoué tout à fait son identité. Or, malgré ses vivesrépugnances pour s'emparerdesanièce, Louis* Philippe se trouvait dans cette position délicate — ou de l'exposer h un procès politique , sur le quel les partis fondaient de grandes espérances , — ou de mécontenter les patriotes , dont les journaux supposaient un accord entre le gouvernement et Marie-Caroline : aSi laClianjhredes pait'sn .àvait pas sanctionné la pénalilé contre les Bourbons, disaient-ils, c'est qu'elle était la complice de la branche déchue; si le roi avait refusé toute réaction sanglante contre sa lannile, c'est qu'il vouiait favoriser lui-nième une restauration avec la royauté de Henri v. » De pareils soupçons ne permettaient pas au gouvernement la moindre hésitation dans sa conduite. Ou renouvela donc l'ordre de poursuivre la Carlo-Âlberto , de le saisir, même sous pavillon sarde , sans tenir compte de la nationalité.
premier signal , et le l*»" escadron du régiment de gendaroiene de selltT les rhovaux ; les postes furent doublés. Ces précautioo4 prises , j'alteDdis. L.a ville était caliiie , \<dh lieux pnblies d<s«rts ; ma» une iictivilé ioquiète et impatiente s*ayitait dans les maison» de la ville vieille qui avaient été désignées comme point de réunion. On attendait le* bommes rlii port , ils ne vinrent pns. ('--ttp !!>>reciiiin ilt'rangea tous les plaos; enfia, le 30, è huit heures du malio , ie parti carliste se mit en action , etc.
1 Comte de danréjiont , lieutenant-général, comn)aniianl la 8* division militaire, i
ÎVHi HISTOIRE
ËD eiïet , dans la soirée du 3 mai , les passagers du nnvire aperçurent à l'horizon une longue colonne de fumée. Bientôt , ils virent nettement se dessiner, dans la brume, le bateau À vapeur le^ineot qui accourait de toute vitesse vers eux. Une de ses embarcations se détacha, et deux oflfieiers montèrent à bord du Carlo-Alberto, MM. de Saint-Priest , Adolphe de Bourmont , de Kergorlay fils , Sala et M"* Lebeschu étaieol h table sur te pont. L'un des officiers examina les papiers de bord et crut reconnaître la duchesse de Berri dans la personne de M'^* Lebeschu , qui se faisait appeler Rosa Slagiteno. Les ordres ministériels furent immédiatement exécutés ; et » tandis que Marie>^roline traversait le territoire français pour gagner les bocages de la Vendée , le Carh-Alberto, placé en rade de Toulon, fut remorqué par /c Sphinao et conduit à Ajaccio, oh il resta jus(ju'au 8, sous le coup de la plus rigoureuse surveillance. Le 8 , MM. de Saint-Priest , de Kergorlay fils, de Bourmont fils, et Sala furent transférés â bord du Nageur, pour être dirigés sur Marseille , où l'on ne larda pas aussi à transporter M"° Lebestliu , dès qu'il n'y eut plus de doute sur son ideiililé.
Tous ces événements n'avnieiit pas laissé que de préoccuper singulièrement les esprits eu Provence. L'indifférence de la population marseillaise, en face d'une tentative carliste, était une preuve rassurante pour le gouvernement. — Toutefois, il était de honne politique de faire diversion à de pareils souvenirs par le voyaire d'un fils du roi dans la patrie méridionale. C'était directement soumettre la nouvelle dynastie à la pierre de touche de l'opinion puhlique, et, par cela même, constater plus sûrement les antipathies ou les répulsions. Vers la fin du mois de mai, Marseille était encore sous l'empire de l'émotion que lui avait causée l'échauffourée des légitimistes, quand elle vit arriver dans ses murs le duc d'Orléans, sur le front duquel rayonnait alors la plus belle des couronnes, la couronne de la jeunesse, — couronne d'illusions et d'espérances ! Le jeune prince avait tout pour attirer les coeurs ; il fut noblement accueilli , et la réserve étudiée du premier magistrat de la ville se fondit insensiblement devant les entraînantes séductions de cette nature d'élite. Malheureusement , son séjour fut de courte durée. Les joies des fêtes, données k son intention ,
DK MAnSElLLE. M$
furent interrompues ptr la triste nouvelle de ilnsurreetion des 5
et 6 juin; et, le ïendeinain, il reprit le chemin de la capitale, laissant dans le cœur des Marseillais le germe d'une afToction qui devait le suivre au tomheau.
Cepeiulanl les journées des ô et 0 juiii semèrent des haines et des irritations profondes dans le parti démocratique ; il avait espéré, dans cette lutte suprême, se venger de tous les dépits, do " toutes les déceptions qu'il éprouvait depuis la Révolution de Juillet. La défaite enchaîna sa colère , sans abattre son courage. Aussi Marseille eut-elle fréquemment le spectacle de collisions sanglantes entre les patriotes et les carlistes, qui se pi omenaient par groupes dans ia ville , en adoptant , pour signes de ralliement, les uns des cravattes rouges, les autres des cravat tes vertes. Mais, depuis longtemps, la bourgeoisie éprouvait une lassitude de toutes ces secousses, de tous ces embarras du commerce à la suite des émeutes , et disait qu'il était l'heure de mettre un terme à cette anarchie dévorante.De telle sorte que l'énergique répression du pouvoir, en ramenant le calme dans la rue et la sécurité dans les affaires . obligea les républicains à se réfugier dans les sociétés secrètes et sur le terrain de ia polémique. C'est de cette époque que date la fondation du Peuple Souverain, qui devait faire au gouvernement, pendant dixhuit mois, une opposition si vigoureuse. Le SemapAore était devenu ministériel et laissait tout entier ce rôle de résistance systématique au nouvel organe de la démocratie. Ce rôloi M. Maillefer, écrivain de talent et de cœur, en accepta la rude responsabilité , et n'y ' faillit jamais jusqu'au moment où les persécutions étoufiërent sa voix et brisèrent sa plume. Si parfois il dépensait sa verve en pure perte , pour un pauvre arbre do la liberté , que Tadministration faisait disparaitre à cause de sa vétusté , ou pour quelques croix d'Iionneur, sollicité^ par l'insuffisance et la médiocrité ; — avec quelle haute raison , avec quelle audace de style , avec quelle ardente générosité il plaidait la cause de la sublime Pologne. Un jour, l'implacable Autriche envoyait en Afrique quelques-uns des enfants proscrits de celte héroïque nation , lorsque la tempête les poussa vers le rivage phocéen , comme vers une terre amie. Ils espéraient y trouver quelques heures de repos : il n'en fut rien.
Les magistrats se montrèrent inhumain a leur égard , et violèrent
586 lilSTOIRt:
tous les devoirs de la saiote hospiulilé. Les malheureux exilés furent arrachés violemmenl de leurhôteJ, maltraités, meuriris, en face de tout un peuple frémissant d'indignation, et jetés sur le brick de guerre la Mahume. a Cest la seconde fois en six mois, s*écriait alors M. Maillefer, que les antorités Marseillaises compromettent le repos et la sécurité de cette grande ville par un esprit de pur entêtement, de despotisme et de bravade. Elles célébrèrent l'anniversaire du 29 juillet, en portant la hache su r remblème de la liberté: c'était un attentat de lèse-nation dont il faudra rendre compte quelque jour; aujourd'hui, c'est chose plus grave encore, c'est un crime de làse-humanité ! »
Malheureusement, en effet, le pouvoir se dépopularise parfois par le zèle exagéré de ses agents. La peurest mauvaise conseillère, et labourgeoisie tenait toujours rancune aux patriotes, des dernières agitations publiques. Car il y a cela de particulier, dans les réactions politiques, que les opinions se montrent plus véhémentes que l'autorité même , et que plus les partis ont d'entraînements fougueux, — plus les gouvernements redoublent d'efforts pour leur résister. « C'est ainsi, par exemple, que le parti royaliste vainqueur en 1 81 5 imposait despotiqoement des lois aux vaincus ; il voulait des réactions, des pénalités, des conseils de guerre, des lois d'exception, des cours prévôlales: et ce fut une des grandes dillicullés des ministères Richelieu et Decazes (jue d'opposer une digue" a ce débordement d'une opunon victorieuse. (cAPEFinrE). ^ On ne doit pas oublier, et nous insistons sur ce point, que la ijourgeoisie régnait avec un roi , dont elle avait préparé l'avènement de longue main; avec un roi qu elle avait proclamé, sans consulter le peuple, tant elle avait iiàte de i^orlirde la crise révolutionnaire. Des lors, (aut-il s'étonner de l'ardeur passionnée qu'elle mettait à défendre son œuvre , quand celte œuvre était toujours pour elle la royauté avec une Constitution plus large, avec la stabilité du pouvoir et la reprise des transactions? Faut-il s'étonner de ses colères, quand de grossjei es insultes allaient frapper en j)lein visap:^ le souverain de son choix' ? Faut-il s'étonner enlin qu'elle se tint prudemmeni
■ On se rappelle les caricatures dont Louis- Philippe fut le sujet étemel . et dont il était te premier à rire . A MexseiUe « eo 1 1{34 , au manoequia qa'oa devait brûler, eeloo l'uiage , à
DE MARSKItLB. 587
en garde-eontre l'action dangereuse de ces associations politiques, qui, — comme la Soci^t^ des Amis du peuple , la Société des Droits de l'homme , la Soeiétà g iUloise et le Comité organisateur des municipalités, — enfantaient de si terribles révoltes. Qui pourrait nier que ce fût son droit? Nous ajouterons que c'était son devoir, par cela même que tout guuvernemcnt a pour égide le principe, en vertu duquel il existe, jusqu'au jour où il se suicide , en violant lui-même ce principe.
La Société des Droits de l'homme, dont nous venons de parler, était la mère et le type de toutes les autres. Elle résuinii it en elle toutes les maximes vitales de la démocratie : l'égalité, le rimimunisme, le pouvoir des classes inférieures; et, à ce titre, elle était le symbole vivant de la révolution française. Elle étendait partout ses vastes rameaux. Elle créa, dans les principales villes, le Démocrate, le Patriote, comiric rtle avait créé le Peuple Souverain à Marseille. Or, les titres de ces I iiilles riaient bien propresà réveiller les passions , à exciter !'('s])rit (]\ineute et de désordre. A Marseille, toutefois, il y eut dissitlcnrr entre les seclionnaires. Un tiers des sections élut un nouveau coniilr , qui adressa au comité central de Paris une déclaration de principes, ainsi conçue : «Citoyens, ce n est pas sans éprouver une vive satisfaction que nous venons aujourd'hui vous apprendre l'organisation définitive, à Marseille,
de la Société des Droits de l'homme En ce moment, le nombre
de la Société est de six-cent-soixante-quatorze membres Le
manifeste des Droits de l'homme et du citoyen, tel qu'il a été publié parla Société de Paris, a été accepté chez nous à runanimité, nous pouvons même dire avec enthousiasme. Chacun montre du zèle et de la bonne volonté : l'afTaire marche bien, nous en avons la preuve par l'inquiétude que déjà nous faisons éprouver à l'autorité. » C'étaient ià d'audacieuses paroles que le gouvernement tolérait jusqu'à un certain point , pour contenir l'esprit légitimiste , en majo* rité. Cependant, le jour où les associations politiques prirent une attitude ppr trop agressive, il parut urgent de diriger contre elles une lot de répression. La résistance fut unanime ; elle fut annoncée
la fin du caroaval , on voulut substituer uue éuoniie poire ; et l'autorité prit des mesures pour épargner tm ootnge au chef da rstal.
m mmm
à la tribune. Dans Ui p:iYS , les sociétés protestèrent de fontes parts' ; — et, refîel suivant do près la menace, h formidabie insurrection de Lyon vint sonner le tocsin de )n ^^uerre civile. II retentit dans quelques cîlf^s du Midi, à Marseille spécialement. Le Peuple Smtperaiîi fit iinu espf'r"*' d';^ppel à la révolte, en annonçant le siège des Tuileries et la proclamation de la T^npnblique. Cette fausse nouvelle répandit quelque agitation dan.^ la ville, et le préfet prit des précautions ; un l>r!rk de g^uerre fut embossé pour balayer la Cannebière. Mais, soit défaut d'unité, soit qu'elles sentissent leur impuissance numérique et morale, — car il y avait là plus de paroles bruyantes que de faits insurrectionnels , — les sections ne bougèrent pas. « Les habitants des vieux quartiers auraient jeté les républicains à l'eau comme les ihsulleurs des processions catholiques, alors même que les patriotes auraient appelé à leur aide la Société d'Aiz,8i célèbre sous le nom de la CougourdCt qui, en 1830, avait si puissamment aidé l'élcctioii de M. Thiers (capefigi'e). » Le Peuple Souverain piysi toutefois son audace, de la liberté de ses rédacteurs, et de la saisie du numéro incriminé qui devint une des pièces du procès d'avril. L'auteur de Tarticie, M. Bérard , fut emprisoDBé; les deux imprimeurs, MN. Senèset Mille, provisoirement écrottés et redevenus libres sous caution, furent mis hors de cause au bout de neuf mois; et des vbites domiciliaires ne tardèrent pas d'amener l'arrestation de H. Maillefier, de M. Barthélémy, courtier d'assurances, et de M. Richard, avocat. «Pour être juste , au surplus, dit M. Lardier, il faut reconnaître que, dans cette circonstance, l'autorité et le parquet, loin de déployer la rigueur que leur conduite antérieure pouvait faire craindre,
» Protestation.
» Le comité central et les chefs de sectioDS de I.i Société des Droits rfe l'Homme de Marseille , considérant que la loi sur les a5<;nciations outrage à la foU la justice et la liberté, en plaçant, au dessus des droits sacrés de rhuntaoité, la tyrannie la plus odieuse ei la plus détostaUe ; eoosldénst qa*e1]8 oondniiBe Hmndum dto h misère «t du traml à yim cninlif M solitaire auprès de la famille sans pain ; considérant enûn qu'elle a pour but de satisfaire aux exigences opprpssivps de la Sainte-Alliance, en nous dt'pfiiii!lant de la souveraineté au profit do quelques privilégiés corrompus , dont la devise a toujours été : diviser pour ré' gner, isoler -pour détruin , irrète ce qui iirit : La Sodéli ia Droits d* PHomms et du citoyen, de Marseille, »*«Df«g» ftir llionnear i déubéir et rétisier à 11 loi, pour n'obéir qu'à sa conscience. »
(jâuiveat 150 signatures).
DE UAHSRIUB. f^i
inuiilrèronl uih' inodéralion et même uneloyauléauxquelk'soii t't;iit loin de s'aUendre. Après quelques jours passis au secret, liarlliélemy fut mis en liberté, et les autres détenus purent communi- (jucravec leurs amis et eu recevoir tous k's adoueis.semenls que leur position cuinjjortait. On sait que celte détention, prolonîïée pour Maillefer pendant deux i\m. ne se termina qu'à son acquUlclemenl di tluitif, prononcé parla Cour des Pairs. »
Comme on le voit , le pouvoir apportait de grands ménagements dans la répression. Au lieu de lirusquer les partis, il n'hésitait pasà leur faire des eoneessioiis , quand elles ne pouvaient compi'omettre son autorité. Cette politi<jue de modération était dans les sentiments de la eouronnc, et le minisire la recommandait à ses agents. 1; administration marseillaise , — particulièrement animée de cet esprit de conciliation , nécessaire dans un pays où l'antagonisme des opinions était plus ardent, — en donna, la même année , une nouvelle preuve. Pour veiller au maintien du bon ordre dans la ville, on avait créé une garde municipale, recrutée, comme on sait, parmi les sous-olllciers retraités. Rien assurément de plus utile que cette institution , sans laquelle il n'y aurait ni sécurité pour les citoyens, ni police possible ; que toutes les révolutions renversent, et que tous les gouvernements , monarcliie ou république, relèvent sous des noms différents. Cependant, on conçoit , sans le justifier, que , dans la surexcitation d'un service pénible , une nature brutale se laisse entraîner à quelque acte répréhensible. C'est ainsi qu'au milieu d'une rixe nocturne de compagnons, un garde municipal tua par imprudence ou par colère un ouvrier, nommé Montescaux. Ce crime méritait un châtiment sévère ; mais ce n'était que le crime d'un seul. La population n'en tourna pas moins son ressentiment contre toute la garde municipale ; il fallut une expiation en masse ; et , le lendemain, le corps fut licencié. Au reste , quoique exagérée dans les exigences de la réparation . cette douleur populaire était bien excusable; car le plus vif intérêt entourait d'une touchante auréole la tombe de la victime. Montescaux , simple ouvrier , avait une instruction et des talents audessus de sa position. Cœur généreux, caractère doux et aimable , mœurs irréprochables , il était universellement estimé. Bien jeune encore, et seul soutien de sa vieille
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mère , la mort frappait eo lui un bon fils et un bon citoyen ; et le» quatre mille personnes , qui suivirent son convoi , témoignèrent hautement des sympathies profondes qu'avait su s'attirer ce noble enfant du peuple.
n faut bien le dire , — à part ce tribut de justes regrets donné à l'infortuné Montescaux, — il y avait une insigne mauvaise foi i rendre le gouvernement responsable de ces faits
* isolés. Mais telle était alors l'anirooisité des patriotes et des légitimistes contre la monarchie de Juillet , qu'ils finirent par se rapprocher pour la combattre avec les mêmes armes. C'est sur le terrain de la Réforme électorale que s'opéra cette alliance si singulière. MM. Berryer et Gamier-Pagès en furent les instigateurs , et Marseille en fut le chef-lieu. La Gautie du Mdieik PeupU Souee*
. rain , — qui naguère s'aocusaleni, se jetaient des défis, — s*eiiten* daient maintenant sur ce cri la Réforme ^ se donnaient de mutuels éloges , se pressaient la main dans des banquets communs , sous les treilles des bastides , et tout cela dans le but de contrarier les candidats du minisiôrc. « On ne fut plus ni royalistes, ni républicains, mais réformistes. » Les élections produisirent un résultat opposé à celui qu'on avait espéré. — ï^e parti extrême de la république n'obtint qu'un petit nombre do voix, et les légitimistes de toutes les niiances en eurent à peine une trentaine. C'est que les électeurs de la propriété avaient commencé à voter dans un mêuic sons, pour repouï>sep les candidats de la gauche. Le commerce vuulait en finir avec l ospril d'émeute. Il y avaii partout un immense besoin d'ordre matériel et de sfabilîîé. Si i on ajoute à cette lassitude des rébellions politiques, que ressentnit la société marseillaise, — la nécessite . pour elle , de se défendre contre un ennemi d'une autre nature , le choléra , — on comprendra l'ardeur avec laquelle elle résistait à toute tentative de bouleversement
Par une étrange fatalité, l'épidémie du choléra avait presque toujours accompagné les révoltes , mêlant ses fureurs implacables aux horreurs de la guerre civile. — Elle sévissait encore à Paris , lors de ^'insurrection de juin 1832; et, quand les scènes de la rueTransnonain, l'attentat de Fiesclii , vinrent épouvanter la France, on apprit l'apparition du choléra dans les provinces
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méridioDales Cest comme on triste pmi lége , pour ces coDtrées si riches, si belles, au ciel pur, au soleil iocandesceiit, que le retpur de ces maladies dévastatrices. Il y eut quelques sympiômes de choléra àMarseille, à la fin de 1 834.Le fléau déploya toute son intensité dans les mois de juin et juillet 1835, au point que plus decinquante mille habitants s'enfuirent de la ville etcoururent se réfugier au-delà même de laDuranee. Les chemins et les campagnes étaient couverts d'émigrants , la consternation dans le cœur et la pâleur au front, — a])aiulonnant leurs aflaires, leurs maisons, leurs amis, et charriant leurs tentes et leurs familles loin du foyer pestilentiel. La cité commerçante si prospère, si vivante, se dépeuplait chaque jour par l'éni 11; ration ou par la mort ; car il y eut alors, en moyenne, plus de deux cents victimes par jour ; on en compta même, chose liorrible ! jusqu'à trois mille en deux jou(s, sur une population léduite à moins d'un tiers. Le drapeau funèbre était arboré à !;i Vu rcre tle-la-Garde et à la Consigne, et les patentes annonçaient, comme eu 47^0, qu'un terrible fléau ravageait Ja cité.
Dans l'état d'agitation où il se trouvait, le gouvernemenl ne put prendre que bien tardivement quelques mesures contre Tépidémie. Quand il se décida à envoyer le vénérable docteur Larrey à Marseille, pour en étudier le caractère, — la terreur était si grande que beaucoup des fonctionnaires publics avaient déserté leur poste, à l'aspect de ces vastes charrettes qui ne désemplissaient pas de linceuls et de suaires. II n'était resté que quelques âmes courageuses, — les prêtres de Dieu , les corporations religieuses et quelques médecins qui, comme MM. Cauvièrcs, Raimonenc et André, se dévouaient avec le plus grand zèle. — Pour rappeler chacun à son devoir, le ministère fut obligé d'avoir recours aux menaces de destitution ou aux récompenses publiques. La religion seule ne quitta point le chevet des malades et des agonisants, et bénit toutes les tombes. C'était sa mission, à elle, de consoler et de préparer les ftmes au passage de cette vie à la vie éternelle ; elle n'y faillit pas un instant.
Néanmoins, une chose soutenait le courage de la famille marseillaise , au milieu de ces violentes secousses sociales et de ces grands désastres , — l'activité puissante de son esprit mercantile. Nul
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gouvernement n*avftU été plus fevonible à tes intéréU égoïstes, pensée pacifique , qui dominait au sommet de TEtat, avec ses tendances matérialistes , sMdentifiatt admirablement avec le positivisme traililionnel du génie phocéen. Marseille n'avait pas été la (Icniièru à porter de rudes coups de marteau à l'édifice vermoulu la vieille royauté , parce que , tout en obéissant à ses instincts pi iniitifs (1 iiKli'poiulance , elle entrevoyait dans l'avenir de splen- (liJes lioi i/.oiis poiM* son commerce. La polifujuc ijupérialu ne lui procura que des tléreplions et en fut naturellement payée d'une haine iinplacablc. Muks, s il fut donFié à la Ueslauralion de se l'atlacher,en relevant sesespéranres, il élail réservé à la monarchie bourgeoise , issue des harricndes , de mériter son dcvouenient absolu , en les réalisant compleienienl. Car c'était bien la monarcliie de ses rêves; — lu règne exclusif du négoce. Le gouverueuient de Charles x avait, il est vrai, parla victoire d'Alger', ouvert une voie nouvelle à ses destinées ; — le gouvernement de IS.JO hérita des bénénecs (le cette conquête précieuse « sous le double aspect social et militaire , » et (pii ollVe à notre itido^trie un immense débouché , f< en JeverKHif ini d»"^ |s:i L'iners du inonde. :'s. hf.titeat't"). "îi Ce fut un grand bunlieur pour la royaulé de Juillet ({ue ce legs de la Restauration. Les regards tournes vers cette seconde Fiance, .Aîai seille entendit moins le bruit des luttes intestines. Bientôt surgit une puissance incommensurable , appelée à régénérer la marine , — la VAFEUB, qui contribua merveilleusement aux progrès de la grandeur commerciale de la cité phocéenne, «en la plaçant en plein Rhône par le rail-way d'Avignon , et en jetant un pont entre elle et le Levant par la continuité d'une ligne de paquebots^ (s. bsrtsaut). » Une impulsion aussi vigoureuse exigeait d'importantes améliorations dans l'intérêt du service de la navigation. La paix , en multipliant les relations au dehors et le développement de la richesse publique , permit d'accomplir une partie de ces améliorations , et porta la prospérité de la ville à un degré qu'elle ne connaissait plus depuis longtemps. Et celte prospérité n'était point
* Sous Cbaries ix , Selim u lit concession ù Titùmaâ l^oclie ou de Lindic , nc'i;ociant de HmeiUe » de diffiSrMito poiots sur la câte d'Afrique . pour la ptehe du conil , qui avait comuMocé sons Friocois i*'.
feulement l'apanage d'une portion de la société ; elle s'éponouis-sait dans toutes les sphères, elle Inondait de ses joies toute celle piipiilation laborieuse, comme -le soleil inonde l'Univers de ses rayons. Cesi que le pouvoir n'avait qu'un but : mettre le plus possible le peuple , par le travail et le bien-être, en dehors du mouvement politique ; et là , plus qu'ailleurs peut-être , il avait réu$8i. En arrachant l'ouvrier aux pratiques de la religion et de la famille , le xvtii* siècle avait légué aux gouvernements la res^ ponsabilité de son existence , le soin de régler sa force , de diriger son inslruction , de le moraliser ; et c elait une rude l)eso£;ne. A Marseille, le peuple s'élail peu nièlé à rémeiito; il s'en éloigna loui il fait, dès que la main-d'œuvre ne manqua j)lus. La bruyanlo arlivitc (lu porl , l aninialiun de la ville , dont, chaque jour, lu physiunomie se rajeunii>.sait , la quiétude du foyer domestique , l'éclat des fêtes religieuses, loul prouvait que le sensualisme avait étouD'e dann les cœurs les passions politiques. Qui avait fait succéder ecs jours paisihlcs, celte richesse, celle abondance, aux agitations, aux souflrances es ? La monarchie de 18;J0. Il ne luut donc pas être surpl is des sy mpathies que lui vouait la ^[rande majorité de la famille marseillaise ; il ne faut pas être sur[)i is de l'amoindrissement conlinuel de l élément legilimisle. En elTet , si le parti de la vieille dynastie se tenait loul prêt pour le cas possible d une Restauration ; s'il parlait encore des» ^ espérances, il ne complotait plus depuis I insurrection de il avait renoncé à ces idées de trouble et de désordre ; et, iorscju en 1844, il vil l'un de ses représentants les plus illustres , M. Berryer, s'échapper du banquet du Prado, sotis le coup de la réprobation populaire , il dut être saisi d'un profond découragement pour l'avenir. C'en était fait de ses illusions alors. Car dix-huit années de libertés constitutionnelles, en effaçant les traditions surannées du droit divin , devaient assez avancer l'éducation politique du peuple , pour êter à l'esprit public toute possibilité de rétrograder. Il y. aurait eu folie à essayer de remonter le cours des figes. Le gouver*' nementde Juillet, — et c'est ce qui en avait consolidé la base, — était la dernière épreuve monarchique. Il fut, ce qu'il devait être , — c'est-à-dire logique avec son principe. Plus libéral que les gouvernements passés , il ne le fut paa encore assez aux yeux
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des hommes qui ne savent pas attendre la maturité des idées et veuleut toujours précipiter la mardie des temps. C'est rr> qui explique l'opposition systématique qu'on lui fit pendant dix-huit ans. Mais , — ce qu*il y a d*incontestable aussi , — c'est qu'à Marseille particulièrement , cette opposition , venue à la fois des légitimistes et des démocrates , était bien faible , bien amoindrie , bien désespérée , quand retentit le coup de tonnerre de 4848.
Ici s'arrête notre tâche. C'est un terrain trop récemment labouré par les laves du volcan , que celui oii Ton a planté le drapeau d« la République , pour que nous puissions nous y aventurer. Si un sentiment de réserve , que l'on comprendra , nous a empécbé de pénétrer plus avant dans les annales intimes de Marseille , qui se rattaclient à la dernière période du règne de Louis-Philippe ; — si nous nous sommes abstenu de juger des faits et des hommes trop près de nous encore , pour être appréciés de sang-froid ; à plus forte raison devons-nous sauvegarder notre impartialité , en ne nous mêlant point au choc des luttes actuelles. Ce serait sortir du domaine de THistoire, pour entrer dans celui de la Polémique , et dès-lors appeler le scandale autour d'une œuvre dictée par le cœur et la conscience. De même qu'il nous convenait de ne pas encourir le reproche d'avoir frappé des vaincus , — de même nous n'avons pas voulu devenir le panéfryriste des vainqueurs. Nous croyons avoir agi sagement. Et niainlenant qu adviendra-t-ii de ce livre? Lamarline disait, un jour, au pol'le Béranger : « Il y a deux manières d'écrire l'histoire : celle qm uisu ufi et celle qui intéresse ! Je suis comme vous pour celle qui intéresse ; car celle qui n'intéresse pas, — n'instruit pas (jui la lit. [novembre tSiiO).» Nous avons essayé d écrire une histoire qui intéressât et instruisît à U fois. — V sommes-nous parvenu? — C'est au lecteur à prononcer.
T.ABi.K i»Ks \i.\ riÈiu;s.
IMinODLClIO.N.
PRKMIÈRK PARTIE
i.iiAlMTltK PnKMlKU.
Vane 3.
FoiidatioD de Phocée. — Des navigateurs Phocéens abordent aux rives de la Méditerranée.
— Le sénat se prononce pour la fopJation d'une colonie dans la Ligurie-Gauloisc. — L'oracle. — Siinos l't Prolis. — Songe d'Aristarché. — PREMii-nr. Mir.nATioN phocéewwb,
— Arrivée <1cs Phocéens sur la terre gauloise. — Protis implorL- la proteciioii de Xannus, roi des Si-^;ijLrigcs — Fcslin nuptial. — Gyptis. — La coupo d'eau. — Mariage de Prolis et de Gyptis. — Fondation de Marseille. — Protis renvoie quelques uns de se» compagnons ft Phocée. — Seconde migration phocée.nne. — Mort de Nannus. — Sentiments hnslilps do son fil> rpinatuis pour les non vcniix colons. — L'apotot^nic. — Conianiis prnji' tf! la dostnirtirm do Mnrsi'ilir. — Un niirarlc (k-ranuiur. — Massacre de T.CKX) ScL^'ithri^'cset de Cumanus. — Nnuvcilc [v^wc dclaconrédcratipii li^urii'iino. — Catiimandus. ■ — Siège de Marseille. — Rêve do Caluiiiaiidus. — Minerve. — Le collier d'or. — Nouvelle liLHie. — nçllovésc délivre MaiseiHe. — SiégC de PliOcéc. — Fuito des Hlioct'ens ; leur re(utir ; massacre de la i.^ariiison perse. • — Le serment. — Arrivée dC6 Phocéen» à Alalia.~ Hume iles Alaliolcs.— Troisième Mir.aATioN phocéenne. — Kfctor
TABLK
du commerce de Marîffillc — Médailles et moiiiiaïc^. — Vicioirc des Marsediajs sur les Carliiagiuois — Orgautdaiion politique. — Les tables d'aiiflin.— Le glaive de It justice. — Tnild'amUié — Pureté des imeon marseUlaises,— Coutumes. — Education.
— Religion. — I<a victime expiatoire. — Sacrifices humain*. — Influence de la civilisation greeqne sot les peuples garJois,
CHAPlTUt: II.
Ecoies de Marseille ; leur renommée. — Adoption du grec chez quelques tribus gauloises.
— Pythons et Buthymènes. '— > Progrès de rasironomie. — Latitude de Marseille.— > Voyages et oiivraires de l*ytlu'as et d'Euthymènes. — Coloolea Marseillaises. — Les mines d'argent. — Comploirs marseill;ti'> ilniis rintérienr des Gaules. — Alliance des Romains et iU's Marseillais. — Hronnus au Capitole. — Marseille envoie au Sûoal rumaio tout l'ai^eot du tréior public— Rome reconnaissonte accorde des dislioetions I son dliée. — Aooibtl dans les Gaules.^ Marseille iastmit Rome des menées du général Carthaginois.— Annilml passe le Rh«tnc et franchit les Alpes. — Bataille de Cannes.— Dévouement de Marseille h la cause des Romains. — Splendrur de Marseille comme puissance maritime. — Agression dos Oxyliirns et des Décialcs. — Marseille appelle Rome à son secours. — Les Oxybieos insultent et chassant rambassadenr Romain. — Q. Ophniuo prend Œgytna et déhit les Oxybiens et les Déctates — Ganses p<^liiHes dé Tnailié des RonaiiM pour bs Marseillais. — Marseille implore la clémence du Sénat en faveur de Phocée , dont la ruine est décrétée. — A;.:rpssion et défaite des Salyciis. — Fondation d'Aix. — Guerre entre les Arverncs et le:» Humains — Vicaires de cesderoiers ; massacre de iâO,000 Gaulois. — Perfidie de D. Œnobardos. — Envahissements des Romains dans les Gaules.
— Ils cherchent à diminuer l'influence de Mai-seillc , et transforment Marbonue en villa marilimo. — Invasion 'l-'s Tenions et des (timbres. — M.irins nommé général fîc l'armée nuiHuiu". — Il cm'cuIit <lfs travaux {Tigantt'M]iif.\s dans les Canfes. — Défaite des Teutons et des Cimbres — Murius récompense las services des Marseillais.
CIIAPITRË m.
fiit 43.
Suu'èveawAto dana la Gaule Narboonaise. — Marina et $ylla. — Sertoiii» chassé de la
Cnulc par Pompée. — Siège do Marseille. — Fontéius, gouverneur de la province, vient à son 5ero\iis et la délivre. — Fcntéiit?; arcnsé devant le Sénat romain.— Marseille prend sa défense ; il est acquitté. — Splendeur de Marseille. — Miion à Marseille. — iules César achève la conquête des Gaules et recherche Tamitié des Marseillais. ~ Gésir et Pompée. — Marseille se déclare pour Pompée dans la guerre civile qui partage Pempiro romain. — Sié«^'e de Marseifle par César. — Combat naval et défaite des Marseillais. trompée leur ♦'iivoif du seroiirs. — ils 9ont de nouveau battus sur mer ]uir llnitiis. — Trébonius pousse vigourfu^enient le siège. — Les Marseillais implorent une suspeusiuu d*annes. — Roptora de hi trêve. — Causes do cette rupture. — Les Marseillais se lésîgnoot h se rendre à dticrétioii. — Réunir de César i déanence dérisobe du vainqueur.
— VHea triomphales à Konie, l image de Mar:>cilk captive y figure. — Ciccnm «t Lucain veng^it Maneilto d« celle humilialioA.