‹ Histoire de Marseille (volume 2)Chapitre 4 sur 9 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Marseille sous Boson et ses successeurs. — Sous les Comtes de Provence. — Vicomte. — • La ville haute, fief épiscopal; la ' TÎlle basse, fief vicomtal* — Aperçu sar ces deux YÎlles. — Abbaye deSainft-Yictor.— Caractère du gouTemement des Vicomtes. — Confrérie du Saint-Esprit. — • Croisades. — Part active que les Marseillais y prennent. — Privilèges qui ieur sont accordés dans TOrient. — Consulat de la mer. Etablissement des consuls en pays étrangers. — Armoiries MarseiUaises. » Commerce. — Affaiblissement du pouToir TÎcomtal. — La Tille basse achète des Vicomtes les faibles droits seigneuriaux qui leur restent. — Affranchissement de cette commune. — Seconde République Marseillaise — Lois populaires. — Oriflamme. ^ Cavalier de Saint-Victor, — Existence sociale de la ville basse. —La ville haute s*efforce d'établir le gouvernement républicain.— Cette tentative est réprimée par révéïfue. — La ville basse, alliée des Comtes de Toulouse, est entraînée dans les guerres de religinn. — Elle a un différend avec le monastère de Saint-Yictor. — Les Vicomtes veulent ressaisir leur domaine seigneurial. — « Contestations à ce sujet. — Raymond-Bérenger» comte de Provence, fait avec la République Marseillaise une ligue ofTensive et défensive. — Différend de la république avec l'évoque. — Nouveau différend avec l abbayc de Saint- Victor. — Cour brillante de Raymond-Bérenger. — Le troubadour Foucpiet. — Raymond-Bérenger veut assujettir la république de Marseille. — Il vient assiéger la ville sans résultat avantageux. — Plusieurs seigneurs croisés s'embarquent a Marseille. — L'évéquc Benoit d'Alignano prend

aussi ia croix et les suit en Palestine. — Traité de paix entre la République et Rayraondr-Bércnger,-— Mort de ce prince. — Charles d*Anjoa l*^*^, son successeur, déclare la guerre a Marseille. Preniier traité de |iaix. — NouTelles hostîlîtés. Second traité, appelé Chapitres de Paix ; les lois républicaines sont abolies, — La ville bassr ii*est plus qu'une ville municipale. — Benoit dWlignano, de retour de la Terre Sainte , cède à Charles d'Anjou le fief de ia yiHe haute, toujours séparé de la TÎlle basse. Cette dernière ville tente Tatnement de rétablir la démocratie. Le Comte de ProTcnce lui impose un troisième traité qui est très onéreux mais qui ne détruit pas les privilèges municipaux accordes par les chapitres de paix.

LITAË m.

Il ne parait pas que Boson^ après son couronnement, ait changé Padminislration de la Provence. Marseille^ sous son règne plein de modération et de sagesse, continua d'être régie comme elle Tétait auparavant.

Les rois français, Louis m et Garloman fils de Louis le Bègue^ et Charles le Gros, roi de Suàbe, l'un des trois fils de Louis le Germanique, marchèrent contre Boson qui n'était à leurs yeux qu'un vassal révolté. Ce prince éprouva d^abord quelques revers et perdit quelques places , mais ses ennemis ne purent réussir à le renverser du trône. Charles le Gros passa en Italie en ÔÔ1 , pour recevoir la couronne impériale de la main du Pape. D'un autre côté , les ravages des Normans obligèrent Louis d'aller défendre ses propres £tats. Boson, proiitant habilement de toutes ces circonstances, recouvra une partie de ses I. 17

possessions, et Ton croit qu'il lit sanctionner son pouvoir en reconnaissant la haute suzeraineté

impériale. Il mourut en 887, après un règne de huit ans*

Louis, son fils, à peine âgé de dix ans, lui succéda sous la tutelle de sa mère Hermengarde. La régente mena son fils à son coubiu 1 empereur Charles le Gros, pour lui prêter hommage. Charles accueillit le jeune Bosoa avec bonté, et lui conféra Tancienne adoption des empereurs romains. Louis ne fut pourtant couronné roi de Provence qu^en 890. La puissance Carlovingienne venait de s'éteindre sans retour, et Eudes, fils de Robert le Fort, avait été proclamé Roi de France par les évêques et les seigneurs.

Le règne de Louis, roi de Provence, fut fécond en événements divers dont l'histoire n'est pas de notre sujet. Ce prince, après avoir dér trôné Bérenger, roi dltalie, fut victime d'un complot tramé par quelques seigneurs du pays. Bérenger se saisit de lui à Vérone , lui fit crever les yeux, et le renvoya dans son royaume de Provence. Le malheureux Louis fixa sa résidence a VicniK , et plaça à la tcte des a£^ires Hugues, fils de Thibaut, comte d'Arles, et de Berthe, fille naturelle du roi Lotliaire. Louis étant mort en 923 environ, son fils Charles Constantin , relégué dans son comte patrimonial de Vienne, ne conserva aucune autorité en

D£ MARSEILLE. 2j<>

Provence toujours gouvernée par Hugues, qui pourtant ne prit pas le titre de roi, Hugues, pour repousser les Hongrois qui ravageaient le royaume, se ligua avec Itudulphe xi, roi de la Bourgogne Transjurane« Après avoir repoussé' ces Barbares, Hugues qui avait en Italie des alliances considérables, voulut s'y £iire nommer roi. 11 s'embarqua à Marseille, et suivi d'une flotte nombreuse, il se rendit a Pise, oii il trouva les envoyés du pape Jean qui le saluèrent au nom du Pontife; il alla ensuite a Pavie oii il £ut couronnée

Les Etats de Provence furent gouvernés par

£udes, fils du comte de Vermaiidois, qui eut le comté de Vienne, et par Boson, frère de Raoul, roi de France, qui eut le comté d'Arles dont Marseille fit partie. Le royaume de Provence finit k cette époque. Hugues n'y exerça plus aucune autorité, et lorsqu'il y revint, en 945 , après avoir été chassé d'Italie, il se retira dans un monastère oii il mourut deux ans après.

Boson , frère de Raoul, commença la série des ^ ^ comtes de Provence qui furent des souverains indépendants, exerçant leur autorité du littoral ' de Marseille et de Fréjus jusqu'à Tlsère. Ils confièrent à des lieutenants nommés Vicomtes le gouvernement de quelques districts importants, et notamment de celui de Marseille. Les vicomtes

• En 926.

de celle ville ^ d'abord subordonnés au prince, trouvèrent le moyen de s'affranchir de son pouvoir, et d*ëriger leur gouvernement en une véri*

table souveraineté qui fut bientôt suivie de celle de révêque. Les deux puissances se partagèrent Marseille qui formait toujours dcu2L villes distinctes, la supérieure et Tinférieure. De ce partage naquirent deux fiefs. Les évèqucs eurent la seigneurie de la ville haute, les vicomtes la seigneurie de la ville basse ^ mais ces derniers exercèrent aussi des droits domaniaux dans tout le reste du district, contrée assez étendue qui comprenait tout le littoral depuis Fos jusqu^à rciuboucLure du ileuve d'Argens, près de Fréjus, toute la vallée de rUuveaune et tous les pays qui bordent la rive orientale de l'étang de Berre. Telle fut sans doute l'origine de la seigneurie vicomlale Je Marseille et du fief épiscopal adjacent. 11 est possible aussi que les vicomtes de Marseille aient été de la famille des comtes de Provence, et que les premiers d'entre eux aient reçu en apanage la \ieomté héréditaire de la ville inférieure, lorsque les évêques avaient déjà érigé en fief la ville liante. PeiU-élrc encore cet apanage fut-il étendu à la ville supérieure, et, dans ce cas, les évêques se seraient rendus indépendants de la puissance vicomlale elle-même. Ce point est un des plus obscurs de l'histoire de Marseille. Toutes les recherches sont sans résultat

certain, et l'époque précise de ce démembrement est aussi inconnu que la cause qui Ta produit. Tout ce qui est démontré, c'est que Guillaume i" était vicomte en 972. Il faut donc le considérer comme l'auteur de la dynastie vicoiiilale.

A cette époque la ville supérieure, qui fut appelée épiscopalc, n'avait pas une grande importance et n'était pas peuplée. £lle était principalement liabitée par les pécheurs qui formaient une corporation composée d'environ six cents chefs de familles, lesquels nommaient, toutes les années, quatre d'entre eux, appelés Probi Ilomines Piscatorum \ L'élection avait lieu le jour de saint Etienne. Ce tribunal , qui subsiste encore, jugeait souverainement et sans appel, sans écriture et sans formalités judiciaires, tous les diflFérends relatifs k la pèche.

la ville haute renfermait dans son enceinte la Major et ses environs, et allait aboutir k l'esplanade qui est au devant de l'église Saint* Laurent

Cette ville était encore divisée en deux parties soumises a une juridiction différente. 11 y avait la juridiction de révéque proprement dite, et celle du prévôt et du chapitre de la cathédrale. Les habitants ne jouissaient d'aucun régime mu-

■ Attjaurd'bui Prud'hommes.

• Ruffj, tom. n, liv. xii.

nicipaL La portion de l'évéque était appelée

yUla cpiscopalis Turriuiriy parce qu'il y avait plusieurs tours. Celle du prévôt et du chapitre Vdla pj'œpositiirœ et operœ sedis Massiliœ. Le conseil de révêque était composé de quarantecinq membres; celui de la prévoté Tctait de vingt-cinq. L'évéque instituait un juge dans la première partie de la ville supérieure. Le prévôt et le cliapitre en mettaient un autre dans la ville de la prévôté) et un chanoine de leur corps remplissait ordinairement cette fonction. Mais le juge du prévôt et du chapitre était subordonné à un autre juge de réveque, qui prononçait sur les appels et était juge souverain de tous les habitants de la ville haute

Les prisons étaient près du lieu oii Ton bâtit plus tard le couvent des Prcsentines. Le palais épiscopal, aussi grand que magnifique 9 était situé au-dessus de Téglise acluellc des Prêcheurs*. Les deux salles principales oii se tenaient les assemblées éuient appelées ^ Tune^ la salle verte,

* Ruffi, tom. ly Ut. y, ch. m.

' li lut rebâti dans l'année 1200. Aetum m domo novâ c^iscopali, dit uu titre de l'an 1254.

La rue sur laquelle la Porte Française, Porta GaUtca, ouyraity était encore appelée rue Française dans le 17* siècle, lorsque Etienne de Puget, évéque de Marseille, y fit bâtir le paUib épiscopdl actuel. Elle fut alors distribuée en deux parties; la rue supérieure fut appelée de la JoUette, et rinférieure, de VEvécké.

Cl Tautre, la salle ronde. Un inquisiteur informait, dans la ville haute seulement, sur toutes les affaires religieuses. Ce juge ecclésiasLi(jue avait une maison avec de beaux jardins , une tour et des prisons particulières

L'ancienne citadelle où les Romains, les Goths, les Bourguignons et les Francs avaient placé garnison, avait été battue par les Sarrasins et était tombée en ruine. On avait fortifié avec ses débris quelques autres points, et les monastères de Saint-Victor et de Saint-Sauveur. Cette citadelle était remplacée, dans la ville haute, par une forteresse appelée le Ghàteau-Babon, Castrum Bahonis^ construite par l'évêquc de ce nom. Elle occupait Téminence de la place de la Tourette Il est probable que dans cette citadelle était renfermé Casteou-Jolf, vieux édifice qai se trouve au-dessous de la place Saint-Laurent et qu^on a faussement attribué à Jules-César, k cause de Tanalogie de son nom ^.

li'anse de la Joliette était le port de la ville inférieure. OiiTappelait Pôrtiis Gallicus^ et Tcn-

' Rnffi, tom. n, Hv. xin, ch. ii.

* La chapelle du Chàteau-Babon, d'abord annexe de la Major, reçut le titre de Paroisse en x^So, époque bî^^ce chÀtean tombait en ruine. Elle en a long-temps conservé le nom 9 et a ensuite été désignée sous le titre de Saint-Laurent.

^ L'Hermès Marseillais, pag. iSS.

trëe en était défendue par des tours. La porte de la ville qui était dans cette partie avait le nom de Porta GaUica.

La villebasse était aussi nommée Yicointale. £lle avait le port actuel , appelé le Grand Port ^ ou le Port Vieux, P or tus Antiquus. L'évêqueet Tabbé de SaintrVictor contribuaient aux frais de curage, concurremment avec la villebasse, parce qu'ils percevaient des droits de douane sur les navires (jui entraient. L'entrée de ce port était défendue par deux tours, l'une, du coté de la ville, appelée Turreta Portas et l'autre, vis-kvis, nommée la Tour Saint-Nicolas, à cause d'une ancienne chapelle dédiée à ce saint.

L'arsenal et les chantiers étaientau Plan Four^ miguier, situé au bas de la Gannebière

Toutes les rues étaient mal percées et très étroites. Marseille, sous ce rapport, ressemblait aux villes les plus importantes de l'Europe qui étaient eiitourées de murailles. Le besoin d'une bonne défense en cas d'attaque ne permettait pas de leur donner une vaste enceinte.

Un rempart qui traversait l'ensemble de

' La Tour, Turreta Portas, fiit appelée plus tard Tour Saint- Jean, lorsqu'on construisit a côté une chapelle sous la dédicace de ce saint.

* Les titres du commencement du i a"" siècle rappellent Podium Fonniguerium.

ragglomération, séparait les iUux villes qui communiquaient par une porte établie au milieu.

La ville basse était fermée du coté du Port. Les maisons qui ouvrent aujourd'hui sur le quai , donnaient sur les rues intérieures parallèles ^ et étaient adossées contre le rempart qui était percé d'un grandnombre d'ouvertures. Ces ouvertures portaient le nom de Grottes et avaient été faites pour la libre circulation des marchandises etpour faciliter les communications de la ville avec le quai. Kn dedans de ces élroits passages étaient des places 011 l'on pouvait étaler les objets débarques. A rentrée de la nuit, une grille eu fer fermait la grotte qui, comme les autres portes, n^était rouverte que le lendemain au point du jour'.

• A côté de l'une de ces trottes était la maison de la famille de Village, et le nom de G rotte-de- Village est resté à la ruelle qui de la Place Neuve conduit au Port.

Le lo juin 1458, Jean de Village, maître d*h6tel du roi &ené, fil don de son jardin à la commune de Marseille, tant en son nom qu^en celui de Perrete Ceeur, son épouse, sous condition de le convertir en place publique, et d'y placer des fontaines pour la commodité des navires.

Perrete Ciear était nièce du fameux Jacques Cœur, argentier de Charles vn, roi de France, e^est^à-dire administrateur des finances.

La Tille remboursa aux époux de Village cinquante florins qu'ils avaient dâioursés pour déblayer cet emplacement , et acheta quelques mabons pour agrandir le local. Cette place resta long>temps imparfaite. Elle n*était pas acherée en 1471* En i559 elle fut exhaussée, et l'on pratiqua trois rangs de

La Major était la principale église de la ville haute, et Notre-Dame des Accoules la cathédrale de la ville inférieure. La Major qui a incontestablement été élevée sur l'emplacement du célèbre temple de Diane, renferme dans 1 ancienne citadelle de la cité grecque , a été , à ce qu'il paraît, plusieurs fois reconstruite. Le monument, tel qu'il est aujourd'hui, et qui n'a rien de remarquable , est du moyen âge ; il est impossible d'indiquer avec précision quel était l'avancement du rivage occidental au-delk des limites actuelles. Quoi qu'il en soit, il est prouvé que les envahissements de la mer avaient, au 10^ siècle, respecté quelques points* L'entrée de la Major était k l'ouest, et l'ancienne porte reste encore. £llc est sous l'orgue, en face du maître autel. Âu-delà de cette porte était une grande place terminée par le rempart.

Notre-Dame des Accoules qui était appelée JSostj^a Donna de /^^^ccoOif^ parce qu'elle avait été bâtie en façon d'arc, quasi per angulos et

marches pour y monter. La ville fit placer long-temps après

des fontiiines aux quatre extrémités; ce sont celles qui existent encore. En 1743 on supprima les marches, et on mil cette place à niveau des rues qui y aboutissent. Le nom de Place Neuve lui fut donné par le peuple qui désigne ordinairement ainsi tous les édifices nouveaux.

• Les troupes des galères venaient autrefois à la parade en cet endroit <pii leur servait de place d*annes.

DË MARSEILLE. 267

arcuatim constructa aurait été primitivement un temple dédié à Apollon ^ s'il £Eiut en croire la tradition qui paraît assez vraisemblable. L'image de la Vierge Marie , exposée dans cette église, était pour le peuple marseillais l'objet d'une vénération particulière. Dans les dangers^ dans les afflictions, dans toutes les souflrances du corps et de Tame^ on invoquait avec ferveur celte f^icrgc de Bon'Sccoiu's\ C'est u elle qu'une mère éplorée demandait la guérison d^un fils chéri, et les marins, au milieu des tempêtes, la suppliaient de calmer par un de ses regards la colère du ciel et la fureur des vagues mugissantes» Les murs noircis de Tantique basilique étaient couverts d'une multitude d^eX'VotOj devant lesquels des cierges brûlaient sans cesse; touchantes offrandes des coeurs reconnaissants , simples et pieux monuments de tant de senti* ments douloureux, de tant d'émolions diverses^*

* Scion quelques-uns» le nom des Accoules vient de jiquù Jaentibus,

• C*cst le nom cjui lui cUit doiiuc.

' Les religieuses de Saint-Sauveur lurent reçues dans l'endos de cette église en io33, et en furent les rectriccs. Elles

se dcmirent de cette qualité en i538, et la paroisse fut cédée par elles en i558. Elles voulurent rétracter leur cession et en investirent les grands Cordeliers qu'on fut obligé de chasser des Accoules et de la ville , numu mUitari, après de longs débats. Cette paroisse lut érigée en collégiale en i56o. L'abbesse, Armeline de Baux, de Tillustre maison de ce

L'aulorite des Ticmntes était infiniment bor*

née dans la ville basse et ne consistait que dans la kaute îuridiction. Le conseil municipal avait su conserver son pouvoir. Nous ne connaissons pas la formation ni les éléments de ce conseil ; mais nous savons qu il avait à sa tête des consuls, appelés Recteurs de la ville vicomtale; leur nombre uclail pas fixe; taiitùt il était de deux, tantôt de trois, et quelquefois de douze

Les vicomtes avaient T administration de la justice dans la ville inférieure. Us la rendaient quelquefois eux-mêmes dans le Tolonée qui était leur palais seigneurial; ils chargeaient le plus souvent de ce soin leurs lieutenants appelés Yiguiers* Le Tolonée, Palatium Tolonei, Domus oui Turris Tolonei^ était situé vers la Poissonnerie Vieille; il était en forme de tour, et valait trois mille livres royales couronnées, sonmae qui était alors immense

La cité des vicomtes TemportalL de beaucoup sur la ville épiscopale qui n'eut jamais une grande importance. Ces seigneurs gouvernèrent la ville inférieure pendant environ 240 ans. Nous ne faisons remonter leur domination qu'à Tannée

nom, la fit réparer en iii5, conmie on pourait le voir par rinscrîptîon qui était à côté du bénitier*

* Rufii, lom. n, liv. xii, ch. ii.

• IcL liv. XII, ch. i; liv. xiii, ch. ii. La livre royale couronnée valait environ i3 francs de notre monnaie actuelle.

972, parce que ce point de départ oflVc une certitude historique qu^ane plus grande ancienneté n'offrirait point*

Guillaume i** passa toute sa vie dans des pratiques de dévotion. Sous son gouvernement, une terreur générale s'empara de tous les esprits « parce qu'une fausse inlerprétation de l'Ecriture fit regarder Tan 1000 de J. G. comme l'époque fatale où le monde devait prendre fin. Dans l'attente du jugement dernier, on chercha à gagner le Ciel par de bonnes œuvres, par de riches concessions faites aux églises et aux couvents. Tous les testaments de cette époque portent de semblables donations- fondées sur cette croyance.

Guillaume, fuyant le tumulte, peu jaloux de

tien de ses domaines, allait souvent s'enfermer dans le monastère de Saint-Victor auquel il fit des largesses considérables. Là , il consacrait des journées entières à Étire des lectures ascétiques, et, tremblant pour le salut de son ame, il demandait à Dieu le pardon de ses fautes.

En 1004, ce prince se vit atteint d'une maladie mortelle. Les religieux de cette abbaye se rangèrent autour de son lit, ayant à leur tête Yiffred que l'abbé Gamier avait établi prévôt pour tenir sa place. Ils l'exhortèrent k renoncer entièrement aux choses de ce monde, et à prendre place parmi eux , serviteurs de Dieu. Us ap-

puyèrent leur discours sur plusieurs passages de r£criture Sainte. Le vicomte ^ touché de componction, se fit aussitôt couper les cheveux, et reçut des mains de Viffred 1 habit de S*-BenoU. En même temps les moines lui firent renouveler les donations qu'il leur avait faites et lui en tirent ajouter d'autres. Après quoi, Guillamae, uu peu plus rassuré sur le sort de son ame, rendit le dernier soupir'.

Ses enÊints partagèrent son héritage. Pons et sa sœur Billielis eurent quelques places dans le district viconilal. La ville inicrieure de Marseille et le restant de la vicomté obvinrent à Guillaume u et à l ulco, par portions égales.

Ces deux seigneurs forent imitateurs de la piété peu éclairée de leur père. Les libéralîLcs faites au clergé régulier et séculier étaient toujours comprises parmi les premiers devoirs Je la religion. Guillaume n et Fulco ne surent pas s'élever au-dessus de ces idées. Ils ne sont connus dans rhistoire que par les prodigalités inouïes qu'ils firent à Tabbaye Saint-Victor oîi ils allaient souvent s'enfermer, à l'exemple de leur père. Non contents de ces dons, ils lui firent restituer des biens qui lui avaient été enlevés.

Les circonstances de cette restitution peignent assez bien l'esprit de Tépoque.

' Denjs de Sainte-Marthe. Galiia Chntiiana, ton. i.

Sifroi y seigneur provençal , et Exlemba. sa femme, avaient légué a« monastère «ne terre étendue, nommée Maravilhan-, et des particu* liers avaient trouvé le moyen de s*cn emparer. Guillaume et l:'ulco, ayant Iules titres delà donation, soumirent les possiesseurs à' donner caution et leur fixèrent un délai pour fournir leur défense. Ce délai étant expiré, les adversaires des religieux en demandèrent un autre qui leur fut accordé; et, quelques jours après, ils produisirent un témoin qui jura que cette terre était leur propriété légitime. Alors les religieux portèrent solennellement par trois fois la chasse de saint Yietor sur les lieux contentieux et Vy laissèrent en dépôt, sachant bien que le peuple ne permettrait pas qu'ils fussent spoliés d^un bien dont le martyr venait lui-même se mettre en possession'. Voulant pourtant montrer qu^ils n'appuyaient leurs prétentions que sur le droit et la justice, ils s'étaient fait suivre de deux avocats disposés k défendre envers et contre tous la validité de leurs titres Une foule immense vint se prosterner devant les reliques du saint ^, et les

* Monachi arcam sancti Victoris illàc detulerunt, et tribus diebtts, totidem nocHbus, illic cùm ed manserunt*** Monachi altéré éUe, matuHnis ceiebnUis, mox tulertmt arcam FîcUnis heati, et venerunt antè cwUatem in médium prati,

* Duo secum advocati charlain ijjsius allodii dcf cndere jjorati.

' Omeecè phtrima muUitudo qfsius civitatis, utriusque sexâs

moines gagnèrent leur cause, non par Téloquence des deux aTOcats, mais par raularité des deux vicomtes.

Les successeurs de Guillaume et de Fulco se

divisèrent en plusieurs branches ^ et le fief delà ville inférieure de Marseille fut toujours possédé par plusieurs vicomtes à la fois. Leur généalogie est très difficile k établir^ P^^^^ ^fn^il est impossible d'avoir des titres authentiques. Quelques

Provence dans le moyen âge , et qui avait des droits de seigneurie ou de propriété sur un grand nombre de communes que Ton nomma par cette raison Terres Baussenque s ^ possédèrent du chef de leurs femmes une portion de la seigneurie vicomtale

De quel intérêt, de quelle utilité serait la connaissance de cette généalogie? C'est l'esprit et le caractère du gouvernement des vicomtes que nous devons rechercher.

mùctis turhit, venemnt ad mariyris arcam pbpUiUms eurvis, -~ Explication des usages et oontnmes desManeillaisparMàreliettî.

1 Ces princes avaient un palais à Marseille, sur la rur Utiusscnque, qui aboutit de la rue du Panier à celle de VObsen utoire* Ce palais était fort vaste; mais il est impossible d^ea fixer remplacement. Les monastères de la Magdeleînci des Orphelines et lliôpital de Saint- Joseph dénaturèrent le local. Tous ces quartiers étaient anciennement habités par les citoyens les plus honorables; c*est ce qu'attestent un f^and nombre de contrats de mariage des premières fiimillesy publiés dans leurs domiciles sitaés sur ces rues.

Ces seigneurs, qui n'avaient pas soumis la viJle par la force des armes, li curent jamais la prétention de lui imposer des lois tyrannîques. Les ménagements et la douceur furent plutôt chez eux l'effet de la nécessité que de la vertu. Ils gouvernèrent toujours un peuple naturellement amoureux de Tindépendance , sans cesse occupé à affermir et à étendre les droits municipaux et la juridiction consulaire.

Leur gouvernement fut sans lumières, sans prudence, sans esprit de conservation; rien de grand, rien qui commande notre estime ne s'y attache. Il ne fut dirigé que par des doctrines étroites, repoussées par les mœurs desMarseil* lais. Un usage consacré dans la famille des vicomtes leur fut surtout funeste, ils divisèrent à l'infini leurs domaines , et cette imprévoyance qui leur fit perdre leurs richesses, ne tarda pas à les déconsidérer dans une ville oîi la fortune était alors la première et presque Tunique cause de la considération publique. Les enfants partageaient l'héritage du père. Les filles recevaient des seigneuries pour dot. Ils se multiplièrent tant par ces divisions et sous-divisions, par les alliés qu'ils se donnèrent et que ceux-ci se donnèrent à leur tour, quon les appela par dérision les sous-roitelets de Marseille, et qu'on les regarda comme on regardait, avant la révoliiiioa de 1789, les seigneurs de ces villages de Pro- I- iS

274 HISTOIRE vencc où Ton en comptait jusqu'à vingt et trente'. La plupart des branches vicomtales prirent un nom propre différent de celui qu'elles portaient d abord. Toutes ensemble s'appauvrirent, perdirent avec leurs biens les traces de l^ur origine^ et tombèrent dans une obscurité complète.

Les vicomtes de Marseille commirent une autre faute, en faisant de grandes donations à r£glise et en enrichissant de leurs dépouilles le monastère de Saint-Victor, qui gagna rinllueiice qu'ils perdirent eux-mêmes. 11 possédait des biens non-seulenicnt en France, mais encore en Espagne , en Italie et en Sardaigne. Richard, abbé de ce monastère, jouit d un crédit considérable par l'affection et Testime que Grégoire tu lui témoigna \ Ce pape le fit cai'dliial , et c'est un des premiers qu'il y ait eus en France. Il l'envoya ensuite légat en Espagne , et enfin il le mit au nombre des trois qu'il désigna pour le remplacer sur le trône pontifical. Les suflragcs se rtunireiii pourtant en faveur dç Disdier, abbé de Mont- Gassin , qui prit le titre de Victor m. Cette élection causa un dépit extrême à Richard, qui cabala contre le nouveau pontife , et montra ainsi qu il était indigne du rang oii son ambition aspirait.

Le monastère n'était pas soumis k la juridiction

• Essai 5Ui' l'Histoire de Provence, par J.-F. Bouche ^ tom. t, p. afti.

' * Fleury, Uist. £cc!. Ur, Lxni.

D£ MARSEILLE. 275 ëpiscopale. Jadis TEvêque et le Chapitre de sa cathédrale concouraient ii l'élection des abbés. Le pape Jean xviii ordonna que Tabbé serait élu par toute la communautés Ce pape défendit de contrevenir k ce privilège , non-seulement sous peine d'excommunication , mais encore sous peine de cent livres d or le plus pur.

L'église de Tabbaye eut aussi des prérogatives particulières : elle fut solennellement consacrée par le pape Benoît xx , qui vint a Marseille dans Tannée 1040^ et qui fut assisté par vingt-trois cvêques accompagnés de leur clergé. Les pontifes et les prélats menacèrent de la malédiction de Dieu et de celle de tous les saints quiconque maltraiterait , dans leurs personnes ou dans leurs biens , les fidèles qui se rendraient à cette église , ou qui en retourneraient. Ils ajoutèrent : a Si quelle que téméraire, fut-il empereur, roi, duc, mar- « quis, comte ou vicomte, archevêque ou évêque, « ou de quelque autre rang , de Tun ou de l'autre (( scxe^ voulait s'approprier les Liens dont cette « abbaye est aujourd'hui en possession , ou qu^on « lui donnera dans la suite pour l'amour de Dieu, (I qu'il soit frappé d'anathème ; que, maudit dans « ses désirJï , dans son pouvoir , dans ses pensées , « il soit effacé du livre de vie et boive au vase de «la colère de Dieu^ qu'il serve d'aliment aux

■ En loof^.

(( ilâuiines éternelles , et qu il endure ce supplice (( pendant les siècles des siècles, à moins que, « touche il un sincère repentir, il ne s'efforce de (( réparer le mal qa^il aura fait ^ »

De grandes contestations éclatèrent entre cette abbaye opulente et le clergé de la Major. Les moines devaient a la cathédrale de la ville haute la légère redevance d'une livre de cire , et ils refusaient de la payer. Ils dressaient des actes de mariage et en retiraient la rétribution. Ib prétendaient que lorsque quelqu'un avait été enseveli dans leur cimetière, les enfants et les descendants du défunt devaient, après leur mort, y être aussi inhumés. La dispute s'échauffa à un tel point , qu'on en vint à des voies de fait, et un cadavre fut enlevé de vive force.

Guillaume i" eut une politique prévoyante, en faisant investir Honoré n, son frère, de l'évéché de Marseille. Cette prélature resta dans la famille

* Gallia Christiana y tom. i.

Cette église était sans doute d'une bienmauvaiseconstractiony puisqu'elle ne dura qu'environ i6o ans. On la reconstruisit en i2oo> et elle ne fut terminée qu'en 1379. Quelque temps après, le monastère ayant besoin de réparations, le pape Urbain v en fit revêtir les murs de pierres taillées, ety joignit des tours; de sorte que l'abbaye devint une véritable place forte. Sous ce pontife, Féglise fut également rebâtie et rendue plus grande qu'elle ne Tavait jamais été; le clocher fut construit en forme d'une grande tour carrée: c'est le même qui existe aujourd'hui.

vicomtale pendant plus d'une siècle, c'est-à-dire,

jusquà Li uiorl de Poiisu, arrivée en 1073

Six ans après, le vicomte Geoffroi donna aux moines de SalutA ictor la rivière de Tlluveaune. Ce prince mit la charte de la donation sur l'autel de saint Pierre, qui était le grand autel de l'église deVabbaye. A cette époque, les libéralités au profit des établissements religieux se faisaient ainsi et devenaient irrévocables'. La donation de Geoffroi fiit célébrée avec pompe ^ en présence de plusieurs cvèques et d'un grand nombre d'abbés et de moines accourus de différentes provinces a Ma r sei 1 le ^ Le pouvoir des vicomtes, qui renfermait en luimême plusieurs causes d'affaiblissement^ se trouvait encore aiiàibli à Marseille par Pénergie du conseil municipal, qui lui résistant sans cesse

* Béranger siuïcéda à Beandoin, dont nous avons parlé dans

1« Kyre précédent. Venator et Dragon, ou Dreux, montèrent ensuite et successivement sur le siège ej>isco])dl. Il est difficile de bien fixer l'époque de leur avènement. Honoré ii, frère de Gmllamne nuïcéda à Honoré , son oncle y en 976; U eut pour successeur, en 1014, Pons îilfi de Guillaume u.

* Voir les notes de Bignon sur le premier liTre des Formules (le Marculfe^ ch. i.

^ Acta est hœc donatio in solemnitate Sixncti Fictoris in cœtu onumm honùnwn iUic aelstantium episcopamm, presbytero-* 'vm , abbatum , moiuxchorum ex diversis provmciis congre ga^ ^orum , super altare Principis jipostolontm. Faeia donatio hœc

Ofino incamationis dominicœ 1079. — ^ magno chartario sancti Vîctansy fol. 14 verso. — Explication des Usages et Coutumes des Marseillais 9 par Mardietti, p. i25.

avec avantage y sut faire respecter ses prérogatives et les étendît même chaque jour. Ce conseil était admirabiexucat secondé , dans sa lutte ^ par le peuple quil représentait ; chacun était convaincu que la force est dans T union , et que sans elle îl n*y a point de liberté. Tous les habitants de la ville basse ne pensèrent qu'à déposséder ien* tementla puissance seigneuriale; tous leurs efforts tendirent à ce but désiré , et leur moyen le plus efficace fut Tesprit d^association.

L^originc des confréries remonte à des temps reculés. La religion catholique vit avec plaisir celles qui se dévouaient au soulagement des pauvres et à des actes de pénitence ; d autr^ se formèrent qui n'eurent pas le même objet, du moins spécialemènt. Telle fut celle établie à Marseille sous le nom de Confrérie du Saint- Esprit, r grande confédération politique, militaire et religieuse tout à la fois. S'encourager réciproquement, se prêter un mutuel appui et se serrer les uns contre les autres, travailler constamment à l'affranchissement complet de la commune, répandre les bonnes doctrines avec les bonnes œuvres, tels furent le désir et le devoir des confrères marseillais, ils curent partout des affiliés. Le corps municipal les dirigea , il en fui I ame, et les recteurs de la ville vicomtale s'appelèrent Recteurs de la Confrérie du Saint'Espi it.

Dï. MAaS£ILL£. 279 De grands événements vinrent favoriser les progrès de la commune de Marseille et porter les derniers coups à la puissance ébranlée des vicomtes.

Les convulsions d'un fanatisme jusques alors inconnu, auquel se mêlaient le goût de la nouveauté, des longs voyages et des aventures, une ardeur belliqueuse et chevaleresque, un esprit J impatience et de secrète inquiétude , agitèrent bientôt l'Europe* Grégoire vu avait formé le dessein de conquérir la Palestine. Il en fut détourné par les affaires de la chrétienté. C'est dans le Concile de Clermoiil oli Philippe, roi de France, fut excommunié par Urbain ii, que ce pape inspira Pardeur des Croisades. Pierre Permite, au retour du voyage de Jérusalem, peignit éloquemment la profanation de la cité sainte et les rigueurs dont les chrétiens étaient accablés. L'enthousiasme religieux embrase tous les esprits. L'Europe est en mouvement : depuis le Tibre jusqu à TOcéan, depuis le Rhin jusqu'audelà des Pjrrénées , on ne voit que des troupes d'hommes revêtus de la croix, jurant d'exterminer les Sarrasins, et d'avance chantant leurs victoires. Partout se fait entendre le cri de guerre : Dieu le veut. Dieu le veut Les Etats se dépeuplent. Des troupes innombrables de

* Michaud, Hist. des Cruisudcs, lir. i.

2dO HISTOIRE

Ciroisés prennent différents chemins^ commettent

des pillages cL des crimes, et sont bientôt dispersées et anéanties comme des bandes déyastatrices de brigands indisciplines. Des armées plus régulières se réunissent enfin aux environs de Coiistanlinople» Le sang alors coule plus noblement sur les champs de bataille. La religion du Christ et celle de Mahomet se lieui lent avec fureur, avec cette puissance de conviction qui ne voit dans la mort que la couraïuie du martyre. Luttes terribles et mémorables 1 Elles sont étrangères à notre histoire. Qu'il nous suf&se de dire que Jérusalem, possédée par les Turcomans, destmc- • teurs de l'empire des Califes, fut emportée d'assaut en 1099, et qu'on lui donna pour souverain le fameux Godefroi de Bouillon.

Les Marseillais prirent une part très active à ce grand mouvement, plus par esprit de commerce que par esprit de dévotion. Les guerres saintes leur procurèrent d immenses avantages mercantiles. Jamais, aux jours les plus brillants de l'ancienne république, les chantiers n'eurent plus d'activité. Le port se couvrit de navires, l'argent fut abondant, toutes les richesses aflOiuèrent. Marseille voyait sans cesse arriver dans ses murs des Croisés de tout pays, de tout âge, de toute condition, et ses négociants leur fournissaient des vaisseaux, des provisions et des armes. Ce fut à cette époque que le commerce des

DE .MARS£li.L£. 281

armes devint une branche principale de celui de Marseille. Les ateliers en ce genre étaient si nombreux qu'une rue assez longue a retenu le nom de Lancerie, parce que les fabricantsde lances rhabitaient de préfi-rencc.

Aicard, petit-fils du vicomte Geoffroi, et Pierre Barlliéleuiy, prêtre j conduisirent en Syrie un grand nombre de Croisés marseillais. Us se trou* vèrent à la prise de Jérusalc m et h celle des villes les plus importantes de la Palestine* Eu 1130^ le seigneur deBaruth, en Syrie, voulant récompenser les services que les Marseillais avaient rendus aux Croisés^ les exempta des droits d'entrée et de sortie , et leur permit d'avoir^ dans ses Etats, des juges particuliers de toutes les contestations commerciales; il ne se réserva que la connaissance de riiomicide. .

Les Marseillais fournirent de puissants secours aux rois de Jérusalem dans les guerres continuelles qu'ils eurent à soutenir contre les Sarrasins et les Égyptiens. Fouques, comte dxViijou et du Mans^ ayant été élu roi , après la mort de Beaudoin u % accorda , en i 1 50 , aux négociants de Marseille une décharge et franchise perpétuelles de toute sorte de droits et d impositions dans ses Etats. Innocent IV fit une bulle dans laquelle il excommu*<

" Braudoîn ii succéda à Beaudoin i^*", lequel succéda à Godefi'oi de Bouilion.

2d2 UIST01K£

nia tous ceux c£ui oseraient troubler les Marseillais dans la jouissance de ce privilège ; il déclara expressément, par une autre bulle, qu'il plaçait sons la protection du Saint-Siège la ville de Marseille,

ses habitai! Ls et généralement leurs biens et leurs personnes.

Fouques mourut d'une chute de cheval, après deux ans de règne ; et Beaudoin m, son fils aîné, le remplaça sur le trône de Jérusalem. Ce prince régna vingt ans, pendant lesquels il fut presque toujours en guerre avec les Sarrasins , qui firent dans sesi^tats des conquêtes importantes. Leschrétiens d'Occident se croisèrent et volèrent k sa défense. Les Marseillais le secoururent activement par terre et par mer , et lui firent encore présent de trois mille besans sarrasins , pour empêcher que les ennemis ne se rendissent maîtres des villes d^Ascalonetde Jafia. Beaudoin m leur donna^ en récompense, une grande maison k Jérusalem, appelée Rame ^ avec tous les meubles qui s'y trouvaient et les bestiaux qu'elle possédait. Les lettres patentes de donation, de 1152^ disent que les Marseillais açaient secouru les rois ses prédé" cesseurs de leurs biens et de leurs personnes , par terre et par mer^ en la conquête de Jérusalem et de Tripoli^. Le prince ne borna pas là ses

' Archives de rH6tel de Ville de Marseille. — Rulfi, tom.

lÎY. lU.

bienfaits : il voulut que les Marseillais eussent a Jénisalem , à Âcre et dans toutes les villes maritimes de sa domination, une église, un four et une rue, avec pouvoir d'en disposer ; il les affranchît m même temps de tous droits. Telle est probablement Torigine des quartiers des Francs dans kscchelles du Levant. Beaudoin m, voulant donner une grande solennité à ces lettres patentes, les lit signer par Almaric^ son frère, KoduUe, chancelier du royaume , Raymond , comte de Tripoli, Roardus, Beaudoin de Lisle, Raynaud de Sidon, Urric, vicomte de Naples, Beaudoin, son tils, Boemond et son frcre Conslanlin , Pierre de Soppe , Josselin de Sanbac , André de Miradel , Jacques de Monlgisac, Gautier de Gaimont, et par plusieurs autres princes et seigneurs. Elles fuï'cnt confirmées par Clément m, à Viterbe, la troisième année de son pontificat, et à Lyon , par Innocent IV ^ sept ans après son élévation sur la chaire de saint Pierre.

"Beaudoin m mourut sans enfants en 1 163. En la même année, Rodulfe, évéquedeBethléem, pressé du besoin d'argent, reçut en prêt des négociants marseillais établis à Jérusalem , et du consente-ment de son Chapitre, 2,208 besans sarrasins. Ce prélat leur donna en gage de leur créance un château appelé liomadety et les maisons que lui etson Chapitre possédaient dans la ville d'Acre , auprès du Temple, avec la clause formelle que, si cette

somme n'était pas payée aux prêteurs k son échéance^ ceux-ci pourraient faire vendre et le château et les maisons

Amalric, comte d^Ascalon et de Jaffa, succéda k Beaudoin m , son frère ; il régna onze ans , et Beaudoin iv, son fils, recueillit sa succession. 11 donna la régence de ses Etats à Guy de Lusignan, seigneur français, son beau-frère^ que Sibille, sœur de ce prince , avait épousé en premières noces, après la mort de Guillaunie Longue-Êpée, marquis de Montferrat , son premier mari , dont elle avait eu un lils appelé Beaudoin, Guy deLusignan , s'étant rendu odieux par son orgueil et ses vexations, fut dcslilué de la régence, et le Roi fit couronner de son vivant Beaudoin son neveu, fils de sa sœur Sibille. Ce dernier prince ne régna que six mois ; il mourut empoisonné par sa mcre, qui voulut par ce crime élever sur le trône Guy de Lusignan, son second mari. Ce sà« gncur français fut, en eifet, l'econnu roi par la faveur des Templiers, que ses largesses avaient gagnés ; mais la mcsliiLcUigcncc ne tarda pas à éclater entre le nouveau monarque et le comte deTripoli. Les affaires des Croisés allaient tous les jours en déclinant. Le sultan Saladin sut habilement profiter de leurs divisions, et se rendit maître de Jérusalem et de plusieurs autres places*

* ArchÎTtt de ruètel de ViUe. Ruffi,

Le pape Grre;oire viii appela alors k la défense des chrétiens d'Orient toutes les puissances eu* ropéennes. Ce pontife compta principalement sur le secours des Marseillais ; et , pour lesi engager k se rendre promptenient dans la Palestine, il les prit sous sa protection spéciale, et écrivit à l'arclievèque de Narbonne et aux évèques de ïoulon et d'Antibes « de lancer les foudres d'excommumcO' lion contre ceux qui les vexeraient par procès^. L'espoir de Grégoire tiii ne fut pas trompé , et les Marseillais répondirent avec ardeur à son appel. Ces Croisades furent toujours pour eux un instrument de fortune et de gloire. Conrad, marquis de Montferrat, frère de Guillaume Longue- Épée , ayant acquis le comté de Tyr , vit bientôt les Sarrasins assiéger cette place ; mais les Marseillais l'assistèrent vigoureusement, et le comte, voulant leur donner un témoignage de reconnaissance , leur fit expédier , en H 87 , de Tavis du grand maître des Templiers^ des lettres patentes portant permission de négocier dans la ville de Tyr y sans payer aucun droit , avec la liberté établir un consulpour leur administrer la justice'.

Toutes les forces de TËurope ne passaient en Asie que pour s'y ensevelir; et ces désastres,

• Fleury, Hist. Eccl. — Archives de l'Hôtel de Ville. — " Archives de rHôtel de Ville. — lluffi , ibitl.

2m Mi^iOIRE

loin d'ctrc pour les clircticiis uccideutaux une cause de découragement , ne servaient qu'à les enflammer d'une ardeur nouvelle. Lusignan n'était plus qu'un roi sans pouvoir. Saladin , célèbre par sa sagesse et sou courage, faisait trembler la Palestine sous ses armes triomphantes* Philippe- ^ Auguste, roi de France, et Rieh^rd, roi d'Angleterre, oublièrent un moment leurs querelles opiniàtres, pour prendre la croix. 11 fut convenu que quiconque ne se croiserait point paierait la-dime de tous ses biens, une fois seulement, pour les frais de l'expédition , et cette taxe fut appelée la dime saladine. Plusieurs princes cl seigneurs français vinrent à Marseille , en 1 1 90 , avec dix mille Croisés , y firent équiper une flotte considérable, mirent à la voile , et arrivèrent , en trente-cinq jours, Il la rade de Ptolémaïs. Peu de temps après, une autre armée navale partit de Marseille ; elle était composée de Templiers et d'Allemands^ sous le commandement du duc de Gueldres ; quelques Catalans s'y étaient joints. Ces deux armements procurèrent de grands bénéfices aux négociants de Marseille. Les Marseillais qui étaient en Palestine se signalèrent au siège d'Acre, et cette place importante fut reprise , à l'arrivée de Philippe- Auguste et de Kichard : ce fut tout le huit de cette grande expédition. Le roi de France tomba malade et revint dans son royaume. Le roi d'Angleterre, reste seul en Palestine, y fit des prodiges

de valeur, qu'aucun succès ne couronna. Parmi les citoyens de Marseille qui se distinguèrent le plus dans cette croisade , et notamment au siège d'Acre, on cite Bertrand Sarde, Anselme, Étieune Jean, Raymond et Guillaume de Posquères, Pierre et Bertrand Anuda, Hugues Fer, Gautier Anglic, Guillaume et Bérard Gati , Bertrand Caminal , Pons de Kevest, Bérenguier et t ulco Rostang \ Lusignan accorda aux Marseillais qui habiteraient Acre et son territoire , à une lieue des remparts , Péremption des droits d'entrée et de sortie , les réduisant seulement à un pour cent sur chaque cent pesant, pour ce qui viendrait par voie demer; leur permettant aussi de construire des bâtiments et de les conduire où ils voudraient sans rien payer ; d'avoir dans Acre des consuls et des magistrats nationaux pour juger leurs contestations, à condition qu'ils prêtassent serment entre les mains du Roi, avec pouvoir de connaître de toutes leurs causes, tant civiles que criminelles, excepté des crimes de vol , rapt , homicide , fausse monnaie et trahison. Ces lettres patentes, datées de 1 190 , furent souscrites par Josselin , sénéchal de Jérusalem, etpar Aimeric, connétable^ elles furent scellées par Pierre, chancelier.

Guy de Lusignan , voyant que par la mort de son épouse tous les droits du trône de Jérusalem

* Archives 9 cit.

étaient échus à Isabelle 9 sa belle-sœur^ acheta des

Templiers ou de Richard, roi d'Angleterre, l'île de Chypre, pour le prix de cent mille écus; il s'y lil courouiicr roi, et mourut sans enfants eu 1 197. Amaury de Luisignan , son frère , monta après lui sur le tronc Je Chypre. Ce prince confirma, la même année , aux Marseillais tous les dons que les rois de Jérusalem ses prédécesseurs leur avaient faits. Il leur accorda aussi le privilège de commercer librement dans le royaume de Chypre , sans être obligés de payer aucun droit, et leur fit présent tl uii château appelé Flacci^ avec loub les meubles et bestiaux qui s^ trouvaient * •

Dans la même année, Philippe de idonlfort, seigneur de Tyr, confirma aux négociants de Marseille les droits qui leur avaient été accordés par ses prédécesseurs. .

Jean de Briennc , frcre de Gautier de Brienne, qui avait conquis la Sicile, fut couronné roi de Jérusalem dans la ville d'Acre , en 1 21 1 . L'année suivante , ,les consuls marseillais établis en Syrie se présentèrent devant ce prince ^ pour réclamer la possession d'une rue que la nation possédait dans Acre, et qui lui avait clé accordée par les rois de Jérusalem. Jean de Brienne exigea que les consuis lui montrassent les titres de possession. Ces titres avaient été perdus dans les désordres et les

guerres dont la Palestine avait été le sanglant théâtre* Le Roi ordonna de faire une enquête. Les plus âgés du pays furent entendus, et leur témoignage fut faiYorable à la réclamation des consuls marseillais. Il fut constaté que cette rue était près de réglise de saint Démétrius. Jean de Brienne , respectant les droits acquis, confirma par de nou- Telles lettres patentes la possession de cette rue ; elles furent souscrites par Jean dlbelin , par Guy de Montfort, par Jacques Durinac, maréchal du royaume, et par d'autres seigneurs.

Les Croisades produisirent un hien immense , que personne n'avait peut-être prévu dans ces siècles oii la philosophie était sans interprète : elles servirent a rétablir l'autorité des rois. Les grands vassaux , pour avoir de quoi entreprendre de si longs voyages, aliénèrent leurs domaines, perdirent ainsi une partie de leur puissance , et cet af-* £aiblissement , en tournant au profit du pouvoir royal , facilita aussi l'affranchissement des peuples ' . £lles aplanirent la voie des grandes découvertes, et étendirent la navigation et le commerce. Ittarscille, qui joua un rôle aetif et brillant dans

ces guerres lointaines, sut toujours en tirer un

naervellleux parti ; elle ne laissa passer , sans en . profiter, aucune occasion favorable à ses intérêts

* Robertson^ Inuroducûon à THistoire de Charles - Quiat,

mercantiles et à son influence poliliqiie. Son antique légblation maritime n'était plus ; la faux destructive du temps en avait {ait disparaître les

monuments respectés j mais si ces lois avaient cessé d'être écrites, leur esprit n'était point affigôbii; elles vivaient dans les souvenirs et les traditions \ et les usages que cette cité célèbre avait su conserver étaient accueillis par tous les navigateurs. Lorsqu'on 1 059 Baymond-Bérenger i*', victorieux des Maures, et portant au plus liaut degré la prospérité de la Catalogne, forma le noble dessein de donner des institutions à ses peuples , et que , par sa salutaire impulsion , les magistrats de Barcelonne recueillirent les coutumes maritimes conservées par tradition et usitées dans les différents ports de la Méditerranée, Marseille ne dut -elle pas fournir un important tribut à cette rédaction des Lois Barcelonnaiscs ! A qui , si ce n'est aux Marseillais^ pourrait-on attribuer les principaux éléments de ce code si fameux vulgairement connu sous le nom de Consulat de la Mer, qui, traduit dans toutes les langues % fut adopté d'un consentement unanime^? Tan t fut toujours puissant l'empire de rexpéricnce, de la justice et de la raison !

* Momac , ad ieg, 9, $ «£e Lege Rhodid. Gilialliniis> de Usmis ^ CommercHs, Ub, iv, cap, n, art, it. a.

• Muratori , Rerum Itai, Script, t. m, p. 367.

' Ymuius^ sur la loi x, § de Lege Rhod. — Apparet ex scriptorihus^quàHispaniSyquhltalù, Gallis etAngUs, bonampat-

Vainement quelques Yilles d^Italie ont^elles voulu

s'attribuer la principale part dans cette compositMn célèbre ; vainement encore quelques villes d'Espagne, et Barcelonne elle-même, ont-elles revendiqué le mémeiionneur : leurs efforts n'ont eu d'autre résultat que de détruire leurs prétentions respectives ; et l'origine marseillaise du CJofisulat est assez prouvée par les mœurs qu il rappelle, par les institutions auxquelles il se réfère^ et que plusieurs siècles n*ont pu effacer.

L'établissement des consuls en pays étranger ^ est évidemment du à Marseille, qui la première envoya de pareils agents dans le iievant, pour la protection de son commerce. Elle ne confia ces fonctions importantes qu'aux citoyens les plus bo* norables*. Les consuls mars^lais n'étaient nom-

tem iegum quitus hodiè ad res maritimas utuniur, depromptam esse ex libro Constdaiâs.

Casare<!^is, dise, 2i3, n. 12. — Consulatus Mmis , in rnateriis rnaritimis , tanquhm cnnsucludo uuîversaHs kahcrruis vim kgis, invwUdfUUer tUtendenda est apud onmes provincias et ruUiones,

De Zuca, de Credko, dise, 107^ n. 6, et in Conftictu, 6b~

serv. 22. — Liibeck, en ses Annotations surleft Atî!tîcs,p. iio.

* Ces officiers étaient inconnus des peuples anciens^ qui en aTaient peu besoin : leur principal commerce, dans les pays éloignés de leurs métropoles, se Imsait ordinairement par le moyen des colonies ep^Us j établissaient , ou des peuples

qu'ils assujettissaient.

* Similiter scmper taies quod illi consules sint de melioribus , faeuttdidetdiscretione, etprobitate, cthanestate, adhonorem

292 HISTOIRE més que pottruii an ; mais leur emploi pouvait être prolonge en cas de nécessité; leur juridictioii s'étendait non-seulement sur tous les nationaux établis dans le district du consulat , mais encore sur les capitaines et les matelots des navires de Marseille qui y abordaient. Us présidaient aussi à Tadministration économique et politique de la nation,et ctaientlesdéfenscursnésdetous les intérêts de leurs compatriotes. Us étaient tenus de faire riuYcntaire des biens de ceux qui décédaient sans héritiers sur les lieux, ainsi que des effets sauvés des naufrages. 11 est probable que leurs émoluments étaient pris sur la valeur des marchandises appartenant aux Marseillais, qui entraient ou sortaient des ports du district consulaire. Aucun capitaine de vaisseau ne pouvait être revêtu des fonctions de consul dans les pays où il faisait un voyage'. Celui auquel un gouvernement étranger accordait certaines faveurs, certains privilèges, ne pouvait pas être nommé consul auprès de ce

et utUitatem commums Massiliœ , etc. — Statuts municipaux et Coiistumes anciennes de la ville de Siarseille , ch. zviii* On ne connaît pas la date précise de la rédaction de ces

slaliits ; on rroil pfpntralcment que cette rédaction a été fiute en ia53 ou 1254. T011L indique que la plupart d'entre eux existaient avant cette époque; d'autres ont été faits plus tard.

* Sed nec magister qui vulgariier nauchêrus appeUalutt vel aliquis dtminuf , vel domini, major vel majùres alicujus nmSf pas suit esse consul vel consules extra civitatem AâàssUÙBf iUo piagiQ tiuo ibit^ etc. — Id, ch. xviii.

gouvernement ' .Les consuls de Marseille devaient, dans tous leurs actes , dans toutes leurs décisions y recourir à l'avis d'un citoyen marseillais au moins, et mieux encore de deux. Ils devaient avoir pour chancelier un notaire du pays de leur résidence; et quand ils ne pouvaient pas en avoir un , il leur était prescrit d'employer à cet usage Técrivain d'un navire Leurs sentences n'étaient point souveraines ; elles pouvaient être réformées en tout ou en partie par les magbtrats de Marseille ; mais il fallait alors que celui qui en était frappé en demandât l'annulation dans le mois de son arrivée : passé ce délai, on ne pouvait plus se pourvoir contre elles, et l'autorité de la chose jugée était acquise. Lorsqu'il n y avait pas de consul dans un pays oii plusieurs Marseillais étaient établis , ils pouvaient en choisir un parmi eux, pourvu qu'ils fussent au moins dix. Le consul ainsi choisi avait le même pouvoir que les consuls directement nommés par le gouvernement de Marseille, et il ne pouvait refuser de remplir ses fonctions, sous peine d'une amende de 10 livres royales couronnées, à moins d'un empêchement légitime jugé tel par ses concitoyens. La moindre négligence était punie d'une amende de 25 livres de la même monnaie^.

' Statuts» ch. 3LVIII.

* Id, ch. 3UX.

' Jd, ch. xviii.

294 HISTOiUE

C'est au temps des Croisades qu'il faut placer

le changement des enseignes marseillaises. Vancienne république y et plus tard la ville municipale ^ avaient pour armoiries uu llon^ on voit un lion sur presque tous les revers de leurs médailles; les vicomtes en plaçaient un sur les armes de leur famille : ce qui prouve que Marseille nV dopta pas les armoiries d'argent à la croix d'azur lorsque le libre exercice de la religion chrétienne y fut établi. Il est bien plus naturel de croire que ce changement s'opéra à Tépoque des guerres saintes.

Pendant tout le temps de ces guerres, Marseille

fit uu grand commerce d'épiceries ; il s'en faisait alors une grande consommation, et les Européens ne pouvaient s'en passer. Ce commerce a toujours procuré des fortunes considérables à plusieurs négociants marseillais'. Ces épiceries étaient!^ portées des Indes dans Alexandrie oii on les vendait aux marchands européens. Chaque natiou y avait ses boutiques, ses marchés, ses magasins distingués suivant les marchandises.

Le jcommerce du Levant apporta des richesses immenses en Egypte. Les califes de Bagdad

' Fauris de Saint-Vîncensy Mémoire cité.

C'est ce que développe très bien Llieane Bertrand , jurisconsulte d'Avignon du quinzième siècle, dans une consultatiou qui commence par cette phrase : Multi in h(^ sœcio, etprœtentis tanponbusy aronuUoru insignes et divitOs afflutnîes.

étaient maîtres de celui qui se faisait par Bassora. On conçoit que les sultans d'Egypte devaient favoriser celui de la mer Kouge, car les Egyptiens étaient les seuls qui allassent dans Pfaide par cette mer sur laquelle ils n'avaient pas de rir vaux. Notre commerce se faisait alors par éehan* ge.Mous portions à Alexandrie nosmarckandises^ elles négociants de cette ville nous livraient celles de rinde * •

On faisait également le commerce par le golfe Persique ; mais il était plus concentré dans lintérieur du pays des Musulmans

Les marchands marseillais se rendaient^aussi dans la ville de Tyr oii étaient établis un grand nombre de leurs compatriotes. Cette ville avait des fabriques de verre qui donnèrent sans doute a Venise le moyen de £iire ces glaces si renommées pendant long-temps dans tout TOccident. Antioche était alors très riche. Des vaisseaux, chargés de toutes sortes de marchandises, y entraient et sortaient par TOronte. Tripoli était rempli d'ouvriers occupés à feire des étoffes de soie et des camelots^.

Les Juifs de Jérusalem avaient le privilège exclusif pour la teinture des laines et des draps,

' I3c Guigueà, 3Iém. cit.

' Guillaume de Xyr, p. 565. — Sanule, liv. m , cb. xvui.

296 UISTOIAE

moyennant une somme qu ils payaient anaucilcment

Le suere, si mal connu des anciens était^ à l'époque des Croisades, un objet de commerce pour les Marseillais. Ils le tiraient d'Alexandiie comme les épiceries. On trowait des cannes a sucre dans Tîle de Chypre, a Rhodes et dans d'autrescontrées ^, Les Croisés les transportèrent en Sicile ; elles furent ensuite cultivées à Grenade et dans les parties les plus méridionales de l'Espagne; de Ik à Madère, d'oii ou les porta au Brésil el dans le reste de l'Amérique ^.

Marseille faisait aussi le commerce de la soie dans le 1 1 ^ siècle et dansle i 2*". On ne connaît pas précisément l'époque oii Ton a commencé à la récolter en Provence* Les habits de cette étoffe étaient un rare objet de luxe, et les lois somptuaires de la plupart des Etats de TEurope les défendaient. Ces lois étaient en vigueur à

' De Guignes > Mém. cité.

* Saumaise, Dissertation sur Pline ^ vol. ii et suiv. ^ Sanute^ p. 24.

4 Dans le 1 5^ siècle ^ on fit des tentatiw pour les cultiver en Provence. Pierre de Quiquerah^ évéque deSenès, le dit

ainsi dans le Traité qu*il a fait, vers le milieu du 16*^ siècle,

sur l'éloge de cette province , de Zoudilms Provinciœ. U ajoute que, dans le moment où il compose son ouvrage, il y a des cannes à sucre à Hyères depuis deux ans ^ et qu'on attend la troisième année pour en feire la récolte. Fauris de .Samt-V incciis, Méiu. cité.

Marseille, et il n^étak perbift qu'aux nouvelles

mariées de porter de la soie; encore ne pouTaitelle être placée qu'aux garnitures de leurs manteaux, in in/i^oidurd pallii Cependant les femmes pouvaient porter des robes de soie dès le 13"^ siècle, car les statuts de Marseille fixent à 5 sous le prix de la &çon de ces robes *•

Marseille faisait à la même époque un grand commerce de pelleteries. Les peaux on fourrures étaient un objet de luxe en France , en Angleterre et en Allemagne. On fourrait les chapes, les manteaux et les cottes d'armes, et dès les premières Croisades, plusieurs fiunilles mirent l'hermine et le vair dans leurs armoiries. On trouve chesK un de nos plus anciens jurisconsultes , Accurse Maynier d'Avignon, une consultation pourJean-Baptiste Maynier son parent, établi à Marseille, qu'il appelle nobilis mercator pelleta^ rius seu parthiarius ^. Le commerce des cuirs et des peaux préparées, bien diiiércnt de celui des pelleteries et des fourrures, était aussi fort cultivé à Marseille^. Un quartier de la ville assez étendu était destiné aux fabriques de tanneries , sur lesquelles 1 administration publique veillait

' Faiiris de Saint-Ymcens^ Mém/cité.

• De Vestibus Dominœ sericisy sive de Clatiiidc et Tuniaif 5 sol. UO. II, cap, XXXIX.

^ Fauris de Saini-Yincens^ Mém. cité.

^ StatatSy liy. ii^ ch. xuj liy. ui^ ch. xii.

avec soin On fabriquait h Marseille une grande

quantité de draps, mais ils n'étaient pas d'une qualité assez fine pour être recherekés par les étrangers. Ils ne pouvaient soutenir la coneurrenée des draps &briqués en Italie. Aussi n*étaientils consommés que dans la Provence et aux environs *•

Il a toujours été dans la destinée de la puissance commerciale deMarseille de ne pas occuper le premier rang. Jamais, au temps dont nous parlons, elle ne poussa son commerce aussi loin que les républiques dltalie, jalouses et rivales les unes des autres. La marine de Venise effaça celle de tous les autres peuples. Sou commerce était supérieur à celui de l'Europe entière. Ses finances étaient bien administrées. G^est la première cité qui ait imaginé d'attacher au gouvernement les sujets riches, en les engageant à placer une partie de leur fortune dans les fonds publics ^. Tous ses efforts tendirent à empêcher les autres nations de £dre le commerce du Levant. Elle y réussit en partie ; du moins les autres peuples furent-ils réduits à se pourvoir des marchandises de Tlnde

' Fauria de Salnt-Yinceos» Mém. cité.

' Id.

' Rayoaly Histoire philosophique et politiqfae da Commerce des Européens dans les Deux-Indes^ Introduction.

D£ MAR5£iLL£. 299

par la voie de TEgypte. Gênes floriasail aussi par un commerce actif et étendu , par des forces navales assez considérables. Sa puissance était expressive. Le génie commercial de Fisc et de Florence jetait aussi un vif éclat. Leurs magistrats Cavorisaient tous les genres d'industrie <• Florence surtout devint célèbre par ses manufactures et par sa banque. La ville d'ÂmalB se livrait aussi au com* merce avec succès, et l'hôpital des Âmalfites^ à Jérusalem^ renfermait de grandes richesses

Cet état de splendeur des républiques italiennes n'empêchait pas Marseille d'avoir en Europ'e et en Asie une haute influence. Sa part était encore assez belle.

Comment le pouvoir des Vicomtes aurait'-il pu résister k tant de causes puissantes de destruction? Ce pouvoir morcelé et avili s'était presque éteint dans les Croisades ; il avait été effacé par les richesses commerciales de la cité, et par la grande considération dont les négociants jouissaient. Ces seigneurs ne gouvernaient plus, à proprement parler. Le corps municipal s'était organisé de manière à leur enlever toute participation aux aiiaires publiques. Us ne possédaient plus que quelques droits domaniaux. Mais le fief, tout faible et léger qu'il était, existait encore; l'idée

' Robertson, Recherches sur l'Inde, p. 172. ' Jacques de Vitry, p. 1082.

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seule du vassalage offensait la fierté des Marseillais ; totitesles classes decitoycnss'en indignaient. La Confrérie du St. -Esprit ne ralentissait pas ses patriotiques efforts. Il était temps, il était juste que tant de vœux fussent combles. Tout était mûr pour le triomphe fortuné de l'indépendance marseillaise.

Par suite des divisions d'héritage adoptées, comme une coutume et un droit , par la race des vicomtes 9 le fief de la ville inférieure était possédé, sur la fin du 12'' siècle, par quatre Ob-seigneurs* C'étaient Roncelin , Raimond de Baux, Hugues de Baux et Gérard^Adh^mar. Raimond de Baux n'avait pas en propre sa portion de seigneurie 5 elle ne lui appartenait que du chef d'Âdalasie, sa femme, sœur de Roncelin et fille de Guillaume v, dit le Gros^ mort vers l'an 1191. 11 en était de même de Hugues de Baux et de Gérard-Adhémar j lepremier ne jouissait de sa part de fief que conmie mari de Barrale, le second comiiic mari de Mabile , filles toutes les deux du même Guillaume.

Roncelin, moine de St. -Victor, libertin effronté y entra dans le cloître ^ en sortit bientôt après, se maria, quitta sa femme, rentra dans le cloître et en sortit encore. U vendit à l'abbaye une partie de ses droits de fief sur Marseille, tint la vente secrète, et eut ensuite la bassesse et l'audace d'aliéner en faveur d'Anselme , gentilhomme mar-

seillaîSy la propriété qu'il venait de perdre. Anselme , plein de bonne foi cl se croyant possesseur légal et incommutable des droits de Roncelin y les revendit aussitôt*au\ confrères recteurs , qui stipulèrent au nom de la commune , moyennant le prix de 1,000 livres couronnées, payable comptant. Cette cession fut £aiite en 1 21 1 • Roncelin vendit deux ans après aux mêmes recteurs le restant de ses droits pour 600 livres* A la même époque, Raimond Je Baux, quoique maître d^ domaines immenses en Provence, avait un prèssant beâoin d argent, et ne savait quel moyen prendre pour s*en procurer. Les recteurs , profi* tant de sa pénurie , lui fournirent un moyen efficace , et lui proposèrent avec empressement de vendre à la commune les droits de seigneur dont il jouissait du chef d' Adalasie. Raimond de Baux accepta l'offre , et la vente fut consentie moyennant 80,000 sous royaux couronnés ^ Mais les confrères municipaux exigèrent sagement que Hugues leur fut tenu d'éviction, et qu'Âdalasie assistât au contrat avec Rostang d*Agoult, son frère* £lle n'y consentit qu'à condition qu'on lui donnât pour épingles i 2,000 sous royaux couronnés qui lui furent efiectivement comptés* Hugues était à peu près dans la même position que Rai-

' Le sou royal couronne valait a peu près i5 sons de notre monnaie.

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mond. U avait emprunté de fortes sommes^ à la commune, ctilneponvaitselibérer. Les recteurs le pressaient d'autant plus, qu'ils connaissaient son extrême embarras. Enfin , TÎTemenl soUtdtë de satisfaire à ses obligations , il donna en paiement la portion des droits quHl exerçait sur la vicomte j comme mari de Barrale. Restait à acquérir les droits de Gërard-Âdhémar, et celuilà n'était pas disposé à les céder. Souverain de Monteil et seigneur de Grignan , sa fortune égalait sa puissance* Aucune raison personnelle ne pouvait l'engager à se dépouiller desa portion de vicomté. D'un autre côté, les Marseillais voulaient à tout prix s^affranclur des derniers restes du fief. Ou tit à ce seigneur les offres les plus séduisantes; elles ne purent faire fléchir sa volonté opiniâtre. Ou employa même les menaces, elles n'eurent pas plus de succès. U paraît cpie sa résistance était excitée par sa femme qui, dans son orgueil, ne pouvait supporter l'idée de l'aliénation de son antique patrimoine. Cet obstacle irritait tous les désirs. Que faire dans ces circonstances? Quelques citoyens influents, persuadés que la force était l'unique moyen qui leur restait pour arriver au but désiré, s'entendirent avec la confrérie et excitèrent nne émeute populaire. Courte fut la lutte. Le seigneur, chassé de la ville, fut privé des rentes qu'il y possédait, et dépouillé de ces mêmes droits qu'il n'avait pas voulu céder aux

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conditions les plus avantageuses. Son obstination se changea bientôt en regrets amers. U fit dire aux chefs de la commune qu'il était prêt, ainsi que sa femme , à vendre tous ses titres k la seigneurie. On aurait pu certainement dédaigner ses offres tardives, car il n'avait plus rien k céder. Les Marseillais avaient conquis leur entière indépendance, etqette indépendance, don précieux (lu ciel, n'est pas dans le commerce des hommes. Elle est imprescriptible et sacrée. Son aliénation est un attentat qui révolte la nature. Sa conquête est toujours légitime et glorieuse. Le conseil mu* nicipal de Marseille crut pourtant^ en cette occasion, devoir faire preuve de générosité. U paya à Gérard-Âdhémar 5,000 sous royaux couronnés^ et s^en ga gca k lui supporter une pension annuelle et viagère de 100 livres, payable le jour de St. André. Ces achats successif prouvent que la commune de Marseille possédait de grandes ressourcés financières, car elle déboursa environ 93,550 francs de notre monnaie actuelle, somme énorme pour ce temps-lk. Encore elle compensa la valeur des droits domaniaux de Hugues de Baux avec l'argent que ce seigneur lui devait, et quine

figure pas dans ce compte. N'y figure pas aussi la pension dont elle se greva au profit de Gérard. Ces sacrifices étaient grands , mais elle les fit avec plaisir* La cause en était si belle I

C'était en Tannée 1214, époque k jamais uic-

morable dans les annales marseillaises. Les riches el fiers marchands de la Tille inférieure, ayant joint la seigneurie k la commune, proclamèrent avec solennité leur affiranchissement, et dès cet instant commença la seconde république de Marseille. Le rétablissement des formes républicaines aurait de quoi nous étonner, si les Marseillais avaient subitement passé de Tobéissance absolue à une liberté entière. Mab il n'en fut pas ainsi. La grande révolution dont nous parlons fut toute naturelle. Elle se fit insensiblement et par gradation; il était Êicile de la prévoir.

U ùllait donner des fondements solides à la liberté naissante; il Êdlait paralyser toutes les tentatives ennemies qui pouvaient la mettre en péril. Les vicomtes , depuis la vente de leur seigneurie, n'étaient considérés que comme personnes privées ; ils avaient perdu avec leur juridic tion civile et criminelle tous droits de censives, treizains, chevauchées^ leudes^ ports, eaiû, terres, montagnes, etc.; maison craignait qulls ne cherchassent à ressaisir l'autorité que leurs mains débiles avaient laissé échapper. Le commandement, quel qu'il soit, est si séduisant pour la faiblesse humaine ! la coupe du pouvoir est si enivrante! La commune, prudente dans son triomphe, sentit la nécessité de faire un acte d'énergie. Par une délibération solennelle, rédigée en forme de statut, elle exclut à perpétuité la

race vicomtale des emplois publics. Tous les membres jurèrent par trois fois d'observer ce statut fondamental , et il fat ordonné que tous les citoyens marseillais de la ville basse répéteraient ce serment auguste, qui fut en effet répété par toutes les classes de la cité avec des accents d'enthousiasme, et au milieu des fêtes publiques

Voici comment le gouvernement républicain fut organisé: ùn magistrat suprême fut chargé de la haute administration , du pouvoir exécutif et du commandement des troupes. Il eut le titre de Podestat. 11 devait être étranger au pays, pour ne pas être soumis, dans Texercice de son autorité, à des influences locales et à des considérations de famille. On voulut aussi éviter par là les brigues et les cabales auxquelles les plus puissantes maisons de Marseille se seraient livrées pour obtenir cette première magistrature. La république lui Êdsait un traitement de 1,800 livres royales couronnées, lui payait en outre 37 livres de la même monnaie pour le logement et le bois de* chauffage.

La création du podestariat fut suggérée à Marseille par Texemple de quelques républiques d'Italie qui avaient une haute magistrature de ce genre; aussi le choix des podestats, chefs de la république marseillaise , tomba le plus souvent

' Statuts, Uy. t , ch. XVI.

sur des Italiens. Si l'on se conformait à ce qui s'observait clans les villes dltalie, la maison de ce premier magistrat deyait être composée de deux chevaliers^ huit pages, six damoiseaux, huit cavaliers dont trois armés* Cependant il ne parait pas que cet usage ait été pratiqué k Marseille. Aucun historien n'a donné une liste complète des podestats de celte république. Le pape HonorittS) dans une bulle de 1 222 , &it mention du * podestat de Marseille, mais le nom n'y estpoiut indiqué. Nous savons le nom des podestats qui gouvernèrent la \ ille dans les années suivantes, jusques en 1 229 inclusivement. Ce sont : Reforçat, Jacques Carlavaris de Orzano, Spinus de Surexina, Hugolin, Robert, Marrat de Saint* Martin. Nous ne connaissons pas leurs successeurs ^

Le podestat avait sous ses ordres un viguier ou lieutenant. Trois syndics lui étaient encore

subordonnés, et ces syndics, suivant les termes contenus dans la charte de leur institution , de*

vaienL elre probi homines, providi et discreti ac légales, cwes cmtaiis vicecomitalis MassilÛB , et habitantes in edjiLoiiiauicii jurisperiti* , Us avaient un traitement annuel de 20 livres royales couronnées, ou plutôt ils ne iccevaicnL ce paie-

* Tous les historiens de Provence, jwwjwi.

* Statuts» liv. I , ch. xi.

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ment qu'à titre do frais de représentation^ car on leur imposait l'obligation d^entretenir un cheval qu'on appelait palefroi, et s'ils ne Tentretenaient point, on ne leur donnait rien. 11 leur était dé* fendu d'accepter le plus petit présent. Leurs fonctions consistâiient principalement à défendre tous les droits et à poursuivre toutes les actions de la république. 11 leur était enjoint d'être circonspects dans raccomplissement de ce devoir, et d'éviter lés contestations intempéstives, fâcheuses ou injustes, qui pourraient troubler la bonne harmonie des citoyens

Les finances étaient confiées à trois directeux's de la trésorerie, appelés clavaires, qui avaient le même traitement annuel que les syndics, a la charge, comme eux, d'entretenir un palefroi'.

Trois arehivaires remplissaient les fonctions de secrétaires d'Etat. Us rédigeaient les actes du gouvernement, dressaient les procès-verbaux, avaient la garde des papiers, apposaient les sceaux ei timbres. Les archives étaient conservées dans l'Hôtel de Ville. 11 y avait deux clefs de la salle des archives. L'une était confiée aux

• Attamen ista faciant co salvo quod dicti syndici non possint veldebeant aliquam controversiam, seu causam movere, nomine vel oceasione dicti communis , ex qua discordia vel pelagùi maxima ertari posset in Massiiid vel oriri, etc. Id.

* Id. ch. XXII.

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archivaires^ l'autre aux syndics qui la laissaient en dépôt à TUotel de Ville

Une amirauté, composée de six officiers désignés sous le nom de prud'hommes de la guerre, dirigeait le département de la guerre et de la marine. £lle administrait et surveillait Tétat militaire et maritime de la république* La police et la direction rie Tarsenal lui appartenaient exclu* sivement. Elle avait soin d'entretenir des pilotes pour guider les vaisseaux. L'amirauté avait sur le quai du Port un hôtel pour ses assemblées et ses bureaux , appelé domus officii guerrœ. Les magasins d'armes étaient dans la maison commune sous la garde d'un archer et d'un arbalétrier^ surveillés par deux officiers annuellement nonmiés, et revêtus du titre de gouverneurs des armes *•

La république avait des fonctionnaires d^'un rang iii£érieur^ tels que deux inspecteurs des chemins publics, chargés de veiller à leur entretien et à leur élargissement ^ ; un officier préposé h recevoir et à garder les dépots, les cautionnements et tous les deniers consignés^. Les six quartiers de la ville avaient chacun deux intendants chargés d'assurer les approvisionnements et les

* Kvdli, tom. II, liv xiiy ch. it.

' Id.

' Statuts^ liv. I , ch. xlii.

* ItL ch.xiv.

sabsislances, de conslater les fraudes des vendeurs, d'examiner leurs poids et mesures au moins quatre fois par zn^ perce qu'il est bouy dit naïvement le statut, qu'une police sévtre réprime ceux qui ne sont pus détournés du mal par la crainte de Dieu^, Quatre autres intendants étaient plus spécialement chargés de veiller à ce qu^on ne commît aucune fraude dans la vente de la farine et du pain, et tous les boulangers juraient une fois par an de ne vendre que du pain bien fait et bien cuit'.

Un grand eonseil, ou conseil général, était investi des pouvoirs les plus étendus et du droit de discuter les questions législatives. Il surveillait tous les fonctionnaires, et pouvait les destituer dans le cas d'une mauvaise gestion.

Ceux qui avaient droit d'entrée dans cette assemblée étaient divisés en trois classes : 1 ® les bourgeois, les négociants et les marchands; 2^ les docteurs en droit; 3® Les chefs de corporations et de métiers qui étaient au nombre de cent* Il fallait être citoyen marseillais delà ville inférieure, et y avoir au moins un domicile réel depuis cinq ans sans interruption. Il fallait encore posséder à Marseille, ou dans son territoire, cin-

* Id, ch. LTi. Quoniam quos Dei titnor à mah non revocat, eos sàUem cœrcere débet severkas disripliiue.

*Jd, ch. XLi.

310 HISTOia£ quante marcs d'argent ' en biens meubles ou immeubles. Les étrangers, quelques services qu'ils eussent rendus k la république, ne pouvaient dans aucun cas exercer des fonctions aussi importanics.

Ce conseil général était composé de quatre**

vingt-neuf membres , savoir : quatre-vingt bourgeois, négociants ou marchands, trois docteurs en (liuitj et six chefs de métiers.

11 se formait de la manière suivante : chaque année, trois jours avant lu Toussalnl, Icssyndics^ les clavaires, six che& de métiers et un notaire choisi par ces derniers et remplissant les fonctions de secrétaire, se réunissaient sous la présidence du viguier. Ils juraient sur 1 Evangile deneconsulter dans leur choix que Tamour du bien public ; de n'être guidés ni par 1 auiltié, ni par la haine, ni par la crainte , ni par Tenvie, ni par aucun sen*

timent passionné; mais d'élire en leur amc et conscience les meilleurs et les plus utiles. Us nommaient ensuite dans chacun des six quartiers de la ville deux citoyens recommandables, duosprobos viras etdiscretos cwitatis {^icecomitaUs Massiliœ. Les douze citoyens ainsi élus se réunissaient surle-champ, et après avoir prête le même serment que ceux qui venaient de les élire, ils choisissaient à leur tour, et sans désemparer^ soixante et onze

' Le marc d*argent Talait environ 5a livres de uotre monnaie.

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