W INTRODUCTION
puise forcément, dans les discussions quotidiennes, uneardear qui fausse parfois le jugement; l'autre doit s'écrire avec calme et désintéressemeot. Les luttes présentes n*ont rien à démêler avec le récit des luttes passées. Les passions d'unecréature isolée sont si mesquines, — comparées aux passions d'un grand peuple, — qu'on a peine à concevoir, chez un historien, rimpertinent orgueil de réduire les gigantesques événements de nos révolutions aux proportions ridicules de sa taille de Pygmée, et dans les limites étroites d'un système absolu.
Telle n'a jamais été notre manière d'envisager rilisloire. Nous avons fait nos preuves. Les garanties d'indépendance, que nous avons déjà données, ne peuvent être révoquées en doute par les hommes sérieux. C'est dire que le même esprit d'éqiiilé présidera à celte œuvre nouvelle, où, d'ailleurs, nous avoiis les coudées bien franches, — placé, comme nous le sommes, à distance lointaine des hommes et des choses que nous avons à peindre.
Notre paifU de me Uitéraire n'accuse donc pas une pensée politique. — Il ne saurait y avoir d'équivoque à cet égard. — Le mot liltéraire implique, purement et simplement l'idée de la forme.
Toute science est un but où l'on dirige ses pas avec hésitation, avec répugnance même, si les sentiers n'en sont faciles et fleuris.
Toute lecture aride est uu breuvage tioat il laut déguiser i amertume. Les mlelligences d'élite, les natures fortes se complaisent seules dans les entraves de l'étude. Pourquoi la Fable artp^e plus d'attraits que rHistoiie? C'est que l'une, fiUe de la Vraisemblance, se revêt de tous les charmes de rimagination, — tandis que l'autre, fille de la Vérité, s'offre à nos regards dans la brutale nudité de sa mére.
INTRODUCTION. tîl
Pour quitter la métaphore, — les dates et les laits sont immuables, — voilà le fond de THistoire.
L*art de grouper ces dates, d'enchaîner et de déduire ces Caitsavec logique, avec clarté, — voilà la forme.
La concision dans la période > la rapidité dans le récit, le choix heureux de l'expression, Téneigie des images, l'harmonie du nombre, — voilà le style.
Le fond, nous le répétons, reste le même pour tous les écnvaius. C est un squelette auquel il faut restituer ses chairs j un cadavre qu'il faut galvaniser.
La forme lui redonne les chairs.
Le style lui rend la vie.
Mais la forme et le style, qui constituent es^^entie11ement le mérite des historiens, — puisque ceux-ci sont dispensés de tous frais d'imaginatiou , — varient selon le génie de chacun d'eux et selon le but qu'ils se proposent.
Certes, dos devanciers ont fait preuve d'un Uilont consciencieux. Ils nous rappellent ces longs labeurs d'un di mi-siècle qui remptissaient la sohtude des moines du moyen-âge. Pourquoi cependant leurs travaux ne trouvent-ils qu'un petit nombre d'appréciateurs? Cest qu'ils ne conviennent à peu près qu'aux hommes d'étude, aux chroniqueurs. Leurs hésitations, leurs lâtonnenienls ralentissent la marche des évènenienls et fatiguent l'attention du lecteur qui se perd dans le dédale des contradictions.
Pour propager un livre sérieux , pour obliger les peuples à couDatlrc leur histoire, il faut, autant que possible, déblayer la narration de tout ce qui sent le pédantisme, de tout le fatras des notes et des preuves, utiles uniquement aux commentateurs. « Les lecteurs, ditBayle, n'aiment pas qu'on leur indique,