‹ Histoire de Marseille (volume 2)Chapitre 8 sur 9 · D£ MAK6£1LL · texte numérisé non relu

D£ MAK6£1LL

d'Aragon , roi de Sicile , déclara la guerre k Ro« berty et à cet effet lui envoya à Avignon un chevalier (jui se présenta devant lui, dans une salle du couvent des Jacobins où ce prince était logé* Aussitôt Léon de Reggio , gouverneur de Provence , fit avertir les Marseillais et leur corn* manda de se tenir prêts à repousser l*ennemi , dans le cas oii il ferait une descente sur leurs cotes. Robert n^avait pas seulement à cœur la conservation de ses £tats de Provence, il s'eflforçait encore de délivrer les Guelfes assiégés dans la ville de Gênes. Avec les secours du Pape et du roi de France , il fit partir de Marseille une flotte, nombreuse qui défit les Gibelins et les contraignît de lever le siège. Les Marseillais , en apprenant rheureux succès des armes provençales, manifestèrent leur joie par des fêtes publiques , firent une procession générale , et tous les corps de métiers arborèrent leurs enseignes sur les remparts, en sigiic de rejouissance.

Robert passa bientôt en Italie , oii sa présence était nécessaire. A l'exemple des Génois , les Flo- 1 entins lui déférèrent pour dix ans la seigneurie de leuf cité. Cependant Louis de Bavière, que la bataille de Mukldorf , gagnée le 28 septembre 1322 , sur le duc d'Autriche , fit parvenir a Pempire^ mettait en feu toute la Péninsule. Il se fit

' Le 1 4 juillet i32o.

couronner roi à Milan , et prit ^ malgré tous les efforl du Pape et du roi de Naples , la couronne impériale dans la basiliijue de Saint-Pierre de Rome. Louis fit juger et condamner Jean xxn, et fit élire un autre pontife à sa place. Le roi de Naples j aidé de plusieurs bataillons proYençaux, ayant à leur tête Bertrand de Baux y ï ouques de Pontevès, Hugues de Castellane et Montolieu de Montolieu, vint arrêter le^cours de ses triomphes. Partout, les Impériaux furent battus , et Louis quitta la ville de Rome , le 4 août 1 328 , au milieu des crîs populaires : Meurent les héréiques et vive la sainte Eglise ' .

La puissance de Robert ne parut jamais plus formidable. Il se croyait au comble du bonkeur; sa joie fit bientôt place à une grande douleur domcstique.CharlcSj duc dcCalabrCj son fils unique, fut atteint à Naples d'une fièvre qu'il avait gagnée en chassant dans des endroits marécageux. Ce prince mourut le 14 novembre 1^28, à i'àge de trente-* un ans. Le Roi supporta ce coup terrible avec une fermeté béroïque^ et prononça ces paroles du Prophète : Lacouronneesttombéedemaiéie: malhcLir a moi^ malheur à vous! Le duc de Calabre s'était marié deux fois, d^abord avec Catherine d'Autriciie, qui ne lui donna point d'enfants, et ensuite avec Marie de Valois , fille de Charles

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de Valois, de laquelle il eut deux filles seulement, Jeanne, devenue depuis si célèbrei et Marie.

Aussitôt après la mort de son fils , Robert envoya un courrier à Marseille pour y annoncer cette perte , qui remplit la ville de deuil. Sa let* tre , témoignage éclatant de son amour pour les Marseillais, porte en substance que la sincérité de leur foi et sa vive aiicction pour euiL sont des liens indissolubles; qu'il était convaincu qu'ils prenaient part à sa bonne et à sa mauvaise fortune i que , da.ns la douleur qui l'accablait , il plaçait sa confiance au Dieu qui tient dans ses mains puissantes et tous les biens et tous les maux ; qu'il esptrail que ce Dieu plein de miséricorde prolt'gcrait sa personne, .ses £tats et sa fidèle ville de Marseille. Cet excellent Roi finissait par exhorter les Marseillais à implorer la bonté divine pour le salut de Tame de son fils ■ .

Bans la même année , Blanche deTarente, iiiie de Philippe y prince de Tarente et d'Achaie , empereur titulaire de Constantinople , arriva à Marseille. Elle allait donner sa main à Bérengor, fils puîné de Pierre d'Aragon. L'étendard royal et celui de la ville furent portés devant la princesse, le premier par Raimond Montanée, le second par Raimond Dieude, nommés par le conseil

' Archives de l'Hôtel de Ville. — Ruffi , t. i , U v. v , ch. vu.

Cette lettre est datée du ij novembre iSiS.

de ville pour exercer cet emploi. Le conseil nomma aussi Imbert d'Âlamanon et Barthélémy Boni^in, pour présenter la main à Blanche

Kien d'important ne se passa à Marseille dans les années suivantes. Robert, son souyerain, continua de séjourner a Naples. Ce Prince^ désabusé par la vieillesse des prestiges d'une fausse gloire , chercha clans les soins tranquilles du gouvernement et dans les charmes de l'étude , un bonheur que ne lui avaient jamais donné les agitations de la guerre. Il régla sa succession et changea l'ordre d'hérédité établi par Charles u. Il unit à perpétuité le royaume de Naples et la Provence, et établit héritièi'e la princesse Jeanne, avec substitution de Marie. Marseille et toutes les comitLu* nos provençales prêtèrent hommage à ces deux Princesses. Pour affermir cet arrangement , Robert proposa à son neveu % Carobert^ roi de Hongrie, iils de Charles Martel, d'unir Jeanne k André, son second fils, et Marie a Louis, prince héréditaire. Le roi de Hongrie ayant amené à Naples le jeune André , âgé de seize ans , le prince et Jeanne furent fiancés au milieu des fêtes d'une cour brillante.

Robert ayant formé le projet de revenir en Provence qu'il affectionnait beaucoup, débarq[ua

' Archives de THètel de ViUe. — Ruffi, n/.

' En 1333.

il Marseille, en 1338. Il voulait combiner avec le

pape Beaoit ^lu , successeur de Jean xxii^ et d'origine française comme lui , une nouvelle attaque contre la Sicile. Le séjour qu'il fit en Provence né fut pas long. Il retourna à Naples, fit une tentative sur la Sicile , qui eut un commencement prospère et une issue malheureuse. U mourut à Naples le 1 9 janvier 1 343 , âgé de soixante-quatre ans, aprè^ en avoir régné trente-trois. Ce Prince, digne du nom de bon que les Provençaux lui donnèrent et qui lui a été conservé par la postérité, eut ses vieux jours abreuvés d'amertume. U expira ' avec le regret de n'avoir pu lier les caractères de Jeanne et d'André dont Pantipathie croissait avec Page.

La mort du Roi ne troubla point l'harmonie

que ses lois sages avaient établie dans PËtat. Les Marseillais députèrent Montolieu de MontoUeu, Pierre de Cépède, Pierre Dieude, Rolin Vivaud, Nicolas Bonvin et Laurent Ricaut, pour aller prêter serment de fidélité entre les mains de la reine Jeanne. Ordre exprès leur fut donné d'exiger de cette princesse l'observation de leurs privilèges. Jeanne ne fit aucune difficulté de prêter le serment qu'avaient prêté ses ancêtres. Elle promit de le renouveler , dans Marseille même , lorsque Pétat de ses affaires lui permettrait de passer en Provence. £lle écrivit en même temjps au grand sénéchal du Comté , et lui com-

manda de respecter les frahckises municipales des fidèles Marseillais

Jeamie avait des talents supérieurs, mais elle était vive, folâtre et sans expérience. Elle était portée à Tamonr par une ardeur de tempéra» ment que son époux ne pouvait satisfaire. Deux partis dÎTisèrent la cour et le royaume. Robert^ religieux franciscain , venu de Hongrie avec André, fut à la tête du parti de ce jeuue prince, et lui inspirait la dureté et l'insolence de son caractère. A la tête du parti de la Reine parurent deux personnes parvenues du dernier rang de la soclciii aux premiers emplois du palais. Philippine, dite la Catanoise^ et Raimond de Cabanes, son mari. Philippine, simple lavandière, ayant été chargée de nourrir un'jeunè prince mort presque au ber* ceau, Louis, fils de Robert, avait su captiver la fiiveur de la &mille royale et s'était fait nommer gouvernante des princesses Jeanne et Marie, sur lesquelles elle exerçait un empire absolu. Rai* mond était un esclave sarrasin que son maître avait vendu à Raimond de Cabanes , seigneur provençal qui le prit en affection, l'affranchit et lui donna son nom.

Les sages ministres du roi Robert furent éloignés des affaires. Jeanne ne prit pour conseillers que de jeunes étourdis , sans talent comme sans

* ArdiiTes de VHàUl de Ville. — Rulïi , 1. 1, Ut. v, ch. vm.

pudeur. André, à Tinspiration du moine Robert, ne s'entoura que de ces gens d'église dont Tignorauce, l'hypocrisie et Torgueil ont toujours fait haïr le pouvoir royal, lorsqu'il a touIu imprudemment s'appuyer sur eux . Ândré voulait régner seul^ et Jeanne lui refusait le titre de roi* Le Pape vint augmenter ce désordre domestique^ en prétendant que la régence du royaume de Naples lui appartenait pendant la minorité de la Reine, en qualité de suzerain* 11 cassa dans une bulle tout ce qui avait été fait depuis la mort du roi Robert. Mécontent de la Reine, gagné peut-être par l'argent de la Hongrie, il résolut de faire couronner André« Gomme la faction de Jeanne jugeait difficile d empeclier ce couronneinent, elle voulut frapper un coup décisif en assassinant le Prince. Dans la nuit du 1 8 septembre i 345 , les conjurés firent prier Ândré, qui était dans Tappartement de la Reine, de se lever et de sortir^ parce qu'ils avaient , disaient-ils , à lui communiquer des affaires de la plus grande importance* Le Prince sortit précipitamment et a demi liabillé. Aussitôt une femme ferma la porte sur lui. Les assassins s^emparèrent de sa personne, lui fermèrent la bouche , le pendirent à un balcon et jetèrent son corps dans le jardin.

La Catanoise, son fils, sa fille et plusieurs grands du palais, périrent dans les supplices, comme auteurs de cet attentat. La voix publique

en accusa aussi la reine Jeaniie , mais sans fbnmir

contre elle aucune preuve positive.

Louis, roi de Hongrie, irrité de la mort d'André^ son £rère, entra dans le royaume de Naples^ pour le venger. Un suaire sur lequel était peint un monarque étranglé servait d^étendard à son armée, Jeanne chercha à détourner Torage , eo choisissant un époux qui, par son courage et son habileté , pût intimider les. ennemis. Elle jeta les yeux sur Louis de Tarente, sou cousin^ et le mariage se fit le 20 août 1346, dans l'année du veuvage. Bientôt les armes de Hongrie renversèrent tous les obiptacles, et Jeanne , ne pouvant plus se soutenir dans son royaume, s'embarqua pour la Provence ou elle arriva après cinq jours de traversée \ ^

La Reine-comtesse fut reçue à Marseille avec de grands honneurs et de nombreuses marques de dévouement. Jacques Ârtaud, seigneur de Yenèles, était alors viguier ; Antoine de Saint- Gilles, Pierre de Gépède et Pierre Aleman étaient syndics. Jeanne, voulant accomplir la promesse qu'elle avait faite aux Marseillais, à la mort de son père, fut conduite avec ses barons et ses gen* tilshommes au cimetière des Accoules oii le peuple était assemblé et au milieu duquel s'élevait un riche trône. La reine s'y étant assise, on fit

• En i348.

lecture des chapitres de paix et principalement de Particle 63 relatif à la forme du serment que les comtes de Froyence et leurs viguiers devaient (aire. Pierre Âmiel ^ notaire et seerétaire de la Conuaune, nilL ensuite un genou à terre devant la reine , et lui présenta TEvangile. Jeanne jura d observer les privilèges et franchises de la ville de Marseille. Alors les syndics lui prêtèrent serment de fidélité. Les conseillers municipaux suivirent cet exemple qui fut imité par tous les assistants. Âmiel en dressa acte public ».

A cette époque, la ville haute qui n'avait pas cessé d'être distincte de la ville basse et d'avoir un ré^me particulier, était presque déserte. Les habitants 1 abandonnaient pour aller s'établir dans la cité inférieure et se placer sous l'égide des libertés municipales. Jeanne fit sagement cesser ce désordre trop long-temps supporté} elle fit tomber l'injuste barrière qui séparait les Marseillais en deux peuples. Elle ne voulut pas qu'il y eut une différence dans la jouissance de leurs droits civils et politiques, lorsqu'il n'y en avait point dans leurs sentiments de fidélité. Elle ordonna en conséquence que la même police et la même administration régiraient les deux villes, qui depuis lors n'en formèrent qu'une seule, sans laisser des traces de leur ancienne distinction. La Princesse, après avoir séjourné quelques

« ArchiT€s de l'Hôtel de VUle. — RiiM, 1. 1, Ht. v, ch. vni.

jours il Marseille j se rendit k Aix. Le pays était dans une grande agitation. Ce qui irritait les esprits, c'était le projet conçu par Jeanne et la cour de France , d'un échange de la Provence avec quelque autre domaine, en faveur du duc de Normandie, iils 4e Philippe de Valois et héritier présomptif de la couronne. Les Provençaux craignaient de perdre leur existence nationale. Les barons de Provence et les consuls de la ville d'Aix^ voulant empêcher la reine de communiquer avec les étrangers, la constituèrent prisonnière *. Elle ne recouvra sa liberté que ' lorsqu'elle se fat engagée solennellement k abandonner ce projet d'échange et à ne nommer que des personnes du pays aux emplois tant civils que militaires. Elle parût ensuite pour Avignon ou son époux, le prince de Tarente, vint la joiiî* drc. lille voulait se justifier auprès de Clément yi de la mort du malheureux André. Le Pontife confirma d abord son mariage avec Louis, et chargea ensuite quelques cardinaux d'informer contre elle. Jeanne plaida elle-même sa cause en plein consistoire et fut déclarée innocente. Ce fut alors que, pressée par le besoin d'argent, elle vendit au Pape et à ses successeurs la ville et Pétat d'Avignon, au prix de quatre^vingt mille florins d'or^ accordant la plus-value à titre de donation et renonçant au bénéfice de minorité.

* Gaufiridy, Hist. de Provence, 1. 1, liy. vi.

Cette vente, essentiellemeiit nulle selon les maximes (lu pays, fut c£ualifiée de maudite par nos ancêtres.

La ville de Marseille était alors affligée de la peste qui y fut apportée par des vaisseaux italiens. Ce fléau dévorant fit des ravages effroyables. (On exposait les cadavres à la porte des maisons ; quelquefois on les jetait par les fenêtres. La consternation fut si grande qu'on ne se donnait aucun secours les uiisaux autres. Toute communication et tout commerce cessèrent. Les malades saisis de terreur à la vue de ces calamités affreuses y croyaient appaiser la colère de Dieu et racheter leurs péchés en donnant leurs biens aux églises. Cette peste s'étendit en Provence et dans la France entière. L'ignorance du peuple lui chercLa une origine extraordinaire. On prétendit que c'était un feu sorti de la terre ou tombé du ciel , qui s'é tendant vers le couchant, consuma plus de cent lieues de pays et engendra une corruption qui infecta la masse de l'air. D'autres dirent que c'était une pluie de vers et de serpents. On était bien éloigné de soupçonner que ces affreux ravages provenaient de ce quW ignorait les moyens d^arrêter la contagion et les remèdes pour s'en délivrer. Ainsi l'on avait à redouter tout à la fois la violence

' Toajonrs en iS4B- v ,

du mal et Timpéritic des médecins qui est toujours un mal plus grand ' •

Le roi de Hongrie était entré dans Naples en conquérant. 11 en sortit chassé par la peste. Son départ précipité donna occasion aux partisans de Jeanne de lui envoyer des députes pour la prier de repasser k Naples. Us lui assurèrent

wm

à Marseille et partit pour ses Etats Napolitains où elle fiit reçueavec des transports d'allégresse \ le roi de Hongrie ne tarda pas aussi a y rentrer et îi y reporter la guerre. Marseille arma dix galères, elle fit les plus grands sacrifices pour soutenir la cause de sa souveraine , et Tltalie devint le théâtre de grands événcuicns qui ne sont pas de notre sujet,

La Provence était dans l'anarchie. Jeanne y avait envoyé» en qualité de Sénéchal, Aimeric Rollandi, gentilhomme italien. Les seigneurs et les communautés refusaient de le reconnaître, parce que , d'après les maximes et les privilèges du pays , ces hautes et importantes fonctions ne pouvaient pas être exercées par des étrangers. Marseille seule reconnaissait l'autorité de Rolland! qui avait été installé dans cetle ville. Le

> Papon, t. uiy Ut. vi.

' ToiqoaTS en 1^4

premier acte d'administration du nouveau sénéchal fut de destituer Méollon, seigneur de Sainte Savoumin et viguier de Marseille , qui ne remplissait ses devoirs qu'avec négligence. RoUandi mit à sa place Octavien de Gayalcantibus, gen«^ tilhomme florentin, et lui donna pour lieutenant Hugues de Malespine^ damoiseau*

La guerre civile éclata entre les Marseillais di* rigés par le sénéchal , et tout le reste de la Provence placée sous le commandement des seigneurs les plus riches et les plus influents. Les Marseil^ lais, cherchant des alliés, s^effbrcèrent de mettre dans rintérêt de la Cour Charles de Grimaldi, seigneur de MonÀco, la maison de Baux , la communauté duMartigues et la ville d'Arles. Partout leurs propositions furent rejetées. Des flots de sang étaient sur le point de couler, lorsque la voÎK de la modération se fit héureusement entendre. Les états généraux se réunirent à AiXé Cette assemblée députa à Marseille Bertrand de Bouc et Imbert d'Alamanon , pour y faire des propositions de p^i« Ils présentèrent au conseil municipal letirs lettres de créance, et Pobjet de leur commission £ut aussitôt discuté. Aucune ré-» solution ne fut prise , et trois membres fuirent envoyés à Aix pour aplanir quelques difficultés. Les états de Provence s^étant enfin mis d'accord avec la commune de Marseille, il fut décidé qu'il y aurait un armistice, qu'on enverrait une dépu- I. 28

talion à la reine Jeanne pour la supplier de s'expliquer sur les privilèges de la proTÎnce, et un autre au Pape pour demander sa médiation.

Aussitôt après le départ des ambassadeurs, les Provençaux rompirent la trêve , sans que la cause en soit connue. Aogier , sergent d armes de Clément yi y arriva alors à Marseille avec une lettre adressée par Sa Sainteté au corps municipal Le Pontifie engageait les Marseillais h Cadre tous leurs efforts pour le rétablissement de la paix. Rogier se rendit ensuite à Âix avec Montolieu de Montolleu <jue le conseil accrédita auprès des états généraux. Ils se présentèrent tous les deux dans l'assemblée, firent entendre des paroles de paix, mais leur mission n'eut aucun succès. Alors les Marseillais résolurent de déployer toute leur énergie. Le conseil de ville s'assembla extraordinairement ^ et décréta que la ville serait mise dans le meilleur état de défense^ que les remparts seraient réparés ; que des levées d'hommes seraient Élites. Uprit des mesures extraordinaires et sollicita partout des secours. Les membres de la commission de la guerre et de la marine furent portés à douze. Rien ne fut négligé pour résister avec avantage à la ligue provençale et soutenir Tautorité de la Reine.

Cependant Clément \ i ne désespérait pas de la

•En i358.

paix. Il envoya à Marseille Philippe, cveque de Gavaillon, pour engager le conseil de ville à faire auprès des étals une nouvelle tentative de couciliaiion. Le conseil ne se montra point rebelle aux dësirs du Pontife, et députa Guillaume deMontolieUj Xiaurent Uicaut et Jacques deGual* bert. Sur ces entremîtes on apprit que la Reine, se rendant aux vœux du pays et aimant mieux céder que d'exciter par une fermeté déplacée un soulèvement dangereux , venait de révoquer Rollandi et de confirmer Raimond d'Agoult dans la charge de sénéchal. Les états ordonnèrent alors à toutes les Communes provençales de déposer les armes. Elles se soumirent k la Heine, et Thar* monie fut ainsi rétablie entre Marseille et le reste de la Provence.

Cette tranquillité ne fut pas de longue durée. La perle de la bataille de Poitiers couvrit la France d'un long crêpe de deuil, et la Provence se ressentit d'un si grand désastre. Arnaud de Servole, gentilhomme de Férigord, fut blessé et pris dans cette célèbre journée, en combat* tant pour le roi Jean* Âpres avoir recouvré sa liberté, il organisa quelques compagnies de sol-» dats débandés, s'en déclara le chef, et faute de trouver de Pemploi, fit à la tete de ses troupes le métier de brigand. Arnaud de Servole porta, nous ne savons trop pourquoi , le surnom d'Ârchi^ prêtre. Il entra dans la Provence et la ravagea,

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favorisé par Amiel de Baux et Raimond de Baui , comte d'Âvelm^ qui, selon toutes les apparences, avaient formé le dessein de profiter des calamités publiques et de Téloignement de la reine Jeanne , pour séparer ce Comté du royaume de Naples.

La fidélité des Marseillais k la cause royale resta

inébranlable devant cette insurrection redoutable produite par l'amour du brigandage et le dâir de rindépendance nationale. Ils prirent d'abord avec sagesse des mesures de sûreté, et mirent Ja ville à l'abri de toute surprise. Us songèrent ensuite à opérer dans le pays un grand mouvement royaliste et à étouflfer la rébellion. Les communes d'Arles y de Nice, de Toulon, d'Âvignon, de Grasse et dllyères étaient aUacliccs au parti de la Reine. Raimond d'Âgoult, Isnard et Guillaume de Glandevès , seigneurs qui exerçaient une grande influence, marchaient sous les mêmes enseignes avec une ardeur chevalerescrue. Marseille envoya des députés dans toutes ces communes pour s^entendre sur les moyens ii prendre, et pour organiser un bon système de défense. Elle députa aussi à la cour de Naples pour solliciter des secours , et implora , dans une procession solennelle, la feveur du Dieu des armées pour le triomphe des armesroyalistes. L'oriflamme de la ville fut arborée sur les remparts.

Siméonisp avocat de la ville de Vciice, s'étant

placé à la téte de seize cents hommes dévoués à la reine Jeanne, écrivitauzMarseillais qu'il était pvet àse joindre à eux pour combattreles ennemis. Le comte d'Avelin, voulant empêcher cette jonction, envoya des troupes tirées d'Âubagne , de S*-' Marcel et de ses autres terres , sous la conduite d un prêtre de Salon. Elles firent quelques ravages dans le territoire de Marseille. Les Marseillais, usant de représailles, firent sortir deux colonnes* La première, sous le commandement de Jean d'Olioules et de Jean de Senis^ s*empara de vive force d'Aubagne. La seconde, sous la conduite d Isnar J Cignesicr, se rendit maître du cliâteau et du bourg de -Marcel* La perte de ces plaees irrita le comte d Avelin, qui voulut en tirer vengeance; mais les Marseillais surent déjouer tous ses efforts.

Cependant les milices royalistes , ramassées à la hatC;, composées Je bourgeois et d'artisans éle- . vés loin des combats, étaient impuissantes pour arrêter les brigands aguerris conduits par Parchiprêtre et les indépendants armés par la puissante maison de Baux. Dans ces circonstances critiques , les royalistes appelèrent à leur secours Jean , comte d^ Armagnac , auquel on promit 35,000 florins d'or, c'est-k-dire 338,100 livres, en dédonomagement de ses dépenses. Jean entra en Provence avec deux mille cinq cents hommes d^armes, et les Marseillais lui envoyèrent cent «arbalétriers.

. Le sénéchal de ProTence , qui croyait étouffer

rinsurrection avec les secours du comte d'Armagnac, fut trompé dans son espérance. Le nombre et l'audace des révoltés ne faisaient que croître. Antoine de Baux, prévôt de l'église de Marseille et frère du coaile d'Avelin , prit les armes et arbora les couleurs de l'indépendance. 11 se saisit^ avec cent cavaliers et quelques fantassins , du château de Koquefort occupé par les Marseillais. Après cet exploit y il tenta de prendre LaCadière^ mais sans pouvoir y réussir.

Alors le sénéchal accourut à Marseille. Il assista à une séance du conseil de ville et y fit Téloge des Marseillais, qui depuis le commencement des hostilités donnaient tant de preuves de dévouement. 11 invita le conseil à choisir dans son sein une commission chargée de l'éclairer de ses con- ; seils pour la direction de toutes les affidres de la province et pour tout ce qui serait relatif au service de la Reine. L'assemblée, flattée de cette marque de confiance, désigna sur-le-champ Laurent Ricaut et Pierre Austric , tous deux syndics, et Guillaume de Montolieu, Antoine Dicude, Giraud Aimeric, Jean Elie, Jean de Jérusalem et Simon d Apt.

Une troupe ennemie, composée de six cents hommes d'armes, était entrée dans IcComtat Venaissin, et avait marqué sa route par le pillage , l'incendie et le meurtre. Pour mieux tromper le

Pape et ses sujets, cette troupe portail rétendarJ royal, et sur les cottes-d'armes Técussou de Marseille. Après être sortie des Etats du Pape, elle était allée k - Maximiii , avait donné l'assaut a la ville et Pavait prise. Mais Péglise, qui était for* tifiée et vigoureusemen t défe nd ue, résistaità toutes les attaques. Le souverain Pontife , croyant que cette bande dévastatrice avait été réellement armée par les Alarseillais , en témoigna un vif ressentiment. Le conseil municipal de Marseille lui envoya deux députés pour le calmer, pour lui faire connaître le véritable élat des choses, et le conjqrer de prendre la ville sous s^ protection.

Sur CCS entrefaites , Pcglise de S' - Maximin fut prise de vive force y et les ennemis au nombre de cinq mille hommes se dirigèrent sur Bfarseille. A cette nouvelle, l'alarme se répandit dans la ville, mais ce premier sentiment de frayeur fit bientôt place a une resolution énergique. On expulsa tous les habitants qui étaient unis k des ennemis par quelque lien de parenté. Les artisans furent arrachés à leurs travaux et armés aux frais de la commune. Les troupes marseillaises attendirent ainsi de pied ferme l'armée des indépendants, qui n'osa pas se montrer.

Les députés marseillais envoyés vers la Reinecomtesse, retournèrent dans la ville. Le royaume de Naples était en proie à l'anarchie et à la violence des factions. Les princes de la maison cle

Dttm, qui étaient éloignés des affiures, et ceux

de la maison de Tarente qui y avaient la principale part, causaient tous ces troubles par leur rivalité ambitieuse et puissante ^ La cour était dans l'abandon et Jeanne sans autorité. Cette malheureuse princesse ne pouvait envoyer aucun secours aux Marseillais, mais elle leur écrivit une lettre remplie d'éloges et exprimant sa reconnaissance pour les obligations qu^elle leur de* valt. £Ue leur fit en même temps donation du château et du bourg de Saint-Marcel

La mort du comte d'Âvelin éteignit k feu qu'il avait allumé î mais ce calme ne dura pas

' Le doc de Duras, qpi avait épousé la prineesse Haxîe, sœur de Jeanne» avait été mis à mort par le roi de Hongrie ,

comme cpmpllçc du meurtre d^André.

* Depuis cette époque jusqu'à la révolution, la ville de Marseille a été seigneur de Saint-Marcel. Les consuls d'abord , et ensuite le maire et les écheYius, «Kercèrent les droits seigneoriaux dans le territoire de ce fief et de ses dépendances, en nommant le TÎguier et les officiers de justice ; de sorte que tous les propriétaires des biens situés dans ces lieux étaient vassaux de la ville, sans distinction. Le château de Saint -Marcel était autrefois un lieu de défende , et les Marseillais en confiaient la garde à un de leurs citoyens qui avait le titre de châtelain. Ce cbàteau n'existe plus. Les comptes de la commune font mention des honoraires du châtelain de Saint -Marcel jusque dans le 17* siècle. Les prières du prône se faisaient pour les habitants de Marseille ^ çonune seigneurs. Les pénitents de ce lieu i^outaient même aux litanies : Spiritus Sancte Dei, custadi MassiUam,

' Au commencement de i36o.

DE MARSEILLE. 441 long-temps. Les» Anglais avaient été obligés d'évacuer toutes les places fortes de France y après le traité Je Brétigny, ou fut terminée une longue guerre et où Ton fixa la rançon du roi Jean. Les officiers et les soldats , mal payés y congédiés et accoutumés au pillage, formèrent, sous différents chefs, de nouvelles compagnies appelées les tard* venus* Ils se répandirent en Provence, et y laissèrent des traces de leurs fureurs. Ils surprirent le PontrSaint-£sprit, dont ce Jiu pitié ^ dit Frois* sard, car ils occirent maint pnjuthomme et violèrent mainte demoiselle. Heureusement, le marquis de Montserrat, ayant besmn de troupes contre le seigneur de Milan , les engagea k son service , moyennant l'absolution de leurs péchés et soixante mille florins qu'ils reçurent du Pape.

Âu milieu de tant de calamités qui désolaient la Provence , il était certainement facile a Marseille de s'affranchir de l'autorité royale et de ré^tablir Taneienne forme de son gouvernement populaire ; elle n'eut rencontré dans l'exécution de ce dessein aucun obstacle sérieux. Depuis quelques années, elle était presque souveraine de fait, €t le vîguier suivait plutôt l'impulsion du conseil municipal que celle de la reine Jeanne ou du sénéchal de Prorence. Les républiques d'Italie Allaitaient avec elle de puissance à puissance } Florence lui avait demafndé quelques galères, et elle en avait obtenu huit. Les Fisans s'en irri-

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terent et écrivirent au conseil que si à Tavenir il

les offensait j ils n étaient pas garants de ce qui pouvait amyer. Le conseil répondit avec fermeté qu'en rendant ce service k Florence , sa fidèle alliée , il n'avait pas voulu offenser Pise , et que si les vaisseaux marseillais étaient attaqués y il espérait que Dieu favoriserait sa bonne cause. La république de Pise envoya alors a Marseille trois ambassadeurs, qui lurent leurs lettres de créance dans le sein du conseil ^ et firent valcnr certains privilèges qui avaient été accordés k leur gouver* nement par plusieurs Empereurs et confirmés par plusieurs Papes, pour naviguer dans certains parages , à Pexduaion des antres peuples, ils dirent que tout leur faisait croire que Marseille ne violerait pas ces privilèges, et qu'elle aurait égard h. Tancienne amitié qui l'unissait à Pise. Le conseil répondit qu^il s'efforcerait toujours de conserver cette amitié j mais que , dans tous les tencips , aucune limite n'avait été fixée à la navigation marseillaise, que la mer était libre ^ et qull ne pouvait reconnaître ces privilèges sans valeur. Les ambassadeurs retournèrent chez eux, etlesclioses n'allèrent pas plus loin. Mais ce qu'il y eut de singulier^ ce fut de voir un ambassadeur génois, envoyé aussi à Marseille pour intervenir dans la même affidre, invoquer des traités passés entre la république de Gênes et les comtes de Provence , et demander TexUradition de quelques proscrits.

DE MAa&£lLL£. 443 Le conseil lui dit que ces traités ne pouvaient lier la ville de Marseille , qui était distincte du comté de Provence et avait son gouvernement particulier ; que Texiradition réclamée était contraire à ses statuts et a ses franchises. De sorte que les Marseillais se regardaient comme indépendants : ils n'avaient plus qu^un pas à fidre pour se proclamer tels , mais ils reculèrent devant cet acte , et le cœur leur fidllit. Us ne tentèrent pas même d'acquérir à prix d'argent leur complète indépendance politique j comme ils avaient fiât jadis avec leurs derniers vicomtes, ils auraient peutêtre réussi, car la reine Jeanne, toujours dans la pénurie, jouet infortuné d'un destin capricieux, aurait pu consentir à un pareil accord ; mais Us n^étaient pas sûrs de l'avenir , qui ne leur inspi* rait aucune sécurité. Ils se rappelaient avec douleur les injustes contestations qui leur avaient été faites par les possesseurs du fief vicomtal , ^près

raffrancKisscmcut de la commune, la lutte qu il avait fallu soutenir contre ces indignes seigneurs, et les nouveaux sacrifices pécuniaires qui en avaient été la suite. Au reste « le caractère des . Marseillais était beaucoup moins enfiammé par l'amour de la démocratie } leur situation satisfiûsait tous leurs besoins , et ils craignaient de compromettre, par les écarts d'un patriotisme trop ardent, une existence sociale qui leur présentait une somme raisonnable de liberté. Les

principales maisoiis de la ville avaient formé des

liaisoiiâ étroites avec la cour de Naplcs ; elles entretenaient avec ce royaume des relations commerciales trop utiles h leurs intérêts respectif pour qu'on n'en désirât pas la durée. Les Marseillais crurent donc n^avoir rien de mieux à faire que d'être sincèrement dévoués k la maison d'Anjou y digne après tout de leur amour ; mais ce dévouement ne les empêcha pas de soutenir rintégrité de leurs franchises municipales avec une fermeté qui ne se démentit jamais.

Les chapitres de paix les déchargeaient , dans la Provence, du paiement de toute sorte de droits et d'impositions. Néanmoins, les habitants d'Arles arrêtèrent dans le Rhône , en 1 360 , une barque chargée de blé que les magistrats municipaux de Marseille Ikisaient venir pour 1 approvisionnement de la ville* Les Arlésiens voulurent soumettre le patron de cette barque à payer un droit qu'ils avaient établi. A cette nouvelle y le conseil municipal s'assembla , et il y fut décidé qu'une galère serait armée pour ravager le territoire d'Arles. La galère remonta le Rhône , débarqua des troupes qui pillèrent le pays et emmenèrent vingt-cinq prisonniers , au nombre desquels se trouvèrent trois domestiques du sénéchal , qui écrivit aussitôt aux Marseillais de leur rendre la liberté. Cet empressement du sénéchal fut regardé par les Marseillais comme une par-

DE MARSEILLE. 40 tialité injuste , et leur fit même croire qu'il était

dlntelligence avec leurs ennemis. Les prisonniers ne forent renvoyés qu'après la restitution de la barque • et les Marseillais, dans leur colère contre le sénéchal , allèrent jusqpi'k méconnaître son autorité et a s'opposer à l'installation du viguier, des juges de première instance et d'appel, et des autres officiers royaux qu'il venait de créer. Tott« tefois ils protestèrent de leur fidélité à la Reine , et lui députèrent un membre du conseil pour exposer les moti& de leur conduite. Ils obtinrent de cette Princesse des lettres patentes faisant injonction au sénéchal d'exécuter franchement les chapitres de paix.

Louis de Tarente mourut , le 1 6 mai 1 362 , sans testament, parce qu'il n'avait rien en propre et que tout appartenait à la Reine , son épouse. Il ne laissa que deux filles naturelles , les deux princesses Françoise et Catherine , qu'il avait eues de son mariage , étant mortes en bas âge. Les Marseillais rendirent k sa mémoire les plus grands honneurs, et Guillaume de Grimoard, abbé de S^-Yictor , fot chargé de prononcer son

heure l'état monastique ' : reçu dans le prieuré

' Il était né an cliàteau dé Grisac , dans le Gévaudan. Il était fils de Guillaume de Grimoard, chevalier, seigneur de Grîsac et de la Garde , et d'Anphelisse de Montferrand. La maison de Grimoard s'est fondue dans eelle de BeauToir-Duroiare, Ters la fin du x5^ siècle.

de Chiriac , diocèse de M ende , il alla plus tard étudier k Montpellier avec tant de succès, qu'il devint docteur en droit civil et en droit canon. Il fut ensuite pourvu de Tabbaye de S*-Germaind'Auxerre, puis de celle de S^Victor Les Marseillais envoyèrent douze citoyens notables k Naples 9 pour faire , an nom de la ville , leur compliment de condoléance a la Reine. Grimoard y fut aussi envoyé avec une misnon semblable par le pape Innocent vi, qui séjournait toujours h Avignon. Innocent expira peu de temps après %

et Grimoard était a Florence , lorsqu'il apprit la mort du souverain Pontife* Vingt cardinaux, qui se trouvaient a Avignon, entrèrent au conclave ety restèrent plus d'un mois. Grimoard, élevé dans un cloître , ennemi de la cabale et de rintrigue, éloigné alors des lieux oii allaient s'agiler tant d'ambitions puissantes et rivales y ne se doutait sûrement pas que les suffrages du sacré Collège tomberaient sur lui, lui qui n'avait jamais porté si haut ses modestes prétentions , lui qui n'était pas même revêtu de la pourpre romaine. Il fut pourtant élu, k la grande surprise de la chrétienté. Les cardinaux , doutant s'il consentirai t a Télection , ne la publièrent point et lui expédièrent un courrier, pour qu'il fit connaître

* En iS58.

* %% ieptembre i36s*

sa volonté. Grimoard reçut, sur la route de Florence à Naples, le message du conclave; il envoya aussitôt son consentement^ revint en France et fit son entrée a Avignon le 30 octobre 1362» Le 6 novembre suivant , il fut sacre évâqne et couronné pape , sous le nom d'Urbain v , par Audoin Aubert , évoque d'Ostie ».

Urbain ) qui porta toute sa vie Thabit monastique de S^-Victor , fit réparer et fortifier cette abbaye, lui donna de nouveaux privilèges, des reliques et des ornements précieux. Il témoigna aussi auxMarseillais un attachement inébranlable, et cemt-ci eurent toujours pour lui le même sentiment. Comme il désirait envoyer quelques renfi>rt9 à Cometti, son légat en lulie, pourseconrir les Florentins, ses alliés, auxquels les Visconti de Milan Élisaient la guerre , les Marseillais lui fournirent cent arbalétriers , sous le commandement de Pierre de Lingris, damoiseau.

11 y avait eu jusques a cette époque à Marseille quelques écoles publiques dirigées par des partieullers. L'évêque Guillaume Sudre • les révoqua

' Flenry, Hist. EedédMtiqiie, Ut. xcvi. Hist. des Papes,

t. m y La Haye, 1773.

* Depui» Benoit d'Alignaiio, dont nous avons parlé et qui mourat en 1266 , onze éTé^pies furent placés sur le siège de Marseille; ce sont: Robert, nommé en i»66; Raymond de

Nîmes , en 1268; Durand, en ia88; Raymond iv, en i3ia; Oosbert de Laval, en i320 j Adhémar Amelin, en i324; Jean

par lettres patentes y et fit venir du diocèse de Chartres un bachelier auquel il donna la direction de tous les établissements d'instruction* Ces établissements furent désormais placés sous Fnnique

dépendance du clergé, qui y enseigna la gram* maire , les belles^lettres et la logique. Le clergé, spéculant sur les préjugés populaires , aspirait partout k être maître de l'éducation de la jeunesse. Il avait de bonnes raisons en agissant ainsi;' mais ne s^est-il januds trompé dans son espoir et dans ses calculs ? Ces intelligences comprimccs qu'il fiaiçonnait à ses doctrines ne lui échappaioiV elles pas quelquefois? Ne venaient -elles pas respirer dans une atmosphère plus pure, et ne s'é-* loignaient-elles pas des institutions cléricales avec d'autant. plus de dédain qu'elles les avaient vues de plus près?

Les intentions de la reine Jeanne à l'égard des Marseillais étaient éludées sous de vains prétextes, et la mauvaise foi du sénéchal tendait à violer les franchises , pouf Inexécution desquelles ils étaient toujours sur leurs gardes. Un droit de péage avait été établi k Âix y et on voulait les y soumettre. Le conseil municipal de Marseille déclara hautement que si les citoyens de cette ville n'en étaient pas exemptés ^ Tautorité du sénéchal

Artaudi, en i337; Robert de Mandagot, en i344; Hugues d'Arpajon, en t36o; Pierre Fabri, en i36i; et GnUlMuiie Sudre, dans la même année.

D£ MAAS£ILL£. 449

cesserait d'être reconnue. Urbain v, toujours disposé k Cavoriser les Marseillais, appuya leurs plaintes ; et le sénéchal , voyant qu ils n'étaient arrêtés par aucune eonsidération , se ravisa et proposa un arbitrage pour rétablir la paix. Il choisit , à cet effet , Rostang Vincent et George de Montemalo. Les Marseillais nommèrent GuiUaume de Saint-Jacques et le damoiseau Pierre de Lingris , qui était revenu d'Italie , ou il s'était distingué. Les arbitres reconnurent la justice des plaintes de Marseille , et décidèrent que tout ce qu'on avait exigé des Marseillais à raison des droits du péage établi à Aix , leur serait restitué ; qu a r avenir ils seraient francs de toute espèce de charge dans la Provence , conformément aux chapitres de paix. Les Marseillais furent pleinement satis&its de cette sentence. Le sénéchal se rendit a une séance solennelle du conseil de ville, où l'on fit lecture de ses lettres de' provision, qui furent entérinées j il prêta ensuite le serment accoutumé^.

Urbain v avait désiré marier Jeanne d'Anjou avec Philippe , alors duc de Touraine et depuis duc de Bourgogne, quatrième fils de Jean, roi de France . J eanne, craignant rinfluence de laFrance, et ne voulant pas se donner un maître, avilit ac-

• En i366. Archives de l'Hôtel de Ville. — Kuffi, tom. i, IW. V, ch, XI.

cordé la préférence à Jacques d'Aragon , roi titulaire de Majorque , comte de Roussillon et de Cerdagne. Ce Prince était sans patrimoine, et son përe avait été dépouillé de ses Etats par Pierre iv, roi d'Aragon, dont il ae voulait pas reconnaître la suzeruneté. Jacques, borné au rôle d'époux, devait ne point prendre le titre de roi^ ne recevoir aucun hommage et ne se mêler en rien des affaires. Le choix de la reine Jeanne avait inspiré à Urbain y un vif mécontentement. Ce Pape ne resta pas long-temps a Avignon il en partit le 30 avril i 367 , alla au pont de Sorgue ^ oii il resta deux jours, et arriva k Marseille suivi de tous les cardinaux, k l'exception de cinq ^ il fut reçu au milieu des pompes les plus magnifiques et des plus sincères démonstrations de joie et de respect. Toute la population alla processionnellement k sa rencontre, ayant k sa téte Jacques Atulfi, qui portait Tétendard marseillais, et Jacques Stornelli, qui portait l'enseigne royale* Le souverain Pontife logea à l'abbaye S*- Victor, et versa des larmes d'attendrissement en voyant le cloître antique cil il avait coulé des jours tranquilles , et les religieux dont il était naguère le chef* Les cardinaux logèrent les uns au palais e'piscopal , les autres chez Guillaume et Charles de Montolieu, Bertrand Gandole, Pons d'Alama-

' Flcury, Hist. Ëcclés., liv, xcvi.

DE MARSEILLE. 4$t

non, Pierre de Saint-Jacques, Pierre Âleman, Bérenger de Boulbon , Etienne de Brandis et Guillaume Martin Le 19 mai, le Pape et le sacré Collège partirent de Marseille avec une flotte de vingt-trois galères et de plusieurs autres bâtiments que la reine Jeanne , les Vénitiens , les Génois et les Pisans avaient fournis. Urbain arriva dans quatre fours a Gênes, oii il fut reçu par le Doge et par le peuple avec beaucoup d liouneur. Quelques mois après ' , il entra à Rome avec une escorte de deux mille gendarmes , et fut installé dans la chaire pontificale ^,

Urbain seconda heureusement la poliLÎtjue avec laquelle Jeanne dissipa deux orages qui se formèrent sur larrovencc. Richard, roi d'Angleterre, avait obtenu dePEmpereur la cession du royaume d'Arles. Edouard m réclama pareillement cepays, du chef d'£léonorc, iille du dernier Bérenger et femme d*Henri in d'Angleterre, pour sion second fils, le duc de Lan castre. L'autre ennemi, plus redoutable, était Louis, duc d'Anjou, gouverneur du Languedoc pour le roi Charles v, son frère. Ce Prince fit des tentatives sur la Provence, par la seule raison que ce comte était a la convenance de son ambition. Bertrand Duguesclin, qui

■ KnSàf t. I, liy. v, cb. xi.

* i6 octobre 1)67.

' Flcury, îbid. — Hist. des Papes , ilnd.

commandait l'armée française, mit le siège deyant

Tarascon le 4 mars i 368. Il y entra par la trahison de quelques habitants. Il alla camper sous les murs d'Arles le 1 1 ayril , et fit prisonniers Guirand de Simiane, Arnaud de Villeneuve, et Glandevès, seigneur de Caers. Les ennemis, désespérant de remporter la place, se retirèrent après un siège de 19 jours , et repassèrent le Rhône.

Les villes de Marseille et d'Aix formèrent une ligue pour résister aux ennemis, a peu près comine auraient pu iaire deux républiques indépendantes : elles promirent de se soutenir mutuellement contre quiconque attaquerait leur liberté'. La Reine approuva cette ligue, que la présence du danger rendait nécessaire j mais quand il fut passé, elle Tannula, comme un monumentde sa faiblesse et comme un acte dangereux pour son autorité.

Cette Princ^se était alors à Rome , oii elle avait pris beaucoup d'empire sur l'esprit du Pontife^ qui la traita avec distinction et lui donna la rose d'or, préférablementk Pierre, roi de Chypre, qui se. trouvait alors dans cette ville. Les cardinaux en murmurèrent, disant qu'il n'y avait point d'exemple d'une faveur si éclatante accordée à une femme, en présence d'un Roi. C'est, répondit Urbain, i/u'on n'aidait jamais m un abbé de SairU'f^icior sur la chaire de SaiM Pierre *.

' PiUon^ Uiftt. d'Aix, ch. ix, p. 9.

• Fleuiy, iViL

D£ MARSEiLLE. 4j3

Ce Pape y ayant résolu de reTenir à Avignon , envoya à Marseille Pierre Georio , son familier, pour faire savoir aux habitants qu'il ne tarderait pas de repasser dans cette ville. Il y arriva, en effet le i6 septembre 1370, et fut reçu avec les

mèiues honneurs qui lui avalent été aceordés deux ans et demi auparavant 11 se reposa pendant quelques jours^ et partit pour Avignon.

U avait la résolution de négocier la pain: entre la France etVAngleterre, lorsqu'il fût attaqué d'une grave maladie. Jugeant que sa mort était proche , il ne songea plus qu'à ce qui regardait son salut. Si jamais , dit-il, fai avancé autre chose que ce qu'enseigne V Eglise Catholique , je réwHfue mon sentiment et le soumets à la correction de cette Eglise sainte. Protestation , observe Fleury % qui prouve que ce Pape ne se croyait pas infaillible.

Ml

après avoir occupe le trône pontifical huit ans et quatorze jours avec beaucoup de sagesse* Sou cœur' fut transféré k Marseille , dans l'abbaye de S^-^yictor^ oU on lui éleva un riche mausolée.

Marseille et la Provence furent , cette année , ravagées par la peste. 11 paraît qu'on n'apportait aucune précaution pour s'en garantir. Bientôt'la

* Hist. des Papes, û/.

■ Liv. xcvii.

famine vint ajouter toutes ses horreurs a ce fléau. Peu de temps après % le conseil de Tille fut réduit au nombre ancien de quatre-vingt-trois membires. Cette mesure fut motivée par la dépopulation de Marseille.

Jeanne ^ i(ui était dans la cinquantième année de soa àgc , ne se flattait pas de Jeveuir mère. Ailssi eut^Ue soin d'assurer^ par un acte royal ^ sa succession k Charles de Duras , époux de Marguerite, troisième fille de la princesse Marie. Peu après , elle perdit Jacques , son troisième mari 9 et en épousa un quatrième^ le prince Othon de Brunswick. Un schisme religieuic la plongea dans de nouveaux malheurs. Urbain v avait résolu de rétablir le SMiiiége dans Rome, et sou successeur Grégoire xi, Français comme lui^ exécuta ce dessein* Le Pontife ne vécut pas long« temps j il mourut à llomc le 27 mars 1 378, et les cardinaux élurent un Napolitain^ rarchevêque de Barri, intronisé sous le nom d'Urbain vi. La Reine ^ qjai vit cette élection avec plaisir , parce qu'elle croyait qu'un Poutlfe né sou sujet aurait des égards pour elle , fut cruellement détrompée lorsque le nouveau Pontife ne lui montra qu'un souverain orgueil. Par l'influence de la cour de Naples , les cardinaux s^assemblèrent K Fond! , Ville de ce royaume , et^ sous prétexte de certai-

• En 1376.

nés Tiolences populaires lors de réleclîon dVr* bain vi, cassèrent celte élection cL nommèrent ' Aober i de Genève ^ qui prit le nom de Clément tu. Il y eut alors deux Papes , Urbain vi , qui resta k Rome y et Clément vii^ qui vint k Avignon ^ après avoir débarqué k Marseille.

Urbain vi , indigné contre Jeanne , qui avait contribué à Pélévation de sou concurrent, fulmina contre elle une bulle par laquelle il la dé« clara schismattqne , excommuniée et déchue de la royauté ; il offrit en même temps la couronne de Naples k Charles de Duras, le même qui avait été déclaré héritier de la Reine, et qui vivait alors à la cour de Hongrie. Charles de Duras ne résista pas k cette ofire séduisante j et résolut de marcher sur Naples. Jeanne voulut alors se procurer un appui, et la France lui parut devoir être son unique ressource. Elle adopta Louis, duc d'An* jou, frère de Charles v, qu'elle déclara son héritier universel par testament du 23 juin 1380.

Charles de Duras, couronné d'abord dans Rome par Urbain vi , envahit les £tats de Jeanne et obtint les plus grands succès. Il entra sans difficulté dans la ville de Naples et bloqua le Chtit eau-Neuf, oii la malheureuse Princesse s'était réfugiée avec toute sa cour et beaucoup de personnes de condition des deux sexes. Le prince Othon , cantonné dans Averse avec son armée, fit d'inutiles cûbrts pour secourir Jeanne , qui , dans cette cruelle

extrémité y envoya faire des propositions de paix à Cliarlesde Duras. Celui-ci ne lui accorda qu'une trêve de cinq jours y à condition qu'après ce terme elle se mettrait en son pouToir, si son époux ne venait faire lever le siège. Le cinquième jour, Otkon parut devant Naples, livra bataille à Tarméc de Duras ^ fut vaincu et fait prisonnier. La Reine ^ qui, des fenêtres de son appartement, voyait la déroute de ses troupes ^ donna des marques d'un violent désespoir, et se rendit au vainqueur. Charles feignit d'abord de traiter sa tante avec un profond respect.

Dans le commencement de cette étonnante révolutiouy laKeine avaitenvoyé en Provence Louis- Antoine de la Ratta , comte de Ca$erte , pour lui amener des secours et notamment des galères de Marseille. Les Marseillais , apprenant avec une vive douleur les calamités qiû accablaient la Reine , firent des efforts inouïs pour le triomphe de sa cause. Ils travaillèrent avec ardeur à Tequipement de dix galères, sur lesquelles s'embarquèrent tous les gentilshommes de la ville et un grand nombre de Provençaux* Cette flotte prit la route de Naptes.

La Reine était depuis quatre fours au pouvoir

Je Ckarles de Duras , lorsque les galères marseillaises arrivèrent. Charles, qui croyait Pavoir désarmée par ses feintes caresses, lui permit de voir les commandants des galères ^ se flattant qu'elle

DE MAKS£ILL£. 457

leur ordonnerait de le reconnaître pour roi. Mais Jeanne^ conservant dans ses malheurs une noble fierté, dit à ces commandants, quand elle fut sente avec eux : (( Vous voyez Tinfortune affreuse qui pèse (c sur la vie de votre souveraine; Livrée aux ri- (( gueurs de la faim, réduite aux dernières extrétt mites y j'ai souffert tout ce que les soldats les plus « aguerrisseraientkpekiecapablesdesouffrir . Gé- « néreux Provençaux, fidèles Marseillais, s'il vous « reste quelque souvenir de mes bontés , si vous « respectez le serment qui vous lie^ s'il est encore (( dans vos cœurs quelque étincelle de cet amour ((dont vous m'avez donné tant de preuves, je n TOUS conjure de ne jamais obéir au tyran qui (( m'opprime* Regardez comme faux, ou comme (( arraché par la violence, tout écrit par lequel u il vous paraîtrait que j'ai fait héritier cet infâme « usurpateur. Ma volonté sera toujours que vous «reconnaissiez pour souverain dans mes Etats «au-deik des monts le duc d'Anjou, que j'ai (( nommé mon hâritier universel. C'est a lui que a je laisse le soin de ma vengeance. Braves amis, « partez, allez vivre sous ses lois \ »

Les capitaines ne purent entendre ce discours sans verser d abondantes larmes ; cl Charles irrité fit enfermer séparément la Reine et son mari.

' Papon, t. III, Hv. vu.

lie duc d'Anjou , pressé j^ar les instances de Clément yii et les conseils de la cour de France , résolut d'aller secourir la Reine. 11 arriva à Avignon le 22 février 1 382 , et ne trouva point dans les Provençaux le zèle sur lequel il avait compté. La ville d^Âîx et la plus grande partie de la province refusèrent de le reconnaître. Marseille, au contraire, embrassa sa cause avec ardeur. Ce Prince adressa aux Marseillais un manifeste daté de Carpentras y dans lequel il leur déclara que son intention n'était pas de prendre possession des Etats de la reine Jeanne, du vivant de cette princesse ; quHl aspirait seulement a lui rendre la liberté et la couronne. Le duc alla ensuite mettre le siège devant la ville d'Aix, sans pouvoir la réduire.

CepcndauL lout semblait prendre à Naples une face nouvelle. Le parti de Jeanne s'y renforçait; Charles de Duras , après avoir consulté le roi de Hongrie , fit étouffer cette Reine infortunée le 22 mai 1 382 , et se déclara roi sous le nom de Charles m

Le duc d'Anjou ignorait encore ces événements lorsqu'il passa les Alpes à la téte de quinze mille chevaux et de trois mille cinq cents arbalétriers. Arrive devant Tarentc^ il enleva à la ville d'Aix,

' Olhon fut, deux ans après, rendu à la liberté, à condition fiu*il ne servirait plus contre Charles de Dtiras.

Dfi MARSEILLE. 459

qui persistait dans sa désobéissance^ les privilèges

dont elle avait jusques alors joui , et ordoiiiui qu'on transportât à Marseille la cour souveraine et les archives de la chambre des comptes.

La campagne du duc d'Anjou s'ouvrit glcnrieusèment en Italie, et ce Prince écrivit aux Marseillais pour leur annoncer ses succès. 11 ajouta qu'il conserverait toujours dans son cœur Id souvenir de leur constante fidélité. Cette lettre , datée dlmola le 1 0 août 1 383 , fut lue solennellement dans le conseil de ville le 29 du même mois*

La guerre civile ne tarda pas à se rallumer en Provence , Charles de Duras y ayant envoyé en qualité de sénéchal Ballhasard Spinelli , seigneur napolitain. Aix, Toulon, Tarascon, Draguignan, Fréjus, Hyères, S^-Maûmin et d'autres communes prirent ouvertement le parti de Char-» les de Duras. Marseille re^ta placée à la tête des cités fidèles au duc d'Ânjou, et leur donna une impulsion guerrière; Ârles était parmi ces dernières.

Les Marseillais firent une proclamation portant défense à qui que ce fut, sous peine de con<^ fîscation de corps et de biens, de ne causer aucun dommage aux châteaux-forts qui étaient leur^ alliés , savoir : Cuges , Signes , OliouUcs , Sixfours , La Cadière , La Ciotat , Ceyreste , Cassis ^ Aubague , Le Bausset, Roquefort et Le Castelet j

et comme quelques habitants d^Âix s^étakent empares de Ghateauneuf ^ oii ils avaient fait prisonniers plusieurs partisans de Louis y les Marseillais assiégèrent cette place , sons la conduite de Bertrand JÂgoult , s^en rendirent bientôt maîtres , et y laissèrent une petite garnison commandée par Hugues de Roquefort. Le capitaine Bernard îsnard fut chargé de garder le château d'AUauch. Les Marseillais s'emparèrent encore de vive force de Roquevaire et d' Auriol > et y mirent une garnison. Us n'osèrent rien entreprendre contre Toulon, qui était k Tabri de leurs attaques, sous le commandement de deux capitaines appelés Fresquet et Hubac

Les Marseillais sollicitèrent vivement la cour de France d'envoyer des forces en Provence , assurant que c^était le seul moyen de soumettre les ennemis de Louis. Charles vi accueillit leur prière , et chargea de cette expédition Enguerran de Chàteauvilain , qui demanda k Marseille quelques troupes pour fortifier son armée, avec laquelle il préparait à assiéger S*-Cannat et Aiz. Les Marseillais délibérèrent de lui envoyer deux cents arbalétriers sous la conduite de huil brigadiers, qui avaient chacun vingt-quatre hommes, dont quatre portaient bouclier. Chaque brigadier avait ùn guidon sur lequel étaient peintes

' RuHSy 1. 1, Ut. VI.

les armes de la ville. On donnait à chaque soldat sii florins d'or par mois, et la nourriture était à sa charge. S^-Canna^ fat pris au bout de dix jours ^ mais la ville d'Aix résista vigoureusement et fat secourue si àpropos par BalthasardSpinelli, qu'Enguerran fut obligé de lever le siège.

Louis 9 après avoir éprouvé des revers, finit sa carrière a Barri , dans le royaume de Naples , le 20 septembre 1384, laissant de Marie sa femme, fille puînée de Charles de Blois, duc de Bretagne, Louis, qui lui succéda, Charles, duc de Calabre * , a une fille nommée Marie d'Anjou. Par son testament, il conha a sa veuve l'administra lion de ses Etats, jusques a la majorité de son fils aîné, filée à vingt-un ans accomplis ; il lui nomma un conseil composé de trois évêques et de plusieurs seigneurs.

Deux députés marseillais ' , envoyés auprès de

Clément vu k Avignon, pour se concerter avec lui sur quelques mesures à prendre ^ donnèrent à leur retour des détails intéressants que ce Pape leur avait fournis sur les affaires dltaUe. Ils apprirent (ju après la mort de Louis, les principaux seigneurs n'avaient rien oublié pour ranimer le courage de l'armée , qu'ils avaient Élit k ce prince des funérailles magniâques , et les avaient ren-

* Mort le 19 mai i4i4 ,,sans avoir tlv marie.

* Guillaume de Samt-GUles et Raimond Audibert.

dues mémorables par la solennilé d'un acte relU

gieu:i que les usages de la chevalerie autorisaient: ils communièrent tous, et^pendant que le prêtre tenait dans ses mains l lioslie, ils proclamèrent Louis u roi de Naples et comte de ProYence , et jurcTciil qu'ils n'en rccoiinaî Iraient point d'autre, tant qu'une goutte de sang coulerait dans leurs veines. Tous les chevaliers prêtèrent le memeserment, et l'armée vint ensuite se ranger en bataille devant Barlette, où Charles de Duras s'était enfermé» Pleine d'une ardeur guerrière et d'un enthousiasme religieux , elle lui présenta le combat en faisant retentir l'air des cris redoublés de viçe le roi Louis, meure le traître Charles ! Celui-ci, dont le plan était de laisser les Provençaux se consumer dans Pinaction, ne sortit point de Barlette, elles troupes Je Louis ii se retircreiit dans les places qui leur étaient soumises.

Marie de Blois, mère du jeune Louis, était alors à Paris 9 et était traitée par le roi Charles vi avec beaucoup de magnificence. Malgré le zèle des Marseillais et la persévérance de leurs efforts , le parti de Charles de Duras remportait en Provence sur celui de la maison d'Anjou. Les états généraux avaient consulté des théologiens et des jurisconsultes, qui avaient répondu que la reine Jeanne n'avait pu disposer d'une succession que les lois et les dernières dispositions de Charles n et de Robert attribuaient à Charles de Duras. Le parti

de Louis ii envoya a la cour de France le comte de Saint-Severin , Raimond d'AgouU et Guigonet Jarente, pour presser Marie de Blois de venir en Provence avec son jeune fils ; Marseille y députa aussi, dans le même objet, Antoine Dicude^ Raimond Aùdibert et Antoine de Brandis. La ville d'Aix ^ toujours placée k la téte de la faction opposée ^ envoya de son côté des commissaires , qui ne voulurent conférer qu'avec le roi de France , et proposèrent probablement la réunion du comtéil ceLLc couronne. Marie de Blois et son fils, ayant quitté la cour de France | arrivèrent à Avignon le 24 avril 1385, et Clément vu investit le jeune Louis du royaume de Naples et du comté de Provence.

La Régente et Louis arrivèrent à Marseille le i 8 août, et les Marseillais envoyèrent k leur rencontre jusques aux Pennes cinquante arbalétriers, pour leur servir d'escorte. Comme (fêtait un jour maigre , le conseil de ville consacra 15 ilorins à l'achat des meilleurs poissons ^ dont on fit présent aux augustes voyageurs, qui ne tardèrent pas de jurer ^ comme avaient fait leurs prédécesseurs, de maintenir dans toute leur force les libertés municipales de la ville et les chapitres de paix qui eu étalent la base. Gilles Boniface , Jacques Guillaume et lioolin Yivaud, syndics, lui prêtèrent hommage et serment de fidélité, en prince de liaymond et de Fouques d'AgouIt, de François

de Baux, de Florent d€ Caslellane et de GuigMs- Flottes. La Reine renouvela contré la ville d^Aix Tordonnance de Louis qui transférait à Mar« seille les cours de jusUce et le gouvernement , et qui n'avait point été exécutée.

Marseille pourtant voyait sa tranquillité troublée. Les élections municipales, celle surtout des syndics y excitant Tambition des familles riches et puissantes, étaient une source de désordres, et les brigués, portées à leur comble , renversaient toutes les bornes. Dans ces circonstances, la Régente crut devoir modifier le système électoral, et ordonna que le sort déciderait du choix'.

Voici comment on procéda aux élections : Le figuier assemblait , le iO février, les six officiers dbargésd'administrer le département de la guerre, S€x dominos députâtes ad qffîcium guerrœ* Cfeuxet j après avoir prêté serment de donner un bon et loyal conseil , d'agir d'après les règles de rkon* neur en leur ame et conscience , désignaient trois personnes dans chacun des six quartiers. Les noms de ces citoyens , écrits sur un billet de parchemin f étaient placés dans des boules de cire , qui étaient elles-mêmes mises , trois par trois , dans de petits sacs , renfermés à leur tour dans un plus grand qu'on scellait des armes du Roi, du sceau du viguier et de celui des six officiers

' Par lettres patentes du 28 aoÂt iS85.

électeurs. Ce sac était porlé à la séance du conseil ,

et un enfant pris au hasard tirait une boule de chacun des six sacs renfermé, en commençant par le quartier de SWean. Les personnes dont les noiiis sortaient étaient proclamées députés de la guerre , remplaçaient à l'instant les précédents , et , serment préalablement prêté , désignaient dans chaque quartier deux hommes d'ftonneur , de bien et de discrétion, dont huit d'un âge avancé, et quatre plus jeunes. Les bulletins 4!ontenant leur vote étaient scellés avec les mêmes formalités dans deux sacs ^ Tun renfermait les noms des buit premiers candidats ; l'autre , ceux des quatre candidats plus jeunes. L'enfant amené devant le conseil lirait deux boules du premier sac , et une du second. On proclamait ensuite les no^ls des premier , second et troisième syndics.

Cette élection terminée , on procédait à celle des juges. Les noms de trois avocats étaient inscrits sur trois billets renfermés dans trois boules^ et les boules mises dans un sac. Le même en&nt faisait sortir une de ces boules , d'oîi Ton tirait deux noms : c étaient ceux du juge de première instance et du magistrat des appellations. Les autres officiers étaient élus de la même manière, et ils entraient en cliai*ge le 13 février

La présence de Marie cjc B^ois et de I^ou^s u

* KuHiy tom. H, liv. xii, ch. ii.

ât changer eu Provence les affaires publiques, et le parti de Charles de Duras 8*y affaiblit considérablement. Une trêve de vingt mois fut consentie entre la Reine et le sénécbal Baltkasard SpinelU. Feu de temps après ^ la plupart des villes insurgées reconnurent Tautorité de la seconde maison d^Ânjou , et Spinelli , désespérant alors du succès de sa cause, n'eut rien de mieux à faire qu'à passer en Italie. La mort de Charles de Duras , assassiné en Hongrie, oii il s'était rendu pour s'emparer de la couronne , après la mort du roi Loms^ contribua à la pacification de la Provence. Cependant il se pissa encore une année sans que la "ville d^Âix fît sa soumission et cessât de rcconnailrc comme seul comte le jeune Ladislas, fils et héritier de Charles m.

Ce calme , dont on avait tant besoin , ne fut pas de longue durée. Bien tut surgit un ennemi terrible : c'était Raymond de Turenne , fils de Guil-* laume Roger ,et d'Eléonore de Comminges. Il cherchait à ven^r par la flamme et le fer le tort

que la maison d Anjou lui avait fait eu le privant des terres considérables que ses aïeux avaient reçues de la libéralité du souverain. Des briganda** ges horribles furent commis. Les imaginations épouvantées, n'attendant plus aucun secours de la terre^ en cherchèrent dans le Ciel. De tous côtâ, des processions , composées d'hommes , de femmes et d'enfants y allaient chantant des cantiques

JD£ MARSEILLE. 467 lamentables, se prosternant de temps à autre, et criant par trois lois dans cette humble posture : Paix et miséricorde i

Les ennemis surprirént Châteauneuf-du-i^Martigues 9 que les Marseillais avaient remis entre les mains de la Reine. Celte Princesse envoya aussitôt à Marseille le seigneur d'Oraison et Francesquet ^ trésorier de Provence, pour implorer le secours de cette ville fidèle. Les Marseillais offrirent à Marie de mettre à sa disposition cent arbalétriers, armés aux frais de la commune, tant que durerait la guerre; ils lai firent aussi un don gratuit de 1,000 livres. La Reine leur envoya Guigonel-Ja* rente avec la lettre suivante , datée de Pertuis le 12 mars 1387-

a Maria regiiia Jérusalem et Siciliœ, comi" tt tissa Provinciœ»

a NohiUbas et cgregiis çiris sjndicis et consia lio, acdeputatis adguerram cisfitatis Massiliœ,

M devotis nostris et regiis fidelibus dilectis.

« Très cars et fiels nostres, nos aven receupu^ «das presentialment alcunas lettras de nostre « très car et fiel conseiller lo segnor d*Oraison et «de nostre trésorier deProvensaFrancesquet, c( per las quais aven perce upudas la grand et ho- (( norabla oblation vcstra de mille franc de don

c< graiiousy per adjudar et souslenir nostre geus <( d^armas, et cent arbalétriers^ à tenir seti tant (( qua mestier fossa a vostres despens, lequel don «et oblation nos tenen non ponch petits, mas (( grans et honorables ^ de certans et day tels iiels « nostres nosjros regratian, lou plus grandamens M quepoden... Ccnque nos speram eiiDious, bre- « Yemens mettre los fach d'aquel nostre pais de « Provensa en tal apointcmcnt et tal assolamcnt « que non aura plus beson de £air guerra ^ comme « vos rcporlara alsso et alcunas autras causas de « bocha^ plus àplen de nostra part^ nostre très (( car et fiel conseiller Guîgonet-Jarente, loqnal (( aven mandat par devers vos sabens fiels nostres c< que nostra entendement es toujours de nous (( coudurre iiaalment ni fermamem en aquestas « besognas sensa vostre bon conseil loqual Taie* (( rian tôt ior aver^ non iati en aqucsLas tant grans « et poderosas , mas en tots nostres autres affars y « très cars et Hels lo Sant Esprit sia am vos et « stacha ^ »

Les troupes royales ayant repris la place Chateauneuf , Marie de Blois en confia la garde aux Marseillais, qui en donnèrent le commandement à Ilostang , un de leurs capitaines.

L'année suivante , les états de Provence s^étant assemblés à Tarascon^ établirent un impôt géné*

' Ruffi, t. I, iîv. Yiy ch. V.

DE MAES£ILL£. 469 ral sur le sel ^ et les Marseillais furent priés de vooleir bien s*y soumettre. Us représentèrent à la Reine qu ils ne pouvaient s'imposer cette obligation qui violerait les chapitres de paix. Marie sentit la justice de leur refus et n^insista pas davantage. Loin de se fâcher contre eux, elle leur accord cl ' un privilège bien précieux , et qui est un des principaux caractères de Tindépendance politique. Elle leur donna le droit de déclarer la guerre à leurs ennemis sans mandement du comte de Provence , lorsque celui-ci serait absent du pays.

Raymond de Turenne passa et repassa plusieurs fois le Rhône, en continuant ses brigandages. Tous les passages lui furent eniin fermés , et on tenta alors la voie de lamé^ation.lies états déProvence députèrent vers Eléonorc de Comminges, qui s^étaitfortifiée dans le château de Meyrargues. lis voulaient connaître ses prétentions et celles de son fils. Ses demandes parurent si déraisonnables aux états etaux chefs de Tarmée provençale, qu'ils se déterminërent à continuer la guerre. Tous les gentilshommes du pays furent convoqués. Les troupes levées dans les viguerics de Tarascon, Hyères , Toulon , OliouUes , celles que Marseille et Arles avaient fournies, allèrent assiéger le château des Baux. Les milices des vigueries d^Aix ,

•En x3^1.

BrignoleSi Draguigoan, St.-Maiimiii, Barjols et

Lorgues , ainsi que celles des terres adjacentes ' , allèrent attaquer Roquemartine. Les compagnies de Grasse, Forcalquier, Apt, Digne, Sisteron et Castellane , marchèrent vers Vitrolles * • Marie , qui était alors sénéchal y alla ravager le territoire de Pertuis oi& s'étaient retranchés le plus grand nombre des partisans deTurenne, et il vint ensuite assiéger Meyrargues oii était toujours enferméeEléonore de Gommiages. La reine Marie mita prix la téte du Vicomte. 10,000 livres devaient être la récompense de celui qui la lui apporterait. C'est dans ces conjonctures, que Marseille en-

supplier de vouloir bien mettre un terme aux malheurs qui désolaient la Provence^ et d'y envoyer le maréchal de Boueicaut avec des secours suffisants. Boueicaut avait épousé^ le 23 décembre i 393 , la fille unique du vicomte de Turenne , qui était une des plus belles femmes du royaume. Charles vi accueillit les ambassadeurs marseillais avec distinction, et mit le comble aux vœux de leurs concitoyens, en donnant à Boueicaut la mission de pacifier la Provence. Le maréchal arriva dans ce pays k peu près en même temps que

' Voir le commencemenl de notre second volume sur les terres adjacentes de Provence.

•En 13^6.

DK MARS&ILLE. 47 1

Louis II ' y quif éprouvant la même destinée que son père, a^ait commencé sa campagne de Naples par une brillante victoire et Tavait finie par un désastre complet. Louis ramena avec lui les restes malheureux de son armée. Au bout de quelques jours il confirma avec empressement les francUses de Marseille ^ notamment le droit de déclaration de guerre que sa mère avait accordé % cette ville.

Après plusieurs années de bouleversement^ de pillage et de meurtres, Boncicaut parvint k rétablir la paixentre Louisu et Raymond de Turenne, qui périt bientotmisérablementprèsde Tarascon en voulant traverser le Rhône dans une barque

Louis, voyant le pays tranquille, jeta les yeux, pour se marier, sur Yolande , fille puînée du roi d* Aragon, Jean i*'. U espérait obtenir, à la faveur de cette alliance , les secours deâ armes aragonaises, pours'emparer du royaumedeNaples occupé

sans contradiction par Ladislas, qui ne cachant plus ses desseins audacieux , voyait Rome soumise ii son pouvoir , ci marchait h la conquête des autres£tats d'Italie, sous des enseignes qui portaient ces mots : j4ut Cœsavy aut nihîL Le mariage fut célébré dans la ville d'Arles^, et les états de fro-

• En 1399.

' Toujours ea 1399.

' Le a décembre 1400.

vence firent à leur stfuverain un présent de cent

mille florins. Marseille députa Guillaume Yivaud et Honoré de Monteous, syndics , et Bertrand

Candolc, Antoine dé Roqilefort , Guillaume Ri-

mnnicipd , pour offrir aux époux , au nom de la ville ^ un magnifique service de vermeil* Les deux époux partirent le 15 lévrier suivant, avec Marie de Blois et Charles du Maine, prince de Tarente > , pour aller à Paris qui commençait à devenir le centre des grands intérêts politiques de TEurope. Le Bol^omte, avant son départ , avait établi a Aix une cour de justice souveraine, que les lettres patentes de son érection appellent PaiiemenL

Jean de Tusse , nouveau sénéchal de Provence , vint à Marseille le 3 novembre 1403, fit lire dam le conseil municipal les patentes portant provision lie sa charge, et jura ensuite d'observer fidèlement les chapitres de paix* . Les bréviaires étaient alors des objets si précieux^ que Jean de Boniface, prévôt de la Major^ qui Tenait d'être élu évêque de Glandevës, crut faire un ricLe présent au chapitre de Marseille , en lui donnant un de ces livres couvert de velours violet , et embelli de deux agrafes en vermeil sur lesquelles étaient ses armes. Il ne donna mcmc

* jPrèrc de Louis U.

ce bréviaire qu à condition qu^l serait attaché dans le chœur avec une chaîne de fer, et que le chapitre n'aurait pas la liberté de le transporter ailleurs ou de l'aliéner

Le schisme trdublaît toufofurs TEglise; le grand scandale donné par deux Papes rivaux a£iligeait encore le inonde chrétien. Boni&ce ix avait remplacé à Rome Urba in VI y et Benoit xui était devenu le successeur de Clément vn à Avignon* Innocent vu et Grégoire xu avaient ensuite occupé successivement le trône pontifical de Boniface.

Le roi de France voulut éteindre cette querelle

reUgieuse , et n'ayant pu engager par force ni par caresses Benoît xm k se. démettre de son titre, il déclara quil renouerait à son obédience. L'altier Pontife ne céda point ; il appela des troupe^ aragonaises , et soutint un long siège contre le maréchal de.Boucicaut. On le vit long*temps en Provence traîner de ville en ville son obstination et son orgueil. Enfin après s'être joué de la cré-> dulité des rois et des peuples^ il feignit de vouloir rendre la paix à l'Eglise, et manifesta le désir dépasser en Italiepours^aboucher avecGré** goire xuS Benoît arriva k Marseille au commencement de Pannée 1406, accompagné de quelques cardinaux et de plusieurs évêques. Les Marscil-

• En i4o5.

* Pierre Bupuy, Uist. génér. du Schisme.

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