‹ Histoire de Marseille (volume 2)Chapitre 5 sur 9 · B£ MAK&£ILL£. 3U · texte numérisé non relu

B£ MAK&£ILL£. 3U

citoyens réunissant les conditions d'éligibilité, et pris indistinctement dans tous les quartiers. A ce^ quatre-vingt-trois conseillers se joignaient six che& de métiers avec voix délibérative, avec tous les droits et toutes les prérogatives des autres membres* Us étaient appelés k tour de rôle sur une liste de cent personnes, et leur service dans le conseil ne durait qu'une semaine. Les six cbe& de métiers qui concouraient a Télection des douze, sous la présidence du viguier, étaient précisément ceux qui exerçaient leurs fonctions durant la semaine qui précède la Toussaint *.

Voici comment se faisait Télection du podestat, des grands officiers et des magistrats:

Les douze premiers conseillers, ^î?^^ avoir élu leurs soixante et on^e collègues, nommaient, séance tenante , sept électeurs , savoir : trois parmi ces soixante et onze, et quatre parmi les cent che& de métiers* Les sept ainsi nommés étaient immédiatemeat convoques, et les douze ne se retiraient que quand les sept étaient réunis et quand ils avaient prêté devant eux ainsi que devant le podestat et les six cheù de métiers , im serment semblable à celui que les autres électeurs avaient prêté* Ces sept nouveaux électeurs formant une espèce de conclave étaient enfermes avec un notaire du choix des chefs de métiers dans une salle de

* Statuts, ch. vm.

rHôtel de Ville y et Ton prenait les mesures les

plus attentives pour qulls n^eussent aucune communieation avec l'extérieur* Les noms des grands officiers et des magistrats nommés étaient écrits par le notaire sur une feuille qui était aussitôt close et scellée par lui et sur laquelle trois électeurs au moins apposaient aussi leur sceau. Ces nominations étaient tenues secrètes ^ jusqu'à ce qu'elles fussent solennellement proclamées dans la séance d'ouverture du nouveau conseil général qui se tenait le jour de la Toussaint ^

Le podestat et tous les fonctionnaires publics n'étaient nommés que pour un an. Ils n'étaient rééligibles qu'après une année d intervalle. On ne pouvait cumuler deux emplois. Cependant les | membres du grand conseil cl les chefs de métiers étaient aptesà exercer cumulativement une autre

fonction publique

Les cent ckefe de métiers, qui avaient tant d'influence dans ce système de ^gouvernement, étaient nommés chaque année par leur corporation respective. L'élection se faisait dans l octave de la féte de SU Jean-Baptiste. Pour pouvoir être élu, il fallait être citoyen marseillais de la ville basse, y avoir un domicile réel de trois années «ans interruption, et posséder aU moins une livre royale

' Statuts, ch. Tiii.

* Jd, ch. IX. I

couronnée. Ces chefs s'obligeaient par serment à maintenir le bon ordre et la paix publique ; à défendre de tous leurs moyens les droits et la liberté de la cité ; à révéler sur^e-champ les complots contrer£tat qui pourraient parvenir à leur connaissance. Us n'étaient élus que pour une année, et un an d'intervalle était nécessaire pour leur réélection*.

Le conseil général était renouvelé en entier chaque année, et les membres n'étaient rééligi*-' bles que trois ans après leur sortie.

Les séances n'étaient pas publiques, mais l'assemblée pouvait permettre a qui que ce fut d assister à ses débats ^. U n'y avait point de tribune, et chaque orateur restait k sa place. Aucun vote n'était secret. L'avis de chacun était énoncé dans le procès- verbal de la séance, rédigé par un notaire secrétaire. Lorsqu'une mesure quelconque avait été décrétée , le conseil nommait une commission chargée de la transmettre au podestat et de veiller k ce quelle lùL exécutée fidèlement^.

Les conseillers étaient tenus d'assister régulièrement aux séances anuoacées par la cloche de rUôtel de Ville. Ils n'en étaient dispensés que lorsqu'ils étaient malades, ou lorsqu'ils se trou-

* Statuts » ch. X.

' Idn, ch. YIII.

' Archives de 1 Uûtel de Ville.

314 UISTOIEE

vaieut dans tout autre état d'empêchement dûment constaté. Prenaient41s médecine? C'était pour ce jour-lk un cas de dispense Convocjuaiton le conseil pendant qu'ils étaient à la messe, k des noces ou à cks funérailles? Ils nVtaicnt pas obligés de quitter brusquement ces cérémonies.

11 leur était permis d'en attendre la fin ; mais ils devaient aussitôt après [se rendre à la séance. S'ils ne se trouvaient pas dans un de ces divers cas d^exception y leur absence entraînait la condamnation d'une amende qui variait suivant la gravité de la faute. Se présentaient-ils k la séance quand elle était commencée? L'amende était de

12 deniers. La manquaient -ils entièrement? L'amende était alors de 2 sous \

Le membre qui divulguait une délibération que le conseil général voulait rendre secrète, n'était pas puni d'une manière déterminée, parce que le dommage pouvait èlre plus ou moins eon-

» Est cuOem justa excusatio seu ùnpedùnerUum, si tune ùifirndjuefint, vel medieinam receperini ^ etc» Statats, Uv.

chap. vin.

' Item si ad missam, vel nuptias, vel exequias mortaarum fuerinty verdre non tenentur donec itla fuerint finita ; quitus

Jinitis ventre tenentur, nisi jain < onstlium ju rtt ic/ ifN'naiurn.

Si quîs vcro //un venez i/ ail ( onsiàum, fwc se potcrU excustire ex cfiusis supradictis, duos solùlos nomine pœnœ solvcre compeUatur, Si verà venent eonsiiio jam incepto > nec habent, ut dictum est, justam excusationcm, duodècim dcnanos nomine panœ pcrsolvat. Id.

D£ MAaSËlLLE. 315 sidérable. C'est le conseil qui fixait lui-même cette peine suivant les circonstances. Mais dans

tous les cas, le membre condamné était exclu de l'assemblée

Si Tobjet qui était en discussion se rattachait aux intérêts personnels d'un conseiller ou à ceux de son fils , ce conseiller ne pouvait pas assister à la délibération , pour ne point gêner par sa présence la liberté des votes; mais il pouvait, avant de sortir, £aire valoir ses raisonsetson droit^

Le conseil général nommait quelquefois des commissions spéciales pour Texpédition de certaines affaires. Ainsi, par exemple, une commission de six membres était nommée pour régler conjointement avec les syndics, les clavaires, et une autre commission de six chefs de métiers, choisieparlescentchefsdecorporationsjecompte des dépenses faites par les envoyés de la république; règlement qui devait s'opérer dans les dix jours de leur arrivée k Marseille. Une autre commission de six conseillers qui se réunissaient également aux syndics, aux clavaires et à une commission de six che& de métiers, procédait tous les quatre mois à rapuremeiil des comptes des agents da trésor public et de l'officier préposé à la garde (les cautionnements et des dépôts ^.

' Statuts.

' Statuts, ch. XI et XIV.

Le podestat pouvait avoir un conseil prive pour rëclairer dans son administration. Le nombre des membres n'était pas limite. Ils étaient nommés par ce premier magistrat, les syndics , les clavaires et les six. chefs de métiers en exercice

La toute^'puissançe nationale, la véritable souvcraincté résidait dans rassemblée générale du peuple, appelée par lamentum y parlement. Tous les citoyens de la ville inférieure , ayant l'exercice de leurs droits civils, y étaient admis* L'assentiment du parlement était nécessaire dans toutes les affaires importantes. Lui seul pouvait faire la guerre ou la paix , conclure des traités de commerce et d'alliance, et ce n'est qu'après son approbation que les résolutions du grand conseil avaient force de loi. Ces résolutions ne pouvaient pas être modifiées. Le peuple devait les adopter ou les rejeter purement et simplement.

A coté de Téglise des Accoules^ et en face de la Maison de Ville située oii est maintenant la chapelle du St.-Esprit * et proche de THotel-DieUi

» Ordinamus prœsenti constitutione deinceps firmiter obsffr" vandd quod quandocumque visum/uerit rectori MassiUœ , am stds oJficîaUbuSp seiUcet syndids, et davariis et septimanarus, secretum eonsiUwn eUgere, ipsum eligtmt bond fide, Id, ch. xm.

' La Maison Commniie ou Hôtel de Ville était, avant cette époque^ près des Grands-Cannes. Après avoir essuyé diveis changements , elle fut bâtie une seconde fois sur le quai da Port. Cette dernière bâtisse fut faite dans le ï 7* siècle.

DE MARSEILLE. il?

un des plus anciens hospices de France % était une grande place servant ^ de temps immémorial ^ à la sépulture des Marseillais. Ge cimetière était clos de murailles, et des tombeanx voûtes à l'antique en ornaient le pourtour. C'est là que le parlement était convoqué au son des cloches, sono campanarum. Toutes les corporations s'y rendaient processionnellement, ayant chacune une bannière sur laquelle était peinte l'image d'un Saint choisi pour patron. Nous ne connaissons que le peuple marseillais qui ait imaginé d'établir son forum dans Tasyle de la mort, sur une poussière qui jadis avait été animée. Idée morale et

' Il fut fondé en 1 1 88 par des religieux de l'ordre hospitalier da St.-£sprit, établi à Montpellier en iiSo. Ces religieux, arriyés à Marseille, achetèrent de l*ahbesse de St^Sanrenr une maison où ils accueillirent les malades et les enfants abandonnés. Un habitant, nommé llo/imcl, leur donna, l'année même dç leur établissement , une maison contiguë à celle qu'ils oceapaient. Cet exemple eut des imitateurs. Plusieurs donations furent faites.

UétahUssement était sous la direction du commandant des

Frères du St. -Esprit. Les commandeurs perdirent cette julidictioii, et au coimneiiccment du 14^ siècle, radminîstration de l'hospice fut entre les mains de recteurs à la nomination du viguier, près du conseil de ville* Cela dura jusqu'à la révolution. A cette époque on créa un mode uniforme d'administration pour tous les hospices du royaume.

L'Hôtel-Dieu ne compi cuait d abord que plusicin s maisons placées sur la rue du St. -Esprit. 11 fut plus tard changé et agrandi.

patriotique ! Cette poussière était la cendre des vieux eu^uts de Pkocéc dont le monde avait admiré les sages lois et le génie. Le souvenir de ces glorieux ancêtres , inspirant une juste fierté, semblait dicter de grands devoirs. Il invitait à suivre et leurs leçons et leurs exemples, là tout forçait au recueillement et an respect , tout commandait l'amour du bien public et de la vertu. Sur le seuil de cette enceinte sacrée semblaient venir expirer toutes les passions désordonnées, toutes les injustices populaires.

Le podestat, à son avènement à la magistrature suprême, prêtait serment % au milieu despompes les plus solennelles , devant le conseil général et tous les che& de métiers réunis dans la grand' salle de lllùlol de Ville, appelée* salle verte. La main sur TEvangile ^ il jurait , d'abord dans

Statuts^ Ihr. Xy ch. i.

* Elle portait le même nom que la salle principale du palais épiscopal.

' A cette époque, il n*y avait pas de serment sans Tattoucheiuent des livres saints : ranfiquilé avait transmis cet tisagp. Les Juifs juraient sur le livre de la loi en le touchant avec la maîn. Les Grecs et les Romains juraient en touchant les antds ou les images de leurs dieux : Tange aram Veneris, per Fierté^ rem tihijurandum est^ dit Plante. Selon Marctflfe, les rois envoyaient, de son temps, par les provinces, parles villes et les

bourgades , des reliques de Saints , sur lesquelles les peuples leur prêtaient le sennent de fidélité, (lib. i Formular. cap. xu)

celte salle, de respecter la liberté marseillaise; de ne gouverner que suivant les lois de la république ; de se conformer a la volonté du conséil cl k celle du peuple j de veiller a ce que les services de Tadministration fussent Êùts avec régularité. 11 jurait de défendre non-seulement les ci« toyens , mais encore les étrangers et les commer^ cants qui venaient à Marseille^ par mer ou par terre ' , pour s^y établir, ou pour n'y séjourner que passagèrement ; de tenir la main li ce qu'ils y trouvassent sûreté et protection^ P^^' P^^" sonne y pour leurs biens , pour les gens de leur suite; k ce que la justice fut rendue impartialement, il jurait encore de ne point divulguer les secrets d'Etat; de ne point permettre que les hérétiques demeurassent à Marseille et dans son territoire; de faire tousses efforts pour découvrir ceux qui ourdiraient des complots attentatoires à rintérêt et à l'honneur de la république , et de les faire punir suivant la nature du crime. 11 jurait enfin de n'ouvrir et de ne lire qu'en présence des syndics^ des clavaires et des chefs de corporations, en service semainier, les lettres et les dépêches qui lui seraient personnelleniLiit adressées , ainsi que celles qui seraient à l'adresse du conseil ; de ne rien écrire lui-même à qui que ce fut, touchant les affaires publiques, hors de lapré-

* Statuts > ibid.

sence et sans la participation des mêmes membres^ du corps législatif * .

Le podestat) entouré des syndics et des grands ofBclt^rSj se plaçait ensuite sur le balcon (le THotel de Ville. Cette apparition calmait tout à coup le tumulte qu'entraînent toujours les grands rassemblements populair es«Â labruyan te impatience de la foule agitée succédait un silence grave et religieux , tel que le commandait Tauguste céré* monie. Les bannières inclinées saluaient le nouveau chef de la république qui renouvelait son serment, toujours la main sur le livre sacré. Et quand il avait âni de parler, les bannières s'inclinaient encore , le peuple faisait retentir Tair d'acclamations patriotiques, et il se répandait dans la ville ornée comme dans son plus beau jour de féte, et il célébrait avec les vives démonstrations de la -joie méridionale, ralliance heureuse de la liberté et du pouvoir.

Les précautions que Ton prenait pour empê* cher le podestat de s'écarter de ses devoirs et d^attenter aux droits des citoyens étaient extrêmes , et certes on avait raison. Si la lyrannie est naturellement ombrageuse, la liberté Pest aussi. Il ne faut pas lui en fsùre un crime , car c'est rexpérience qui lui a commandé de Têtre. Déplorable condition du cœur humain ! Si les

' Statuts y Ibid.

DË MARSEILLE. S2t

hommes qui obéissent sont portes^ par un penchant secret, à une indépendance dont l'excès peut être fécond en orages, les hommes qui commandent ne sont-ils pas toujours disposés k rendre le commandement plus pesant, à Tétendre audelà des bornes légitimes ? Et 1^ usurpations d'un pouvoir oppresseur ne sont-elles pas plus funestes que les égarements d'une liberté mé^ ; fiante? Le podestat, à l'expiration de sa charge, ^ était obligé de rester quinze jours dans la ville^ ^ pour rendre compte de sa conduite, et pour ré* ^^pondre aux plaintes que les citoyens avaient k {»> porter contre lui , soit pour malversation , soit même pour dettes. Cela s^appelait faire syndicat^.

La justice était administrée publiquement et gratuitement devant la porte de réglise des Accoules Deux degrés de juridiction étaient éta- ^ blis. Le juge de première instance était nommé le juge ordinaire, le juge d'appel avait le titre de \ Juge-mage. Ces magistrats n'étaient nommés que \ pour un an , et n'étaient rééligibles qu'après une

I • Statuts, Ibid.

? Vers Taimée 1 400 , la justice était rendue dans l'hôpital du ' St.-E9prit. En x565 le palais était peu de chose, et un parquet ^ fut bâti par les soins de Gatin , lieutenant civil et criminel. Peu

de temps après, le palais lui achevé. Cet édifice tomba nt en mine fut démoli en rannée 174^) et à sa place la communauté fit construire le palais actuel. Pendant qu'on le bâtissait , les tribunaux forent transportés dans Tancien hdtel de Jarente» rue de la Miséricorde.

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322 HISTUIKE

année d'intervalle ^ On leur donnait pour salaire 60 livres royales couronnées

Les parties ne pouvaient procéder en justice qu^avec le ministère d'un procureur ^. Ces officiers publics, dans toutes les causes où ils occupaient, étaient obligés de jurer sur rKvangile et devant le juge , d'agir sans fraude, de ne calomnier personne, de ne rien faire et de ne rieu dire qui pût léser les droits de leurs clients. Tralilssaient-ils ce serment? Ils étaient chassés du sanctuaire des lois comme de vils parjures, et leur nom , inscrit k l'Hôtel de Ville , était voué à un oppi obre^'éternel ^.

La noble profession d'avocat, toujours plus brillante dans les républiques que dans les Etats régis par la loi d'un seul , jouissait à Marseille de la considération qui lui est due. Leurs salaires étaient réglés suivant l'objet et l'importance du litige; et en commençant leur postulation ils prêtaient serment de ne rien eûger de plus. Le pacte de quotâ litis étà\t considéré comme odieux et contraire aux bonnes mœurs. Le citoyen qui, ayant besoin du ministère des avocats, n'en trouvait aucun qui voulût le lui fournir , s'adressait

* Statuts I ch. IX.

* Td. , ch. Lxix.

* Il parait que le nombre des procureurs n'était pas limité. ^Statuts, ch. XXVI.

D£ MAKSËILLË. 32) au magistrat, lequel lui en nommait un d'office, pour la juste défense du faible contre le fort, du pauvre contre le riche. Lorsque la cité sollicitait Tappui de leurs lumières et de leur éloquence, ils ne pouvaient le lui refuser. II leur était interdit de rapporter cession des droits litigieux , de former entre eux aucun contrat, aucune société, dans l'exercice de leur profession. L'inobservation de ces devoirs était punie par Tinfàmie publique et par une amende de 1 0 livres royales couronnées. L'avocat qui perdait son procès par sa faute grossière, alors que Taction avait été mal introduite, n'avait droit à aucun salaire, et était tenu de restituer, dans les dix jours du jugement, ce qu'il avait déjà l ecu a ce titre • mais il fallait que le juge exprimât formellement que la perte du procès provenait du fait seul du défenseur

£ntre autres conditions exigées par les statuts pour exercer la profession de notaire , il fallait être citoyen marseillais de la ville inférieure, être âgé de vingt-trois ans au moins, avoir des mœurs irréprochables^ et posséder non-seulement les connaissances^ de Tétat, maïs encore les notions essentielles de la grammaire et des belles-lettres L'emploi de greffier auprès des tribunaux était rempli par des notaires, et cette

' Statuts y ch. XK et &uiv.

' Id. di. xxTJi.

charge, qui était annuelle comme toutes les autres, avait un émolument de 12 livres royales couronnées. Un d'entre eux était spécialement

chargé de recevoir les enquêtes, etcelui-la ixcevait i5 livres de la même monnaie* Un autre était attaché aux clavaires et Ii la trcborerie, avec des appointements de 30 livres. Tous les salaires que TEtat accordait ctaicuL payés par trimestre

Les mêmes statuts défendaient aux citoyens de remplir des emplois publics dans la ville supérieure, sans la permission du conseil général^ sous peine d une amende de 100 marcs d'argent et d'être déclarés incapablesd'exercer pendant dix ans aucune cliarge dans la ville basse \ La simonie était formellement proscrite. Quiconque était convaincu d'avoir donné de l'argent, sous quelque prétexte que ce fut, et même sous le nom de prct, pour obtenir un emploi, était privé, pendant dix années, de ses droits politiques, et de plus condamné à une amende de 20 livres royales couronnées. Celui qui avait reçu l'argent subissait la condamnation d^une amende double de la somme reçue ^.

A Texemple des autres Etats souverains , Marseille républicaine eut, dans ces temps, son ori-

' Statuts, ch. Lxix.

■ Id, ch. i,xT.

^ Id. ch. LXI.

flamme particulière qui était en soie rouge découpée a panonceaux. Comme il était d'usage de mettre la principale enseigne militaire sous la protection de quelque Saint, les Marseillais choisirent naturellement St. Victor, intrépide guerrier, qui avait répandu son sang dans leurs murs eu confessant la foi chrétienne. Victor fut représente sur Torillamme en cavalier armé de toutes pièces, avec les armoiries marseillaises sur son écu , et foulant aux pieds le dragon de Tabyme. Cet étendard national, objet de la vénération publique, était dépose dans l'église abbatiale, sous la garde des religieux. On le portait à la procession le jour destiné à célébrer la fête du Saint protecteur , et il était confié à un capitaine élu annuell cillent , emploi infiniment honorable qui était recherché par les preux che^ valiers, par les principaux geiiLildliommes , et que les vicomtes eux-mêmes n^avaient pas cédé à d'autres*. Le capitaine venail se placer devant l'église de St.nJean de Jérusalem, située au bout du port, qui ctaiL traversé sur un pont de bateaux par les religieux de St.-Victor en chapes et précédant la châsse du martyr, que portaient douze diacres, revêtus de leurs aubes et de leurs dalmatiques, tenant à la main des palmes, et couronnés

• Dominas Fulco non poicrat ad esse, propter alias causas quœ eranl fieri nccesse; sed dominas Vilelmus, frater illius^propicr se et propter ilium^ regebtU sancti Fictoris vexiiàtm, ete.

Grand Gartulaire de St.*Vietor, fol. i4*

326 HISTOIRE de chapeaux, de fleurs. La construction du pont était confiée aux soins des prud'hommes , qm le couyraient de riches étoflfes. Au milieu s'élevait un trône magnifique , sur lequel les reliques du Saint y placées pendant quelques instants, recevaient le salut des équipages de tous les navires. Au moment du dcbarqucincut, les prud'hommes les saluaient aussi aTec de longues et larges épées, au son des cloches, au bruit des tambours, des fanfares et des chants religieux qui montaient dans les airs avec des nuages d encens. Le capitaine se mettait à genoux devant le prieur de Tabbaye, qui lui donnait la bénédiction et lui remettait l'oriflamme* 11 montait alors sur un cheval richemeal liarnaché , ayant des caparaçons de damas blanc , semé de croix de tilfetas bleu, aux armoiries du monastère, qui étaient d'azur a quatre bâtons en sautoir pommetés d'or^ et Técu de Marseille sur le tout. La procession à laquelle venaient se joindre tout le clergé, tous les corps religieux, les syndics en robe ronge, et les principaux magistrats y se mettait en marche , et le capitaine la suivait avec Toriflamme déployée, suivi lui-même de pages et de valets k ses couleurs. Les rues où elle passait étaient ornées de tentures et de drapeaux, jonchées de fleiirs et d'herbes odoriférantes. Elle s'arrêtait à diverses reprises, et pendant ces pauses, le capitaine et sa brillante suite faisaient des cavalcades dans les principaux

quartiers et devant les groupes de dames. La procession et les courses terminées , le capitaine remettait Tétendard entre les mains des moines j qui lui donnaient un splendide repas. Cette cérémonie engageait le même chevalier à remplir une autre cérémoDie aussi dispendieuse pour lui. C'était celle du guet de la veille de St.-Lazare, qui se faisait à la lueur des torches, et dans laquelle le chevalier se montrait richement vêtu en costume ancien, avec des habits de soie enrichis de do» rure, et suivi de nombreux serviteurs. La ville ne lui donnait que cinq douzaines de flambeaux de cire blanche , et deux autres douzaines de cire jaune

' MarcUetti^ ouv. cité.

L'usage d'élire un capitaine pour porter roriflamme de Marseille existait encore en i5a8, comme nous le confirme un

registre des deliLeratioiib du conseil de ville. Voici les termes qui y sont insérés en langue provençale: Noble François d'Aïbertas fora courre Vcstendar de la cioutat de Marseilho^ lou jour de la feste de San Fitou prochana, venent à Vhonnour detdit San ^de la elouM, eoumme es de borna eousiuma.

Cette cérémonie, après aYOÎr été interrompue, fut de nouveau renouvelée; mais elle ne le fut pas avec le même éclat; il n'y eut plus de procession. Au lieu d'im citoyen recommandablcy choisi pour porter roriflamme^ ce ne fiit plus qu*un domestique de THÔtel de Yille^ qui se rendait la Teille de la féte à la petite chapeUe de St.-Victor, où un prêtre de Tabbaye lui donnait la bénédiction. 11 partait de là e t f usait les courses sans aucune suite. £nûncet usage fut totalement aboli en 1750.

Le sceau de la republique portait l'efBgie de St. Victor et l'inscription suivante :

Aetibus immensis urhs fulget Massiliensis, Massiiiom verè Fictor civesque tuere

Aucun élément aristocratique n'entrait dans le système du gouvernement marseillais. Aussi bien, dans le moyeu âge, comme dans des temps plus modernes 9 Tordre des patriciens ne prit jamais racine à Marseille. A peine laissait-il apercevoir quelques traces d'existence. Aucune distinction entre les nobles et les roturiers, aucun privilège de naissance , aucun préjugé de caste. Les personnes et les propriétés étaient soumises aux mêmes charges publiques ' . Quel avantage cetterépublique n'avait-elle pas sur les républiques italiennes! Combien son organisation était préférable ! Les lois de Venise défendaient le commerce aux nobles^. A Marseille, au contraire, dans le 13* siècle et les suivants, les nobles pouvaient, sans déroger, selivrer k des opérations commerciales^. Le commerce , qui était une source de considéra-

* Antiquités de ia ville de Marseille » par Ivles Raîmond de SoUer, iTTÛcoiisulte. Lyon, i63a.

Statuts , Uv. I, ch. Lxii et lxiu.

^ Amelot de la Houssaye, du GouTemement deVenisey part lu.

* Discours sur le négoce dos gentilshommes de la ville de Marseille y e^ sur- la qualité de nobles marchanda qu'ils prenaient, par Marchetti* Marseille , 1671.

Dl^ MARSEILLE. 339

tion et d'influence, conduisait ii tout ce que TEtat avait de plus élevé , et ne voyait au-dessus de lui aucune supériorité sociale. A Gênes, les principaux du peuple, éloiguésdupouvoiretdes.emplois publics, ne pouvaient exercer quelque influence dans le gouvernement qu'en administrant en grande partie la banque de St.-Georges Mais à Marseille, tous les arts utiles, toutes les professions industrielles, intéressés à la cbose publique, étaient directement appelés à Texercice de la souveraineté. Pouvaientrils recevoir des encouragements plus honorables? Les corporations pouvaient-elles raisonnablement demander une portion plus large de la puissance politique? Quel est le pays oii elles ont été plus favorisées? Elles nommaient librement leurs chefs, et ceux-ci les représentaient au conseil et y défendaient leurs droits. Le mandat que ces chefs de métiers recevaient était, aux yeux de la loi, une garantie suffisante.

Le royaume de Provence avait depuis longtemps le tilre de Comté. Lu maison deBoson avait été remplacée par celle de Barcelonne*. Le corps

' Addisson, Voyages dltalie, p. i6.

•Gilbert, vicomte de IMilhaud et de Gévaudan, qui avait hérite de ce comté par son mariage avec Gerberge, sœur de Bertrand mourut en 1109^ et ne laissa que deux filles nommées Douce et Ëtiennette qui furent mariées. Tune à Raymond-Bérenger, comte de Barcelonne, et l'autre à Raimond de

social était en mouvement. Plusieurs grands vassaux avaient fondé leur indépendance, entre autres les comtes de I oi calquier. Les principales villes s'étaient organisées en municipalités presque libres. Arles avait des consuls, elle nommait quelquefois un podestat, elle s'était complète* ment affranchie de Tautorité du comte; mais son administration dépendait malheureusement de rarchcveque qui en était Tame elle chef. Nice, qui tenait un rang distingué parmi les cités provençales , avait été maintenue par sa situation et son commerce dansles immunitésmunicipales les plus étendues. Kilc se sentait iihre de la gloire de sa fondatrice. Avignon avait aussi une administra^ tion consulaire , une commune florissante. Cette ville, à rimitation d'Arles, se donnait aussi quelque fois des podestats. Venaient ensuite des bourgs d'un ordre inférieur^ tels que celui de Grasse, oit les consuls avaient fait des statuts pour arrêter les entreprises des comtes; celui de Brignoles, petite république féodale gouvernée par un corps de nobles; celui deTarascon, ancien chef-lieu du comté, après la perte de la ville d'Arles ; celui

Baux. En 1 112, (iciberge, veuve de (". ilbcrt, céda a Dcuice ic comté de Provence. Quant à Ëtiennette, elle eut les domaines considérables connus sous le nom de terres baussenques* Douce, par acte du x3 janvier x 1 13 , ayant fait donation à Raymond- Bérenger m des Etats cpi'elle araît reçus de sa mère, les comtes de Barcclonne furent appelés à régner sur la Provence.

d'Apt dont les habitants avaient été assez heu* reux pour placer la commune en dehors du fief, sans avoir besoin du concours du seigneur , ni de la concession du souverain.

Toutes ces villes formaient entre elles, par sympathie comme par besoin, une grande confédération, k la tête de laquelle Marseille était naturellement placée. Un peu avant de proclamer son entier afiranchissement, sa commune qui déjà avait assez de pouvoir pour faire en son propre nom des traités et contracter des alliances, qui déjà s^était hautement déclarée pour les Pisans contre les Génois, qui avait ensuite conclu avec Gênes une paix de vingt ans ' , s^était unie étroitement à la commune d'Ârles, afin de se prêter des secours mutuels en cas de nécessité. Les chefs municipaux des deux cités s'étaient assemblés à Marseille pour s'entendre sur les articles de la convention. 11 fut unanimement stipulé, entre autres dispositions, que la municipalité marseillaise emploîrait tout son| crédit et ferait tous ses efforts pour empêcher que les vicomtes et les vicomtesses, qui alors possédaient encore quelques faibles restes de leurs droits domaniaux, n^exigeasscnt à l'avenir certaines charges des citoyens d'Arles habitant Marseille , et réciproquement

* Au luuis d'août laii.

332 HI&TOiKE

que les citoyens marseillais seraient aflranchis, dans Ârles, des mêmes charges

Aussitôt après l'établissement de la république, Hugues, comte d'Empuriasen Catalogne, envoya aux Marseillais une ambassade solennelle pour leur témoigner son estime et leur exprimer le désir qull avait de contracter alliance avec eux. ^ Les Marseillais recurent ses députés avec les plus grands honneurs, et accueillirent avec plaisir des propositions qui ne pouvaient qu'être avantageuses à leur commerce. En effet , un traité d'union fut conclu , par lequel les Marseillais eurent la faculté défaire, sans entraves, le négoce k Empurias et dans toutes les terres de sa dépendance , et le comte abolit en leur Csiveur le droit barbare d'aubaine et de naufrage.

Peu de temps après, la ville de Nice envoya aussi des députés k Marseille , pour resserrer les nœuds de leur antique union. La nouvelle alliauce fut jurée de part et d'autre, et les sentiments des citoyms marseillais furent ainsi exprimés dans le préambule du traité : En tous nos conseils et en toutes nos actions procédant avec zèlcj nous aifoiis mis noire ville en liberté* C'est ainsi que nous avons accru la richesse, V autorité et le pouvoir de la republique. Nous espérons, avec taide de Dieu y la maintenir au même état*.

' Archives de l'Hôtel de Ville.

Occupons-nous un instant de la ville haute.

Cette ville n'avait profité en rien des amélioralions politiques de la cité .adjacente. £lle était toujours asservie sous l'autorité de l'évêque, et n'avait pas la faculté de se donner de^ magistrats; ils dépendaient tous du clergé. Les intérêts généraux étaient sans défenseurs, la cause du peuple sans organe. Le prélat exerçait la juridiction tempoi:^lle et les droits régaliens dans toute leur plénitude.

Spectacle étrange! Contraste étonnant! Les Marseillais étaient divisés en deux classes d^habitants gouvernés par des règles entièrement opposées. Ici étaient des citoyens fiers de leur liberté et ne dépendant que des lois prolectrices; là , des vassaux de l'Eglise assez éclairés pour sentir leur sujétion ; le système républicain k côté du régime féodal. Les habitants de la ville supérieure ne pouvaient pas rester spectateurs indifférents du bonheur de leurs compatriotes. Le beau sang marseillais ne coulait-il pas dans leurs veines? Eux aussi méritaient d'être citoyens : ils éprouvaient le sentiment douloureux de la dignité humaine blessée dans ce qu'elle a de plus cher. Favorisés peut-être par leurs voisins, ils organisèrent une confrérie et tentèrent de se soulager du poids d un vassclage humiliant.

Une insurrection éclata, et le gouvernement

334 UISTOIRE' populaire fut établi * sur des bases à peu près semblables k celles de la constitution de la yille inférieure. Le conseil de ville, formé à la bâte, élut un podestat nommé Rican^ des sjmdics et des juges. Rican fit publier diverses ordonnances, créa plusieurs offices, et conféra les fonctions de notaire à Guillaume Arnaud. Le patriotisme des nouveaux républicains ne faillit pas un seul instant.

Heureux s'ils avaient pu conserver leur liberté!

Mais sa possession ne fut qu'éphémère ; ils en saluèrent la douce aurore, et bientôt après ils retombèrent sous le joug de leur seigneur ctmaître. A peine organisés, privés de ressources et de secours.^ ils se trouvèrent dans rimposslbilitc d'opposer à révêque une longue résistance , et se soumirent en espérant des temps meilleurs. Le prélat convoqua lepeuplesuruneplacepublique, par un hérault, au son de la trompette. II s'avança ensuite, accompagné de Tarchidiacre et de quatre autres chanoines, et prononça un arrêt qui contenait en substance : (( Nous, Pierre, par la grâce de Dieu, c( évêque de Marseille, a qui appartient la pleine (c et entière juridiction temporelle , de quelque (( espèce qu'elle soit, dans la ville supérieure; « juridiction que Jésus-Christ a donnée, de temps (( immémorial, a nos prédécesseurs et h l'église

D£ MAa6EiLL£. 335

(( marseillaise j prononçant en dernier ressort, « cassons, annulons , bannissons du souvenir des « hommes, toutes les sentences que nos infidèles « vassaux, leur podestat, leurs syndics ou leurs «juges ont prononcées, tout ce qu ils ont établi f( en matière de tutelle, de curatelle et de con* « trats, et généralement tous les actes oii ils sont (( intervenus comme personnes publiques, et nom- « mément la création d'une charge de notaire (( en faveur de Guillaume Arnaud »

Il fut ensuite dit aux habitants que c'était injiistement et mal k propos qu'ils avaient envahi les droits de leur pasteur. Gomment pouvaient-ils avoir eu la téméraire prétention de s'arroger un pouvoir temporel qui appartenait à l'évêque en toute propriété? comment justiiier cette désobéissance ? Défense leur fut faite de former aucune association ou confrérie avec les citoyens de la ville basse, d^ëtablir le consulat, ou telle autre institution municipale*

Aussitôt, quatre des principaux habitants,

' Itéyéqae qui rendit cet arrêt est Pierre ii de Montlaur. Il fat revêtu de répiscopat en iai5. ïi remplaça Rainier, qui remplaça Nicolas i*'' en 1192. Celui-ci succéda, en 11 85, à

Foulques dcToraiiie, qui succéda à son tour a Pierre i®' en II 70. Pierre i^^ vint après Raymond de Soliers en 11 52. Ce dernier fut , en X122 , le successeur de Raymond 1^^, lequel le fat de Pons en 107 s* Pons iz^ conune nous Fayons dit dans une note précédente y monta sur le siège épiscopal de Marseille dans raimée ioi4>

m HISTOIRE

Pierre Bomand, Foulques de Ncrs , Jean de Bacco, et Robert de Vienue, parlant au nom de leurs compatriotes de la ville supérieure , suivant ee qui avait été concerté d'avance, firent leur soumission il Pévêque , se reconnurent ses vassaut, et lui jurèrent foi et hommage sur TEvangile. Acte fut dressé de ce serment, et Tevêque y fit mettre son sceau de plomb

Reportons maintenant nos regards sur cette ville basse ^ heureuse et puissante par ses lois républicaines.

Comme elle s'était alliée avec Raymond vi, comte de Toulouse , qui avait puisé dans le sein de sa famille une violente haine contre les comtes de Provence^ elle se trouva entraînée dans les guerres de religion qiie ce malheureux prince eut à soutenir. Dans les provinces méridionales de la France, on commençait à raisonner sur la foi, et les esprits rompaient quelques-unes des lisières qui les retenaient captifs. Arnauid de Brescia avait levé l'étendard de ^insurrection contre tous les abus du gouvernement théocratique. Henri, jeune enthousiaste , marchant toujours nu-pieds, portant une croix de fer a la main, se condamnant à toutes les rigueurs de la pénitence et tout disposé k recevoir le martyre , avait dogmatisé ,

' Archives de la CatUédrale de Marâeilie.<^Hist. desÉvéques, tom. Il y p. 91 et suÎY. — Papou , tom. 111 , p.. et suit.

avait vu la foule suivre ses pas, avait été reçu en prophète. Les peuples, indignés des mœurs scandaleuses et de la tyrannie du clergé, couraient en foule entendre les prédicateurs de la nouvelle doctrine , et ces novateurs furent appelés Albigeois. La cour de Rome, frappée d'épouvante , envoya pour légats deux moines de Giteaux, avec pouvoir de contraindre tous les seigneurs du pays, par les censures ecclésiastiques, à confisquer les biens des sectaires, a les bannir, à les punir même de mort. Ces légats sont les premiers qui exercèrent rinquisition.

Cette insurrection menaçante avait pris un grand caractère et s'étendait au loin. Raymond vi , cousin germain de Pbilippe-Âuguste, en était regardé comme le protecteur. Pierre de Castclnau, un des légats, osa l'excommunier, et fut tué peu de temps après au faubourg de f i iricj^uetaillele2-*Ârles ^ Le comte de Toulouse fut accusé d'avoir, excité ce meurtre. Et le pape Innocent m lançant aussitôt contre lui tous les foudres du Vatican, proclama la guerre sacrée, appela tous les chrétiens aux armes, donna les Etats du Comte au premier occupant. Dans cette croisade J'iuic espèce particulière, le pontife accorda les mêmes indulgences que dans celles contre les musulmans. Des troupes innombrables de croisés, parmi

> Le 8 janvier i2o9.

sas HISTOIRE

lesquels se trouvaient plusieurs ëvcques, accoururent de toutes les proTinees françaises et menacèrent le Languedoc. Les seigneurs de Tarmée, après avoir tenu conseil, choisirent pour général bimon de MontLurt, et lui confièrent la direction suprême de cette guerre. Jusque-là, le comte de Toulouse s'était montré homme de tétc et de cœur; mais il perdit la tête, et le cœur lui fiiillit j lorsqu'il vit ces formidables préparatiÊ. Il crut désarmer ses ennemis en offrant sa soumission. 11 alla au-devant du légat, témoigna un grand repentir, protesta de son attachement à rEglise Catholique. A Saint-Gilles, le légat reçut son abjuration. Ce Prince, arrivé au dernier degré de riiumiliation , fut obligé de se croiser contre ses sujets, et quoicpie pénitent, il n'en fut pas moins dépouillé de ses Etats.

Raymond, victime des persécutions pontificales, mourut en laissant un £ls qui fut le successeur de sa mauvaise fortune. La guerre continuait entre Tarmée des croisés et ce fils, nommé Raymond vn. La Provence était dans l'agitation, dans Tanarchie. Les seigneurs de Baux, les seigneurs de Sabran-Forcalquier , soutenaient le jeune coin le deToulouse par esprit de haine contre Raymond-Dérenger v ; mais Guillaume de Baux, prince d'Orange, qui avait su profiter de ces troubles pour obtenir le titre de Roi d'Arles, prit parti pour les croisés, tandis que les Labitants

d*Avignoil s^armërent contre eux. Parmi les villes

de ia Provence qui montrèrent le plus d'atlachcment au comte de Toulouse ^ Marseille se plaça au premier rang j elle ât tous ses eûorts pour le remettre en possession de ses Etats. Ce n^était point par zèle pour la doctrine religieuse des Albigeois. Cette doctrine ne pénétra point chez elle. Le seul mobile de sa conduite était le désir d'affaiblir le despotisme de TEglise Romaine* Elle le voyait de près ce despotisme écrasant, ennemi de toute amélioration sociale et de toute idée généicui^e. La rcpublitj[ac était placée entre l'évéque, véritable souverain de la ville haute, et Tabbé de S* -Victor, plus riche et plus puissant qu^un grand nombre de princes. L'influence théocratie que de ces deux voisins lui inspirait de justes craintes. D'ailleurs elle venait d'avoir avec Tab* baye un différend qui ne s'était pas terminé a l'avantage de ses citoyens. Voici ce qui en avait été la cause : iNous avons dit que le vicomte Roncelin, avant Tacte de venté passé a Anselme, avait vendu les mêmes biens au monastère. Postérieurement a la revente que le gentilhomme marseillais ûl k la commune^ l'abbé de -Victor vint soutenir que cet acte n^avait pu être fait au préjudice de ses droits dont il poursuivit la revendication. La république soutint, de son côté, que la donation riait frauduleuse, et qu'ayant acquis légitimement et de bonne foi les droits seigneu-

riaux de lioncelin^ clic ne devait pas en être spoliée. Pourtant elle offrit une indemnité au mo* nastère , pour vivre en bonne intelligence avec lui* Une proposition «i raisonnable semblait devoir être acceptée. Mais Tabbé, plaçant tout son orgueil et tous ses désirs dans la possession de cette ancienne portion de seigneurie, poussant même Taveuglement jusqu'à ne point voir que Marseille avait tout a la fois pour clic la justice et la force , recourut à Tautorité d'Honoré qui envoya trois députés avec ordre de mettre le monastère en jouissance des biens donnés par Roncelin, et en cas de résistance, de lancer les anathèmes de TEglise contre des républicains insolents. Ces députés, qui étaient les évéques de Riez, d'Ântibes, et Pabbé Dutoronet^ confirmèrent la douatioii en arrivante Marseille, et prononcèrent la sentence d'excommunication contre quiconque inquiéterait Tabbaye à ce sujet. Ils sortirent ensuite du monastère accompagnés de tous les religieux , et plantèrent sur le summeL de la tour du Tolonée une croix et une bannière aux armes de S'-Vîctor, en signe de mise en possession. Ils en dressèrent procès-verbal en présence de plusieurs témoins dont la plupart étaient moines *. Le peuple murmura hautement^ et le podestat fit aussitôt abattre la bannière. Vainement l'évêque

* Archives de Saint-Victor.

de Marseille , Benoît d'Âlignagao ' , usa de lous SCS moyens dHnfluence pour &ire triompher les prétentions du monastère \ vainement Tabbé Bonfils , qui en était le chef, fit ratifier la donation de Koncelin par Raymond-Bcrenger v , comte de Provence, auquel il fit hommage et prêta serment deiidëlité, en lui payant 3,000 sous royaux pour le droit d'investiture; vainement le Pape approuva par une bulle datée de Latran tout ce qui avait été fait par ses légats^ et notammentla sentence d'excommunication qu'ils avaient lancée contre les Marseillais ; ce peuple ne céda pas et sut tout braver. Enfin le temps adoucit l'aigreur commune et disposa les esprits à la paix. 11 fit naître des circonstances qui commandaient aux Marseillais de se montrer moins inflexibles, de se relàcker de leurs droits , dans l'espérance de voir naître des temps plus propices. Le différend fut terminé par une transaction. 11 y fut stipulé que l'abbé et les religieux affermeraient à la république, pour six années, la portion de seigneurie contestée ^ moyennant le prix de 500 sous royaux couronnés, payables chaque année à la fête de -Victor , avec condition néanmoins qu'a Texpiralion du terme , la ville restituerait à l'abbaye ces droits seigneuriaux \

' Successeur de Pierre ii de Montlaur.

*Ruffi, t. I, liv. IV, ch. I.

On connaît maintenant les raisons qui engagèrent les Marseillais a secourir le comte de Touloiise^ qui semblait appeler sous les drapeaux delà liberté religieuse tous les ennemis du Saint-Siège, toutes les victimes de Torgueil clérical et de l'into- * Icraucc catholique. Ils combattirent pour lui, dans leVenaissin, contre les croisés, avec les habitants cl xVvignon, de S'-Giltes , de Beaucaire et de Tarascon , et poursuivirent avec fureur le cardinal Bertrand , légat du Pape. C'était une guerre d*ex* Icrminution } jamais le ianatisme n'engendra plus d'attentats contre la nature et l'humanité , et Pesprit se soulève au récit des horreurs qui furent commbes. Les Avignonais écorehèrentYifetcou* përent en morceaux Guillaume de Baux, prince d'Orange ' . La Provence fut enfin délivrée de tant dciiéaux destructeurs, et iMarscillc vit iicureusement la fin d'une guerre dans laquelle le ressen-* timent 1 avait engagée. Montfort, le héros du fanatisme , périt au siège de Toulouse. Son fils , ne pouvant résister au jeune llaymood , oilrit les Etats usurpés à Philippe-Âuguste, qui refusa d'en dépouiller 1 héritier légitime.

Peu de temps après * , Raimond et Hugues de Baux voulurent ressaisir la portion du domaine seigneurial qu'ils avaient aliénée. Raimond ro*

' Papon, t. II, IIy. iv.

' £n ii'i'j.

clama le premier , et fut asses puissant pour recourir à la forée des armes. Nous n'avons aucun détail sur la guerre que les Marseillais soutinrent contre lui; mais nous savons que les hostilités furent terminées par un traité de paix dont voici les articles : Les parties se quittent de tous les dommages souâerts pendant la guerre. Raimond de Baux renouvelle , tant pour lui que pour sa femme et ^s enfants, la cession déjà faite de leurs anciens droits domaniaux sur la vicomte de Marseille. La ville s'engage à lui payer annuellement et a perpétuité , à la féte de André , la somme de 3,000 sous royaux j a lui donner une maison de la valeur de i ,000 sons, et à le recevoir , ainsi que les membres de sa famille , au nombre de ses citoyens* Ce seigneur s'obligea a défendre les Marseillais contre tous leurs ennemis, et ceux-ci, de leur coté, promirent de lui prêter secours en cas de besoin. Us furent affranchis de toutes charges dans ses terres, oii aucun d^eux pourtant ne devait être reçu contre le gré de la république. lUimond de Baux, pour l'assurance de ses promesses , s'engagea h remettre son château deVitroUcs entre les mains de deux personnes probes delà ville dé Marseille, lesquelles le garderaient pendant trois ans. il fut , en outre , convenu que , s'il s'élevait (Quelques dilBcultés sur Texécution du traité, les parties choisiraient chacune un citoyen marseillais, et que ces deux juges videraient le diiïérend

par voie d'arbitrage ; que les parties seraient te-*

nues de déférer à la sentence rendue , sous peine, savoir : la république y de payer à Raimond de Baux 2,000 marcs d'argent, et Raimond de Baux de remettre en propriété à la république les terres deVitrolles et de Châteauneuf ' . Ce traité fut confirmé, la même année et la suivante, par la femme et les enfents de Raimond.

Hugues de Baux crut aussi que le moment était favorable pour rançonner Marseille. 11 réclama * la portion de la vicomté qu'il avait possédée du chef dcBarrale, sa femme. Marseille repoussa ses prétentions injustes. Moins puissant ou moins en* treprenant que Raimond de Baux, il n'employa pas la force ouverte ; il se borna à recourir au comte de Provence, et à implorer sa protection. Raymond-Bérenger ne crut pas devoir épouser la cause de ce sei2;neur ambitieux, qui ne savait pas respecter la foi promise et la sainteté des contrats. Hugues adressa alors ses plaintes à l'empereur Frédéric Uy qui prétendait avoir des droits sur la Provence, parce que ce comté avait fait partie du grand royaume de Bourgogne, et que Rodolphe | son dernier roi , avait institué pour héritiers l'empereur Conrad et ilenri m y son âls. Depuis lors, les empereurs croyaient que les comtes de Pro-

• Archives de l'Hôtel de Ville. — Ruffi, 1. 1 , liv. ir.

' En 1226.

D£ MARSEILLE. 345 vence devaient recevoir l'investiture de leurs mains, et leur prêter serment de fidélité.

L'Empereur, sur la seule plainte de Hugues de Baux, écrivit au conseil de la république de Marseille, et lui commanda de i^cstituer a son pi'otégé le patrimoine seigneurial qui lui était détenu. Le conseil , croyant n'avoir aucun ordre a recevoir de rjËmpereur, persuadé d'ailleurs que ce commandement avait été surpris k sa justice y prit la ferme résolution de n'y point obéir. Alors l'Empereur ordonna aux Marseillais de se soumettre sans' délai à sa volonté souveraine y sous peine d'encourir son indignation et d'être mis au ban (le Tcmpire. L'acte de soumission n'arrivant point^ Frédéric réalisa sa menace. Par arrêt de la chambre impériale^ Marseille, traitée comme rebelle, fat mise au ban de l'empire et privée des droits d'une ville libre.

En apprenant cet arrêt fulminant, les Marseillais s'épouvantèrent. La prudence leur commanda de ÊEiîre tous leurs efforts pour en empêcher l'exécution. A cet effet, ils offrirent une somme considérable à Hugues de Baux , pour qu'il abandonnât ses poursulies. Ce seigneur ne voulant consentir à rien, les Marseillais députèrent le podestat Ilugolin et quelques citoyens recommandables vers Thomas, comte de Savoie, lieutenant de l'Ëmpereur en Lombardie , pour le supplier d'intercéder auprès de ce monarque , et de détourner

Forage qai les menaçait. Thomas , qui avait toujours montré beaucoup d^a Qec tion pour Marseille, reçut les députés avec des marques d'estime et

d'honneur. 11 leur dit qu'ils n'avaient pas compte en Tain sur son amitié, et leur témoigna le plaisir qull éprouvait d'avoir une occasion de leur être utile. Ses deux fik, Henri, marquis de Carreto, et Amé y montrèrent les mêmes sentiments. Les Marseillais^ placés sous cette protection puissante, n^eurent plus à redouter les armes de Frédéric, qui consacra ses soins à des affaires plus importantes. Hugues de Baux s'agita sans succès^ toutes ses intrigues furent déjouées.

A cette époque, Raymond-Bérenger étant venu à Marseille, traita de pair k pair avec la république, et fit avec elle une ligue offensive et défensive* U promit pour lui et ses successeurs de la défeudre contre tous ses ennemis, et dans le cas oii elle serait attaquée ^ il s'engagea à lui fournir un secours de cent hommes d'armes et de cinq cent cinquante fantassins , entretenus à ses frais durant deux mois de chaque année. Marseille s'obligea de son côté de l'assister^ en cas de besoin, avec cinquante hommes d'armes et deux cents hommes de pied, entretenus pendant deux mois de l'année aui dépens de la ville. Eus tache et Raimond Gantélmi , Audibert , Isnard de f orcalquier et RaiuiouJ de Mora, gentilshommes provençaux, se rendirent personnellement garants des jji umesscs du prince.

Le podestat Spinus de Soresina , les syndics Ricaut et Pierre Bonvin, les clavaires Pierre Yé* ïnlty Tortel et Jacques Guillaume , jurèrent publiquement, au nom de la riépublique, l'inviolable observation de ce traité dont les articles furent publiés en présence de Raimond et Bertrand de Baux , de Raimond de Conchis, d* Anselme Fer, de Reynaud de Trets, d'Augier de Mari, de Guillaume Vivaud, de Bérenger de Péricart, de Jacques de Populo et de plusieurs autres citoyens distingués

Le territoire de la république n'était pas très étendu, mais elle possédait en Provence quelques places importantes. En 1217, elle avait acheté de Raymond Geoffroy, fils de PonsdeFos, une partie des châteaux et seigneuries d'Hycres etdeBregançon, avec tous les droits qui étaient échus à ce seigneur de Théritage de sa mère. Le prix fut de 18,000 sous royauxt Le reste de ces deux fie&lui fut vendu deux ans après par Amiel de Fos, au prix de 5,000 sous, et les cinq fils du vendeur ratifièrent la vente, suivant la coutume du temps. Quelques années après, c'estrà-dire en 1228, Pierre de Temple et Guillaume Anselme, syndics , acquirent encore , au nom de Marseille '

* Bulfiy tûln. I, liv iT, ch. ii.

" Quand nous parlons de Marseille, c'est toujours de la ville inférieure.

et au prix de 1 d^OUO sous royaux payes comptant

le cLatcuvi et la seigneurie de Roqiievaîre , que Raimond de Baux leur vendit avec les droits qu'Audoarde, femme de Bertrand de Baux, son iils 9 Gcrard-Adhémar et Mabile , sa femme , avaient sur ce fief*.

Les Maures, maîtres de Mayorq[ue, commet « taient dans la Méditerranée de nombreuses pirateries, et ravageaient principalement les cotes d^Espagne. Jacques i*'', roi d'Aragon, entreprit de chasser les Barbares de cette île et de s'en emparer. Il fut paimunment assisté dâns cette eipédition par les Marseillais , intéressés comme lui à faire cesser des brigandages si nuisibles au commerce maritime. Us lui fournirent une Hotte nombreuse et bien équipée, et leurs troupes se signalèrent au siège de la capitale de l ile, lequel dura plusieurs mois. Les Maures se défendirent avec vigueur, mais enfin leur chef et son fils aîné ayant été tués, ils furent contraints dé céder, et rile entière fut soumise aux chrétiens Après cette conquête , le roi d'Aragon fit distribuer aux vainqueurs les dépouilles des vaincus. LesMarseillais eurent pour leur part trois cents maisons dans Tenceinte de la capitale et sept aux champs, une

' Ruffi, tom. t, liv. IV, ch. ii.

mosquée pour leur servir d'église , ' trente -neuf fabriques et une grande étendue de terres

Hugues de Baux n'avait pas perdu Tespérance de réussir dans ses desseins et de faire fléchir Marseille. Voyant que la faveur de Frédéric ne pouvait pas le servir, il implora celle du cardinal Saint-Ânge, envoyé en France en qualité de légat^ par le pape Hônoré ni, pour exhorter le roi Louis Tiii à détruire rhérésie des Albigeois, qui semblait prendre une force nouvelle. Ce prélat, après de longues négociations, put se convaincre que les Marseillais ne consentiraient jamais à investir Hugues de Baux de la seigneurie qu*il réclamait. Il fit consentir les parties à soumettre à des arbitres la seule question de savoir si une indemnité était due k cet ancien vicomte, et en cas d^affinnativc, quelle en était la quotité. Les arbitres choisis furent Gilbert de Baux et Yivaud de la Mure , qui devaient prendre pour tiers l'évéque de Nimes, en cas de partage d'opinions. Ce partage ayant eu lieu, l'évêque de Nimes, appelé à le vider, consulta d'abord l'archevêque d'Ârles et les évcqucs de Marseille et de Toulon. La sentence qui fut ensuite rendue porta que Hugues de Baux, Banale sa femme, et leurs deux fils, étaient déchus de tous droits sur l'ancienne seigneurie ^ que cependant la ville aurait à leur

* Archives de l'Hôtel de Ville.

350 HISTOIRE payer 46,000 sous royaux couronnés^ et de plus . à leur supporter une pension annuelle et perpétuelle de 3,000 sous, exigible le jour de S*-Miclicl; moyennant quoi , il y aurait oubli des dommages soufferts réciproquement*.

Un autre différend fut terminé par l'intermédiaire du cardinal Saint-Ange. L'cvcquc de Marseille venait d'excommunier les habitants de la ville basse , sous le prétexte qu'ils avaient violé une transaction &ite, en 1219, avec Pierre de Montlaur son prédécesseur. Cet acte portait que tous les citoyens de la ville inférieure pourraient librement commercer dans la ville supérieure, et que pour y avoir droit de résidence, ils n'auraient quli déclarer cette voloutc à leurs syndics j que les habitants de la ville épiscopale jouiraient du même avantage dans l'autre ville; que pour les crimes commis et les contrats passés dans la ville haute, les citoyens de la ville basse n'auraient d'autres juges que leurs propres magistrats, et qu'il en serait de même pour les habitants soumis à la juridiction del'évêque, lesquels ne pourraient être distraits de cette juridiction. L'éveque se plaignait de la violation de ce traité; le cardinal Saînt-Ange, voulant pacifier toutes choses, fit trouver bon au prélat et au po-

' Ruffi^ 1. 1, liv. lYy ch. iii. Cett€ sentence a été rendue en

DE MARS£IJLL£. 351

Jestat de compromettre leurs contestations à Hugues, archevêque d'Âix, et à Pierre de CoUomedio^ commissaires du Saint-Siège, qui décidèrent que Tacte de 1 219 devait recevoir sa pleine exécution. Les mêmes arbitres réglèrent encore quelques points litigieux entre la ville haute et la ville basse, touchant les droits de douane

La paix ne £îit pas rendue k cette dernière ville ; une autre querelle vint la troubler. Le délai .de six ans, stipulé dans la transaction faite entre les religieux de S^-Victor et le conseil de la république, était expiré, et Pabbaye demandait avec instance la restitution de ses droits féodaux. Le conseil avait la ferme résolution de ne laisser porter aucune atteinte à la liberté de la cité j cependant disposé à faire de nouveaux sacrifices pécuniaires, il proposa au monastère de lui payer cette portion de fief. Il crut que les religieux suivraient sans difficulté l'exemple de Hugues de Baux , et ne refuseraient point une offre qui tendait il rétabllssemenL du repos commun.

Cette attente fut trompée» Les moines répondirent que la ville devait excenter un traité solennel*, qu'ils ne pouvaient d'ailleurs accepter roflrc qui leur était faite, parce que le Pape leur avait défendu d'aliéner leurs droits.

Tant d'obstination irrita les citoyens, et le

* Archives de rU6tel de ViUe. ^ Ruffi, ibid.

conseil fit deux statuts qui dérogeaient à Pusage observé jusques alors. Par le premier, il abolit Texception non numeraiœ pecunite y et établit qu'à l'avenir ceux qui contracteraieut avec le monastère, n'auraient plus à prouver que Pargentlui avait profité. Par le second, il décida que ceux qui possédaient des biens dépendants de Pabbaye, et à raison desquels ils auraient des contestations, seraient affranchis de la juridiction ecclésiastique Le conseil alla plus loin. Il soumit à une imposition les habitants du territoire appartenant aux religieux, et placé jusque-là sous leur puissance temporelle. Le peuple marseillais, ^ indicé de Pinjuste résistance des moines, se livra à quelques excès. Il abattit une colonne que Roncelin avait fait élever entre la ville et 1 abbaye, pour fixer les limites des deux juridictions; et voulant effacer toutes les traces de la domination vicomtale , il détruisit de fond en comble le Tolonée.

Le cardinal Saint^Ânge exerçait à Marseille

une grande iniluence, parsa prudence, son talent de persuasion et son caractère conciliateur. Les efforts qii il ût pour établir la paix entre Pabbaye et la ville eurent un plein succès, et la décision du différend fut remise par ses soins (utre les mains de Benoît d'Âlignano, évoque de Marseille,

' Archives de Saînt-Victor.

DE MARSEILLÉ. 353

SOUS la clause pénale de cinquante marcs d'argent contre celle des deux parties qui contreviendrait à la sentence de ce prélat.

L'Kvèque , après avoir examiné tous les poinls du litige , ordonna que la colonne serait relevée à l'endroit même où elle était placée précédemment; qu'il serait pourtant periais aux parties de Tavanccr ou de la reculer a 1 avenir, suivant les titres qu'elles pourraient produire pour fixer les limites d'une juridiction différente. Quant k la portion du fief dont le monastère prétendait être propriétaire du chef de Roncelin, Benoît d'AIignano ordonna que cette portion serait de nouveau affermée à la république pendant six années, moyennant une rente de i 00 livres royales counmnées, payable a la fête deS'-Michel j que la république ne pourrait imposer aucune charge aux Habitants du territoire abbatial ; que le podestat et les syndics jureraient d'observer religieusement cette sentence, étala fin deleiirs fonctions feraient prêter le même serment à leurs successeurs. L'£- ▼êcpie fit ensuite cesser Pexcommunication que Pierre de Montlaur avait lancée contre les Mar* seillais, et Tabsolution leur fut donnée publiquement, au cimetière des Âccoules, en présence de Jean, ëvêque de Toulon , et de Rostan de Sabran , évêque de liiez'.

' Toujours en 12*9. — KufH, t. i, liv. ix, ch. iv.

Dans l'anuëe 1 230 , Marseille fit avec Gênes un traité d'alliance. L'année suivante , elle conclut, pour la sûreté de son commerce , un autre traité de paix avec un chef des Sarrasins d'Afrique. Deux ans après, elle eut une contestation avec les Templiers et les Chevaliers de S^- Jean ; voici quelle en fut la^ause : Ces deux ordres avaient été affranchis , par une faveur spéciale des vicomtes, des droits ordinaires que les vaisseaux payaient à l'entrée et k la sortie du port. Us avaient encore obtenu le privilège de transporter dans la Terre- Sainte les pèlerins qui venaient , par troupes nombreuses, s^embarquer à Marseille; et ce genre de trafic était d'un grand revenu. Us furent privés de ces franchises , lorsque la commune s'érigea en république. Les grands maîtres , irrités contre clic , lui cherchèrent partout des ennemis , et supplièrent Odon de Montbelliard y connétable du royaume de Jérusalem, d'épouser leur querelle et de venger ce qu'ils appelaient leur injure. Les Marseillais avaient besoin de la protection de ce seigneur, pour jouir paisiblement (les Immunités accordées à leur commerce dans la ville d'Acre. Par sa médiation, une Iransaclion fut faite entre Guillaume Garrasson et Rostan de Puihaut, députés de Marseille et agissant en vertu dun pouvoir spécial, d une part^ et Armand de Peyragres , grand maître des Templiers, et Guérin , grand maître des Chevaliers

de S^Tean, d'autre part. On convint queues membres des deux ordres pourraient^ dans le port de cette ville y embarcpier sur leurs navires des pèlerins jusqu'au nombre de 1,500 chacun , sans payer aucun droit; mais que rembarquement de leurs marchandises serait soumis aux taxes ordinaires. Ibelin , seigneur de Bérithe , Jean , seigneur de Ccsarée , Kené Allemand et Jacques Dubois , commandeurs de la maison du temple d^Acre , assistèrent à la conclusion du iraité , rendu solennel par leur présence.

De Montbelliard^ satisfait de l iieureuse issue de cette affaire ^ , continua de protéger les Marseillais dans le Levant; etHcnrii*'', roi de Chypre, petit-fils d'Amaury de Lusignan, leur accorda de nouveaux avantages commerciaux

Le comte d'Empurias , fidèle allié des Marseillais, mourut peu de icinps après; son fils, en lai succédant, hérita des mêmes sentiments pour eux. 11 envoya à Marseille un ambassadeur pour confirmer Tétroite alliance des deux Etats ^.

Les chanoines de la Major excitaient, par leur faste et par Tindécence de leur conduite , des

' Plus tard, des difficaltés s^élerèrent sur l'obseryation de

^ traite. En 12 t(î , les Templiers obtinrent une bulle du pape Innocent iv, déclarant aux Marseillais qu'il avait donné ordre à leur évéque de les excommanier , s'ils ne s'empressaient pas d'exécuter la conTention de xa3o.

' £n 1 236.--> Arcbîves de l'Hôtel de Ville. Arch., id, — Rufli, liv. iv, cli. i\.

plaintes générales. Ces plaintes avalent engagé le cardinal Saint-Ange', qui était toujours légat, à commettre son autorité a TéTeque Benoît d'Alignano , pour corriger tous les vices que Ton reprochait au clergé de Marseille. L'Evêque avait fait un statut qui était resté sans exécution , et les désordres continuaient. L'archevêque de Vienne, qu» était aussi légat ^ voulut y remédier. 11 écrivit à Benoît des lettres pressantes , et envoya à Marseille révêque d'Âvignon et l'archidiacre de Magiielone , en qualité de commissaires. Ces lettres et les exhortations des commissaires ranimèrent le zèle de Benoit et de son chapitre*

Ils s'assemblèrent dans la salle-verte du palais épiscopal < , avec les deux commissaires délégués et le prévôt Bérenger. Us firent un règlement qui défendait aux chanoines de jouer aux dés et aux autres jeux de hasard; d'avoir des habits trop mondains par la couleur ou par la forme y et des souliers pointus et recourbés, qui étaient alors à la mode ; de faire briller l'or sur leurs éperons ^ sur les brides et les selles de leurs chevaux ^ qui portaient des sonnettes ; de paraître avec des anneaux au doigt, comme les prélats, et avec certains ornements d'argent ou de cristal , comme les riches bourgeois

' £n juin i235.

* Extrait du livre-Tert de l'Evéché, fol. lo. — Htst. des Evéques de Marseille , t. ii, liv. vm.

Raymond - Béienger travaillait depuis long* temps avec ardeur a soumettre les seigneurs indépendants et les villes aiTrancLies. Préparant de loin ses moyens de succès y il avait fait naître en« tre ces villes des jalousiesfunestes j il était parvenu à regagner Tamitié de l'Empereur ^ qm avait envoyé un commissaire cliargé de pacllicr la contrée et de rétablir le pouvoir du Comte. Bérenger , prince aimable el doux , savait se concilier 1 amour des peuples ; il s'était créé au dehors de puissantes alliances, et il était secondé dans toutes ses entreprises par Thomas, comte de Savoie, dont il avait épousé la fille , nommée Béatrix. Dans Tannée 1 234 , il donna en mariage à saint Louis Marguerite ^ sa fille aînée , à peine âgée de i4 ans. Son père, dit Joinville, V avait ensei^ gnee et doctrinée en sens et courtoisie , et en toutes bonnes mœurs, dès le temps de V enfance ' . L'année suivante, Eléonore, sa seconde fille, fixa le choix d'Henri m , roi d'Angleterre , et la jeune princesse partit accompagnée d'un grand nombre de chevaliers et de poètes.

Raymond - Bérenger ayant établi sa résidence à Aix , y attira toute la noblesse de la Provence. Béatrix , remarquable par ses attraits séduisants et son intelligence élevée , était Tornement de cette cour qui devint la plus brillante de TEu-

' Edition du LouTrc, p. 171.

358 UISTOIRË

rope* Là est le berceau de la poésie française et italienne ; là fleurirent des vertus aimables, sous les lois^ de la chevalerie j là furent rendus ces jugements de la cour d*amour, chose la plus singulière du moyen âge <. Les femmes^ dans le plus beau triomphe de leur sexe , montrèrent la sensibilité ex(jui-c j 1 adresse insinuante qu'elles tiennent du ciel, la vivacité d'imagination qui les rend si susceptibles de mouvements extraordinaires , la fine sagacité qui leur fait pénétrer le secret des cœurs , saisir promptement le nœud des intrigues , donner aux hommes de soudains conseils , supérieurs aux résultats de nos lentes méditations. Cette passion , qui forme quelquefois des héros et souvent des folies romanesques, qui soulève tant d'orages dans le cœur humain , mais qui peut aussi 1 embraser d'une flamme divine, fut assujettie aux règles de la décence et placée sous la sauvegarde des mœurs. Le désir de plaire et de se distinguer donna de l'aisance aux manières , de la noblesse aux sentiments , de l'activité aux esprits. Il était facile de voir quele monde

* Les dames seules formaient cette cour; elles se reliraient pour délibérer, et la présidente prononçait le jugement. J.r> cheratiers étaient admis sans Tobc délibérative. On y lisait les poésies nouvelles. Les questions proposées» discutées et jugées» étaient dans 1c genre de celle-ci : Qui aime plus sa dame, ou absente ou ^/rèscnte , et qui induit plus tôt à aimer , les jeuj: ou le cicurp ..' ■ i

DE MARSEILLE. m

intellectuel allait reculer ses limites. La société

presciUiilL un spectacle inaccoutumé : encore livrée k des habitudes barbares . elle commençait à se raffiner par de fausses lumières ; elles étaient tombées les barrières qui séparaient les peuples de POccident. Ils s^étaient réunis pour des conquêtes religieuses , et un enthousiasme inouï les ayatt transportés dans Tantique patrie des beauxarts et des muses. Us avaient vu le ciel resplendissant de la voluptueuse Asie , respiré son air embaumé^ foulé son sol poétique. C'est alors que les troubadours apparurent en Provence, car c^est toujours là que brillèrent en Europe les premiers rayons de la civilisation. Ces chantres du ga/" savoir ^ respirant les combats comme les plaisirs , célébrèrent ce qui dans cette courte vie est le plus digne de notre culte , la gloire et la beauté. Unissaut la galanterie à la dévotion , ils confondirent dans un même amour plein de naïveté la dame de leurs penséeset laVierge Marie. Souvent timides et respectueux , on les voit en extase devant l'idole qu'ils encensent, luisupposer touteslesperfectioiis et trouver dans ses moindres &veurs une source de joies inehabies. Quelque£ois la liberté du dis- . cours et les licences de la satire les emportent audeia de toutes les bornes. Alors, comme les héros d'Homërè, hautains , arrogants, présomptueux , ils expriment avec une rude franchise tout ce quils.ont dans leur ame ulcérée : c'est que, chez

eux y les mouvements de la nature ne sont pas comprimés par les lois de la bienséance moderne; c'est ^'ils conservent encore toute la vigueur de caractère j et que tout ce qui frappe leurs regards excite en eux des sensations énergiques^ allume leur juste courroux* Que voient-ils y en effet? Une bourgeoisie docile qui aspire a la liberté , mais qui ne s^est pas encore tout«à-£iit dépouillée des mœurs de la scrviludc j une noblesse inquiète et turbulente qui ne fende ses droits que sur le droit absurde de 1 cpée , qui ne donne des marques de prodigalité que pour se parer d une ruineuse ostentation ; un clergé vicieux dévoué à des papes qui font deTEvangUerinstmment d une p(>lilic|ue audacieuse et d un despotisme avilissant; tantôt disposantdea récompenses du ciel , tantôt condamnant aux supplices de Tenferj subjuguant les nations , ébranlant les empires.

Fouquet s'était depuis long-temps distingué parmi les troubadours. 11 naquit à Marseille d'un marchand de Gênes , qui y en mourant , le laissa maître d une succession considérable. Ce poète ^ dans Page heureux où le sentiment, conservant toute sa fraîcheur, sait embeilir la vie de tant de rêves de volupté et de gloire , fut accueilli , comme troubadour, par Richard roi d'Angle* terre, etparÂlphonsei«% roi d'Aragon. Il s^attacha surtout au vicomte Barrai , et la femme de ce seigneur, Adélaïde de Roquemartinc^ de la mabon

de Porceilet, devint le sujet ordinaire de ses chants. Fouquet ne célébra ses grâces et ses vertus que sous des noms empruntés , parce que c'était une grande félonie de laisser entrevoir le secret d'une passion pour la femme de son sei*gneur. Il porta aussi ses vœux k deux sœurs du Vicomte, Laure de Saint-Julien et Mabile de Pontevès, dames d'une incomparable beauté, qui dédaignèrent les hommages de ce troubadour inconstant, l'accablèrent de reproches et le chas^ sèrent même de la cour de Barrai. Fouquet , saisi d'une mélancolie profonde, cessa de sacrifier aux Muses , pour se livrer aux pratiques d'une dévotion aveugle. Il devint évêque de Toulouse ■ , signala son fanatisme contre les malheureux Al* bigeois, et mourut en 1 231 . D'autres troubadours firent aussi les délices de leur patrie, ils inventèrent la rime , rendirent docile à leurs chants la langue provençale, qui, correcte et polie, douce et flexible, acquit sur tous les idiomes de TOccident une supériorité incontestable, les enrichit de ses tours gracieux, de ses expressions pittoresques , et devint la voix du plaisir , comme l'appelait Pétrarque. Cependant les Provençaux, voisins des côtes maritimes , exprimèrent toujours par des sons durs des mots fiort doux. Le langage de Marseille et des environs fut original , mais il s e-

' £n iao5.

loigna un peu de la manière de parler connue dans les autres cantons de la Provence

Raymond-Bérenger eut un principal ministre auquel il confia Tadinimstration de ses finances : ce ministre fut Aomée de Villeneuve, qui, par ses talents et sa probité , fit chérir le pouvoir de son maître. 11 corrigea partout les abus, leva de nombreuses troupes et amassa de grands trésors, sans être à charge k la nation provençale ; de sorte que le Comte put non-seulement tenir cette cour célèbre qui était le centre des lettres et de la politesse, mais faire glorieusement la guerre à ses ennemis et agrandir son domaine.

Un voisin aussi puissant était un grand péril pour rindcpendaiicc de Marsrillc. Arles avait déjà fléchi devant lui. La confusion s^était mise dans le gouvernement de cette cité, qui avait toujours été travaillée d'un mal domestique. La , noblesse y dominait, et le peuple avait pris ombrage contre elle. Ces divisions étaient fi»mentées par le Comte : il espérait se rendre ainsi plus facilement maître de la ville ^ qui à ses y( ui faisait partie de son patrimoine. Ce qu il avait prévu arriva : les nobles, fatigués de lutter sans cesse cpntre les plébéiens, proposèrent de confier

■ Kéflexions historiques sur la Langue Provençale^ par J.-F. Bouche. — ^Vîe des Poètes provençaux, par Jean Nostradamus.

— /7r/. quoq. Disc, sur les Troub.; Dictioiui Provençal; (ilossaire de la Langue Proveoc., manuscrit de l'abbé Féraud.

le gouvernement à Bérenger , sa vie durant.

Cette proposilion fut généralement approuvée; car le peuple , également las des querelles intestines, aspirait au repos. L'offre fut donc faite ii Bérenger, qui l'accepta sans hésiter. 11 entra dans la ville en toute hâte, et jura le maintien de ses franchises municipales et de ses privilèges ecclésiastiques.

Ce succès enilamma son ambition ; il se re<procha le traité de paix qu'il avait fait , peu d'années auparavant , avec Marseille, traité qui n'était plus k ses yeux qu'un acte de faiblesse attentatoire à ses droits de souverain. Toutes ses pensées et tous ses efforts tendirent à faire reconnaître son autorité dans cette république , mais les obstacles étaient plus grands que ceux qu'il avait rencontrés à Arles: ses projets n'étaient point £siVorisés , à Marseille , par la lassitude des Citoyens, par l'esprit de faction, par le dégoût d'un gouvernement orageux. Rien pourtant ne le découragea , et ses désirs s irritèrent et s'accrurent des difficultés de l'entreprise. Benoît d'Alignano lui était dévoué ; Bérenger jeta les yeux sur cet évéque , comme sur un instrument docile* Benoit embrassa avec ardeur les intérêts du Comité. L'intrigue , la persuasion , tous les moyens lui furent bons. Il remontra aux Marseillais qu'ils n'avaient rien gagné au système républicain. iNe vivaient-ils pas plus heureux

SOUS la domination des vicomtes? Pourquoi se

laisser séduire par une liberté décevante ? Le régime des lois populaires assure -tr il le repos public? N'est-il pas ordinairement fécond en orages, en commotions politiques? h&tril d'ailleurs de longue durée , et ne va-t-il pas se perdre dans la tyrannie de quelque citoyen ambitieux et puissant ?

Les Marseillais repoussèrent toutes les propositions que PEvêque leur fit au nom de Raymond- Bérenger. Cependant le Comte , ne voulant pas compromettre par trop d'exigence la réussite de ses projets , se bornait à demander certains droits régaliens , tel que celui de battre monnaie ; il exigeait encore une somme annuelle* Les Marseillais se placèrent sous la protection du comte de Toulouse 9 Raymond vu. Cette démarche irrita Bérenger ; il la regarda cônmie une offense cruelle ; et , désespérant dès-lors de réussir par la voie de la douceur , il se prépara à celle des armes. Il commença par lancer un manifeste, où il se plaignait de l'ingratitude des Marseillais et les accusait de rébellion ^ pour avoir cherché un appui dans son plus mortel ennemi* Il fit ensuite de grands préparati& de guerre , mit sur pied une armée redoutable , et vint ^ en 1 237 , brusquement assiéger lu ville* Les Marseillais se défendirent si vigoureusement, qu'il fut, trois mois après ^ contraint de lever le siège ^ mais la

D£ MARS£ILLË. 36S guerre Jura six ans^ pendant lesquels chaque partie souffrit beaucoup de maux. Le comte de

Toulouse s'avança pour soutcuir ses alliés, et Ton

Pendant que la Provence était désolée par ces hostilités sans résultat décisif, il se fit en France une grande croisade de princes et de seigneurs, principalement de ceux qui avaient causé des troubles sous la minorité de saint Louis. Les barons et les chevaliers, animés d^un zèle ardent

pour la délivrance de J ér usalem , quittèrent leurs donjons et leurs châteaux. De toutes les provinces du royaume ils se mirent en marche et prirent la route de Marseille, oii des vaisseaux les attendaient. La plupart d'entre eux étaient rassemblés à Lyon pour délibérer sur leur entreprise, lors* qu'ils reçurent un nonce de Grégoire ix , qui leur ordonna de retourner dans leurs foyers. Cet ordre inattendu les scandalisa ; ils s'emportèrent au point de maltraiter l'ambassadeur du souverain Pontife. Vainement virent-ils arriver des députes de Tempereur d'Allemagne , qui les suppliait aussi de suspendre leur marche, et d'attendre que lui-même eût rassemblé ses troupes , pour se mettre à leur tete. Ils ne comprennent pas ces retards ; ils ne peuvent croire que le chef de la chrétienté veuille sérieusement s'opposer à leur résolution de combattre en Asie les ennemis du nom chrétien. Us persistent dans le dessein

d'accomplir leur serment, et pour eux la gloire

(les armes est aussi la voie du salut. Thibault, roi de Navarre et comte de Champagne , les ducs de Bourgogne et de Bretagne^ les comtes.de Bar, de Màcon , de Nevers , et tous les seigneurs qui ' suivent leurs enseignes, se dirigent vers Marseille et reçoivent des habitants Taccueil le plus amical. L^évéqiie Benoit d^Alignano prend aussi la croix, et s'attache à la fortune de Thibault. Les croisés , après un très court séjour daiis cette ville, s^em* barqUent ' et voguent vers la Syrie. Cette croisade n'eut pas une meilleure issue que les autres. La mauvaise conduite des chrétiens , leurs divisions sans cesse renaissantes , firent périr presque toute cette armée , et la plupart de ses che& y furent tués ou £8iits prisonniers.

Benoît d Aligiiano , qui eut le bonheur d'échapper k ce grand désastre , rendit d'importants services aux croisés. La forteresse de Saphet, un de leurs principaux boulevards, avait été renversée par les musulmans victorieux • il fallait pour la reconstruire des sommes considérables et un grand nombre de travailleurs que les chrétiens découragés ne pouvaient fournir , dans le triste état de leurs affaires. Benoît, doué de cette volonté forte qui triomphe des obstacles et ; enfante de grandes choses , conçut le projet de ' relever les murs formidables qui naguères étaient |

• L*embarquement se fit le 3 juin ijiJg, |

la terreur du Croissant. Il alla k Ftoiémaïs pour faire part de ce projet à Annan , maître des Templiers , et pour l'engager à faire tous ses efforts, k s'imposer tous lès sacrifices pour le succès de l'entreprise. Arman, qui était alors malade 9 n'accueillit pas favorablement les propositions du prélat marseillais, a Quelles sont (( donc nos ressources , lut répliqua-t-il en son- « pirant? Votre projet n'est qu'une illusion géné- (( reuse. Jelesles yeux autour de vous : voyez cette c( terre dévastée que blanchissent les ossements « de nos valeureux défenseurs , de nos frères in* « fortunés. Quel espoir peuvent vous inspirer a ceux que la mort n'a épargnés que pour leur il réserver un malheur plus grand, en leur lais- (( sant le douloureux sentiment de l'impuissance u et de l'humiliation? Que peuvent-ils vous offrir? (( des larmes, des larmes. ... Ah! si du moins ces u faibles débris de nos florissantes armées abju- (( raient leurs anciennes rivalités, peut-être alors (( les infidèles qui nous braveal con ver Liraient <c leurs chants de triomphe en cris de désespoir. (( Mais, hélas! le camp des eluétiens est toujours (( le théâtre de la discorde. Non , je n'aurai ja- « mais la joie de voir relever les murs sacres « de Saphet. Je vais descendre au tombeau , u sans contempler ce consolant spectacle. »

Ces paroles qu'une douleur patriotique et religieuse arrachait k un vieillard ému ne refroi-

368 HISTOIRE dirent point le zèle de Benoît. Il supplia A rman deconyoquer le conseil desGkevaliers duTemple, et de lui permettre d'y paraître et de le haranguer. Le grand maître le lui ayant accordé, Benoît voit en particulier les principaux chevaliers, leur communique Tardeur qui renflamme, les £ait consentir a tout ce quil désire, et les voyant ainsi disposés , il se présente dans l'assemblée , prononce un discours pathétique, fisiit don de tout ce qu'il possède y offre lui-même de travailler à la reconstruclioii du château de Saphet, attendrit tous les coeurs et enlève tous les suffrages. On prend aussitôt les plus sages mesures pour assurer la réussite de ce projet. On fait un appel au zèle et a la générosité de tous les chrétiens , qui oublient leurs divisions. Les chevaliers , les servants , les arbalétriers se mettent en marche vers le lieu ou sont les ruines de la forteresse. L'évcque de Marseille les accompagne avec tous les pèlerins qu'il a pu rassembler , place sa tente du cote oU se trouvaient la synagogue des Jui& et la mosquée des Sarrasins , pour exprimer ainsi que l'infidélité va être détruite, et que la foi va triompher ; ensuite il célèbre la Messe , exhorte les assistants , consacre avec solennité la première pierre , la met lui-même en place , pose sur elle une coupe pleine de tout l'argent qui lui reste ^ demeure là jusqu'à ce que le château soit en état de défense , le bénit alors ,

dit adieu a tous ses compagnons de travail , et retourne à Marseille ».

A son arrivée , il autorisa rétablissement d'une abbaye de l'ordre de Cîteaux. Plusieurs ordres religieux s'étaient fixés depuis quelque temps à Marseille, tels que les Chevaliers Hospitaliers de Saint-Antoine % les Trinitaires^ lesDominicains^; mais on n'y avait vu d'autres religieuses <juc celles de Saint-Sauveur, .qui y à Tezemple des moines

* En ia4o.

■ Cet ordre avait été fondé par Jocelin, gentilhomme du Bauphiné , à son retour des premières gaerre»- saintes. Les Chevaliers de Sainte-Antoine se déronaient an sonlagement des malades; ik furent ensuite érigés en chanoines réguliers. On ne sait pas positivement en quel temps ils furent reçus a 3Iai beillc ; maib leur maison y était déjà établie en i i8o, sous le titre de Commanderie, qui était générale, de laquelle dépendaient les conunandenes subalternes d'Aix, d'Apt, deCej-reste et de Salon. Le commandeur général de ManeiDe avait la prérogative de pouvoir être juge délégué du Saint-Siège.

' On connaît mieux le commencement du monastère des Tri- Tiit aires à Marseille. Jean de Matha, fondateur de cet ordre ^ de retour de B.ome^ d'où il venait de faire approuver sa r^le par Innocent la , arriva à Marseille l'an isioa ^ et y établit la première maison de son institut tout près de la Porte Galle (Porta GaUka)y à Tendroit où sont les bouc ]ir ries.

♦ Les religieux de l'ordre de 5aint-Domiuique avaient un hospice dans Marseille» avant Tannée tsii5> pour loger ceux d'entre eux qui venaient en cette ville avec Pintention de passer dans les pays étrangers. En iaa4, il^ eurent une église et un hôpital sous le titre de Saint- BficHel. Ils s*établirent ensuite à l'ancien Jeu de Mail , qui était entre les rues aujourd'hui de Saint-Ferréol et de Rome.

370 HISTOIRE de Saint-Victor, abandonnèrent les usages consacrés par Cassien, pour suivre la règle de saint Benoît. Le nouv eau monastère de CîLeaux, appelé abbaye de Sion , eut pour fondateurs trois genlilsliommcs marseillais ' de la maison de Roquefort y qui ne subsiste plus.

Le comlc de Provence, le comte de Toulouse et la république marseillaise étaient fatigués d'une guerre qui les épuisait , sans leur procurer le moindre avantage. Kaymond - Bérenger et les Marseillais firent d'abord à Tarascon , en 1 242 , un traité de paix par lequel furent ratiiiés tous les achats que la ville avait fiiits des différents vicomtes; le mode de gouvernement fut sanctionné, Tindépendance républicaine reconnue, la liberté des élections garantie , Tinstitution judiciaire conservée sans atteinte. Les autres articles du traité établircntque Marseille serait à l'avenir comprise dans le comté de Provence y et placée sous la haute protection du Comte , qui aurait 1 ancien droit de la chevauchée ' et de la monnaie. Ainsi, Marseille continua de se gouverner en république avec les mêmes lois et les mêmes magbtrats. Quelques mois après, le comte de Toulouse ût aussi

t Aicard , Raimond et Pierre Bremond.

* On appelait chevauc/iec le service militaire d'un nombre déterminé de fantassins ou de cavaUei's que chaque communauté, chaque seigneur féodal devait au Souverain les jours fixés.

la paix avec Raymond-Bérenger , par rentremisc de Tarchevêque d'Ârles ; et la Provence eut un peu de calme, après tant d agitations.

Marseille pourtant eut un différend avec la ville de Béziers , mais il fut bientôt terminé , et la cause n'en était pas bien importante : plusieurs galères de l'empereur Frédéric ii, qui se trouvaient dans le port sous le commandement d'Andrcolus de Mari , firent, a leur sortie , une prise considérable de blé et d'autres denrées qui appartenaient aux habitants de Béziers. Ceux-ci, croyant que les Marseillais avaient favorisé la flottille impériale, rompirent avec eux et exercèrent quelques représailles sur des marchands de Marseille. Béziers n'était certainement pas une ville fort redoutable par elle-même j mais elle était soumise au roi de France , et c'est là ce qui faisait sa force. C'est donc pour ne pas offenser le monarque français que les Marseillais souscrivirent aux conditions désavantageuses d'un accommodement qui fut £iit en i 246 , et par lequel ils se soumirent k payer aux habllants de Béziers une assez forteindemnité, pour leur tenir lieu des pertes que les Impériaux seuls leur avaient causées ».

Dans la même année y Marseille fit un traité d'alliance et de commerce avec laSardaigiie , qui était gouvernée par des juf^s y et que les Génois

' Euffiy 1. 1, Ut, ly, ch. tii.

372 UiSTOIRË et les Pisaiis, vainqueurs des Sarrasins qui en avaient été les maîtres, possédaient depuis Tan 1015. Les Marseillais ne furent soumis, dans toute Tétendae de 111e, qu'à des droits fort légers, et ils y établirent un consul pour protéger leur négoce et juger leurs contestations

En 1 248 eut lieu la première croisade de saint Louis , et il est étonnant que ce prince ne se soit pas embarqué à Marseille , et qu'il ait préféré Aiguës- Mortes, dont il fut obligé de nettoyer le port encombré par des sables. Cette nouvelle guerre sainte dut cependant procurer des avantages à Marsmlle ; car les croisés trouvèrent tout ce qui était nécessaire pour rapprovisionnement et le transport d'une armée , soit dans cette ville, soit dans la république de Venise , soit dans les riches provinces de la Fouille et de la Sicile , oii les reconunandations de l'empereur Frédéric les avaient précédés.

La guerre entre le Sacerdoce et TEmpire mettait en feu toute l'Âllemagne. L'Italie n'était pas moins agitée : les foudres de Romc^ si souvent lancées, avaient redoublé la fureur des Guelfes et des Gibelins. Innocent iv , après avoir déposé Frédéric au concile de Lyon^ après avoir offert le sceptre impérial aux princes qui prendraient . les armes contre un monarque eicommunié et

> Ku£&y tom. liv. iv, ch. vu.

feraient triompher la cause du Saint-Siège^ passa à Marseille , dans Tannée 1 250 ^ pour retourner en Italie.

Les Marseillais furent dans la consternation en

apprenant que la victoire avait trahi la bravoure française , et que le Hoi ^ après avoir fait des prodiges de valeur , était tombé dans les fers , oii il montrait aux musulmans étonnés les prodiges plus glorieux d'une résignation héroïque. Mais d'autres événements qui touchaient Marseille de plus près et qui devaient changer ses destinées y fixèrent bientôt toute son attention et éveillèrent toute sa sollicitude.

Raymond-Bérenger était mort % après trentesix ans de règne, et cette perte excitait des regrets universels. Les Provençaux , dans le deuil, rendaient dés hommages mérités à la mémoire d'un prince qui avait réuni toutes les quallios dlstinctives du grand homme , et qui avait fait régner avec lui les vertus les plus consolantes , les plus utiles aux peuples^ Bérenger avait institué Béatrix, sa quatrième iUle, seule héritière du comté de Provence , et cette Souveraine reçut des Etats convoqués dans sa capitale le serment de fidélité. £Ue fut aussitôt recherchée en mariage par plusieurs princes. Conrad , fils de Frédéric , fit demander sa main ; mais l'Empereur , sous les

* A Aixy le 19 août ia45.

anathèmes du Pape, était en guerre avec les

Vénitiens 9 les Génois et presque toutes les tIUcs de la Lombardie. Cette union eût placé la Provence sous la daniiucilion impériale. La demande de Conrad ne fut donc pas accueillie : c'est ce qu^exigeaient la prudence et la politique. Raymond vn de Toulouse se mît aussi sur les rangs > dans l'espérance de relever sa maison si long-temps écrasée sous le poids des revers. Jacques , roi d'Aragon , plus fier et plus ardent ^ rechercha Béatrix, les armes à la main^ pour la £aire épou* ser à son fils Pierre. La reine Blanche dâira tivement cette alliance pour son fils Charles, comte d* Anjou ^ frère de saint Louis. Charles, fiiTorisé par iiomce de Villeneuve et soutenu par un corps d'armée , l'emporta. Cette union s^accomplit au grand regret des Provençaux , qui redoutaient l'influence française.

Le nouveau comte de Provence , d'un caractère vif et impérieux , voulut aussitôt dépouiller, aTec une rigueur inexorable , les barons et les villes de leurs justices souveraines. Partout le parti populaire s'cmuL et leva la tète. Marseille, Avignon et Arles firent entre elles une alliance de cinquante ans. Cette dernière ville se souleva contre Charles , rétablit sur de nouvelles bases sa constitution républicaine , et porta la peine de mort contre quiconque proposerait la moindre atteinte à cet heureux afiranchissemcnt. L'Archevêque ^

despote odieux, conspirait contre les réformateurs patriotes ; le conseil de ville fit défense aux habitants d'avoir aucune sorte de rapport avec lui, d'entrer dans son hôtel , de rien lui vendre ou prêter sans le consentement du podestat ou des sept magistrats chargés de la police. L'Archevêque, ainsi mis en interdit, fut contraint de se retirer à Mîmes. Le Pape lança une sentence d'excommunication contre la ville, qui s'allia avec l'empereur Frédéric , également excommuniée

Sur ces entre&ites, Charles d'Anjou partit ,

avec saint Louis et ses deux frères pour la Terre- Sainte , préférant la conquête incertaine d'une contrée stérile et barbare au gouvernement de ses £tats. Après les désastres des 1 rançais , il revint avec Alphonse, comte de Poitiers, des côtes de r£gypte sur celles de la Provence. Alphonse se trouvait alors comte de Toulouse par la mort de soa beau-père Raymond vu , arrivée le i 7 septembre 1249. Ces princes unirent leurs forces contre leç villes d'Arles et d'Avignon ; ils turent secondés par PArchevêque, réfugié à Nîmes, lequel employa toutes les ressources de Pintriguc pour réussir. Les deux rcpid)liques ne pouvant s'appuyer ni sur le successeur de Frédéric ii , le jeune empereur Conrad, mal affermi sur son

* Le comte de Poitiers et le comte d'Artois.

S76 HISTOIRE trône, ni sur Marseille , c£ui avait a pourvoir à sa propre défense et ne fournissait qne quelques faibles secours , résolurent de se soumettre. Arles capitula le 29 avril 1251 ^ et Avignon le 7 mai suivant. La première passa sous la seule auto ri ici de Charles j la seconde fut possédée par indivis par les deux comtes. Ces villes perdirent leur organisation politique , mais quelques privilèges municipaux leur furent laissés.

Le comte de Provence tourna ensuite ses regards sur Marseille , plus jalouse de son indépendance y plus puissante et plus riche que les " deux communes assujetties. Aussi il fit, pour la réduire , des armemciils considérables. Le prétexte de cette guerre fut que Marseille avait donné asyle k ses ennemis^ qu'elle avait secouru les villes d'Arles et d'Avignon , qu^elle avait violé le dernier traite de paix fait avec Raymond -Bérenger, sonprédécesseur.Marseillevoulutd'abord détourner l'orage qui la menaçait ; elle protesta de n'avoir jamais conmiis la violation reprochée ; mais cette protestation fut vaine. Les troupes de Charles s'avancèrent^ et les Marseillais, ne pensant plus qu'à repousser la force par la force, firent de grands préparatifs de défense. Leur armée tint bon, pendant sept ou huit mois, contre l'armée provençale , beaucoup plus nombreuse. Us sentirent ensuite la nécessité de fiiire quelques concessions y et proposèrent la paix au Comte ;

qai la leur accorda ^ a condition que la ville et ses dépendances renlreraUtni dans son domadne

et sa juridiction ; qu'il mettrait annuellement à

sous le nom de Baille y qui prêterait serment devant le conseil et les cent clie& de métiers ; que les fonctions de ce gouverneur consisteraient k percevoir les revenus du prince, et à nommer un juge pour connaître en appel des causes civiles ; que ses jproclamations se feraient au nom du seigneur Comte et de la commune. Charles s'enleva la faculté de construire des citadelles dans la ville supérieure ou inférieure , et de détruire les fortifications existantes* U s'obligea à n'imposer aucune taxe, de quelque nature qu'elle fut , tant sur les citoyens de Marseille que sur les étrangers qui y étaient établis , excepté pour les biens par eux possédés hors du territoire marseillais* 11 promit aussi d'user de tout son crédit pour que le monastère de Sainte Victor se départît des droits qu'il prétendait avoir sur la ville , à raison de Tancienne seigneurie. Il promit d'agir de même, si quelque héritier des vicomtes se présentait avec des prétentions. Quant aux pensions annuelles que la ville supportait en faveur de quelques seigneurs, il.s'engagea à payer la moitié du prix, au cas que ces seigneurs voulussent prendre un accommodement pour mettre fin aux pensions.

m HISTOIRE

Ces condiûoDs furent acceptées , au nom de ManeUle, par Roolin-Drapier, un des syndics , qui avait reçu à cet cKct un pouvoir spécial. 11 signa le traité en présence de rarcheTeque d'Em^brun 9 de Benoît d'Alignano , des évequcs de Digne et de Fréjns^ de Barrai de Baux, Rostan

d'Agoult, Albert de Tai ascoii , Jean Vivaud, Guillaume Dieadé y Raimond Candole , Despar* ron, et des juges Pierre Vitali et André Duport.

L'atteinte portée par ce traité à rindépendaace du gouvernement marseillais fut légère. Le Comte n'intervint que comme un protecteur honoraire ^ et les choses restèrent à peu près dans leur premier état. Marseille n'eut pas même besoin de consulter Charles ni ses officiers dans les affaires les plus importantes* £lle fit un statut établissant des peines contire ceux qui oseraient proposer de soumettreles citoyens au paiement des taxes dont ils étaient affranchis , et notamment au paiement des droits de la Table-de-la-Mer. La peine , en cas d'infraction , était une amende de 10 livres royales couronnées , répétée autant de fois qu'il y aurait des propositions fûtes; elle était de cent marcs d'argent contre le podestat qui s'y prete^ rait y et cette somme devait être prise sur son salaire Les étrangers seuls payaient les droits de la Table^te-lorMer. Certaines marchandises

. ' Statuts^ liy. ch. lxviu. Ce statut porte la date de ia53.

DE HAASËILLË. 379

étaient absolument prohibées , soit à l'entrée y soit k la sortie ; Ton conciliait les intérêts du commerce proprement dit et de la navigation STec ceux de l'industrie agricole et manufiictu-» hère. L'importation des vins forains et la réexportation des blés étaient interdites à tous les négociants nationaux ou étrangers

Marseille conserva à rextérieur le caractère de république indépendante. Alphonse x , roi de Castille , ayant à se défendre contre les Maures et les rois de Navarre et d'Aragon , crut que l'amitié des Marseillais lui serait profitable, et il envoya rarchidiacreGarcias Pétri pourncgoclcr avec

wm

avec distinction dans la ville, fit ses propositions au conseil général, qui les accueillit avec joie, mais qui dut pourtant soumettre k la ratification du peuple, assemblé en parlement, la conclusion de ce traité. Le parlement fut convoqué , selon Tancien usage , au cimelière des Accoules. 11 donna la sanction définitive k la ligue ofiensive et défensive , en exprimant sa volonté par des cris d'approbation \

Le comte de Provence ne mit que de la mauvaise foi dans l'exécution des accords de 1252.

' ' Statuts, ch. Lzvii.

' ArchÎTes de THètel de Ville.

Les ménagements quUl eut alors pour Marseille

furent TelTet de sa crainte , et non de sa bonté. U crut qull n^était pas prudent d'enlever brusquement aux Marseillais le régime républicain , qui leur était si cher. Il pensa qu'il ne. perdrait rien à attendre , et qu'il aurait bientôt FoccasiiMi de consolider sa puissance sur le tombeau de ces lois populaires dont le spectacle lui était odieux.

Il fit un voyage auprès de Marguerite y comtesse de Flandre , pour la secourir contre ses en£mts ^ et demandeç en récompense la cession de quelque territoire. C'est à peu près à son retour que fut conclu le traité d'alliance de Marseille avec le roi de Gastille. Il regarda ce traité comme une injure , qu'il sut pourtant dissimuler, croyant que le moment d'éclater n'était pas arrivé. Il lit toutes ses dispositions, et dans quelques mois il fîit prêt. Il déclara la guerre aux Marseillais , sur le motif qu'au mépris du dernier traité de paix , ils avaient enlevé , aux ports de Toulon et de Bouc , (quelques vaisseaux chargés de blé, et avaient emmené captif les hommes qui s'étaient opposes h cet enlèvement. Les Marseillais emprisonnent aussitôt les officiers du Comte , qui , irrité de cette nouvelle injure, vient les assiéger avec une armée redoutable. Boniface y seigneur de Gastellane et de Ries , qui, en 1252, avait donné à ses vassaux une charte d'émancipation par laquelle il leur assu*

rait llnviolabiiité da domicile et de la propriété, YÎent joindre ses enseignes aux drapeaux de Marseille, et ne craint point d'attaquer à force ouverte le comte de Provence , quHl avait déjà attaqué par ses écrits. Les Marseillais pouvaient faire une bonne contenance ; la ville était bien fortifiée'. Charles, qui n'avait point de flotte, ne pouvait la bloquer par mer ; elle était abondamment pourvue de munitions de guerre et de bouche ; elle pouvait espérer des secours de la SardaignCj de la Castillc et de ses autres alliés. Tout indiquait ime lutte longue et meurtrière; et pourtant , après quelques jours de siège , tout le monde dans la cité fut d'avis de se donner à Charles , à Texception de Brito , d'Ânselme , de Pierre Yétuli et de quelques autres citoyens décidés il défendre la patrie jusques à la dernière extrémité, et préférant même la mort à la honte de baisser le firent devant un injuste vainqueur.

' Marseille, protégée par des remparts on lion état, avait encore adopté ua autre genre de forti£€atioii& plus intérieures. Presqve toutes les mes étaient trayersées par des chaînes de feTy ^iiîy comme on le pense bieni ne devaient ètie'teadues qu'en cas de besoin. La snrreiDanGe et le bon entretien de ces chaînes étaient confiés aux premiers magistrats. Teneantur et faciant observari et tencri firmiter omnes calcnas fcrreas MassiUœ qiue posOœ sunt per carrerias ^ seu fixœ in parietibttt irmtpenman , àà qaod mémo sà mmts aliquam iUamm cote" namm remowe, seufaeere removeri, msi/ortè hac fient mc^ iioramU causée vel transmuUmdi hco meUon vel optiori, ad opus ipsius catenœ vel catenanmt* (Statuts, liy. i, ch. xlvxii.)

Leurs accents généreux furciiL élouflfés par la voix de la presque unanimité des habitants, quî parlèrent de se rendre. Quelle put donc être la cause de cette résolution y si inconcevable au premier aspect? On rcxpllquc avec un peu d'attention : il y a toujours dans les villes commerçantes des hommes qui, craignant de perdre leurs richesses, ne savent point résister aux dangers j qui , habitué aux plaisirs , reculent devant les moindres privations ; mauvab citoyens dont le cœur iiétri par le vil égoïsme ne put jamais comprendre les sentiments féconds du patriotisme et de la vertu. Ceux-la voulaient k Marseille la paix , à quelque prix que ce fût ; d'autres , en plus grand nombre, craignaient de succomber plus tard sous les armes de Charles , et de se voir ainsi privés de la faculté de capituler aux conditions avantageuses <|u*ils pouvaient se promettre au commencement de la guerre. Ces derniers , meilleurs Marseillais , ne voulaient point, en demandant la lin des hostilités, faire le sacrifice de rindépendance. Ils espéraient , au contraire, la sauver, ou du moins en conserver quelques restes. Il ne s'agit donc plus dans le conseil que d'avoir les meilleures conditions possibles.

Par un second traité, passé entre Charles ei Roolin-Drapier , agisswt comme syndic et mandataire spécial, le Comte et ses successeurs furent reconnus seigneurs perpétuels de la ville vicom-

taie de Marseille , de sou territoire et de ses dépendances. Le Comte s'appropria tous les revenus de la ville, à condition de payer, tous les £rais d'administration , soit à Pinterieur , soit à TeiEtérienr, pour les ambassades, les consulats et Tarmement des galères. Tous les yaisseaux furent tenus d'ar-» borer Tétendard du Comte au-dessus du pavillon marseillais* Le Comte nomma un viguier pour gouverner la ville ^ faire tous les réglemens d'ad* ministration et de police , et présider le conseil , d'où les cent chefs des métiers furent exclus à perpétuité. Gevignier, son lieutenant, les clavaires chargés de la trésorerie, et les juges, devaient être étrangers a Marseille ; les autres administrateurs et les autres chefs de justice devaient en être originaires. L^ancien mode électoral fut changé. Le viguier seul eut le droit de nommer six conseillers qui concouraient avec lui à élire Tes autres membres du conseil, toujours au nombre de quatre-vingt-trois* U fut de plus convenu que lés habitants auraient la libre jouissance de leurs propriétés j qu'aucune imposition nouvelle,* aucune taxe, de quelque espèce qu'elle fut, ne pourrait être établie sans le consentement formel du cônseil ; que les Marseillais ne seraient soumis à aucun droit de douanes ; que le conseil pourrait, du consentement du viguier, faire des traités de commerce avec les villes maritimes , établir des consuls et envoyer des agents partout

oii le commanderait rintérêt du négoce ; que tootes les années on choisirait six Marseillais , parmi lesquels un docteur en droit et un notaire, pour Cure de nouveaux statuts 9 augmenter, abré* ger ou modiiier les statuts déjà faits \ que les murs de la yille TÎcomtale ne seraient pas démolb ; qu^il serait permis à ses habitants de les agrandir et d'en construire de nouveau ^ du consentement toutefois du Comte ou de son viguler \ que le Comte et ses successeurs défendraient les Marseillais contre tous ceux qui oseraient les attaquer ou leur causer du dommage ; qu'ils seraient perpétuellement obligés de jurer, à leur avènement au pouvoir, la stricte observation de ces accords , et que les viguiers , à Tentrée de leur charge , prêteraient le même serment

Les chapitres de paix ( c*est le nom qui est resté au traité de 1257) furent publiés et jurés de part et d'autre , en la ville d'Aix , dans la prairie du château des comtes de Provence \ Brito , Anselme et Pierre Y étuli furent qualifiés par Charles de perturbateurs du repos public , et bannis à perpétuité de la ville et de son territoire, avec défense d'en approcher de trois lieues ; en cas de contravention , il fîit permis à chacun de leur courir sus : chose bien déplorable

Rufii, t. I, liv. V, ch. II.

' C'est à présent la Place des Prêcheurs.

et bien hiuniliante pour les Marseillais ^ qui yi* rent ainsi persécuter les courageux défenseurs de leurs droits. Le comte de Castellane et de Kiez perdit ses fie6 , et fut chassé de Provence* Sa sou-» veraineté fut confisquée au profit de Charles d'Anjou y qui abattait tout ce qui gênait ses pro« jets d enyahissement*

Ainsi finit la seconde république de Marseille, qui méritait par sa belle organisation une plus longue existence. Elle jeta sur son nom un vif éclat, et accomplit avec grandeur ses destinées. Chose rare dans le moyen âge I Ses conseils furent sages, et la morale put approuver sa politiqueelle ne fut pas en proie à des déchirements intestins. Les factions ne firent point entendre che2 elle des clameurs insensées } en un mot, elle ne hâta pas sa chute. Tout son malheur fut d'avoir pour voisins des ennemis dangereux et puissants : le monastère de S^-Victor , avide de domination et de richesses^ les seigneurs de la famille de Baux, remuants, tracassiers et de mauvaise foi; Charles d^Ànjou, grand niveleur comme il n'en fîit jamais.

Marseille ne fut plus qu une ville munieipale^ Son système d'élection si vicieux fut dans l'intérêt du pouvoir des comtes , et les vîguiers eurent une trop grande influence* Elle .jouit pourtant de

* Nous voulons toujours parler de la ville basse* I. 35

386 HISTOIIŒ

prÎTiléges assez étendus j et , plus heureuse que les autres villes provenc^ales^ elle eut encore une existence k elle.

I/ambition du comte Provence n'était point saliafiiite. A peine ful-il maître de la ^ille ▼ic<»ntale^ qu'il asj^ra à exercer son pouvoir dans la ^ Tille épiscopale. U proposa à Benoît d'Âlignano d'échanger sa seigneurie contre plusieurs fie& situés dans la province L^Evêque prévit sagement que s il résistait à la demande de Charles, il lui serait difficile d'éviter les dissensions qui , sous un prince aussi ambitieux, devaient régner entre la ville haute et la ville basse. U craignait d'ailleurs avec raison le prochain anéantissement de sa puissance seigneuriale } car ses vassaux^ animés d'un esprit d'indépendance^ fiusaient de fréquentes tentatives pour se soustraire k sa juridiction. Tout lui fit sentir la nécessité d'accepter les offres de Charles, qui étaient fort avantageuses. Le Comte ne se réservait sur les domaines cédés que la foi^ rhommage, la souveraineté et la chevauchée. U voulait qu'on ne pût ni abonner , ni racheter ce dernier droit qu'à prix d'argent j il abandonnait au prélat toutes les autres redevances domaniales et toutes les causes qui regardaient

' Ces domaines féodaux étaient Château -Vert, près de BrignoleS) la Roqae-Brussane, trois châteaux de U vallée de Signes, Mérindol, Mailemort^ Alen, Yalbonnette et antres:

il y en uvait seize.

la haute ^ la moy enue et la basse justice; enfin ^ il le garantissait de tout trouble.

Les articles du traité ayant été ainsi réglés, TEvêque voulut les soumettre à Tapprobation de son chapitre. L'assemblée était composée du prévôt Pierre André et des chanoines Rostang d'Agoult, Jean Blanc Guillaume du Temple, Peregrin Bauciaii, Hugues Fer et Ignace André; Ils forent unanimement d'avis d'accepter la proposition du Prince ; quatre autres chanoines absents exprimèrent leur adhésion par écrit. Le notaire Fossigena dressa aussitôt Pacte du consentement , en présence des délibérants et de neuf témoins appelés S

Peu de temps après^ l'acte d'échange fut passé à S^-Remy en présence de Tarchevéque d'Aix, des éyêques de Fréjus et de Nice , et de plusieurs seigneurs parmi lesquels se trouvaient Barrai de Baux , Boni&ce de Gasbert, Robert de la Yarne, Isnard d'Entrevaux , Bertrand d'Alamanon et Simon de Foresta. L'Evéque se réserva , dans la

' Il était fils de Jean Blanc, avocat marseillais, auteur d'un traité intitulé Epitome Feudorum, Ce jurisconsulte fit une célèbre consultation qui regardait les Templiers et les chaiMrines de Pignan. La république de Marseille le députa, en ia4o , pour aller défendre à Rome des procès contre la ville d'Arles, Fabbaye Saint- Victor et les hoirs dHugoiiu, ancien podestat.

' Le 9 août 1^57.

* Le 3o octobre de la même année.

ville haute, le drait de tournage et de mouture , ainsi que les amende» qui avaient été prononcées jusques alorÀ dans sa cour de justice. La comtesse intervifat dans cet acte , et Gharks envoya , dans toutes les terres cédées, des dépêches portant ordre aux habitants de reconnaître k Tavenir Benoîl d'Alignano pour légitime seigneur.

Charles et Benoit exécutèrent fidèlement le traité d'échange, et tout paraissait consomme , lorsque quelques chanoines , qui n'avaient pas assisté au chapitre oîi les ofires du Comte avaient été approuvées 9 témoignèrent leur mécontentement et représentèrent k Alexandre iv que leur évêque venait de sacrifier les intérêts de Téglise de Marseille. Ils Taccusèrent d'avoir fiiît cet échange sans le consentement de tous les membres du chapitre, et de n^en avoir consulté qu'une partie. Le Pape , dans une bulle datée de Viterbe le vn des ides d'août et la quatrième année de son . pontificat ' , fit k Benoît les plus vifs reproches. a Le sujet qui cause notre étonnement, lui dit-il , M doit vous couvrir de honte et vous pénétrer de « douleur* Au lieu de soutenir les privilèges de (( votre église , vous Pavez dégradée par votre « conduite téméraire. » 11 lui ordonna ensuite , en vertu de la sainte obéissance et sous peine d'excommunication y de rescinder le contrat d'é-

' C'cst-à-dirc , le 7 août l'rjS.

change, de reprendre sa seigneurie de Marseille

et d'en conserver tous les droits.

L'Evêque cherchaà se justifier auprès du Pontife, qui nomma rarchidiacre et le sacrislain de Haguelone pour informer sur cette affaire, leur ordonnant expressément de prendre des rensei* gnements exacts sur la valeur du fief de la ville haute de Marseille, et sur celle des terres seigneuriales données en échange par le comte de Pro* vencc, pour savoir si Benoît avait étc Icsc, Les commissaires différèrent long-temps d'agir, et leur premier acte fut un abus de pouvoir. Us commirentdeuxsimples chapelains pour procéder en leur nom. Ceux-ci, malgré les réclamations de Benoît qui déclina leur compétence, prononcèrent contre lui une sentence d'excommuni-* cation, et lui interdirent Tentrée de Téglise. L^évêque de Marseille en appela aussitôt au Saint- Siège. Alors Charles d Anjou crut devoir rompre le silence. Il réclama la sollicitude du Pontife, se plaignit amèrement des poursuites injustes dirigées contre Benoît, et soutint que ce prélat, loin d'avoir été lésé par la convention d'échange , en avait au contraire retiré de grands avantages* Le Pontife nomma Tcvcque de Cavaillon pour connaître, d'après les règles établies, de l'appel interjeté par le prélat marseillais. L'Evêque commissaire, après un mur examen, trouva que la procédure des premiers juges était irrégulière, et il

la cassa; que leur aenience était inique, et il la déclara nulle. Depuis lors aucune voix ne s'éleva

contre le contrat d'échange ' .

U semble que les deux villes , se trouvant réunies sous la même domination, ne devaient plus être distinctes, et qu*il devait y avoir entre elles identité de droits et de charges. Il n'en fut pas ainsi. La ville supérieure continua d'avoir son ad* ministration séparée. Elle fut gouvernée par les oiBciers du Comte sans privilèges municipaux , ce qui produisit encore des désordres.

La ville inférieure, avec ses habitudies de liberté 9 ne supporta qu'impatiemment le nouyd état des choses. La puissance du viguier lui parut trop lourde, et elle fit quelques efforts pour rétabûr la république; eflforts infructueux y qui ne firent qu'appesantir la puissance de Charles.- Ce prince se disposait k châtier rigoureusement les Marseillais, lorsque Jacques d'Aragon, voulant leur té* moigner sa reconnaissance pour les services qu'ils avaient rendus à son père et les secoum qu'ils lui avaient fournis dans la conquête de Mayorquc, servit de médiateur entre Marseille et son prince irrité. Il lui envoya un ambassadeur pour implorer sa clémence en faveur de ces alliés fidèles. L^ambassadeur désarma la colère du Comte , et donna avis au conseil municipal de Marseille du

> Uist. des Evéques de Marseille , t. U| Uy. vixi.

succès de sa mission* Le conseil, pl^n de joie,

députa aussitôt vers son souverain dix-sept de ses membres, qui furent: Guillaume deLauris, Guigon Anselme, Guillaume de Montolicu, Hugon Vivaud, Augier de Mari, Raimond d'Amiel,

Hugon de Jérusalem, Jean Blanc, André Duport, Gérard Allemand, Bertrand Gasquet, Guillaume Finaud, Bertrand deBucco, Guillaume Botan, Ferrier Guratier, Guiran, Guillaume Bu»elin Ces dcpuLcs furent chargés de supplier le seigneur Comte de jeter sur le passé le voile de Toubli , d'étendre k tous les Marseillais les effets de sou pardon et de n'en bannir aucun. Ils se rendirent à Aix , et Charles les reçut sans leur témoigner le moindre ressentiment; pourtant il punit la ville , car il fit dresser une troisième convention qui obligea le conseil à démolir les fortifications qui se trouvaient dans quelques parties du territoire, à remcUre toutes les armes et k payer 3,000 livres tournois. Les Jui& qui étaient à Mar^ seille au nombre de trois cents, et qui avaient deux coUégesdirigéspardesrabinset situéssur les bords de la mer % furent privés des franchises dont ils avaient joui jusques alors, et violemment places en dehors du droit commun. Il fut dit que le Comte pourrait exiger d'eux toutes charges à son bon

' Archives de l'Hôtel de Ville.

• Papon, t* u, Uv, vr.

392 HXSXOiaK D£ MARSEILLE,

plaisir* Les citoyens qui avaient été bannis rentrèrent et furent rétablis dans leurs biens. Les chapitres de paix furent maintenus dans toutes leurs dispositions, exceptédans celles auxijuelles il était dérogé par ce dernier traité qui est k la date de 1 262. Les députés l'acceptèrent au nom de la yille, quoique bien onéreux. Il y a^ait pour eux nécessité impérieuse. C'était la loi de la force, loi cruelle , qui ne règle que trop souvent nos tristes destinées. Lobscrvation fut jurée de part et d'autre, «t les Marseillais s'y soumirent strictement, mais non sans murmurer.

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