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laifl avaient envoyé a sa rencontre , comme marque d'honneur, JeanReynaud, Pierre de Servières, Guillaume Vivtfud et Barthélémy de Monteous. Le Pontife fut logé au monastère de S^-Yictor. Il s'embarqua après un court séjour, s'arrêta quelque temps à Savone, d'oiiil repartit bientôt après pour Marseille y parce que la peste disait sur cette côte des ravages afifreux. Benoît -xm ùl à Marseille un séjour de huit mob, et £at encore logé à Tabbaye de S^-Yictor. Ûa construisit dans le pori un pont de bois qui allait d'un quai a Tautre y pour faciliter au Pontife son passage du monastère dans la ville Les cardinaux des deujL partis, sortant enfin de leur Ion g assoupissement, appelèrent des prétentions des deux concurrents au futur concile quHls indiquèrent à Pise
Le chapitre de TEglise de Marseille s'assembla capitulairement ^ pour nommer once mandataires chargés de comparaître en son nom devant les cardinaux , et consentir k tout ce qui serait ordonné par le concile ^. Quoique ces mandataires
* Kuffî, t. Ut. Yi, ch. Yi.
* Bupaj f ouTT* cité.
' Le février 1409.
* Ces procureurs étaient : Paul de Sade, évèque de Marseille ; les évéques de Gap et de Sisteron; Gilles ^ élu évèque de Fréjus ^ Pierre, abbé de S^- Victor ; GaiUaame , TÎcaire gégénéral et officiai d'Arles ; Honoré Bonet, prieor de Salon ; Louis Guirand , ïoeteur ès lois ^ chanoine *de Téglise d'Aix ; Jean de Seilhon, licendé dans Vnn et dans Tantre droit; cl Antoine Genesi, chanoine de l'église de Marseille*
dussent tous aller à Pise , le chapitre donna a
chacun d'eux en particulier les mêmes pouvoirs qu'il donnait à tous en général , de manière qu^un seul suffisait pour remplir tout Tobjet de la procuration ^
Le concile de Pise commença le 25 mars 1 409, et dura quatre mois et quatre jours , pendant lesquels il se tint vingt-une sessions. Paul de Sade, évêque de Marseille , y officia. A la quinzième session * , rassemblée dcposa les deux Papes comme schismatiques, hérétiques, coupables de parjure, et déclara TEglise Romaine vacante. Les cardinaux mirent à leur place Pierre de Candie, qui prit le nom d'Alexandre v \
Pendant que PEurope avait les yeun filés sur cette assemblée , Louis ii songeait à tenter encore le sort des armes dans le royaume de Naples. Ladislas s'était élevé à un degré de puissance oii il paraissait n'avoir plus rien k redouter. Mais tant de grandeur et d'ambition avait réveillé la jalousie et les craintes des puissances d'Italie les plus exposées aux armes de ce Prince. Elles
s'uLdient liguccs entre elles pour opposer une barrière aux conquêtes de Ladislas. Louis envoya
' Hist. des Ëvéques de Mar&éiile^ t. ii. Ut. xit. ' Elle se tint le S du mois de juin.
^ Dapuy^ ouvr. cité. — Actes du Concile de Pise, dans la collection du P. Hardouin, t. vm.
476 HISTOIRE des ambassadeurs à^ccs républiques confédérées, qui firent avec lui un traité d'alliance , par lequel elles s'obligeaient k lui fournir des troupes et à agir contre ^'ennemi commun.
Louis arriva a Marseille au commencement d'avril 1409. La ville se plaignait alors d'une grave atteinte portée à ses privilèges. Baptiste de Turriche^ consul de Provence k Gènes ^ prétendait exercer cette charge aussi bien sur les Marseillais que sur les Provençaux, et empêcher ainsi que Gaspard de Marini, gentilhomme ^cnois et consul de Marseille, n'en remplit les fonctions. Le conseil municipal demanda à Louis le redressement de ce grief, et ce Prince, par lettres patentes données à l'abbaye Saint-Victor^ ou il logeait, a la date du 5 juin 1409, confirma ' l'article des chapitres de paix qui donnait aux Marseillais le droit de nommer directement des consuls en pays étranger Peu après , Louis s^embarqua avec cinq galères, et prit la roule d^talie. 11 reçut d'Alexandre v Tinvestiture du royaume de Naples, Pétendard de l'Eglise et la charge de grand gonf iluiiicr des Etats Romains. Soutenu des chefs de la ligue italienne, il reprit, dans la Toscane , plusieurs places occupées par Ladislas , et retourna à Marseille pour lever en Provence des troupes et de l'argent ^
• Rulïi , tom. i, Hv. VI, ch. tu.
*Sar la iiu de 1409.
Dans moins de neuf mois il fut en état d'aller
continuer la guerre , et repartit de Marseille avec sept galères, un grand nombre de bàtimens de transport et huit mille soldats. Attaqué le 6 mai 1410 par une escadre de quinze vaisseaux napolitains, il per£t six galères, dont une coulée à fond. La septième, sur laquelle il était, se sauva comme par miracle. Il se rendit à Bologne auprès du nouveau pape Jean xxm, successeur d'Alexandre V, conféra avec lui et les députés des Floren* tins, ses alliés, sur les moyens d'abattre Ladislas, et revint k Marseille pour réparer ses pertes.
Au mois d'aoÙL de la même anncc , il se remit en mer avec treize galères, arriva heureusement en Italie, marcha contré Ladislas et le vainquit dans une grande bataille, le 19 mai 141 1 ^ mais il ne sut pas mieux conserver ses avantages que dans sa première campagne, et retourna k Marseille % abandonnant a la vengeance de son compétiteur les seigneurs qui s'étaient, déclarés pour lui. Les uns furent punis du dernier supplice , les autres dépouillés de leurs biens et obliges de se réfugier en Provence : tels furent Ermengaud de Sabran et Nicolas Riiffo
Louis II séjourna quelque temps k Marseille, ou Yolande, sa femme, le vint trouver. Les deux
* Dans le courant du mois d'août t/^it.
■ Papon, t. m, iiv. vm.
47d UISXOIRE
t poux parlirenl ensuite pour la cour de France, et les Marseillais leur fournirent une garde d'honneur de cinquante arbalétriers , armés et entretenus aux dépens de la ville pendant deux mois : cette dépense s'éleva a 1 ,250 florins d'or. Les Marseillais fournirent encore à leur souverain une somme de 1 ,000 livres, sur la demande qu'il leur en fit, à son arrivée à Lyon, dans une lettre ainsi
conçue :
(( Très - chers et bien amés , nous avons reçu « lettres h Lyon , sur le Rhône , de nos gens qui <( sont k Rome, lesquels nous y laissâmes ^ à notre « partement, en otage pour aucune somme d'iar- « gent que nous empruntâmes d aucuns mar- « chands k notre partement, et pour ce que nous « désirons nous acquitter avec lesdits marchands, « ainsi que raison est, laquelle somme de mille (( francs nous vous prions tant ckèrement et de c uer « que nous pouvons, que veuilles bailler à notre «bien amé maître d'hôtel, Pierre de Bournay, « le plus prétement que vous pourrez, afin qu'il (t envoie ainsi que lui avons ordonné ; et en ce , « nous fairés très grand et singulier plaisir ; et <( vous remercions^ des secours et aides que tou* (( jours vous nous faites , et au plaisir de Dieu « nous vous les reconnaîtrons en telle manière (( que en serez contens. Très chers et bien amés, «le Saint-Esprit vous ait en sa sainte garde. % « Ecrit k Lyon sur le Khone le 16" jour de dc- « cembre 1411* »
Le Roi-comte ne revit plus la Provence. Il séjourna à Angers, capitale de son dnché d'Anjou, pour se défendre de rattaque des Anglais y ce qui ne rempêcha pas de faire valoir par les négocia-^ tions les droits d'Yolande sur les terres aragonaises« Pierre vr, dit le Cérémonieux , roi d'Aragon ) étant mort le 5 janvier 1 387 , avait été remplacé sur le trône par son fils Jean V', Jean avait eu pour successeur son frère Martin , qui mourut sans postérité. Sa succession était immense ; elle comprenait les royaumes d'Aragon et de Valence , les comtés de Barcelonne , de Roussilloa et de Cerdagne , la Sicile , la Corse , la Sardaigne et les îles Baléares. Un grand nombre de concurrents se prcscntèrent pour la recueillir ^ Malgré Tappui de la France, le comte de Provence 9 qui était au premier rang, ne réussit point auprès des Etats d'Aragon, juge de ces prétentions diverses. Des neuf commissaires devant lesquels la cause avait été portée , six se prononcèrent pour Ferdinand de Castille.
Louis II expira à Angers le 29 avril 1417, laissant, entre autres enfants , trois fils , Louis m, Rcnc-le-Bon et Charles du Maine , et une fille ,
■ liOUts pounnivait ces droite, du chef de sa femme, filte du roi Jean. Ferdinand, infant de Castille, les ponrsnÎTait du
rhef de sa mère Eléonorc , fille de Pierre iv. Ai{»h(>nso , duc de Candie , les poursuivait du chef de Jacques ii> roi d'Aragon y comme plus proche agnat.
Marie , épouse de Charles vu , roi de France. Il institua pour héritier Louis m y àgc de quatorze ans; il déclara la reine Yolande tutrice de ce jeune prince et régente de ses Etats.
Ladislaa était mert à Naples ' sans enfants légitimes, quoiqu'il eu t été marié trois fois . Jeanne Uy ou Jeannelle sa sœur, âgée pour lors de quarante-
<|ualic ans, lui succcda, Kllc était veuve de Guillaume^ducd'Autriche.Sans intelligence dans les affaires , elle fut le jouet de ses propres passions et de celles des autres* Elle blessa dans ses ^galanteries toutes les règles de la pudeur , et ses faveurs ) qu^elle accorda sans choix comme sans goût, la rendirent Tobjet du mépris public Four affermir dans ses mains un sceptre ébranlé par les agitations du palais, Jeanne u songea à adopter le comte deRichcmont, frère de Henri t, roi d'Angleterre. Les Anglais , qui venaient de gagner sur la France la bataille d Aziacourt, visaient à la monarchie européenne. Dans ces circonstances, le pape Martin v, successeur de Jean xxm , se prononça pour le plus £Eiible contre le plusfort, et appela en Italie le comte Je Provence, à qui plusieurs barons napolitains écrivirent aussi pour rinvîler a passer les monts, lui offrant de se ranger sous leurs enseignes avec leurs vassaux.
* Le G août 14 14-
* Bouche y Essai sur THistoire de Provence ^ 1. 1.
La Reine de Naples ne Irouvaut point le comte de Aichemont fkvorable à ses vues, et ne voulant pas du comte de Provence, adopta Alphonse y, roi d*Aragon.
Le comte dcProvcucc cLlemonarque aragonais recommencèrent sur le sol italien cette lutte mémorable qui fut toujours fatale aux armes provençales. Louis eut encorie recours à la ville de Marseille qui lui prodigua ses trésors. Des vaisseaux marseillais prirent deux galères d'Âlphonse et les emmenèrent dans le port
Les affaires de Louis m déclinaient, lorsqu'un événement imprévu changea subitement la face des choses. Jeanne , indignée du ton de maître que prenait le roi d'Âragon , révoqua son acte d^adoption etchoisit pour fils adoptif le comte deProvence. Sur ces entre&ites, Alphonse , rappelé dans ses Etats héréditaires par les craintes que lui donnait le roi de Castille, quitta le royaimie de Naples dont il laissa le commandement k Tinfant don Pierre, sou frère. 11 mit à la voile avec dix-huit galères, le 15 octobre 1423, pour passer en Catalogne.
La perte des deux galères dont les Marseillais s'étaient emparés Pavait vivement irrité, et il résolut de venger cette injure d'une manière éclatante et digne de lui. Sachant que la fortune
^^ HistaïKE
sourit à raudace<iui Lien sou vent est toutlesccrel du génie de la goerre, il conçut le projet de surprendre Marseille. Cette ville étaH épuisée par les secours abondants qu'elle avait fournis à Louis m. Elle était dégarnie d'armes, de soldats et de vaisseaux. Un grand nombre de ses gentilshommes coinbatuient en ItaUc sous les enseignes
provençales.
Marseille était entourée de fortes muraUles du coté de la terre, et on ne pouvait l'emporter d'emblée qu'en Élisant une descente sur les quais; entreprise difBcile à exécuter, parce qu'il fallait se rendre maître du port, dontl'enlrée très éUoite était défendue par deux tours fortifiées, Mties sur l'un et l'autre bord. Celle qm était du côté de la ville s'appelait S'- Jean, et l'autre S'-Nicolas. L'embouchure du port était de plus fermée par
une grosse chaîne.
On connaissait depuis long-temps la poudre à canon mais les armes à feu étaient rarement
■ • L'invention de la poudre a fausiement été attribuée aa moine Bcrthold Schawartz, né àFribourgpeu avant la moitié da l4* siècle, Hoger Bacon, qui mourut à Oxford en 1292, filt le premier qui y en parlant des effets que le salpêtre enfermé pouVaitprodmre, indique d'une manière précise les ûigrédients de la poudre à canon, dont il pressentait la puissance. — A usbius , Fa/iarum Obsen'ationum ; de origine et progteuu Pulx is Bellici, apudEumpeos.-^idXoîVX^ Dissert, de inventicne Pulvis Pyrii et Bombardœ,
DE MAKSKILLK. 483
employées dans les combats , et lorsque les VënitienSy en 1380, en iireut usage contrôles Génois an siège de Cliioggia, toute TUalie s^en plaignit comme d'une infraclioii manifeste aux lois de la guerre. Il paraît qu'au commencement du 15*^ siècle l'artillerie était encore peu connue à Marseille qui ne Tavait pas appliquée à sou système de fortification. Alphonse eh avait quelques pièces sur $a flotte , et c'est ce qui faisait son espérance et sa force.
Ce Prince, arrive devant Marseille le 23 novembre 1423 y réunit ses principaux officiers ^ et leur parla a peu près ainsi : « Après tant de fay « tigues et de périls , les destins favorables vous ce offrent une noble récompense. 11 ne tient qu'à « vous de la recevoir. En détruisant Marseille^ « vous porterez un rude coup à nos ennemis qui' ii depuis si long-temps trouvent tant de ressource ces et puisent tant de forces dans le dévouement (( de celte opulente cité. Ses habitants affaiblis, «habitués à des travaux pacifiques, sont inha- « biles aux combats î et ils osent vous résister! « et ils irritent votre courage ! Allez, intrépides « guerriers , dignes soutiens de ma juste cause,, c( allez punir leur audace et venger vos injures. u Un riche butin vous attend. Ne Irioin pliez pas (( à demi. Portez sur votre passage et le fer et le «feu. Point de pitié, point de pardon dansées u jours de victoire. Seulement ne profanez point
484 UISTOIK£
u les clioscà saillies cl respectez les lemplesJu u Seigneur. Ainsi tous donnerez une illustration u nouvelle au nom aragonais, et voire gloire, « glaçant de terreur Tame orgueilleuse de Louis, « comblera d^une longue joie noire patrie recon- « naissante »
Ces paroles enflamment tous les capitaines qni communiquent leur enthousiasme à Tarmée.Les soldats, impatients de s'élancer sur les rÎTsiges marseillais} entonnent des chants de guerre, et le roi d'Aragon fait ses préparatifs pour lesuccis de 1 attaque.
Le danger devient pressant. La ville, oii régnent lu confusion et Tefifroi, présente le plus désolant spectacle* Tout le peuple est en mouvement. Les Ilots tumultueux de la foule agltce se pressent dans les rues, sur les quais et les places publiques. On s'interroge avec perplexité. Les vieillards, les femmes et les enfants se précipitent dans les églises, s'y tiennent prosternes , joignent leur voix tremblante à celle des prêtres qui supplient Dieu de jeter sur Marseille des regards de compassion et de détourner d^ellele malheur qui la menace. Les moines de S^-Victor font entrer des munitions et des vivres clans leur ahhaye, véritable forteresse a Tabri d'un coup de main* Ils s'y retranchent et se préparent a soutenir le
• Gaufridy, liv. vij. — Rufîû, 1. 1, liv. vi, ch. viii.
siège. Les magistrats , de leur coté , organisent U la hâte quelques moyens de défense* lis distribuent le peu d'armes qui restent, renforcent les garnisons des tours S^-Nicolas et S^-Jean, ^t font coulrr bas a rembouchurc du port, pour mieux la fermer ^ un gros vaisseau appartenant à Jean de Forbin.
La nuit arrive et le désordre augmente. Qui pourrait peindre l'horreur de celte cpouvantablr. nuit? Diaprés l'avis du comte de Cardonc, commandant des galères aragonaises, Alphonse croit que le moment d'attaquer est propice, et il en donne le signal. Tous les efforts des Aragonais furent d'abord dirigés contre la tour SWean, et le combat fut très vif. La garnison marseillaise* opposa une résistance égale à la vivacité de l'attaque. Deux fois les assiégeants mirent le feu a la porte j deux fois il fut éteint par les assiégés qui furent heureusement secondés par une pluie abondante. A la troisième fois, les flammes triomphèrent de tous les obstacles; et la garnison se voyant dans un péril extrême, oiirith Tcnncmi de suspendre les hostilités et de se rendre si la ville était prise. Alphonse accepta ces conditions, et ordonna a Jean Gorveri, un de ses plus habiles capil^înes, de diriger une troupe délite chargée de rompre la chaîne. Cette troupe se mit a l'ouvrage avec un rare sang froid, tandis que du haut de la tour S'-Nicolas et des rem«
paris on fit pleuvoir sur elle une grêle de traits
et de grosses pierres. Les Aragonais se virent aussi attaqués par une multitude de bateaux; mais ils ne se découragèrent pas, leur artillerie fit plusieurs décharges ; ils délogèrent les Marseillais qui liraient sur eux du haut de la tour et des murailles, et repoussèrent les bateaux qui s'étaient avancés en désordre.
On vint rapporter k Alphonse qu'il y avait dam le port, du côté de S^- Victor , un gros briganlin abandonné dont il serait facile de s emparer par terre y en passant au-dessous de cette abbaye. roi d'Aragon profita de cet avis, et dès ce moment la victoire ne lui parut plus douteuse. Les Aragonais débarquent du coté de la Réserve , prennent le brigantin, tombent a Timproviste sur deux galères négligemment gardées, dont ils s^emparenty mettent en fuite les Marseillais qui combattent près de la chaîne, et cette chaîne est aussitôt brisée.
Alphonse , maître du port, délibéra s'il débarquerait dans la même nuit ses troupes sur le quai, ou s'il était plus prudent d'attendre le lendemain. 11 se décida à poursuivre sans délai ses avantages , ne voulant pas donner aux habi* tants épouvantés le temps de se reconnaître et de se fortifier. 11 ordonna donc le débarquement, et les Marseillais accoururent pour s'y opposer. Vains efforts ! £n un instant le ^uai se couvre
d^Aragonaîs et l'on se bat avec fureur. Le car-» nage devient horrible* Au bruit des armes se joignent des clameurs confuses, des acceiiLsd'im- •précatioD, et de lamentables gémissements. L'obscurité de la nuit augmente l'horreur de la mêlce# Les coups tombent indistinctement sur les amis et sur les ennemis. Les uns et les autres entrent pêle-méle dans la ville ^ tandis que les habitants qui éont restés chez eux font Toler du haut des fenêtres les pierres , les pièces de bois et tous les meubles qui leur tombent sous la main, et écrasent ou blessent ainsi les vainqueurs et les vain* eus* Alors les Aragonais mettent le feu à quelques maboos voisines du port. La ilamme, poussée par le vent, fait des progrès rapides , et quatre cents maisons embrasées répandent au loin^ avec des louibîUons épais de fumée , une lueur immense et affreuse '.
Les Marseillais qui furent épargnés par le fer ennemi et rincendie, cherchèrent leur salut dans une prompte fuite ^ et Alphonse qui avait promis le pillage kses soldats, ne retira pas sa promesse.
■ U 7 eut , Cëtar Nostradamus , prés de 400 midsons
brûlées si oultra^euscraent , qu'on voyait tomber de grands quartiers de murailles avec des éclats horribles et merveilleux, medez parmi les cris et les hurlements des femmes eschevellées et des eabm esperduz ; les ungs tombaieat morts d'ëpouvantementy sans coups , les ungs sur les aultres. Ubt. de Provence, 5*" partie, p. 570.
Fendant trois jours ^ la brutalité des Âragonais ne connut aucune borne. Avides de butin, brillants de vengeance et de lubricité, ils se souillèrent de tous les for&its qui épouTantent l'imagination. Cependant tout ce qui s^ëtait réfugie dans les églises fut épargné, et le sentiment religieux tempéra ainsi la barbarie de ces vainqueurs sonrds à la voix de tout autre sentiment. Il n'y eut que le monastère de S'-Yictor qui ne tomba point en leur pouvoir, par la vigoureuse résistance des moines.
Les Aragonais, associant toujours la dévotion à leurs entreprises, accoururent en foule an couvent des Frères Mineurs pour s'emparer des restes mortels de saint Louis, évêque de Toulouse. Leurs rccbcrches étant infructueuses, ils assouvirent leur fureur sur le couvent qu'ils ruinèrent de fond en comble Us trouvèrent enfin la châsse du Saint dans une maison particulière où on Pavait cachée. A cette vue, ils poussent des cris de joie : Saint Louis! Saint Louis! Et ils se prosternent devant ces reliques vénérées qu'ils regardent comme la plus glorieuse de leurs dépouilles et le plus bel ornement de leur triomphe ; et leurs chants religieux se mêlent au bruit de leurs fanfares guerrières j et ils promènent avec pompe cette proie qui efiacc à leurs yeux
' Il fut plus tard rebâti.
DE MAliSEiLLil. 4S9
toutes les richesses de la terre, parce qirellepeut
leur donner tons les trésors du Ciel.
La nouvelle de la prise de Marseille ne tarda pas de se répandre dans les Communes environnantes ; partout le tocsin sonna, et toute la population du territoire s'avança en armes. Les babitants de Guges , qui avaient des liaisons intimes avec les Marseillais, se levèrent en masse et marchèrent les premiers. Âix fit partir un corps d^armëe * sous le commandement de Louis de Bouliers, vicomte de Reillane % et les Marseillais fugitife se joignirent à ces troupes auxiliaires pour délivrer la patrie.
Alphonse , se trouvant dans l'impossibilité de résister a de si grandes forces, et satisfait d'ailleurs d^avoir atteint le but de son expédilioui se disposa à remettre à la voile. Il lit porter dans la galère quHl montait le corps de saint Louis. 11 enleva aussi la chaîne du port et les archives de THotel de Ville , et partit de Marseille le 26 novembre au matin ^.
Cependant la populace du territoire qui marchait au secours de Marseille , entra quelques
« Pitton, Uist. d*AiX} liv. lUy ch. vm.
* Il deirint vigmer de Marseille en i43o, i435 et 1439. La ▼iOe lai donna aoo florins et une galère appelée gobina.
^ Alphonse déposa à Valence les reUifues de saint Louis» la chaîne et les archives, qui> dit-ooi y sont encore aujourd'hui.
490 fti6T0IA£
heures après dans cette ville iofortunéc , et trou* vant tout cm confusian, méconnut la voix de ses
chefs , se livra à tous les excès et enleva ce qui avait échappé à l'avidité des Âragonais. Ce qu'il y eut de plus aifrcux , c^est que quelques Marseillab in^gnes, s'élant noirci le visage pour ne pas cUc reconnus, se mclci en i parmi les pillards. Us furent appelés Mascarats^ et nom, devenu une marque de flétrissure, servit pendant longtemps à désigner tous les ennemis du bien public , tous ceux que poursuivait la haine populaire.
Le calme régna enfin dans la ville, et lèpre*mier soin des Marseillais £ut de ^ mettre en état de défense. Ils réparèrent les murailles d'après l'art des fortifications^ qui était encore dans l*enfiince. Laugier , évêque de Oap , eut la noMe générosité de leur envoyer des armes, lis en achetèrent aussi à Gènes ^ et se procurèrent quelques pièces d artillerie. Il y avait alors deux sortes de canons ; les uns étaient appelés Aoinbarda grossa, et les autres bombarda paiva : au lieu de houlets on y mettait des pierres. Les Marseillais députèrent au Pape un gentilhomme et un notaire pour lui peindre leur situation déplorable, le prier d'établir dans leur ville une Université ou l'on enseignât la théologie , h médecine , le droit civil et le droit canon ; le supplier encore de se servir de son influence
DE MAk6£iLL£. 491
pour leur faire restituer les reliques de S' Louis, et de forcer le clergé régulier et séculier à tra* vailler aux fortifications^ comme les autres citoyens y et à se soumettre à toutes les cliarges
publiques
Le Roi ) le comte du Maine son firère et la Heine mère , firent tous leurs efforts pour porter un remède efficace aux maux cruels de Marseille. La Reine qui^ en Pabsence de son fils, gouvernait la Provence avec de pleins pouvoirs, or* donna à tous les Marseillais qui avaient quitté la ville depuis la catastrophe, d'y rentrer sous peine de confiscation de Uens. £lle prolongea de trois ans Pexigibilité de toutes les dettes contractées par la commune et les particuliers^ et suspendit pendant le même espace de temps le cours des intérêts. Elle affranchit de tout droit les pièces de bois c[ui descendaient le Rh&ne et étaient destinées à la reconstruction des maisons détruites. Les Mnscarais furent amnistiés , à la demande des syndics, qui désiraient sagement éteindre tous les éléments de discorde et jeter sur le passé le voile de Toubli»
Le malheur retrempa le caractère marseillais et lui donna une énergie guerrière. Toutes les classes de citoyens rivalisèrent d^un noble sèle, et du milieu des ruines s'éleva une cité plus belle,
' Nous ne connaissons pas le résultat de cette ambassade.
plus forte , plus florissante que ne ravaîL jamais été la ville saecagée. Heureux effet du patriolisme, toujours fécond en grandes choses! Marseille eut bientôt une marine considérable qui devint la terreur des Catalans et des Aragouab. Une galère marseillaise s'empara un vaisseau catalan qui était dans le port d'Aigues-Mortes, et les oificiers du roi de France , regardant cet exploit comme une insulte, voulurent user de représailles contre les Marseillais, et expédièrent des lettres de marque pour courir sus h leurs vabseaux* Les Marseillais donnèrentà Charles vu des explications qui lui parurent si satisfaisantes qu'il défendit a ses officiers du Languedoc de ne rien fiiire qui portât préjudice à Marseille.
La marine marseillaise causa tant d'alarmes aux Catalans y et leur fit des prises si considérables, qu'ils rassemblèrent toutes leurs forces navales pour venir surprendre la ville. Mais cette fois elle était sur ses gardes. Le vicomte de Reillane, alors gouverneur du comté de Provence, accourut enseignes dféployées, et arriva assez à temps pour la secourir. Jaume Gras, gentit liomiîic d'Orange, amena quelques renforts , et Georgin de Grimaud s'avança avec cinquante hommes d'armes d'Anlibes Toutes les mesures furent prises pour repousser les ennemis , qui
* BfofiUradaïaiis, 5^ partie, p. 570.
D£ MARSEILLE. m
pouiUnt ne se découragèrent point. Un marin marsèillab , dont le nom ne lïous a pas été conservé, montra un beau courage et un glorieux dévouement. U s'offrit pour aller incendier la Hotte catalane. Sa proposition ayant été acceptée , cet intrépide citoyen monta sur on esquif avec quelques hommes résolus, cl s'éianca au milieu des ennemis itonnés. Mais le succès ne couronna pas son audace. II ne fit aucun mal aux ennemis, faillit périr au milieu des flammes , et ne se sauva qu^a grand'peine.
Les Catalans , reconnaissant Timpossibilité de prendre la ville d'assaut , ne songèrent plus qn'k ravager le territoire , et les deux peuples, après s'être fait beaucoup de mal dans plusieurs rencontres, sentirent la néccssllé de suspendre les hostilités. Le vicomte de Reillane et les che£s de l'armée catalane eurent une conférence dans le monastère de S^Victor, à la suite de laquelle une trêve dequaUc années fui signée. Ce traité, qui est a la date du 5 juin 1431 , fut lu et publié par Nicolas de Gastîllon , secrétaire du Roi , sur la colline du Fharo , au pied de laquelle était la flotte catalane. Les parties contractantes en jurèrent l'observation sur l'Evangile , et le vicomte de Reillane s^engagea à le faire ratifier , dans huit mois , par Louis m
' Ruffî, t. I, liv. VI, ch. IX.
m UISTOiRE
Ce Prince était toujours dans le royaume èc
Naples, ou il faisait aux Aragonais une guerre qui aurait pu aToir une heureuse issue, sHl ne se fut brouillé avec le grand sénécUal Caraccioli^ amant de la Reine. Ce courtisan, avide et implacable, commença de favoriser sous main le roi d'Aragon et de le presser de rerenir à Naples* Garacciûli fut assassiné au milieu des (êtes célébrées pour le mariage de son fils. Mais cet événement tragique ne eliangea pas la direction des choses. La condition de Louis ni n'en devint pas meilleure, et Alphonse rentra dans les Etats Napolitains avec des forces capables de relever les espéranees de ses partisans. Sur ces entrefaites, le comte de Provence, depuis long*temps affaibli par la fatigue et les chaleurs excessives, mourut danslaCalabre âgé de vingt-huit ans, sans laisser de postérité , et après avoir institué héritier René d^Anjou, son frère. Jeanne ii approuva ce choix. ' René naquit à Angers le 15 janvier 1408^ et eut pour apanage le comté de Guise. Doue du plus heureux naturel , il s'attira, dès sa plus tendre enfance, Taffcctiou du cardiuîil Louis Je I»ar, cvè-
que «le Verdun, son grand-oncle maternel, qui
lui céda le ducLc dont il portait le nom % et qu'il tenait de son frère Ëdou^d m , ti|é à la ba-
• Cette cession fut faîte le i3 août 1419.
taille d'Âzincourt. Lorsque liené eut atteint s» douzième année^ le cardinal lui fit donner la^ main d'Isabelle, iille aînée de Charles ii , duc de Lorraine ; admirable Princesse, femme forte, que la nature avait comblée de ses dons les plus précieux, et qui était bien fiiite, comme son noble époux, pour commander aux hommes. Elle unissait unmàle courage à une raison supérieure, et une éloquence persuasive à de grands talents politiques. Cette union, quoique précoce, donna promptcment des fruits, car dès raiinée 1424 René était père de Jean, qui devint célèbre sous le nom du duc de Galabre.
Alors la France désolée était en proie aux plus affreuses calamités. La plupart de ses provinces gémissaient sous le joug des Anglais unis au duc de Bourgogne, et Charles vn, chassé de Paris livré à rinsoience du léopard britannique, n'avait presque plus dWle au sein de son royaume. Des raisons politiques forcèrent pendant quelque temps René il suivre le parti des Bourguignons. Libre ensuite de suivre ses affections, il se dévoua franchement k la cause française, et combattant aTcc courage & côté de Jeanne d'Arc, de Dunois et de Lahire, il partagea leurs périls et leur gloire. .
Le duc de Lorraine mourut sans enfans niales et Antoine de y audemont , son neveu, préten-
dant avoir des dfoits sur cette province , prit les armes, iit alliance avec Pliilippe le Bon^ duc de Bourgogne , et attaqua à Bugueville René , qui fut battu et fait prisonnier.
Ce fut dans sa prison qu^un gentilhomme provençal lui apprit la nouvelle du trépas de son frère. Bientôt les députés du conseil de Naples vinrent lui annoncer la mort de Jeanne et Tadoption faite par elle du jeune prince captif k la place du feu Comte. Tiené donna aussitôt la régence de ses nouveaux Etats k Isabelle son épouse, . qui partit de Nancy et se dirigea vers la Provence avec Louis, marquis de Pont-k-Mousson , son second fils, et Marguerite sa fille cadette. Arrivée aÂix, oii elle fut reçueavec des transports de joie, elle convoqua les états généraux et jura de maintenir à jamais les privilèges de la Provence. Sou premier soin fut de s^assurer des dispositions de ses alliés. Le royaume de Naples était toujours déchiré par deux partis principaux : les Provençaux ' et les Aragonais. 11 y avait en outre uu tiers parti qui voulait , par Pextinction de la postérité de Charles i", le retour pur et simple au Saint-Siège. Isabelle envoya vers Philippe Viscoati, duc de Milan, ISicolaï, archevêque d'Aix^ le vicomte de Reillane , Vidal de Cabanis et Charles -^^e Castillon.
• Ou Angevins.
Deux parlis, formés par un schisme religieux,
Irûublaieiil aussi Marseille. L'cvcquc André de Botaric Tenait de mourir % et le pape Eugène iv s'était réservé la nomination de son successeur. Cependant le chapitre, invoquant un décret du concile de Baie, avait élu Louis de Glandevès. Eugène regarda cette nomination comme un attentat et conféra révêché de Marseille a Barthélémy de Raccoli, général des Carmes. Glandevès fut placé sur le siège épîscopal avec les formalités ordinaires % et le Pape irrité nomma l'évêque d^Aire pour mettre Raccoli en possession. Glandevès, loin de consentir k abandonner son siège , fit rendre par ses officiaux une sentence d'excommunication contre les partisans de son compétiteur, et Pévêque d'Aire prononça de son côté un interdît général sur toutes les églises de la ville de Marseille et de son territoire ^. Cet interdit fut exactement observé à la Major et dans les autres églises, excepté dans
1 Guillaume Sudre , dont nous avons parle , mourut en i '367 y et Philippe de Cabassole lui succéda. Celui-ci eut pour successeur, en 1378, Guillaume de la Voûte ^ qui lut remplacé , en 1378 y par Aymar de la Voûte , lequel le fut par Gnillamne Letort en 1S99. Sade mont^ sur le siège
épiscopal en i4o/|. André de Botaric y moiUa en et mourut la même année.
* Le i5 février 1434.
3 En mars i435.
49S HISTOIRE celle de MoUc-Dame-des-Accoules et dans celle du monastère de SainUSauveur , dont Tabbesse était Gardetle V ivaud Partout ailleurs les prêtres interrompirent le service des autels, refusèrent les sacrements et la sépulture religieuse. Le Conseil de yille envoya des députés yers la Régente qui était toujours à Aix. Isabelle ordonna que Pinterdit serait levé ; mais le clergé ne voulut pas obéir à cet ordre. La confusion et le scandale furent alors k leur comble. Le peuple murmura hautement , et la Princesse fit aussitôt partir pour Marseille Jourdan de Brice , Robert de Stare et Jean Martini, ses conseillers, avec mission de prouver, par des raisons fondées sur le droit, que l'interdit n'était pas obligatoire.
Les trois commissaires , arrivés k Marseille , convoquèrent, dans Téglise des Frères Mineurs, le clergé séculier et régulier, et plusieurs citoyens notables. Le lieutenant duviguier défendit d'interrompre les discours de ceux qui allaient examiner la question de savoir si Tinterdit devait être observé. Mais on ne donna pas aux commissaires le temps de parler. Un ecclésiastique déclara que le seul moyen de rétablir la concorde
* Les prêtres qvà desservaient Téglise des Accoules étaient amovibles et payés par l'abbaye de Saint-Sauveur; ils ëtaîenl quelquefois les fermiers des Aecoules , c*est-à-dire qu'ils affermaient pour une certaine somme les revenus de cette égUsfy qui ne consistaient que dans le casuel.
était de recevoir Barthélémy de Raccoli* Â ces mots plusieurs personnes se lèvent brusquement^ sortent de Téglise en jetant de grands cris^ ameutent le peuple, courent. à rkôtci du viguier^ où ils prennent des armes et enlèvent les enseignes royales; ils Tont ensuite au palais épiscopal, en brisent les portes et chassent violemment les domestiques de Glandevès. De Ik ils se rendent à Téglise des Âccoules et à celle de Tabbaye Saint- Sauveur^ y commettent de coupables excès , et maltraitent les prêtres qui ne veulent pas se soumettre à Tinterdit. Enfin , ils assiègent la maison du juge Nicolas d'Arène ^ partisan de Glandevès , y entrent de vive force et la livrent au pillage.
Quelques jours après , un pâtissier, nommé Guillaume, qui avait joué un rôle actif dans cette sédition ^ craignit d'être arrêté et se réfu» gia dans l'église des Augustins. Le peuple s'assembla encore en tumulte, et menaça de s^insurger si Guillaume était conduit en prison. L'effet suivit bientôt cette menace; Tautorité du viguier et des autres officiers royaux fut méconnue. Plusieurs séditieux armèrent une barque et allèrent prendre à Avignon Barthélémy de Raccoli. Ils le ramenèrent en triomphe, le firent entrer dans la Cathédrale, et le portèrent ensuite à TEvêché, oii ils lui rendirent de grands hon« neurs et lui promirent obéissance.
Les syndics de Marseille, craignant pour leurs concitoyens les conséquences de cette révolte , curent recours k la clémence de la Régente , et la supplièrent de publier une amnistie générale. Isabelle accueillit cette prière, et fit expédiera ce sujet par Jourdan de Bricc des lettres patentes contenant en substance que les Marseillais n'ont jamais eu l'intention de manquer à la ndélité qu41s doivent au souverain, et qu'il ne faut pas oublier leurs services. ly ailleurs^ ajoute la Princesse , il n*est pas dé vertu qui nous con- {tienne mieux que la miséricorde* p^oulons en conséquence que le soutenir de tous les crimes qui peuvent avoir été commis en cette occasion soit aboli
La Régente n'exigea pas qu'on renvoyât Barthélémy de Raccoli , qui continua d'être reconnu évéque de Marseille. Louis de Glandevès était à Baie et faisait valoir ses droits auprès de ce concile \
• Actes du Concile de Pisc, dans la collection du P. Ilardouiu tom. viii.— -Denys de Sainte-Marthe, Gallia Christiana^ t. 3, coL xaa5. — Archives de TEgiise Cathédrale de Marseille. — Hist. des Eyétpics de Marseille , t. m, Ut. xiii.
* Le concile de Bàle reconnut Lonîs de Glandevès comme évequc de Marseille, mais ne put parvenir à le rétablir sur son siège. Raccoli mourut à Marseille en i445 , et fut enseveli dans la cathédrale. U avait fait un commentaire sur des matières théologî<pics et un volume de sermons : nous n'avons ni Ton ni l'autre de ces deux ouvrages. Après sa mort, Téglise de Marseille choisît pour évêque Louis de Glandevès ^ son coin-
Isabelle , impatiente de se nioiUrcr à Naples, n'allendit pas rarrivée de Tarchevéque d'AiiL et de ses autres ambassadeurs. Elle se rendit h Marseille, oîi des réjouissances publiques signalèrent son entrée. La flotte de cinq galères qu^elle y avait fait armer étant prête à mettre à la voile , la Reine partit de ce port au commencement de septembre 1436, et mouilla cn|vue de Fréjus. Au moment où elle s'en éloignait, les députés arrivant de Milan avec les nouvelles les plus satisfaisantes, débarquèrent a Marseille et repartirent sur-lc-champ pour Naples.
Par la généreuse intercession de la Cour de France el du Concile de Bàle, René obtint sa liberté. Après avoir donné ses premiers soins à la Lorraine , il alla dans rAnjou oii il conclut le mariage de Jean, son fils aîné, qui avait à peine treize ans, avec Marie de Bourbon, nièce du duc de Bourgogne. Tous les vœux appelaient en Provence le Comte (jui devait en être les délices. 11 se rendit k ces vœux empressés , et arriva à Arles le 7 décembre 14?>7, au milieu d'unt; affiuence extraordinaire de peuple, et entouré de fidèles chevaliers lorrains ou angevins dévoués à sa fortune. René se rendit ensuite k Aix
pétlteur , et le pape Eugène iv, qui avait à se défendre contre un auU f pape, Félix v, soutenu par le concile de Bàle, ne s'y opposa pas.
' Il V arriva le i3 décembre.
reçut les étals, et fut supplié d^accepter, au nom du comté, le dou gratuit de 100^000 florins Le 1 5 du même mois il partit pour Marseille où son entrée £ut un véritable triomphe. Une procession solennelle k laquelle assistaient de nombreux corps de musique et toutes les corporations avec leurs drapeaux déployés, parcourut la ville , au son de toutes les cloches et au bruit de l'artillerie. Le Prince logea à l'abbaye S^- Victor. S étant assis sur un trône magnifique qu'on lui avait préparé, il jura sur l'Evangile, suivant Tusage de ses prédécesseurs, et en pràencede Charles de Poitiers, gouverneur de Provence , d'observer religieusement les ciiapitrès de paix. Il fit ensuite approcher les syndics qui prêtèrent le serment de fidélité. Le peuple accourut en foule, en témoignant par de bruyantes acclamations ses sentiments d'amour et d'àlégresse. Il voulut prêter le même serment, et chacun, levant la main droite, rendit ainsi hommage à René.
René !... A ce nom chéri tous les coeurs provençaux s'attendrissent encore. Malheur à celui qui n'éprouverait pas ce sentiment délicieux, cette ravissante émotion ! Celui-là n'aimerait ni la vertu, ni la patrie, ni ses semblables. Aucun prince n'eut plus de titres que René à l'amour
* EnTÎron 900,000 livres de notre monnaie.
elau respect des hommes, et c'est en Provence €|ue Ton peot dire de lui avec une vérité rigoureuse :
Le tenl Roi dont le peuple ait gardé la mémoire.
Il n^a manqué k sa gloire que des écrivains
dignes de lui. Beau^ grand , bien fait, il était k la fleur de Tâge lorsquil vint à Marseille pour la première fois. La cicatrice d'une blessure au visage y reçue à la journée deBugueville, attes* tait honorablement sa valeur. Ses traits pleins de douceur y de noblesse et de grâce, avaient quelque chose de grave et de solennel qui rappelait ses malheurs et sa captivité. La renommée de ses vertus 1 avait pi éccdé dans cette cité florissante* On connaissait son caractère affable et chevaleresque , son ame aimante et sensible, son goût pour la poésie et les beaux arts. À sa vue, Pimagination si expansiv^ des Marseillais s'exalta jusqu'au délire* Toutes les alarmes furent dissipées, et le souvenir des maux publics fit place au consolant espoir du règne le plus fortuné. Par un pressentiment général , on se représenta alors ce jeune Prince tel qu'il devait être un jour : le modèle des souverains et Tidole du peuple.
René demeura plusieurs mois a Marseille. 11 ne
pouvait se montrer sans être presque étoull'é par la foule affamée de le voir et qui se précipitait
sur son passage. 11 accorda à la ville la franchise
604 H16T0iilE illimitée de son commerce. Une émeute éclata à Aix. Le peuple pilla les maisons juives et se livra aux plus graves excès. René n^apprit ces troubles qu avçc un profond chagrin , et transféra k Marseille le tribunal suprême. Il proclama ensuite une amnistie pleine et entière pour les habitants qui s'étaient laissés entraîner dans la sédition, et la tranquillité fut rétablie.
Tous les regarda de René étaient tournés vers le royaume de Naples où Isabelle , son épouse, Élisait tous ses efforts pour chasser les Âragonais des places dont ils s'étaient rendus niaîtres. Mais ce bon Prince n^avait point d'argent^ et les Marseillais ne pouvaient armer que cinq galères. Deux riches habitants d'Hyères, Clapiers, seigneur de Pierrefcu, et Fabri, lui prêtèrent quelques somiAés.
Il reçut a Marseille les ambassadeurs du pape Eugène iv et de Thomas de Campo-Frégozc , doge de la république de Gènes, qui s'étant déclare en faveur du roi Louis m, en 1420, avait repoussé une entreprise des Âragonais contre l'île de Corse* Le Pape et le Doge envoyaient féliciter René sur sa sortie de prison. Campo-Frégoze offrit à ce Prince des vaisseaux pour le transporter à Naples. René accepta avec reconnaissance Pofire amicale du chef de la république génoise , et crut alors pouvoir entreprendre la conquête des £tats Napolitains.
Campo-Frégozc lui envoya une Hotte de sept galères qui entra dans le port de Marseille y au mois travril 1437. René s'embarqua avecle duc de Galabre et toutes les troupes qu'il put rassembler, a la vue d'un peuple attendri qui lui prodiguait des témoignages touchants d'affection et de regret. La galère qui le portait était commandée par Jean de Bausset '.Peu de temps après son départ, le Conseil émiucntqui avait été transporté à Marseille, fut de nouveau établi à Aix.
Après avoir touché à Gênes, René se rendit k NapleSy et commença ses opérations militaires sous les plus heureux auspices. Il fit une entrée triomphante dans sa capitale superbe^ dans cette parthénope poétique qui, sous un ciel voluptueux, jouit avec indolence des trésors et des enchantements d'une nature toujout*s belle de grâce et dç fécondité. Les citadelles ennemies tombèrent devant ses armes. Son courage , ses talents et sa grandeur d'ame semblaient avoir irrévocablement fixé sous ses enseignes la victoire qui lui souriait. Vanité des choses humaines! Il était dit que René aurait sur le sol italien , si souvent arrosé du sang provençal, la même destinée que ses prédécesseurs. Les Aragonais surprirent Naples par le même canal souterrain dont
* Histoire de René tVAnjou pnr le vicoinlo F. L. tic Villeneuve Bargcmont^ t. j, liv. m.
â06 . HiâXOXE£
liéiisaire ^éuil servi, neuf siècles auparavant ^ dans h guerre contre les Goths. Alphonse -victoricux entra dans la cité consternée sur un char attelé de quatre ckeyauz blancs ; et le mallicurcux Kcné, trahi par (juclqucs seigneurs mécontents, triste jouet de Tinconstantefortunei abandonna la terre délicieuse de la Campanie oii les drapeaux d'Aragon flottaient de toutes parts. 11 débarqua k Marseille avec le duc Je Calabre et les débris de son armée
Combien fut profond 1 altcndrissemcnt du peuple Marseillais lorsqu'il vit cet excellent Prince dans une voiture d'emprunt, suivi d'un équipage délabré, offrant sur sa personne les traces d'un déplorable dénuement * î René, a peine arrivé dans cette ville, apprit la mortds la reine Yolande, sa mère ^. Celte perte cruelle mit le comble à son infortune ; mais sa constance fut inébranlable, et cette ame si grande et si forte ne se démentit pas un seul instant sous le poids de tant de maux.
René y après un court séjour en Provence qui jouissait d'une paix profonde , alla visiter ses Etats du Maine et d'Anjou oii les Anglais faisaient des progrès alarmants. Il se rendit ensuite
* Dans lès premiers jours de novembre x44>*
• Histoire du roi René, t. i , liv. m.
' Morte près de Saumur le j4 noTembre i442>
à la Cour |de France , et, chargé des pleins pou« voirs de Charles m , il conclut , sous la médiation du pape Jt^ugène iv , un traité de paix entre ce monarque et Henri yi, roi d'Angleterre. Ce fut pendant ces négociations qu'il traita du mariage de sa fille Marguerite avec le Prince Anglais, et cette union, retardée par quelques démêlés que René eut avec la ville de Metz , fut célébrée k jNancy en même temps que celles de Yolande, sa fille aînée, avec Ferry de Vaudemont, et de Charles du Maine, son fils puîné, avec Isabelle de Luxembourg. Charles vu y assista, et le duc Je SuHolck y vint au nom du roi d'Angleterre.
Tranquille au sein de sa famille adorée, René lit succéder aux jours orageux de l'ambition et de la guerre les jours sereins du bonheur domestique. Quoique sa résidence fût momentanément fixée dans TAnjou, riant théâtre des jeux dci son enfance, il ne négligea aucun moyen d^améliorer le sort de la Provence qui bénissait son sceptre paternel. La société avançait dans la civilisation ; les mœurs avaient changé ; de nouveaux besoins se faisaient sentir. Les coutumes de la chevalerie s^étaient éteintes en ne laissant dans les esprits plus graves et plus positifs que des traditions fugitives. René dont le noble cœur brûlait de l'enthousiasme chevaleresque, voulut ressusciter ces coutumes naïves qui alimentaient
naguère le feu sacré du patriotisme et de la gloire. Vrai modèle d'une galanterie exquise , il présida à des fêtes bri Hautes qu'ennoblissaient le culte de Tamour êt la pompe des beaux arts , il des amusements cuchauleurs qui, retraçant limage des combats , étaient si chers à la valeur française.
Ce Prince conçut Tidée d'un ordre religieux
et militaire qui , destiné à être le principe d'une émulation pure et féconde, le mobile des devoirs et le prix de riionneur, devait former les liens de cette fraternité d'armes si touchante qui jadis unissait Clisson et Duguesclin Les chevaliers portaient sur Thabit un croissant d'or émaillé) avec ces mots écrits en lettres bleues : loz en croissant, symbole de la renommée toujours croissante à laquelle ils aspiraient Leurs statuts étaient dictes par une morale épurée, et nuliie poussait estre reçu ^ ni porter le dict ordre y sinon que sa personne fut sans vilain cas de reproche. Us contractaient l'obligation de se porter mutuellement secours à la guerre, et.de <:oncourir au
* Cet ordre y institué le ii août 14^1^, fut suppriuié par une buUe du pape Paul 11, ennemi de Hené^ vers Tannée
Jacques de Pazzi, florentin, l'un des conjurés contre les Médicis pt)ur la liberté do sa pah io, fut décoré de cet ordre. 11 devint vignier de Marseille eu 14^99 i^^^ et i464-
* Loz vient du mot latin laus, louange.
paiement delà rançon que leurs tVcres d'armes prisonniers ne pourraient fournir.
LesClievalicrs du Croissant promcUaienl d être pieux ^ intrépides dans les combats, généreux après la victoire j de ne porter les anaes que pour leur patrie et leur souverain. Ils juraient par leur part du paradis et la rédemption de leur mie, de défendre V honneur des autres che-^ valiers^ de cacher hurs fautes, vergogne^ ou déshonneur^ et de les en avertir; de pardonner aux bons avis; de soutenir le droit des paui^res femmes j vewes et orphelins; d^ avoir toujours pitié et compassion du pawre peuple commun; ctestre en faictSy en dicts, en paroles, doux , courtois et aimables ewers chacun. Les égards dus au beau sexe , commandés comme un devoir dans tous les codes de chevalerie, n'ctaiciit pas oubliés dans les statuts de René qui voulait que ses chevaliers jurassent de ne point médire des dames, de quelque estai qu'elles fussent^ pour
chose qui dut adv'cnir D'autre part quand
ils voudraient dire quelque chose, d'y bien penser avant que le dire y ajin qu'ils ne soient trompés en mensonge
Vers celte époque, Louis xi qui n'était encore que Dauphin lit un voyage en Provence , sous prétexte de se prosterner devant quelques osse-
• Histoire de René, tom. M, lîv. iv.
jnents qa on disait être les reliques de S'* Marthe et de S** Magdelaine. Ce Prince, justement placé par Tcxécration des peuples au nombre des plus odieux tyrans j avait en administration et en politique des vues assez étendues ; mais son esprit bizarre et dnr, déjà dégradé par tant de vices , rétait encore par la superstition la plus ridicule qui fut jamais. Il allait de tous côtés en pèlerinage, portant à son chapeau des images de plomb ou d'étain. On le vit demander au Pape le cor* poral sur quoi chantait Monseigneur Pierre, et la permission d'assister k l'office avec le surplis et Taumusse Louis xi, d'abord reçu avec de grandes marques de distinction et de respect au couvent des Dominicains d'Aix , se rendit a Fermitage de la -Baume, déposa son offrande sur l'autel de pierre de cette grotte célèbre , et prit la route de Marseille qui lui iit une réception brillante*. Les corporations allèrent a sa rencontre avec leur drapeaux, s'arrêtèrent aux limites du territoire, et entrèrent processionnellement dans la ville, en précédant son équipage, au milieu d^une foule immense qui faisait retentir les airs des cris mille fois répétés : /^iVo lou Daouphin. L'évéque Nicolas de Brancas y revêtu de ses ha*
' Il €St le premier de nos rois qui porta toujours le titre fie Très C/trétien, Il établit la coutume de réciter à midi
* n y entra le 7 du mois de mai 1448.
bits pontiticaux, accompagné de tout son clergé et de Jean d'AIbertas , Antoine Cépède et Paul Vassal, syndics, reçut le .Prince devant Téglise de S^-Louis % et ce nouveau cortège se joignit aux corporations qui continuèrent leur marche solennelle. Le séjour de Louis xi à Marseille ne fut pas de longue durée
Peu de temps après, René se rendit en Provence avec toute sa £amille et une suite nombreuse composée de la plupart des Chevaliers du Croissant, Apres avoir successivement séjourné à Arles, h Aix et à Marseille, il transporta sa cour à Tarascon où affluèrent un nombreux concours de dames et de gentilshommes, avides de ces spectacles et de ces plaisirs que le bon Roi savait créer autour de lui, sans les faire payer au peuple condamné au travail. Les jeux, les festins, les chants, les tournois, furent multiplies avec la plusaççréablcvarlctc. C\ talent tantôt des déguisements romanesques, tantôt des représentations allégoriques^ et aux amusements belliqueux succédaient des fêtes pastorales*
Des soins plus importants occupèrent bientôt René qui se dévoua au service de Charles vu cherchant 2i reprendre sur les Anglais les places qu'ils occupaient en France ^. La peste se mani-
' Nous ne savont pas quelle était la situation de cette église. * Gauindjf 1. 1» Ht. tiii.
^En i449*
fesla k Marseille et dans d^aulres villes provençales ' j clic y lit de cruels ravages. René, regardant sa présence comme indispensable dans celte calamité , se Lâta de partir pour Âix^ brava avec un admirable courage tous les dangers du fléau destructeur , s'eflbrça d'en arrêter les progrès par ses soins vigilants et ses sages mesures, prodigua d'utiles secours, recueillit dans des lieuisalubreslesinfortunéssansasile, et apparat partout comme un ange de consolation et d'espérance. L'état désespéré d'Isabelle de Lorraine qui, depuis quelques années, avait ressenti les atteintes d'une douloureuse maladie « força René de s'arracher a la reconnaissance des Provençaux et de revenir à Angers oii il ferma les yeux de cette cpouse chérie \
Le nouveau duc de Milan , allié de la république de Florence, était menacé par les Vénitiens , les maisons de Montferrat et de Savoie qui voulaient s'étendre dans la Lombardie , et par le roi Alphonse d'Aragon qui se trouvait gêné du voisinage des Florentins. Ces derniers réclamèrent l'assistance du roi de France et de René , promettant d'employer toutes leurs forces à rétablir le comte de Provence sur le trône de Naples, et de lui payer annuellement cent vingt
* En i45a.
* Morte le a8 février i453, à Pâgc d'cmiron 43 ans.
DE Marseille. 513
mille florins d'or jusqu'à Tentière conquête de son royaume. Charles vu approuva celte expédition et fournit des troupes à Kené qui s'avança en Provence avec son fils le duc de Calabre et trois mille cinq cents hommes de cavalerie. Il se préparaità franchir les Alpes, lorsqu'il fut arrêté par une sédition soudaine qui éclata dans la ville de Gap oîi Tevêque avait usurpé la juridiction souveraine qui ne devait appartenir qu'aus: comtes de Provence. René calma par sa présence cette émeute imprévue, et, suivi d'une faible escorte, il rejoignit son armée en Italie «, au moment où ses alliés venaient d'essuyer plusieurs échecs. Apeine eut-il mis le pied sur le-théâtre de la guerre que les Vénitiens perdirent tous leurs avantages. Mais la mésintelligence se mit entre René et ses alliés qui ne se montrèrent pas disposés à tenir leurs engagements. Le comte de Provence prit le parti de retourner en Fiance, et laissa le duc de Calabre pour commander Tarmée en qualité de généralissime. Celui-ci éprouva les mêmes difficultés, et se vit toujours contrarié dans Texécution de ses plans. Une nouvelle campagne s'ouvrit sans événements décisifs, et le Prince désabusé retourna en Provence ' ou son père , forcé de retourner dans l'Anjou , Tavait chargé de commander en son nom.
■ Septembre i4^i^« ■£111434.
5t4 HISTOIRE
René contracta un second mariage avec Jeanne de Laval , fille de Gui xtii , descendant d'un des premiers barons de la cour de Louis le Débonnaire Il se rendit un mois après avec sa jeune épouse * en Provence oîi rappelaient les désirs empressés de ses fidèles sujets* Les drputations des principales villes vinrent le féliciter a Aix et lui offrir des présents. Suivant César Nostradamus ^, Marseille envoya deux cents ducats d or qm deifoient être employés à l'achat d'autaxA pesant de belle cire ^; le demeurant au plaisir de la Rofne.
La ville de Gênes venailde se placer sous la protection de Charles vu , roi de France y qui lui envoya pour gouverneur le duc de Calabre. La mort d'Alphonse d'Aragon qui laissa pour successeur son fils naturel Ferdinand, changea un moment la scène politique. Ferdinand aussi ambitieux que son père, n'en avait pas les talenU. Le fils de René voulut se mesurer avec lui et tenter encore la fortune. Il partit de Gênes à la tête d'un flotte considérable , descendit sur les côtes du royaume de Naples, et vainquit son compétiteur sur les bords du Sarno ^. Cependant
* Cette union fut célébrée le lo septembre i455.
• Elle était âgée de aa ansv
^ Histoire de Provence.
^ £lie était alors très rare»
s Parmi les seigneurs proyençattk qui eombattirentàSanHH on eite les noms suivants : Barras^ Blacas, DemandoJx»
celle victoire fui sans profil. Le pape Pieu suscita partout des ennemis a la maison d'Âojou, et donna à Ferdinand l'investiture du royaume de Naples. Pour comble de malheur, François Sforce qui jusqu'à ce moment avait combattu pour le - duc deCalabre, l'abandonna lâchement, et excita les Génois k la révolte. Alors René se décida à aller secourir son tiis. Après avoir levé une imposition extraordinaire sur tous les Provençaux, excepté les Marseillais qui en étaient affranchis par leurs privilèges, il sortit du port de Marseille avec quelques vaisseaux et mille gendarmes % et s^avança vers Gênes, tandis que Charles yn faisait marcher, pour réduire cette vii^e, six mille homm.es qui Arrivèrent par terre du coté de Sa-* yone. Les Français et les Provençaux furent taillés en pièces par le peuple génois qui rétablit le gouvernement républicain. René revint en Provence et laissa en Italie le duc de Calabre qui , malgré tant de désastres, se maintint encore dans quelques provinces pendant trois ans *.
René alla séjourner en Lorraine et dans TAnjou. D'autres malheurs lui étaient réservés, et
Castellane, Gérente, d*Arbaud, Gombert, Grasse, ForbiOi Grimaldi, Grille, Liacel^ Glandevès, Lestang, Porcelet, Pontevès, Fnget, Sabran, YiUeneuTe, Yento, etc. ' En
" Ce prince, ne recevant aucun secours et se trouvant dans une position désespérée, revint en Provence en il^Sl^»
soji cœur devait être soumis h de cruelles épreuves. Les Catalans, après s'êire séparés da royaume d^ Aragon y s^étaîcnt d'abord constitués eu république , et bientôt fatigués de cet étal qui les livrait à toutes les horrniirs de lanarchieylls résolurent de rétablir les formes monarchiques, et d'offrir la couronne au comte de Provence qui Élisait régner avec lui la justice et laverlit. La régence de Barcelone lui envoya une ambassade solennelle pour le prier de ne point repousser les vœux d'un peuple qui voulait vivre sous ses lois paternelles. René accepta ces ofires pour son fils, le duc de Calabre , qulfiancWt les Pyrénées avec une armée de huit mille combattants^ composée d'Angevins, de Lorrains clie Provençaux. Le nouveau souverain avait à défendrc sa couronne contre les redoutables attaques de Jean de Portugal^ parvenu au trône d'Aragon. Plein d'ardeur, de courage et d'expérience, le fils de l\cnc pouvait espérer de parcourir une longue carrière de prospérités et de victoires, lorsque la mort le surprit à Barcelone et ienleva à son peuple dont il faisait les délices.
Cette triste nouvelle accabla le cœur deRenc que d'autres chagrins domestiques vinrent aussi duchirer. Désabusé de toutes les grandeurs de la terre, renonçant k tout projet d'ambition, i tout rcve de gloire , il chercha des cousolations dans Pétude et la culture des lettres et des arts.
DE MàKS£1LL£, 517
Il se fixa en Provence ^ ^ où il fui sans cesse occupé à faire fleurir l'agriculture et le commerce, k rétablir Tordre dans les financ(^j à corriger tous les abus*
L*art dramatique , qui plus tard devait enrichir la France d'impérissables chefs-d'œuvre, y était alors inconnu. On voyait bien depuis quelque temps des représentations théàti^es. Mais qu'étaient-elles? D'informes ébauches et des farces grossières, qui puisaient leurs sujets dai^ TEcriture Sainte. René avait vu à la Cour de Charles vu les Mystères oii Ton jouait les Saints, la f^ierge et Dieu par piété Ce spectacle lui donna Tidée d'instituer les jeux bizarres et allégoriques qui se célébraient chaque aiiiice à Tcpoque de la Fête-Dieu, et attiraient dans la ville d'Aix un grand nombre d'étrangers. Les Marseillais surtout, toujours plus avides que d'autres defétes et de pompes extérieures, y accouraient en foule ^.
Plusieurs jours avant la féte, la municipalité élisait le roi de la Basoche , le prince d'amour et
• En 1470,
* Boileau» Art Poétique,.
' Itené acheva le plan de ces |eux en 146a y mais ils ne furent exécutés pour la première fois qu'en 14 73, et depuis
lors jnsc]U*à la révolution leur ccUbration fut fiiite régulièrement chaque année. Sous rcmpire, ils turent mcore célébrés assez régulièrement pendant quelques années ^ et depuis lors , ils ne l'ont été qu'en partie à Toccasion du passage du Comte d'Artois, en 1814 1 et de la Duchesse d'Angouléme, en i8a3«
5iS HISTOIRK.
i*abbé <le la jeunesse, grands dignitaires de ces jeux singuliers. La veille, vers les dix heures Ju soir y le son des cloches et le bruit des tambours annonçaient la sortie des divinités de l'Olympe, toutes à cheval, décorées de leurs attributs, et préccdces de la Renommée, sonnant de la trompette. Paraissaient d'abord deux personnages burlesques, ridiculement habillés, montés sur des ânes, et exposés à la risée publique* Un croit que le bon roi René , qui était un peu malin et railleur ' , voulutsatisfaire un ressentimentpolitique, en reprcsenlant le duc et la duchesse d'Urbinqui l'avaient offensé. On voyait ensuite Momus agitant ses grelots ; Mercure avec son caducée et ses ailes; Neptune armé de son trident ^ Mars dans Tappareil des combats ; Minerve telle qu'elle sortit da cerveau du maître de la foudre j Bacchus assis sur un tonneau, portant une coupe et un thyrse; Apollon la lyre à la mainj Diane vêtue en chasseresse, le front orné du croissant; Pluton et Proserpine avec des habits lugubres*, la Nuit vêtue d*une robe noire parsemée d'étoiles, secouant des pavots. A leur suite marchaient les chevaliers du Guet, les porte-drapeaux, les danseurs, et un grand nombre de fifres et de tambourins, distribués de distance en distance. Le cortège était ter-
* Il (iorina, dit-on, aux principales faniillos nobles d<î Provence une qualiUcation tirée des vertus ou des vices qui paraissaient être leur caractère distinctif.
miné par un char richement décoré, sur lequel étaient placés Jupiter et Juuon, Vénus et Gupi* don j les Jeux et les Ris. Puis venaient les trois Parques , sans doute pour donner au peuple un enseignement salutaire, pour Tavertir que les choses humaines ont un terme ici-bas, gloire, richesse, beauté, et tous les plaisiri^ de la vie, et toutes les grandeurs d^un monde périssable.
Le lendemain, a la procession, la scène changeait. Elle ne représentait plus les dieux du paganisme , mais les principaux personnages de PÂncien et du Nouveau Testament. C'étaitMoyse, accompagné de son frère Aaroii- Moysc avec uik; longue barbe , deux rayons lumineux , les tables de la loi à la main, semblait apparaître terrible danssa vengeance , au milieu des Israélites ingrats, alors qu'oubliant les promesses de Jéhovah, ils substituèrent Tadoration du veau d'or au culte du Dieu vivant. La reine de Saba dansait devant Salomon, ilérode ordonnaitle massacre des inno* cents. Les trois Mages étaient conduits par Pëtoile mystérieuse à la crèche du Messie. On voyait les quatre Evangélistes; Judas, à la téte des douze Apôtres, tenant la bon i se de trente deniers. Pierre avec ses cle& ; S*' Jacques couvert de coquilles; Christophe portant l'enjEaint Jésus sur ses épaules ; le Christ vêtu d'une longue robe avec une ceinture de corde , et courbé sons le poids de sa croix. Des légions de grands et de petits dia«
510 mSTOlKE
blcs j des groupes Je lépreux , désignés sous le nom de rascasseUos ; des bâtonniers, des danseurs* le clergé marcliant dans le plus grand ordre; toutes les autorités publiques et les divers corps de magistrature. Le dais était suivi de la hideuse figure de la mort ' armée de cette £aui redoutable, qui, moissonnant les générations passagères^ établit le niveau de réteruité parmi nous tous, misérables enfiints des hommes*
Une coutume y qui avait quelque rapport avec ces fictions, s^était introduite à Marseille. Des en* fants de douze k quinze ans représentaient les dé« mons. Dans un état presque complet de nudité, tous barbouilles de suie, des cornes sur la tête, les mains armées de crocs, traînant de longues chaînes , ils couraient en désordre devant la procès* sion de la Fête-Dieu, en Êdsant des contorsions qui amusaient beaucoup la populace. Quelques» uns, pour se rendre plus difformes , se mettaient une queue qui pendait jusqu'à terre. L'intentioJi des MarseUlais était d'exprimer, par ces travestissements, le triomphe de TEuciiaristie sur les esprits de ténèbres
On a beaucoup disserté sur le bœuf et son cortège qui figurent aujourd'hui à cette procession.
' Millin, Voyage dans les départements du Midi, t. u. — ! Grégoire, Explication des Cérémonies delà Fête-Dieu.
* Marchetti, ouvrage cité. ^ Ces diables ont été sapprim^ Ters la fin du 17^ siècle.
Des bouchers de la ville, qui de père en fils sont chargés de cette cérémonie, choisissent un bœuf de forte taille, lui mettent sur la tête un or* nement composé de fleurs entrelacées. Sur son dos, couvert d'un tapis, est assis un jeune enfant vêtu d'une peau de mouton , orné de fleurs et de rubans , et représentant Jean-Baptiste. Plusieurs tambourins le précèdent et quatre bouchers l'accompagnent. Leur vêtement est bizarre : il consiste en bas de soie blancs et souliers k bou-« des; imc robe en damas de difFcrentes couleurs, attachée à la ceinture avec une gaine , et tombant seulement jusqu'au genou, une ceinture de soie à franges et crépines d'or , une chemise plissée à manches et bariolée de rubans, enfin un chapeau monté à Tancienne, bordé d'or, avec un tour de plumes blanches*
Dans la semaine qui précède la Fête-Dieu, ce cortège parcourt toutes les rues. Les quatre bou- ' chers font la collecte de porte en porte, et le produit est destiné à couvrir leurs dépenses. Â la procession, ce boeuf et son cortège sont placés k la tète des corporations de métiers ^
Qui donc institua cette cérémonie bizarre ? Estelle la représentation des sacrifices antiques? Est^
• Le cortège reparaît, sana ranimai» le lundi » dam la pro^ cession cpiî reconduit au fort Notre-.Dame-de-!a-Garde la
statue de la Vierge qui en était descendue le duiidiiche au matin pour être déposée à la chapelle de rUôtel de Ville,
ce un legs fait a la sombre religion du Chrisl par le culte riant de la Grèce voluptueuse? L'hommage de ce taureau rappelle-t-il les holocaustes offerts à la chaste déesse? Est-ce quelque chose de Ténérable qui lie notre siècle aux siècles écoulés? Les hommes des anciens jours ont-ils transmis ce faible débris aux races actuelles? Non, non, ne cherchez pas sur les rivages marseillais des vestiges ioniens. N'y cherchez pas les restes imposants d'une grandeur passée. Là s'élevait jadis, auuiilieu des merveilles des arts et des trésors de Tintelligcnce, le trône delà rivale d'Alhènesetdela sœur de Rome. Là les fils de Phocée, fiers comme la liberté, sublimes comme le génie, versaient autour d'eux des torrents de lumière , et fixaient les regards de Tunivers charmé. Ehbien! tout a disparu sans retour* Seulement le ciel est le même , res» plendissant , inspirateur. Tout s'est englouti dans Tocéan des âges.*.. Tout, hormis Timmortel souvenir d'une gloire si pure.
La promenade du bœuf n'a rien qui se rattache
aux croyances religieuses de la colonie phocéenne. Son ori^ne est beaucoup moins poétique, car elle est due à la confrérie de Corpus Domini de Téglise des Frères Prêcheurs. Cette confrérie achetait toutes les années un bœuf que l'on conduisait par la ville quelques jours avant la Fête-Dieu, et dont la chair était distribuée aux confrères et aux pauvres après la procession. La commune contribuait
D£ MARSEILLE. 523 à Tachât de l'animal^ eu donnant chaque année vingt livres aux prieurs K Le festin se Élisait dans le réfectoire des Jacobins II fut aboli plus tard, et par un abus dont on ne.peut expliquer la cause, on fit marcher le bœuf à la procession ^.
Les soins que René donnait à des farces pieuses n'étaient que le délassement des soins plm impo^ tants donnés au gouvernement de ses Etats* 11 voulut procurer k son peuple les bien&its d^une justice prompte, impartiale et protectrice. Il fit plusieurs statuts sur les donations, les tutelles et la sûreté des dots; simplifia les procédures qui étaient ruineuses ; régla le salaire des procureurs qui montraient une avidité révoltante ; proscrivit Tusure ; mit un frein salutaire à la passion du jeu; prit sous sa protection les juiÊ qui étaient devenus un objet d'horreur en Provence, leur permit de se livrer sans entraves a toutes lespra-
• Marchetti, ouvrage cité.
* Ces religieux dinaient ce jotuvlà avec les- confrères. Voici ce qu'on trouve dans les livres de la dépense depuis
i36 1 jusques après i S3o : « Per 64 lionres de ris per far manjar
« als paures et als confraires la festo de Nostre Seip-nour, etc.
« Per 12 milleroUes vin rouge»,«.. Per 10 dousenosde lioies
« Per 10 douscnos de veires , Per lou gagi^des peirols et
« potagerie...... Per unlmou...., Per x3 moutons...*. aver
« fach aportar lou buon dou M aaeon as Prêcheurs ; et palirco « que Ions Gapellans non manjon carne , Taven mandat dos palamidas. »>
Ruffi , t. II , liv. XIV, ch. vï,
^ C4et abus ne s'introduisit que vers le milieu du 17^ sièctc.
tiquesduculte mosaïque, de trafiquer librement, de remplir Temploi de procureurs fiscaux dans les ckâteaux des seigneurs, de continuer Texercice de la médecine qu'ils étudiaient presque ex« clusiveuicnt \ René avait auprès de lui un israclite qu'il fit baptiser en lui donnant le nom de Pierre de Nostra Dona, et qui était tout à la fols son médecin , son astronome et son confident'. Ce prince exigea pourtant que tous les juifs fussent distingués par leur vêtement.
Les jui& établis k Marseille possédaient alors deux synagogues situées entre Téglise S'*Martinet celle des Prêcheurs. Ils avaient aussi uncimelière non loin de la ville ^ et diverses aumùneries administrées par des recteurs ^. Us ne jouissaient de ces avantages qu'à des conditions humiliantes, car les statuts municipaux les obligeaient de porter, des Tage de sept ans, un bonnet jaune, cr(h ceam caloUm ^. Ils n^étaient pas admis, comme
■ Lorsqu'un juif prenait la qualité de mcdicus ou de phjslcus , il la faisait précéder du mot judœus.
* Kostra Dona était le bisaïeul de Thistorieii Nostradamm.
' Par lettres patentes du iS mai li^gS^ ce cimetière fat donné par Charles Yttt , roi de France et comte de Provence,
à un particulier qui fit présent à la ville des tombeaux dont il était orné, pour réparer les quais du port,
^ £n 1 471 y un Israélite fit nn legs aux pauvres de sa religion ^ par lequel il laissait à perpétuité ^ toutes les années, quatre mesures de vin pur et un escandal d'huile, pour être distribué la veille du grand jeune, (pii a lieu le 10 septembre.
^ Statuts^ liv* V| ch. xix.
les païens et les sarrasins ^ k témoigner en fuslice contre les chrétiens, lorsque ceuX'-ci les récusaient; mais ils avaient plus de Êiyeur que les hérétiques ^ dont le témoignage était repoussé dans tous les cas Us payaient annuellement une certaine somme au prieur de S'-Martin, et le Sanhédrin était forcé de députer, les dimanches et les fctcs, a l licure de vêpres, un membre de la communauté pour entendre le sermon à Téglise de la Major, et de payer, pour cet objet, cinq sous de redevance par an Ils ne pouvaient s'em* barquer plus de quatre à la fois sur un vaisseau marseillais^ . On leur défendait de travailler pu* bliquement les jours oU le travail est défendu par r£glise Romaine ^. On ne leur permettait d'aller aux bains que le vendredi ^. Les filles publiques n'avaient cette faculté que le lundi. Celles-ci étaient aussi obligées de porter un vêlement dis<» tiuctif avec une aiguillette sur les épaules, et si
* Constituimus ut nuUus hœreticus manifestus, contrà fideUm
volentemvel imitum , velpaganus , vel sarracenus, veljudœus, contra christianum , invitoeo, scilicetfideli^ vel clwistiano ^ in testimonium admUtantur* Statuts, liv. VLy ch. ix.
* Grand Gartulaîre delà Major, fol. 117. M^m. dû temps,
sur la persécution des Jui£s. — Hist. des Juifs en Provence) manuscrit, pag. 141.
' Statuts j Ilt. IV ^ ch. xxtt»
^ Jd^ Ht. ch. VIII»
* Ids ch. XIII.
la poui^reté leur en ostait le mojen, on leur baillait publiquement le fouet Elles ne pouvaient fixer leur habitation qu'à une certaine dislance des églises*.
René portant ses regards sur toutes les branches de l'administration ) de l'industrie , de renseignement public et de la prospérité nationale^ encouragea de tout son pouvoir le commerce de Marseille, et accorda à son port de grandes franchises. Il conclut des traites avec les puissances barbaresques pour la sûreté de la navigation. II établit des verreries près d'Apt , et fit venir des ouvriers du haut Dauphiné qu'il se plaisait à voir travailler. Les Marseillais donnèrent alors une assez grande étendue au commerce du verre qui jusque lii n^avait été employé aux fenêtres des malsons qu'en petite quantité ^. Ils perfectionnèrent l'art de peindre sur verre^ et presque toutes les églises curent des vitraux colories. Rciié en
• François d'Aix, sur le Statut xu du Uv. v. •Statut,»/.
' Les fenêtres étaient très relevées , et U n*y avait pas de
verre partout. Le rcbtc était rn Tolets de boîs-
Cliez ks (irecs et les Romains, les morceaux de rerrc qui ornaient les chambres n'étaient que des plaques qu*on appliquait contre les murailles. Pauper, dit Sénèque , sU>i videtur nin vitro ahsconditur cornera* Saumaise, qui a prétendu que saint Jérôme avait parié de remploi du verre pour les fenêtres , a été contredit par des auteurs plus récents, qui Tont défié de rapporter aucun passage qui y soit relatif. Fauris de Saint- Vincent , Mémoire cité.
acheta pour ceutiiorias, moult bienvarioleSy qu'il envoya au roi de France; ceux de Notre-Dame des Âccoulesfurent remarquables par leur beauté* Un peu plus tard , deux peintres de Marseille , nommés Claude et Guillaume, acquirent dans cetxart tant de réputation , que le pape Jules u les appela à Rome pour peindre les fenêtres du Vatican. U y avait k Marseille des magasins de verreries oii Ton se pourvoyait de plusieurs provinces voisines ^ etd'oiiron en transportait une grande quantité en Espagne , et une moins grande quantité dans le Levant. Les tanneries marseillaises furent aussi pour René un objet de sollicitude. Les peaux préparées s'écoulèrent sur les côtes de la Méditerranée, et principalement en Italie. Ce genre de commerce acquit tant d'importance et procura de si grands bénéfices , qu^un syndic et tine partie des conseillers deville étaient toujours choisis parmi les citoyens qui s'y distinguaient ^ Comme au temps des Croisades, tous les Marseil** lais distingués par leurs richesses eurent leurs habits de cérémonie garnis de fourrure
Jacques Cœur, qui avait prodigué ses trésors pour la restauration de Charles vu ^ et qui ne fut payé que de la plus noire ingratitude, se re-
■ Fauris de Saint-Vinceiity Mémoire elté.
• Tous les portraits du roi René le représentent avec une épaisse fourrure autour du cou.
tira à 111e de Chypre oit il continua son commerce avec un brillant succès. Ce fameux négociant , que le roi René appelait son compère ^ avait des agents commerciaux dans toutes les échelles du Levant, où ses vaisseaux, partis de Marseille y lui apportaient des ricliessc^s immenses. Il concourut ainsi puissamment à la prospérité de cette cité.
Le bon Roi qui aimait beaucoup lé séjour de Marseille , y vint passer tous les hivers, dans les dernières années de sa vie» Ce n^est qu'avec attendrissement qu'il se rappelait les marques de fidélité que les Marseillais n'avaient cessé de loi témoigner, dans sa bonne comme dans sa mauvaise fortune, depuis le jour , si cher à son cœur^ oîi sa première vue fit retentir tant de cris d'enthousiasme et inspira tant d'ivresse populaire. Il fit bâtir une maison sur le quai du Port. II possédait un jardin situé auprès de Tabbaye S^- Victor. Il habitait aussi de temps en temps une maison de campagne aux environs de la ville, et il en avait acquis ime autre non loin du village de Mazargues* S'arrachant souvent à Té tique tle de la cour et aux embarras du pouvoir royal qui ne corrompit jamais sa belle ame, sans escorte, sans décoration, vêtu comme un simple bourgeois, il aimait à se promener dans des lieux à l'abri du vent , et exposés aux rayons du soleil. C'est ce qui a fait nommer en Provence tous ces
endroits : La cheminée du roi René. Quelquefois il se faisait accompagner par quelques-uns de ces féaux chevaliers admis dans son intimité et qu'il se plaisait à nommer ses bons amis et compères. Les quais étaient, dans ses promenades, son lieu de prédilection. Il y causait familière* ment avec des gens du peuple , avec des désœuvrcs, avec tous ceux qui s'approdiaient de sa personne. U les interrogeait en langue provençale sur leur santé, sur leur famille, sur leurs travaux, sur leurs affaires, sur tout ce qui pou» vait les intéresser. U caressait les enÊints qui semblaient jouer avec lui, et tendant aux vieillards une main bienveillante , il réchauffait leur cœur ivre de joie. Sa bonhomie était pleine de gaîté ; on Teût dit au milieu de ses égaux. U lisait tous les placets qu on lui présentait ^ prêtait une oreille attentive à tous les détails qu'on lui donnait, et y joignait ses propres observations. Lorsque des plaideurs, venant recourir a sa justice, lui racontaient toutes les circonstances fastidieuses de leur procès, il les écoutait avec une patience étonnante, et sou esprit conciliateur cherchait à prévenir toute discussion ultérieure. Si le succès ne couronnait pas ses efforts , il prononçait son jugement fondé sur une raison droite et une équité éclairée. Ses sentences étaient presque toujours longuement motivées. 11 cherchait surtout h s'entretenir I. 34
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avec les patrons pécheurs qu'il affectionnait beaucoup et qui ont voué un culte pîeu^L au souvenir d'un Prince si doux, si bon et si affable. 11 ne cessa de porter un intérêt tout particulier aux prud'hommes qui lui' fournirent des sommes assez considérables, lorsque des circonstances malheureuses Tobligèrent de recourir k des emprunts. 11 les quaiitia toujours de dilecti iwsln dans les actes qui les concernaient. 11 leur céda le port de Morgiou pour en jouir en toute propriété % leur accorda, entre autres privilèges, le droit de pêche dans toute la Méditerranée , et régla leur législatioti \ A leur prière , il fit réparer les deux tours S'-Nicolas et S^-Jean <jui défendaient l'entrée du Port.
Ilené, convaincu que ^intérêt du commerce exige que les contestations sur des objets mer-
■ Le port èe Morpou est forint par une petite anse, contetenue elle-même dans deux langues de terre, à deux ou trois Uenes au sud de Marseille*
* Depuis lots le tribunal des Prud^hommes n'a éprouvé aucune atteinte. Les cinq juges qui le composent sont renouvelés chaque année et tiennent lenis dJuVivurcs tous les Dimanelies. Le demandeur cite son adversaire par une invitation écrite y qu'il dépose dans un tronc avec quelques sous. Les. huit jours expirés , les deux parties exposent leurs grie& et leurs défenses; et les juges , qui souvent ne savent pas lire, prononcent selon les règles de la raison et de Téquîté, en suivant la tradition des usages transmis par leurs prédécesseurs. Ils prononcent leur jugement en patois^ et ce jugement est scrupuleusement exécuté.
cantiles soient jugées d'après des règles particulières s^éloignant des lenteurs et des formes de la justice ordinaire, institua la juridiction des juges des marchands ' dont les fonctions furent gratuites ' le conseil de ville les nommait an* nuellement.
Le Roi modifia les éléments de ce conseil ^ par un règlement qui donna d autres bases au régime municipal de Marseille* Depuis plusieurs années, on avait adjoint auK syndics un avocat, avec le titre d'assesseur ^, pour les assister à la majiutejitîon des privilèges et libertés de la ville ^ sur le motif qu'ils n'étaient pas versés dans les lettres. René maintint cette charge qui était devenue très ioiporUnte, et donna aux syndics le nom plus imposant de Consuls. Le nombre des conseillers fut réduit à quarante- huit. Ils étaient nommés pour quatre ans. Le conseil désignait chaque année douze de ses membres dont trois
• Le 3 mars 1 474'
Cette juridiction fut coniirroée par i'édit de Charles ix, de rannée i565.
• Par délibération du Consetl- municipal en 1678, la Tille donnait aux juges consulaires une robe dVcarlate de la valeur de i%o livres. £n 1612 cette valeur fut réglée à 1 5o livres.
» En 1475.
^ Cette charge fîit instituée en i456 ; mais Tassessear n'obtint qu'en j53o la robe rouge et le chaperon accordés aux consuls.
exerçaient le consulat peiidaat trois mois. Les neuf restants formaient le conseil privé. Tous les antres membres réunis à ce petit conseil composaient le conseil général qui ne se réunissait que dans des cas extraordinaires, sur la convocation des consuls et de Tassesseur*
René détestait le (asteet le luxe. Ses vêtements, ses habitudes y son langage , tout chez lui ofirail une extrême simplicité. La dépense annuelle de sa maison ne s'élevait qu'à quinze mille florins On trouve dans un mémoire qui prouve que les comptes étaient rendus avec la plus grande exactitude f les notes suivantes : en potirons et escav' gotSj un gros quatre patas^ c'est-à-dire, emirou 1 9 sous ; un sac de cuir pour mettre le sucre en poudre j environ 10 sous; quatre pièces de toile bleue pour les rideaux du lit du roi-, quatre florins huit gros ' j aua: quatre pages pour se confesser y quatre florins ; au maure pour faire ses p/lqueSj un florin; pour faire un pourpoint au maure, un florin six gros ^. René était fort sobre; il aimait le travail, n'abandonnait pas à des mains étrangères les rênes du gouvernement y et disait que la plume des princes ne doit pas être paresseuse. Non^ il ne sera plus donné aux hommes
* i44»ooo francs de notre monnaie.
" Ce qui ferait aujourd'hui 4.3 francs 8o c.
I Papon y t. m , Ut. ix.
D£ MARSEILLE. m
de Toir une puissance si bien&isanle, une royauté
si acceaslble. 0 simplicité patriarcale î doux et puissant prestige de tant d'adorables vertus ! L'auguste vieillard, trop sage pour ne point suspecter les paroles intéressées de ses ministres et de ses courtisans, voulait s'assurer par ses propres yeux du véritable état des choses, connaître les vœux et les besoins de ses- sujets , porter remède aux abus et réprimer les injustices. La tradition rapporte que , pour parvenira ce but, il adoptait quelquefois des déguisements romanesques. Tantôt, étranger curieux, il lanlrait dans l'atelier du laborieux artisan^ tantôt, simple chasseur, pèlerin fatigué , ou voyageur égaré dans sa route , il frappait à la poi'te d'un manoir hospitalier. Pénétrant dans la triste demeure de l'indigent et sous les riches lambris du favori de la fortune, il faisait son profit de tout ce qu'il voyait , de tout ce qu'il entendait. Plus d'une fois, dans ces courses avautureuses, l'abandon d'une conversation imprévue lui apprenant combien il élaltaimé, lui prouvant que tous' les hommes ne sont pas ingrats , émut délicieusement son cœur attendri , et mouilla ses> paupières des douces larmes de la sensibilité. Il nr'aurait voulu reculer les bornes de l'autorité royale que pour soulager tous les malheurs et sécher toutes les larmes. Mais ses désirs étaient souvent impuissants. Âh! lui aussi avait bu à Ion gs traits la coupe amère de l'adversité.
La fortune u'ctait point lasse de le persécuter, et ses derniers jours furent troublés par le génie ambitieux et par la turbulente jalousie de Louis xi. Louis -%! et René ! Quel contraste 1 René, par sod testament fait a Marseille le 32 juillet 1474, avait institué héritier umyersel Charles d'Anjou, comte du Maine, sonneyeu. PalamcdedeForbin, grand homme d'Etat, contribua beaucoup a cette clélci iuination et parvint à comballi e avec avantage l'inclination du prince pour René u , dac de Lorraine, son petit-fils ^ Le despote hypocrite qui régnait sur la France aspirait à cet héritage, et sa prétention élalt appuyée par k Parlement de Paris et par des forces imposantes. Alors René se jeta dans les bras du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui fut battu par les Suisses h Grandson, prélude de la célèbre journée de Morat. René, privé de ce soutien et pressé par l'impérieuse nécessité , se détermina à traiter avec le roi de France, qui lui proposa une entrevue it Lyon. Le comte de Provence s'y rendit ^ et une trêve fut signée. Tout porte à croire que René promit au Roi qu'après la mort du comte du Maine , prince d'une faible santé et présumé devoir mourir sans héritier, laProyence
serait réunie à la monarchie française.
* Par Yolande , sa fille.
* En mai 1476.
D£ MAESËILLË. 535
René revint dans son Comté , cj[ui fut désolé , peu de temps après, par les affreux ravages de la peste. Cet horrible iléau moissonna une grande partie de la population marseillaise. Le viguier Honoré Puget , oubliant ses devoirs , s'enfuit lâchement; mais les trois consuls, Bertrand Candole , Antoine Aime et Guillaume Roboli méritèrent bien de leur patrie par leur conduite digne d'éloges. On vit René, dans ces calamité publiques, tel qu'il avait toujours été, affrontant les dangers , multipliant les ressources d'une charité inépuisable. Le feu sacré de la bienfaisance brilla du plus vif éclat dans son cœur. Hélas i ce noble cœur de roi , qui n'avait jamais palpité que pour les sentiments généreux , allait bientôt cesser de battre*
Le père des Provençaux se sentait atteint des infirmités les plus douloureuses , et tout annonçait le terme de son existence ; lui*méme ne se faisait pas illusion sur son état désespéré. Il renouvela ses dispositions en Êiveur de Charles du Maine, désignant après lui, s'il ne laissait pas d'enfant mâle, Louis xi pour son successeur. René était alors à Aix. Lorsqu'on apprit à Marseille sa situation alarmante , une consternation profonde s'empara de tous les esprits. Tous les rangs, tous les âges se réunirent dans un même sentiment de douleur. Les églises furent remplies iVune foule éplorée , adressant de ferventes prie-
tes à celui qui tient dans ses mains les destinées de la natore humaine, et qui dispose de la vie et de la mort* Des courriers et des messagers se
succèdent sans interruption sur la route qui conduit à la capitale de la Proyaace. Âu retour de chacun d'eux, on saisit avec un avide empressement leurs rapports , qui tantôt font naître des espérances fugitives, et tantôt augmentent les craintes. Oh I que ce prince adoré dut s^éteîiidre doucement, en apprenant celte grande douleur publique ! Jeanne de Lavai, Charles du Maine, les ministres , Palamède de Forbin et les principaux seigneurs entouraient son lit funèbre et fixaient leuiâ yeuK inondés de larmes sur ses traits décolorés , qui déjà , n'appartenant plus à la terre , semblaient prendre une expression angélique» ils ne pouvaient étouffei: leurs sanglots j et lui, sciiluat les approclies de la mort dans ses veines glacées, mais plein d'une admi-* rable fermeté en ce moment suprcme, fit ses derniers adieux à sa fidèle compag^e qui, après lui avoir prodigué les plus tendres soins, se tenait prosternée devant Timage de la Vierge Marie. Puis il donna à Charles du Maine , son héritier, des conseils où la grandeur de son ame et la bonté de son cœur se peignaient encore. Il lui recommanda d'aimer .ses peuples comme il les avait aimés lui-même. Soutenez-vous^ ajouta-t-il,^Ma Dieu veut que les rois lui ressemblent bien plus
pm* leur débonnaireié que par leur puissance Il accomplit ensuite quelques devoirs religieux y el s'endormit de réternel sommeil , le lundi 10 juillet 1480 9 âgjé de soixante-douze ans trois mois mains six jour», et dans la quarante-septième année de son règne.
A cette accablante nouvelle , les Marseillais prirent spontanément le deuil dans un morne silence. Des drapeaux funèbres iiottèrent pendant plusieurs jours aux fenêtres. Les travaux furent suspendus ^ les boutiques^ les manu&c-» tures et les ateliers furent fermés. Chacun oublia ses intérêts personnels pour déplorer une perte irréparable. Les gens du peuple surtout , qui manifestent toujours aYcc plus d'énergie leurs sentiments de joie ou de tristesse, ne pouvaient se consoler. £t les pauvres pêcheurs ! qui pour^ rait peindre leur affliction? Le bon roi René aimait tant à s'approcher d'eux. Ils avaient tous à raconter quelques détails touchants, quelques paroles attendrissantes, quelques-uns de ces faits qui rafraîchissent le sang de l'homme sensible , et font croire à la vertu dans un monde rempli de contrastes et d'énigmes.
Dès que René fut mort y Charles m s'empressa d^assembler les états et de confirmer les privilé» ges du pays. 11 voulut ensuite se faire reconnaître
■ Gaufridy , t. i , Ht. tiii.
538 HISTOIRE par la ville de Marseille, pour asseoir sou autorité naissante. Les Marseillais espéraient qu'il suivrait les traces de son oncle et continuerait son règne. 11 se rendit au Palais de justice, accompagné des membres de son Conseil d'Etat, et s'assit sur un trône somptueux que le Conseil de ville y avait fait élever. Tous les habitants notables étaient convoqués. Jacques Candole , assesseur , fit réloge du nouveau roi dans une harangue qui fut vivement applaudie. Charles, àTexempIc de ses prédécesseurs, jura sur 1 Evangile la confirmation des franchises marseillaises. Alors les consuls Jacques de Forbin , Gabriel \ ivaud ' et Jean Payan , suivis de Passesseur , s'avancèrent tête nue aux pieds du trône, reconnurent au nom de la Ville ce prince comme légitime héritier du
• Eo i43î», Mabile de Condiis, veuve de Bérengier de . Gaufindy , seigneur de Trets , Yendît à Jean Vivaud , damol- |
seau , une partie de la place alors nonunée ia Place des litquants , parce qu'on y faisait des ventes juridiques à son de trompe. La famille Vivaud, une des plus oimleutcs de Marseille , construisit une maison sur cette place , qui lut dès-loxs appelée la Place de Fivaux, La commune la fit successivement agrandir en i6ai4 et en i6a8. Elle était avec deux rangs de miu rlies dans la partie parallèle à la rue Lanccrie. Ces marches ont été abattues dans le dernier siècle, et Ton a adouci la pente pour faciliter l'accès aux voitures. 11 y avait au milieu une Croix gothique, et le chapitre de la Cathédrale venait processionnellement, toutes les années, réciter des prières devant ce monument, le jour de l'Exaltation de la Sainte Croix.
roi René , et lui prêtèrent serment de fidélité ,
en tenant aussi les mains sur 1 Evangile. Charles les embrassa* De tout quoi procès verbal fut dressé à la réquisition de Jean Jarente, chancelier de i:^rovence« des consuls et de Tassesseur de ' Marseille y et en présence dn chevalier François de Luxembourg , d'Olivie y archevêque d'Aix , de Bertrand Gandole 9 Jean deMonteous, François Blancard^ membres du Conseil municipal, et de Marc Âlbanelli , Sifred d'Albertas et Jean Vertel, juriscousulles, qui signèrent tous comme témoins. Charles qui ne renonçait pas au projet de conquérir Naples, fit deaiander l'investiture de ce royaume k Sixte iv ^ par François de Luxem** bourg, Antoine dcGuiramand, évcque de Digne, et Jean de Jarente , qui s'embarquèrent à Mar« seillc. Il retourna ensuite à Aix.
Cependant Yolande et son fils René u , duc de Lorraine et de Bar, ne pouvaient supporter l'idée de perdre Théritage de la seconde maison d'Anjou. Yolande prit le titre de Keine des Deux-Siciles, et n'oublia rien pour se mettre en possession de la Provence, oii elle envoya' Jean dePontevès, seigneur de Gotignac, pour disposer les esprits en sa faveur* Des troupes de mécontents parurent en armes; René u alla lui-même en Provence se mettre à la tête de ses partisans; la guerre civile
' Au mois d'aoàt 1481.
menaçait d'ensanglanter encore cette contrée* Le
parti lorrain se rendit maître d'Apt, de Foi calquier et de Manosque ; puis ayant passe la Durance, il s'empara d'Entrevaux , ainsi que de Grasse et de leurs vigueries* 11 n'y eutqu'Ântibes qui résista h ses sollicitations et k ses attaques. Ce parti avait principalement pour soutien un seigneur de la makon d'Agoultet les deux Castellane père et fils. Un descendant de Romée de Ville* neuve , le fils du marquis de Trans, se distingua par son attachement à la cause provençale. Mais le meilleur appui de Charles en Provence y était la lidelité des i>iarseillaîs qui le secoururent avec leur zèle accoutumé. Ib lui envoyèrent des troupes soldées k leurs frais^ des munitions et des vivres. Ils équipèrent aussi deux navires pour sur** veiller et gaivli rie Rhône. Louis xi secourut aussi Charles du Maine ^ qui parvint k étouffer ce soulèvement , et tout le Comté rentra sous son obéissance après deux mois de troubles.
Charles vint à Marseille témoigacr lui-même sa reconnaissance par des &veurs. U fit défense à ses officiers dapporter le moindre obsLaclc au libre commerce de cette ville avec tous les peuples , sous peine d encourir son indignation et de payer une amende de sept mille ducats.
La sûreté de Marseille 1 occupa beaucoup, et il conçut le projet de la fortifier. Les ingénieurs qu'il consulta lui proposèrent de creuser ua canal
qui , de l'anse de la Joliette , serait venu joindre le port en longeant le Cours qui était alors hors des remparts. Il communiqua ce plan au conseil municipal qui ne Tadopta pas, probablement parce qu'il jugea la dépense trop forte.
Charles préparait une nouvelle expédition contre JXapleSy lorsque la profonde douleur que lui causa la mort de Jeanne.de Lorraine , sa femme le jeta dans une maladie de langueur regardée comme incurable* Il renonça pour lors à sespro* jets de conquête , et voulut finir ses jours au milieu des Marseillais. C'est à Marseille , en pré» sence des consuls Fouquet deSénas, Charles Cassin, et Gabriel Silve, qu'il fit son testament par lequel la Provence et tous ses Etats furent donnés îi Louis XI, ensuite à Charles, dauphin, et à tous ses successeurs à la couronne de France, avec prière solennelle de traiter avec bonté ses sujets de Provence, de les maintenir dans leurs usages et leurs lois, leurs privilèges et leurs libertés. Charles mourut le lendemain 1 1 décembre 1481 . Son corps fut exposé pendant six jours à la vue du peuple , et transporté ensuite à Aix dans un chariot couvert de velours noir, qu'accompagnèrent les trois consuls de Marsdlle à la tête d'une
' Cette Prînceasc , fille aînée de Ferri de Vaudemont et de Yolande d* Anjou , mouiut à Aix à la fin de janvier i^Si , après sept ans de méri tée.
U2 HISTOiRK
dépu talion du corps municipal, tous eu habit de deuil.
Ainsi finit la seconde maison d'Anjou. Louis xi^ an comble de ses vceux , récompensa les serrices dePalamède de Forbin en le nomman l gouverneur et lieutenant-général du comté de ProTence, avec pouvoir de recevoir le serment de ûdélité des prélats, des seigneurs et des communes àn pays, de pourvoir à tous les offices de robe cl d'épée y de maintenir ou de déposer à son gré ceux qui les exerçaient, de conférer les bénéfices dont la nomination appartenait au Prince, d'assembler les états, de confirmer les privilèges, d^en accorder de nouveaux, en un mot d'exercer l'autorité royale dans toute sa plénitude; faveur inouïe , qui prouve que de Forbin avait puissamment secondé auprès de René et de Charles da Maine les vues ambitieuses du roi de France.
De Forbin vintà Marseille le 19 janvier, et ylbl
reçu avec les honneurs accordés aux souverains- «
comtes. 11 s'assit, en présence des consuls et du corps municipal , sur le trône qui naguère avait été élevé pour Charles dans le palais de juslice.ll | tii donner lecture des lettres de provision de sa charge, et Marc Albanelli, récemment promu ani
fonctions d'assesseur, prononça une harangue qui exprimait la joie des Marseillais. Le gouvcmcar ^ jura ensuite Tobservation des chapitres depaii)
DE ]VtARS£lLL£. 543
le maintien du privilège de non extrahendo ■ et de la juridiction consulaire. Sénas, Cassin et Silve prêtèrent entre ses mains serment de fidélité k Louis XI» Des acclamations prolongées se firent entendre, et des fêtes brillantes suivirent cette cérémonie auguste. Une sincère alégresse remplissait tous les cœurs. Certes, la cause en était bien pure. Marseille séparée de la 1: rance depuis six cents ans, se ^it encore associée à ses grandes destinées , non pas comme une ville humiliée qui subit le joug des vainqueurs , mais comme une cité respectée, toujours belle de patriotisme , toujours fière de son illustration , toujours libre par ses moeurs et par son existence politique.
> Voir sur la nature de ce privilège le commencement de notre second volume.
riN DU MKMlXa VOLOMK.
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