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porta, sur les neuf heures du soir, dans diverses églises, s'empara d'une croix, d'un buste de Jésus, d'une sonnette , et parcourut la ville en criant vwe la religion! à bas la constitution! Celte bande insensée voulut troubler la séance de la société populaire. On avait eu la précaution de faire porter la croix par une femme avancée dans sa grossesse. Celle-ci parvint jusques k la barre , et Ârbaud, président, lui fit quelques questions ; elle y répondit d'une manière vague, et l'assemblée, sans l'insulter, la livra à la justice ordinaire. Quelques patriotes aussi avaient leurs égarements; car, chez eux, tout n'était pas pur, et ils ne montraient pas toujours le beau côté de la nature humaine. Des ambitieux sans conviction, des intrigants sans pudeur adressaient k la liberté des hommages intéressés; ils épiaient les événements pour en tirer profit, et, dénonciateurs faméliques, ils s'acharnaient sur les réputations et se ruaient sur les emplois publics. Comme il fallait avant tout se faire remarquer, il y avait lutte d'exagération dans le langage et les doctrines; de sorte que la plupart de ces hommes prenaient plaisir à parîutre plus méchants que la nature ne les avait faits: de la, des opinions délirantes, des turpitudes, des blasphèmes; de là, un luxe d'extravagance, un raffinement d'iniquité. Les signes dislinctifs du patriotisme par excellence consistaient dans des propos grossiers, dans
DE MARSEILLE. irr
un panUlon d^chlrd et ilans du linge sale. Toi» les caractères nElaient sans cesse corrompant leur^ voies, et m<;mo 1rs phis modérés se surprenaient prives de mo-léralioii : aiis^i , comment rester froid et imliiïérent nu milieu de tant de choses étonnantes qui ont ébloui le monde éma? Les princes conjures qui préparaient des chaînes pour notre patrie, qui en appelaient ii la force brutale pour comprimer des élans de liberté, ne savaient pas que leur injmlc agression rendrait plus redoutable le génie révolutionnaire cl les ferait trembler sur leur trônes débiles. La guerre !.... la France indépendante ne la redoute pas : c'est là ce qu'il lui faut. Fiî-re i-t sublime dans sa colÎTc, elle oubliera ses misères au seîn de Ik victoire , et cachera ses blessures sous des lauriers que rien ne peut llétrir. La guerre! — les patriotes de Marseille l'appellent aussi h grands cris; ils veulent que les Français, frappant les premiers coups, lancent sur tous ces rois téméraires la foudre vengeresse; de plus, ils veulent dépouiller Louis xvi du (iiible pouvoir qui lui reste, et s'adressent ainsi au corps-législatif: 'I Lt-gislateurs, représentants, pourquoi ètes- II vous là? que £iites-vous? Au nom de la patrie, " la guerre! ... guerre à Lcopold! — guerre <u Il veto ! Il La ville offre l'aspect d'un vaste camp. Tous les bataillons de la garde nationale rivalisent de it'\e et d'enthousiasme. Tous les citoyens
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déposent des oflrandes sur Taulel de la patrie, et y pronoocent le serinent de \*ivre libres ou de mourir. Des femmes, armées de piques et portant a leurs bras des cocardes tricolores, \ouent à Tanathême les traîtres et les lâches *, elles promettent de verser leur sang pour la plus sainte des causes, et rappellent ainsi ces héroïnes admirables, gloire éternelle des annales marseillaises. La municipalité distribue aussi des piques aux élèves du collège de l'oratoire qui forment un bataillon, nomment leurs officiers, et s'exercent aux évolutions militaires, en faisant retentir les airs de chants patriotiques Le commandant se présente, le 27 mai, h la barre du club, et prononce une harangue brûlante '• Pauvres enfants qui s'arrachaient à leurs études et à leurs jeux pour prendre part avec leurs pères à des querelles sanglantes! êtres faibles et trompés qui déjà prononçaient des paroles cruelles!
• » Mourir sur le champ de bataille, mourir dans le feu du « carnage, sur des tas d'émigrés, d'esclayes, de tjrtns, sur H un lit de drapeaux rougis du sang impur de rarislocntiey M rpielle mort plus glorieuse ! quel sort plus digne d'envie ! « quel plus puissant motif d'enflammer le courage des Trais • Français, des patriotes!
« Quant à moi, fidèle observateur d'un serment sacré, toute » mort est égale à mes yeux, pourvu qu'elle soît utile à ma <> patrie. Pour la cause du peuple et de la liberté, je me glo-
« rifierais de mourir où? sur un échafaud! L'échafaud n'a
« jimais fait la honte du supplicié, et l'érhafaud ferait ma « gloire. 1.
DE MARSEILLE. Ac9
Barbaroux et Rebecqny , tournant leurs regards vers le midi, y cherchaient on point de résistance. Ils ne perdaient pas de vue les intérêts particuliers de Marseille et correspondaient avec Mourraille , qui déployait une prodigieuse activité, malgré ses soixante-dix ans. Par les conseils de ses deux compatriotes, ce magistrat du peuple approvisionna la ville de grains; il envoya cinquante commissaires dans les départements méridionaux ei aux armées dltalie, des Alpes et des Pyrénées, pour y resserrer les liens de la fraternité. Il cultiva Tamitié de Paoli et de ses Corses ; il provoqua le département des Bouchesflii-Rlione h retenir le produit des impôts que dévoraient la cour et les ministres, et le département le rclint.
Louis \vi refusait de sanctionner le décret pour la réunion de vingt mille gardes nationaux sous 1rs murs de Paris. Dans ime conférence que Rarbaroux eut avec Roland , il fut résolu que Ton tenterait tous les moyens pour garantir les départements du nord et la capitale , et il leur parut que le plus sur était d'exécuter le décret,, malgré le veto royal. Barbaroux promit de demander a ses compatriotes un bataillon et deux pirces do canon. 11 écrivit b Marseille d'envoyer a Paris si\ cents hommes qtéi 'imsent mourir '.
' Expression d<* Barbaroux dans ses rocmoirei.
Au mois de juin , le conseil-général de la commune décréta la formation de ce bataillon célèbre , composé seulement de cinq cents hommes , pour aller droit a Paris. Le directoire du district, donnant son adhésion avec empressement, s'en* gagea à fournir tous les fonds nécessaires. Le nombre des volontaires qui se firent inscrire fut considérable, et Ton choisit les plus exaltés, qui furent bientôt prêts à partir sous le commandement de Moisson.
Partout le peuple, bravant le veto du roi, disait qu'il sanctionnait lui-même le décret de l'assemblée légîslntîvc, et Montpellier organisait aussi son bataillon. Le club de celte ville envoya deux députés au club de Marseille pour savoir si le bataillon marseillais était prêt et pour s^entendre touchant le départ. L'un de ces députés, nommé Mireur, doué d'une voix forte et sonore, fit entendre pour la première fois, dans un banquet patriotique , Thymne immortel que Rouget de risle venait de composer, et qui n^était point encore connu. Mireur chanta avec une expression si énergique que tous les assistants en furent électriscs. Alexandre Ricord et Micoulin, présents au banquet, demandèrent ces paroles qu'ils purent obtenir de suite parce que Mireur en avait quelques copies manuscrites, et ib les insérèrent le lendemain ■ dans leur journal, sous
' Le 23 juin 179a.
le titre de Chant de Guerre , aux armées des frontières, sur Voir de Sargines ' . Ce chant martial et sublime fut imprimé séparément et distri* bue à chaque soldat du bataillon marseillais.
On afficha une lettre du ministre de la guerre qui ordonnait de suspendre le départ des gardes nationaux ; cet ordre ne servit qu'à hâter la marche des cinq cents volontaires, qui se mirent en route avec deux canons, le 2 juillet, vers les sept heures du soir, au milieu d'un peuple immense. Ils entouraient Tarbre de la liberté, récemment planté au Cours Sain t-Loub, lorsque les membres de la société populaire , ayant à leur télé Maillet jeune, président, arrivèrent au pied de cet arbre; Maillet monta sur une table, et s'écria, en tenant à la main un bonnet rouge : a Citoyens-soldats, (( quel beau jour pour les amis de la constitulion ! (dis viennent, par ma bouche, vous exprimer (( leurs vœux pour le succès de votre entreprise. «Allez, braves défenseurs, allez faire pâlir le « tyran sur un trône qu'il ne mérite plus*, ailes (( lui dire que le peuple souverain est la pour « sanctionner des décrets qu'il a frappés de son «monstrueux veto; dites-lui qu'il a comblé la « mesure de ses perfidies; dites-lui surtout qu'il « a beau se coaliser avec ses frères rebelles et
' On n'y voit pa» la strophe qui commence par ce« mots : \<ws rnCrrron< fiant la rarrirrr, etc. îl tsX probable qu'elle a rië faite poster ir a rcment.
« tous les despotes couronnés , que les Français <( libres ne les craignent point ; que, fiers de la « conquête de leur liberté, il sauront s^en ren- (( dre dignes ; qu'ils apprendront même aux au- (( très peuples k chérir cette divinité tutélairc. « Allez y frères et amis , soutenir le nom mar- (( seillais. Vous offrirez Timage des trois cents « Spartiates au passage des Thermopyles; vous (( défendrez ce drapeau tricolore confié k votre c( courage ; vous le reporterez iemt du sang de « vos ennemis. Généreux citoyens, acceptez ce a bonnet , signe vivant de la liberté que vous « allez affermir. N'oubliez pas vos frères qoe « vous quittez. Jurons tous ensemble de vivre « libres , et de purger la terre des tyrans et des « ennemis de Tégalité. »
Il dit , et plusieurs salves d'applaudissements mêles k des clameurs frénétiques frappèrent longtemps les airs comme la voix tonnante d'un grand peuple en colcre. Le bataillon sortit de la ville en chantant les strophes admirables de Rouget, et pendant toute sa route il les répéta avec nn enthousiasme si communicatif , que les populations enflammées ne cessèrent de faire chorus. Ainsi se propagea la Marseillaise. A ses divins accents, tous les cœurs français tressûllirent; les hordes étrangères éprouvèrent des déplabirs mortels, et vous volâtes k la victoire , jeunes légions de la patrie , et vous fîtes ces grandes choses qui
épuiseront l'admiration de la postérité , héroïques soldats de la république française.
Pendant que le bataillon s'avançait vers Paris, les Marseillais signaient une adresse aux hommes libres des 83 départements ; Alexandre Ricord dénonçait au club l'abominable Lafayette^ qufon peut justement regarder comme le réceptacle de tous les vices et comme impénétrable aux moin^ dres rayons de vertu ' . Bientôt on voulut flétrir rîmage du grand citoyen par des supplices diffamans. Un mannequin qui le représentait fut pendu à un réverbère placé au milieu du Cours'. Un juge de paix vint faire enterer cette effigie ; mais le peuple s'en empara, l'attacha à la queue d'un une blanc, parodie du fameux cheval, le traîna ainsi dans tous les égouts de la ville , et le jota ensuite a la voirie.
On ne tarda pas a n'pandrc des bruits sinistres. On disait que les aristocrates, ourdissant un complot contre la liberté, avaient pris pour mot d'ordre les lettres M. G., c'est-à-dire, massacre i^r'nrral ; qu'ils devaient s'emparer pendant la nuit de rartilleric de la c^arde nationale, puis mettre le feu au port et h différents quartiers. Le
' Ain>»i iVxpriinail Ricord, le i H juillet 179a. • Lf inaiiiirquin a\.Tit sur l«* (le\ant un «Vritruu «pii poriait : C'est le sort ilcf tnii'trt's ; et »ur le clos :
De t^f^^cUe ici reconnaÎMCft Tiuia^r Dr lou« le« fcdâ^U Ici sera le partai^r.
23 juillet, un domestique de Boyer fils aîné, marchand drapier, déclara à Donadey , chef de bataillon de la section numéro 1 2 y qu^l avait entendu une conversation entre son maître et le frcre de celui-ci, laquelle paraissait prouver qu'ils étaient tous les deux au nombre des conspirateurs. La commune fit aussitôt prendre les armes à 4,000 hommes de la milice citoyenne, sous le prétexte de marcher contre La Ciotat, qui venait d'expuber les patriotes. Boyer )e:une s'enfuit ; son frcre , qui était de garde à Thôtel-deville, fut arrêté dans la nuit et jeté dans les prisons. Le lendemain au matin, le peuple désarma la garde du palais de justice, s'empara du délr^nu , Taccabla de coups et raccrocha à un réverbère. Il pendit aussi Cadet, dit Beauciùre, et Olivier , professeurs d'escrime ; il pendit encore Neuzate et Tassy , religieux minimes , et traîna dans les rues leurs corps mutilés et sanglans. Le cadavre du malheureux Tassy était dans un état complet de nudité. La multitude fit subir le mcme sort à Belan, perruquier, accusé d'avoir tenu des propos aristocratiques, et, quelques jours après, à Chabert, de Nîmes, courtier ' , à Melon , ci-devant garde de police , et a Bcgon, carrossier'. On eut la barbarie de pendre
Le 5 août.
ce dernier par une jambe et de lui couper ensuite la tête. Les harengères célébrèrent par des danses ces horribles assassinats. Toujours on rit ces femmes abruties, ces mégères ignobles, se passionner pour la vue des supplices, et, dans leur joie féroce, dans leur rage insultante, trou* ver trop courte Tagonie des victimes.
Cependant, le bataillon marseillais était arrivé à Charenton. Barbaroux , Rebecquy et Bourdon de rOise allèrent k m rencontre : leur plan était de marcher sur les Tuileries avec 30,000 Pari* siens que Santerre leur avait promis , et de pro^ clamer sur-le-champ la déchéance du roi. Le 29 juillet, les Marseillais 6rent leur entrée a Paris. Santerre manqua de parole, et la conspiration échoua.
Quelques jacobins ofTrirent un banquet k leurs frères de iMarseille, et les tables furent placées aux Champs-Elysées, h côté d'un jardin oîi les grenadiers des Fillcs-Saint-Thomas célébraient une orgie. Us insultèrent, dit-on, plusieurs spectateurs , et tirèrent Tépée. Alors un cri se fit entendre : à noiis les Marseillais! Ceux-ci sautèrent par les fenêtres, franchirent les palissades et mirent les grenadiers en déroute. Un de ces derniers tira un coup de pistolet et tomba d*un coup de sabre. Marat, aussi atroce que fou, avait envoyé a Barbaroux un petit écrit : il rengageait b le faire imprimer pour le distribuer aux Mar-
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seillais , qu'il provoquait a attaquer le corps-législatif. Il fallait j disait-il , épargner la Êimille royale , mais exterminer une assemblée évidemment contre-rcvolutionnaire.Barbaroux tint conseil avec le député Granet, et Touvrage fut rejeté comme abominable. Marat, déjà décrété d'accusation y supplia Barbaroux de le sauver en remmenant à Marseille, déguisé en jockei. Robespierre , qui circonvenait aussi le jeune Marseillais, lui fit proposer une conférence k la mairie avec Fréron et Panis : Barbaroux s'y rendit. Il s'agissait de déterminer le bataillon de Marseille à quitter les casernes du haut de la Chaussée -d'Antin pour s'établir dans celle des Cordeliers : ce projet fut adopte. Fréron et Panis firent ensuite entendre qu'il fallait que quelqu'un se mît a la tète du peuple. VoiidrieZ'Vous donc un dictateur? s^écriA Barbaroux. Nonj répondit Fréron ^ mais vous savez que Brissot veut Vêtre. Sergent survint, on fit silence. Le lendemain, Barbaroux, invité aune autre conférence chez Robespierre , s'y rendit avec Rcbccquy et Pierre Baille'. Il y trouva Panis et un abbé couvert de guenilles qui fut plus tard juge au tribunal révolutionnaire. Il fut encore question de placer les Marseillais aux Cordeliers. Ensuite Robespierre, se vantant d'avoir imprime
' Raille représentait alors à Paris le directoire du département des Ronrhes-dii-ï\liôiie.
DE MARSEILLE. 47r
a la réYoluUon un mouvement rapide, soutint qu'elle s'arrêterait si quelque^ homme populaire ne s'en déclarait le chef. Je ne veux pas plus d'un dictateur que d'un roi, répondit brusquement Rebecquy 9 et la conversation fut rompue. En sortant , Panis serra la main aux trois Marseillais : F'ous a^ez mal saisi la choscy leur dit-il; il ne s'agissait que et une autorité' momentanée j et Robespierre est bien Vhomme qui contiendrait pour être à la tête du peuple. Barbaroux repartit : Non y non , n'insistez pas : les citoyens de Marseille ne baisseront jamais le front devant un dictateur.
Arrive enfin la journée mémorable du 10 août. Les Marseillais impatients de renverser la royauté occupent les postes les plus périlleux et portent les premiers coups. L'intrépide Moisson, atteint d'une mitraille a la jambe , est porté dans la maison de Barbaroux et de Rebecquy. Granier, commandant en second du bataillon , pénètre jusques aux appartements du château : poursuivi il coups de baïonnette par les défenseurs du trône, il les repousse avec son sabre, saute de la barrière du grand escalier, échappe aux balles de ses propres soldats qui tiraient sur lesTuileries, tombe sans se blesser , se met à la tète des Marseillais , fond avec eux sur les Suisses, les enfonce, et le peuple bientôt pousse des cris de victoire. Pendant quon massacre dans les appartements, sur
les toits , dans les caves , les Suisses armés ou désarmés , les officiers , les valets du château , deux Marseillais pénètrent dans les chambres les plus reculées, et y trouvent deux jeunes filles mourantes de frayeur. La voix de la pitié se fait entendre dans leurs cœurs ivres de carnage. Ils enlèvent dans leurs bras ces filles qui se croyaient promises à une mort certaine, et, le sabre k la main , ils traversent leurs camarades irrites , la foule amoncelée , et les portent au delà des Tuileries pour les rendre à leurs mères.
Rcbecquy etBertin, rétablis dans leurs fonctions de commissaires a Avignon, partirent bientôt pour Marseille avec Barbaroux, qui venait de dénoncer à l'assemblée législative Blanc-Gilly, député des Bouches-du-Rhône , lequel avait écrit que le roi de Prusse arriverait bientôt k Paris pour châtier la France. L^assemblée le décréta d'accusation *, mais il se déroba k ce décret par la fuite.
Les Marseillais honorèrent, dans des cérémonies pompeuses , la mémoire de leurs compatriotes morts a Tattaque des Tuileries. Des crimes succédèrent à cette apothéose. Un homme sorti depuis peu de temps de Thospice des Insensés coupa une branche de Tarbrc de la liberté , aux allées de Mcilhan : la police le condamna a rentrer dans Thospicc. Pendant qu'on Ty conduisait, un attroupement sVmpara de lui et le pendit. On pendit
DE MARSEILl/. aH
aussi Camon , ancien ami de Lietilaiid , et trok hommes accusés de toI '. Un boulanger , qui, disait-on , ne vendait que de mauvais pain , fut placé sous la fatale lanterne ; mais il eut le bonheur de se sauver.
Avignon faisait alors partie du département des Bouches-du-Rhône, et le corps électoral tint ses séances dans cette ville pour nommer des députés k la convention nationale. Cette assemblée, sous la présidence deBarbaroux , accorda ses suf** frages à son président , k Mourraille , Duprat , Rebecquy , Omer Granet , Durand -Maillane, Moïse Bayle , Pierre Baille, Gasparin , Deperret^ Rovère et Carra '; elle élut pour suppléants Pélissier^, Laurent Bernard, Dubois-Crancc et Mainvieille. Mourraille n^accepta pas ce mandat^ et fut remplacé par Bernard. Notre cœur saigne en mentionnant un fait qui peint les sentiments des rlecteurs , mais nous ne devons pas le passer sons silence : a la nouvelle des massacrés du 2 septembre , ils (ircnl retentir la salle de leurs applaudissements.
Nos regards sont encore condamnés a se fixer sur dos scènes d'horreur. Breraond- Julien, son
• Toutr» ces exécutions populaires furent fallet Abum let drrnicTi jour* «lu niuis d'août.
* Carra opta pour le clt'partcment de Saùoe- et- Loire, qui le nomma aussi.
' Péli»»icr remplara Carra.
cousin Bremond, dit V Américain ^ Obscur , marchand de charbon, et Vasque , voilier, s'étaient réfugiés dans une maison de campagne. Le 8 septembre, un détachement du bataillon des Grands- Carmes les conduisità Marseille. Bremond VAmé' ricain fut pendu à la rue d'Âix, et BremondJulien au milieu du Cours. On voulut pendre Vasque a la rue Thubaneau , devant la porte du club ; mais la corde se rompit, et on traîna ce malheureux, palpitant encore, dans la rue Longue-des- Capucins et dans la rue Noailles, oit on le pendit aussi. Obscur perdit la vie de la même manière à la place JNoailles. Trois jours après, la commune organisa un corps de 1,500 hommes, pour aller renforcer le cordon de troupes françaises sur les bords du Var , et cette colonne se mit bientôt en marche. Â son passage à Brignolles, les sansculottes du pays lui amenèrent un boulanger qui, disait- on , avait craché sur un assignat. Les Marseillais délibérèrent ù Tinstant de pendre cet homme à un arbre, parce quUl n'y avait pas la do lanterne. Pendant que plusieurs soldats mettaient la main à Texécution , le perruquier Alichclct, capitaine d'une compagnie, se plaignit de leur maladresse, sortit des rangs, quitta son habit, et pendit lui-même l'infortuné boulanger, aux applaudissements de tous ses frères d'armes et aux cris de visfc la liberté! Coudoulet, ancien notaire, fut arrêtr avec «on fils aux environs de
DE MARSEILLE. «m
Salen. On les conduisit tous les deux ii Marseille devant Mourraille, qui, après un court interrogatoire , ordonna qu^ils seraient traduits au palais de justice. A peine parvenus au bas du grand esca* lier , ils furent saisis par la bande de bourreaux et traînés le long du quai du porl jusques à la place . Royale. Le 61s fut pendu en face de VHÔtel-des- Princes, et , comme on se disposait à accrocher le pcre à la lanterne la plus voisine , le malheureUK vieillard ^ ciabrassant les genoux des monstres qui le garrottaient, leur demanda pour toute grâce de lui éviter la vue affreuse du cadavre de ce 61s chéri. Alors on le traîna jusques k la porte du lluH'itrc du Pavillon, oii il fut immolé. On pondit encore un homme \\ la place Saint-Jean. La convention ouvrit ses délibérations le 21 srph'iiibrc. Les députés des Itoucbcs- du -Rhône no siégèrent pas sur les mêmes bancs et n'eurent pas b's mêmes vues politique'», Barbaroux, Rebec- <|iiy, Diiprat et Doperrot prirent place parmi les ilirondiiis; Rovère, Laurent Bernard, Gasparin, ftIot«ir llaylo, Pierre R.-iillc et Granct ' se rangèrent sous le drapeau de la montagne; Durand- Maillanne et l'élissier s'assirent au milieu de la phiiiir' , rende7.-voiis accoutumé des égoïstes et lies làelies. Uaiis unc dos premières séances^,
< r.r.im-t i'auil coiulammrnl au »ominrI dr la iDonlaga».
■ l.c crnlrc de l'itscmblrr,
' I.f a!) (lu mi'inc moii de irplanbiT.
46â HISTOIRE
Rebecquy et Barbaroux commencèrent la lutte mémorable des deux partb. Rebecquy déclam qu'il existait dans rassemblée une faction qui aspirait à la dictature , et que Robespierre en était le chef. Barbaroux se présenta pour signer cette dénonciation courageuse, et signala ^ dans un discours remarquable, les ouvertures que Panis lui avait faites. 11 accusa aussi la commune de Paris de marcher avec insolence à PenvaYilssèment de tous les pouvoirs -, il lut imputa des projets liberticides et des mesures désorganisatrices. Panis donna un démenU au députe de Marseille. Quelque temps après , Louvet lança , de son côté, contre Robespierre et Marat une accusation fulminante. Barbaroux se présenta encore pour dénoncer Robespierre , et s'écria qu'il était prêt k graver sa déclaration sur le marbre : on refusa de l'entendre. Il descendit alors à la barre pour soutenir son accusation en qualité de pétitionnaire, et réclama la faculté qu'on accordait à tout citoyen. Cette demande, généralement blâmée, fut iqpprouvée par Lanjuinaîs, qui combattit l'ordre du jour au milieu d'un affreux tumulte. L'ordre du jour fut adopte , et cette décision , ne servant qu'a fortifier les ressentiments et les haines , acheva le triomphe de Robespierre et d'une commune usurpatrice.
Mourraille, suivi de six cents gardes nationaux, proclama avec pompe , dans toutes les rues de
Marseille , rabolition de la royauté. Se plaçant ensuite (levant Tautel de la patrie , il dit au peu* pie qu'il était enfin délivré pour toujours des ty^ rans qui Vopprimaient depuis tant de siècles. Par le fait, c'était là une cérémonie dérisoire; car, depuis quatre mois , Marseille , marchant dans toute la force de ses mœurs républicaines , avait su s'affranchir du pouvoir royal alors qu'il existait encore en France. Mais cette ville turbulente ne savait pas faire usage de son indépendance : tout y allait en dégénérant. Les patriotes purs s'éloignaient du club, qui n'était plus qu'un dé* goûtant théâtre sur lequel des jacobins sans talent comme sans vertu venaient faire des parades. La commune pensa enfin, non à poursuivre les pendeurs, mais a empêcher les pendaisons : elle voulut rendre à la justice son cours régulier, et forma, dans les derniers jours de septembre 1702, un tribunal populaire, composé de quarante-huit juges, choisis par les vingt-quatre sections de la ville*, elle divisa ce tribunal en deux chambres, Tune daccusation et l'autre de jugement. La première fut présidée par Pierre Laugicr, vérificateur des écritures de commerce; la seconde par Arnaud, dit Y Américain. Le tribunal populaire acquitta un grand nombre de prisonniers accusés de délits contre-révolutionnaires. Lorsque le président* avait prononcé la mise en liberté d'un prévenu, Thuissier de service
i8i HISTOIRE
lui présentait une couronne de laurier, et le peuple le portait en triomphe. C'était pourtant ce même peuple qui , quelques jours auparavant, assistait avec avidité à Thorrible spectacle des pendaisons.
Le bataillon du 10 août était parti de Paris, et sa rentrée à Marseille avait été fixée an 22 octobre. La municipalité, Tétat-major de la garde nationale et tous les corps administratif l'attendirent h la Porte-d'Âix, sous un arc de triomphe. 11 s'avança au milieu d'une foule immense, et M ourraille , après avoir célébré sa gloire dans une harangue patriotique , lui présenta une couronne de laurier qu'il plaça sur le drapeau. Les officiers du bataillon se présentèrent au club, et Ghompré, qui présidait l'assemblée, donna à Moisson l'accolade fraternelle et un sabre d'honneur. Le lendemain, les volontaires, suivis des dames de la halle , se rendirent au Grand-Théâtre , en faisant des farandoles et en chantant des couplets injurieux pour Louis XVI et Marie* Antoinette. On jouait la Mort de César; ils firent cesser le spectacle , hurlèrent la Marseillaise , et, à la dernière strophe, ils forcèrent tous les assistants de se mettre à genoux.
Par l'influence de Barbaroux, Mourraillc et la commune résolurent d'envoyer k Paris un second bataillon : ils le composèrent d'ouvriers et de quelques fils de famille, et en donnèrent le com-
mandement k Masson, teinturier. Ilardoin, horloger, fut nomme commandant en second. Tous les officiers se rendirent à la société populaire, le i 2 novembre ; ils montèrent k la tribune et prêtèrent le serment de fidélité aux lois de la république et de haine k la royauté. Le 14, ils se mirent en route pour Paris.
Parmi les prêtres de Marseille réfugiés sur une terre étrangère, se trouvait un vénérable vieillard de 85 ans, modèle de simplicité touchante et de douceur angélique; sa longue vie s'était écoulée dans des pratiques de vertu et dans des actes de bienfaisance : riche de bonnes aclioiis, il ne possédait aucun bien terrestre, parce qu'il donnait tout aux pauvres; il s'imposait même les privations les plus dures pour soulager les inlorUuu's, et on Tavait vu se di'pouillcr de ses propres vclcmcnLs, ne pouvant disposer d'autre cliosr. Ce digne apolrc, ce litTos de la charité clinlirnue, clail Olive, curé de la paroisse Saintl'crrcol. 11 avait cherché un asile, aux environs (le iSice, dans la maison de campagne d'un de s(>sauiis, nommé ï^iurc, originaire de iMarseille. I^uiri! l'engagea à écrire à sa famille pour savoir s'il pourrait, sans danger, rentrer dans ses foyers, rt jrs n<viu\ de ce bon prêtre consultèrent Mourrai Ile, qui rrpondit qu'il n'y voyait aucun incon- \rirM*nt, ni aucini pc'ril. Olivr arriva à iMarseille le 13 janvier 17îKi, il la pointe du jour; on le
conduisit chez Mourraille, qui lui fit dire d'aller à dix heures à la mairie , où il lui donnerait les moyens d'être en sûreté dans sa maison. A Theure indiquée , le curé se dirigea vers Thôtel-de-ville avec un parent et un ami. Personne ne parut s'apercevoir de lui pendant ce trajet ; quand il entra dans le vestibule de la maison commune , quatre hommes du peuple le saisirent sans dire un seul mot, et le traînèrent par le quai du port et la Gannebière jusques au milieu du Cours % où ils se disposèrent a le pendre. Olive eut la douleur de reconnaître parmi ses bourreaux un orphelin dont il avait cicvc Tenfance et qu'il avait comblé de bienfaits. Il leur demanda, pour grâce dernière, la faculté de prendre une prise de tabac et le temps de faire une courte prière; ce qui Im fut accordé, et il pria avec ferveur^ moins pour lui que pour ses assassins ; ensuite il se couvrit la tête d'un mouchoir blanc et subit la mort sans murmure. Cet exécrable forfait, accompli en plein jour et sans obstacle, jeta dans l'ame des honnêtes gens la désolation et l'épouvante.
Le procès de Louis xvi, qui touchait à son terme, inspirait une nouvelle audace aux sansculottes marseillais. Dans leur aveugle rage, ils ne comprenaient pas même les lenteurs judiciaires de la convention nationale, et ils accusaient
' En filcc de la rue des Quatre-Pàtifsîers.
cette assemblée de trahir les intérêts du peuple. Dominateurs Êirouches , ils firent prévaloir ItvM opinions dans les sections asservies et tremblantes ; elles signèrent toutes des adresses à la convention pour demander la mort du roi. Le conseil-général de la commune en envoya trois '. Le club fit aussi entendre des cris de vengeance et de mort. Il chargea Alexandre Ricord de porter à Paris Ténergique expression de ses vœux homicides. La veille de son départ', Ricord vint faire
' « Citoyens, c*esl pour la troisième fois que nous tous « demandons la mort de rassattîn de nos frèrctf tC jusqu'ici
• cette demande a été Taine.
'< Vous craignez de manquer à la majesté de la nation en •y condamnant vous-mêmes le coupable; mais la nation Ta déjà '^ condamné, elle n'attend plus que son supplice. Le traître « périra.
n Craignez, par vos lenteurs, d'allumer la guerre civile. Ce " flt'-au pourrait vous envelopper avec ceux qui voudraient
• nous redonner un maître.
'- Vous avez couvert l'Europe d'opinions absurdes, contra- 'T dictoiros et inutiles, qu'on ne vous demandait pas. Ce n'était
• pas l'Europe que vous deviez craindre d'irriter par TOtre •< justice; c'était par la mort du coupable que vous deviez
éclairer et venger les nations, c'étaient la France et tous* < uiémesque vous deviez sauver ; c'étaient des ministres penrers '< que vous deviez punir après le premier criminel ; c'étaient, . enfin , la correction de nos lois , l'assiette de notre constilut ion, le retour de la paix, et non de vaines disputes que nous attendions de no* repiisenlant>. • Du [) j.in\ier I79'^- • le lo.
ses adieux à rassemblée : il lui témoigna sa gratitude de ce qu'elle avait jeté les yeux sur lui pour aller exprimer à la barre de la convention nor tionalej au nom des républicains de Marseille, Vanathême contre Louis et leur désir si souvent et si fortement prononcé pour que sa tête tombât en expiation de tous ses crimes. La société populaire eut aussi à s'occuper d'une lettre de Moïse Bayle qui se plaignait de ce que le bataillon marseillais était en proie aux suggestions les plusper- /ides; il dénonçait Rolland qui, disait-il, était im homme dans le genre de Martin-le^uste, premier maire de Marseille. Il déplorait l'égarement de Barbaroux et de quelques députés des Bouchesdu-Rhône qui étaient sans cesse autour de ce chef dUme faction ennemie de la liberté et de V égalité. Barbaroux, membre du comité des vingt-un , fut chargé de rédiger l'acte énonciatifdes crimes de Louis. 11 présenta ' cet acte a la convention, qui l'adopta avec quelques changements. Le jeune député de Marseille n'oublia pas, entre autres che& d'accusation, d'imputer au roi d'avoir donné le commandement du midi a Wigenstein, et d'avoir fait marcher des troupes contre Rebecquy et Bertin, lorsqu'ils s'avançaient à la tête des colonnes marseillaises pour réduire les aristocrates d'Arles et d'Avignon.
' Le 1 1 décembre 1 79a.
DE MAHSKILLE. 489
Le 15 janvier 1793, la convention procéda à un appel nominal sur cette question : Louis Capet est'il coupable de conspireition contre la liberté de la nation et d* attentat contre la sûreté' générale de Vétat? La culpabilité fut prononcée à la presque unanimité; il n'y eut aucun dissentiment d'opinion parmi les douze députés des Bouchesdu-Rhônc. Il n'en fut pas de même sur la question de savoir si le jugement serait soumis à la ratiBcation du peuple. Barbaroux, Rebecquy, Duprat, Durand-Maillanne et Deperret votèrent pour la ratification; Granet, Gasparin, Moïse Bayle, Baille, Rovère, Pélissier et Laurent Bernard la repoussèrent. Sur Tapplicalion de la peine, Barbaroux, Rebccquy, Duprat, Gasparin, liaille, Ilovère, Pélissier, Laurent Bernard, Grand et Moïse Bayle votèrent pour la mort. Ces deux derniers ajoutèrent : dans les vingt-quatre heures. Durand-Maillanne et Deperret votèrent pour la détention et le bannissement a la paix. Sur cette question : S cra-t-il sursis à V exécution? Deperret seul répondit oui : Durand-Maillanne était malade.
La mort de Tinfortuné Louis xvi fut annoncée il Marseille par un courrier extraordinaire qui portait une lettre d'Alexandre Ricord *. Le club
' Voici une phrase de cette lettre : • Aujourd'hui viu(;t-un janvier 179^, à dii heures et vingt minutes avant midi , et
dominateur manifesta une joie sanguinaire. Dc)k il avait délibère Texclusion de Barbaroux et de Rebecquy , comme coupables d^avoir voté l'appel au peuple et de grossir le nombre de cette minorite corrompue qui sera long- temps en horreur aux vrais républicains , de cette minorité pusillor' nime qui semble as^oir sacrifié ses desKnrs à la peur, de cette minorité perfide qui voulait ébranler les fondements de la république ^ en doutant que la volonté nationale ne fût pas irrésHxablement prononcée contre la royauté. Sur la demande de l'assemblée, ou plutôt sur son ordre , le directoire du district et la municipalité affichèrent une proclamation qui invitait les citoyens à suspendre leurs travaux, à fermer les ateliers et les boutiques , a célébrer, dans des réjouissances publiques, la chute de la tjrrannie. Des bandes de misérables firent des farandoles, en insultant toutes les personnes bien vêtues et en criant : à la lanterne les royalistes ! Il y eut aux deux théàties spectacle gratis départ et pour le peuple. Il y eut aussi une illumination générale; toutes les rues furent ornées de guirlandes, d'emblèmes et d'inscriptions patriotiques. Le Êinatisme républicain faisait agir les uns, la peur dirigeait tous les autres. Les plus riches se distingusâent par les dé-
sur la place de la Révolution, Louib Capct, dernier roi do France, a été fait pic, repic et capot. »
monstrations les plus éclatantes, parce qu'ils étaient les plus effrayés et les plus lâches. L'appareil des supplices figura dignement au milieu de ces tristes fêtes. Pierre Bernard, forcené jacobin et joueur de profession, était accusé d'avoir levé des contributions arbitraires dans le quartier rural de Séon-Saint-Henri , à l'aide de fausses qualités et en se décorant d'une écharpe tricolore. Le 28 janvier, il fut condamné k mort par le tribunal populaire, malgré les efforts de Lavabre, son défenseur, et on l'exécuta le lendemain à la plsfihe Saint-Michel.
Les députés girondins étaient sans puissance à Marseille. La commune et la société populaire les accusaient avec des cris de rage , leur reprochaient d'être infidèles à la cause républicaine, et demandaient la convocation des assemblées électorales pour les remplacer ; elles sollicitaient aussi la révocation du décret qui ordonnait de poursuivre les auteurs des massacres de septembre, dénoncés par Barbaroux avec un courage infatigable. C'était surtout contre ce député célèbre que les montagnards se déchaînaient. Le club lui envoya une adresse véhémente pour lui déclarer qu'il avait perdu la confiance du peuple marseillais, et pour le sommer de se retirer; cette adresse se terminait ainsi : Nous le vouotis, toi et tes adhérents, au mépris, à l infamie ci il Vexédation nationale. C'est ainsi que pense la sainte
49i HISTOIRE
montagne de Marseille. En même temps la cornmune écrivit a Granet, à Laurent Bernard^ à Moïse Bayle et à Pierre Baille, pour leur dire que c'était à eux seuls que Marseille confiait ses intérêts.
Une exécution populaire vint encore répandre la consternation dans la ville. Le nommé Sarrasin avait été condamné à douze années de galères comme coupable d'avoir violé une jeune fille de cinq ans. Pendant qu'il était exposé au pilori^ la populace s'empara de lui et le pendit k la rue Saint-Fcrréol ; des enfants traînèrent ensuitctBon cadavre jusques à la Joliette et le jetèrent dans la mer '.
Peu de jours après, la convention envoya dans le département des Bouches-du-Rhône les représentants du peuple Moïse Bayle et Boisset, en qualité de commissaires extraordinaires. Ils se rendirent à Marseille , déclamèrent dans les sections, et l'anarchie fut bientôt à son comble. L'administration du département cassa le tribunal populaire, qui avait perdu la confiance des sans-culottes ; elle le remplaça par un tribunal révolutionnaire sous la présidence de Maillet jeune; Giraud, oratoricn, exerça les fonctions d'accusateur public. Lu nicme administration créa un comité de contribution forcée '. Le club
' Le G iiiiU'î» i7<>3.
* Le i^> du iTii'inc lUdis.
présenta à Baylc et à Boisset une liste de 1,200 suspects dont il demanda Tarrestation ou tout au moins le désarmement. Les deux représentants s'en rapportèrent a la commune, qui ordonna que toutes les personnes désignées seraient désarmées, par mesure de sûreté générale. Le 19 mars, h cinq heures du matin , elle requit quarante compagnies de la garde nationale pour assurer l'exécution de son arrêté. On fit des visites domiciliaires, et on enleva aux suspects toutes leurs armes, même les couteaux de table. Tous les pouvoirs étaient confondus ; l'administration du département, le directoire du district et la mnincipalité, tantôt avec le secours des notables, le plus souvent sans leur adjonction, délibéraient et agissaient en commun, sous le nom des (rois corps n'unis j, quoique la loi leur eût tracé des attributions dilVtrentes. Le second bataillon marseillais rentra dans la ville le 2i mars, et augmenta le «Irsordrc. Les cravates du drapeau étaient teintes du sang de Louis \vi. On voyait aussi des volontaires portant au bout de leur baïonnette des mouchoirs blanes teints du même sang. Rebecquy, indigiir de l'oppression exercée par la montagne, donna sa <h'*niission; il déclara que les lois rtant sans vigueur envers les grands coupables, il ne pouvait plus siéger dans une assemblée, forcée de souIVrir dans son sein des hommes que le glaive de la justice ne pouvait pas atteindre.
Ce député se réfugia a Avignon. Barbaroux, restant à son poste y opposa à Torage un front serein qui ne pàlit jamais.
Dès les premiers jours de mars, Tarmée firançaise avait été forcée dans plusieurs de ses positions ; révacuation d'Âix-la-Chapelle avait ouvert aux Prussiens le chemin de la Belgique. La déroute de Nenvinde la leur livra presque entière ; ensuite Dumouriez trahit. Les trois corps admi* nistratifs firent une levée de 6,000 hommes dans le département des Bouches-du-Rhône : ik donnèrent le commandement de cette arm^ à Moisson, chef du bataillon du 10 août.
Des querelles affreuses déchiraient le sein de la convention ; et Danton, montrant du poing les membres de la droite , s'était écrié avec fureur qu'il n'y aidait plus ni pair ni trè^ entre les deux côtes de V assemblée. Ce fut dans ces circonstances que les sections de Marseille, après avoir déclaré leur permanence, prirent une attitude menaçante contre les montagnards; ce mouvement irrégulicr ne fut pas girondin, car Rebecquy ne put rien faire pour le diriger; il ne put pas même rentrer a Marseille, et continua de résider à Avignon , ou il reçut les honneurs du triomphe. Les sections, en se levant, ne suivirent que Timpulsion secrète des royalistes ; pourtant elles crurent prudent de ne pas jeter le masque, et toujours elles agirent au nom de la république une
cl indivisible. Au fond, leurs meneurs , sans con* sistancc, sans vues adminisiraiiTes et sans bonne foi politique , détestaient autant la gironde que la montagne , autant Barbaroux que Granet. Ils ne pouvaient rien produire de grand et de généreux, dans cette fausse situation, et ils avaient tout ce qu'il fallait pour tout gâter; mbérables qui, au lieu de prêter franchement une utile assistance à la gironde opprimée, ne s^armèrent que pour une cause privée de chaleur et de fécondité ! Aussi il était facile de prévoir qu'une révolte si mal conduite ne servirait quli attirer sur Marseille de nouveaux désastres.
Il n'était pas facile d'anéantir la puissance du club ; Moiirraillc et Seytrcs paraissaient aussi avoir établi leur pouvoir sur des bases solides. Chose étonnante ! ce fut le club qui porta les premiers coups à ces deux hommes qui jusque la lui avaient été chers, et les sections ne firent qu'achever un ouvrage dont elles seules profitèrent. Le 10 avril, on entendit s'élever, dans la sorii'té populaire, un cri «raccnsation contre le niairc et le procureur de la commune '. On déli-
' On (Kiionra hi premier < om/ne exerrant sur ses concitoyens un rtnjnn tit-sfiotiqur , * Drnmr tiisfHiMWt il son fiTi' ffc icur lihrrtt^, ,lr leur vie et tle ht fortune publique , comme un autre l\\ i^rrmltnn qui, enïjnnt \H)ir ii chaque instant la main vengeresse qui va le punir tle ses forfaits ^ se fait escorter par des f^ens armes, ete On dénonça les menaces qui ont été faites
béra que celte dénonciation serait communiquée aux sections. On demanda la suppression de la mairie y véritable dictature ^ et Ton exprima le vœu que la municipalité nommât tous les mois un de ses membres pour président.
Deux jours après, les sections déclarent que Mourraille et Seytrcs ont perdu la confiance publique; elles délibèrent que les deux commissaires de la convention seront à Tinstant pries de les suspendre de leurs fonctions. Moïse Bayle et Boisset cèdent à cette prière ; ils ordonnent même que les accusés seront gardés à vue, et font mettre le scellé sur leurs papiers. Un rassemblement se forme à la plaine Saint-Michel; on le dissipe avec promptitude , quoique maître de deux pièces de canon. Pellen, officier municipal, ose élever la voix en faveur de Mourraille et de Seytrcs : la section n"" 1 1 le déclare déchu de sa place et le condamne au paiement d'une amende quatre fois au dessus de ses impositions ; les autres sections adhèrent h cette sentence. Tous les roya-
fians presque toutes les sections à ceux qui ne votentient pas pour le citoyen Mourraille y lors de Célection du maire; ce qui prouve, dit la société populaire, que le citoyen Mourraille doit sa reélection, non ii F amour ni à la cor^ancc des citoyens, mais à la crainte des lanternes.
On dénonça le procureur de la commiine comme coupable de concussion et de divertissement des fonds publics.
( Procès- verbal de la s<^ancc dr la sociëtë populaire du i u avril 17^^*^.)
listes qui s'étaient éloignés de ces assemblées s'^ rendent avec empressement. Ub 1 3 avril , un cri général s'élève contre Jean Sav^tn, scélérat souillé de meurtres, qui avait encore le moyen d'assonvir son insatiable cupidité en forçant le citoyen paisible h racheter sa vie par des contribuUons pécuniaires dont il fiiait lai-même le taux. Ce grand coupable est arrêté.
Il eiistait dans le sein de chaque section un comité chargé de recueillir les plaintes que leè citoyens avaient h faire contre les détenus. On établit bientôt un comité central composa de deux membres de chaque comité particulier.
Un décret de la convention portait que tons les membres de In famille de Bourbon seraient Iransfcrés dans les forts de Marseille. Le 22 du même mois d'avril, Philippe-Egalité, duc d'Orléans, le duc de Itcaujolais, le plus jeune de ses fils, sa sœur la duchesse de Bourbon et le prince de Conti arrivèrent dans cette ville et furent enfermés dans le fort de Notre -Damc-dc-la-Garde, oii le duc de Montpensicr, second 61s d'Egalité, se trouvait depuis quelques jours '.
Le tribunal populaire est rétabli. Moïse Bayle cl Boisset visitent toutes les sections et s'efforcent <ry faire prévaloir les principes de la montagne;
' Monlprriiirr avait rié conduit à Maneille l« la du nténe II. 33
498 IIISTOIRK
leurs discours sont entendus dans un long et morne silence. Paris, président de Tadministra* tion du département, prêche une croisade des pauvres contre les riches ; ses motions ne recueillent que le mépris. La présence de Jourdan coupe-téte excite une indignation générale, et les sections d^Âix prennent la même attitude que celles de Marseille. Mourraille et Seytres, mis simplement aux arrêts dans leurs domiciles, sont traduits dans la maison d^arrêt. Le 28. les deux représentants du peuple, menacés d^ctre euxmêmes arrêtés, sortent furtivement de Marseille. Le 30 , la chambre d'accusation du tribunal populaire interroge Jean Savon, et, après son interrogatoire, on saisit Laurent Savon, son frère et son complice. Amant Gay' et Alexis Roman. Les sections délibèrent aussitôt une adresse à la convention nationale pour lui dire que les Marseillais ne se sont levés que pour le lÀen public , qu'ils ne poursuiifent que les anarchistes et les factieux , qufils veulent que les lois soient respectées et o&servéeSj que leur unique but est V affranchissement de la république une et indivisible j et son triomphe sur la sanguinaire oligarchie qu*on voudrait jr substituer.
' I.CS deux frères Savon et Amant Gay, cbefs des pendears marseillais, avaient établi leurs assises dans le café de Michel » rue du Pavillon. Là se dressaient les listes des malhenreox
dcstint'^ à la mort.
La femme Gaud, dite la Cavale, s'était toujours fait remarquer par Texaltation de ses sentiments républicains. Un attroupement vint Tassaillir et se disposait k la pendre , lorsqu'une compagnie de gardes nationaux la sauva en la conduisant en prison. Le club, considérant que la ciiojrerme Cavale n'avait pas démérité de la patrie , envoya aux corps administratifs une députation de vingtquatre membres pour demander son élargissement. Cette femme fut mise en liberté , et deux cents clubistes, précédés d'un drapeau, la portèrent en triomphe sur Tautel de la patrie oii elle fut couverte de laurier. Cette société menacée reçut des lettres de plusieurs clubs de la république qui lui promirent assistance , et la municipalitc se porta en corps dans son sein pour y prononcer le serment d'une union indissoluble. Paris se rendit a Salon et y forma un comité chariié de travailler au salut du midi. Les communes voisines y envoyèrent des commissaires, et rassemblée déclara que les sauveurs du midi étaient prêts à marcher sur Marseille j à tomber sur les sections assemblées en permanence, et à délivrer L*s patriotes opprimés.
Moïse Ilayle et Boisset, réfugiés à Montélimart, publiÎTent le 7 mai un arrête par lequel ils cassircnt le tribunal populaire et le comité central des sections. Ce comité , faisant alors un acte d'énergie, prit le titre de comité -général, se
rendit maître de tous les pouvoirs, et déclara Marseille en état de résistance à V oppression. Peloux et Castelanet y anciens suppléants à rassemblée constituante, dirigèrent ce mouvement insurrectionnel, le premier comme président, le second comme secrétaire. Us auraient pu jouer un grand rôle, s41s eussent arboré les drapeaux de la gironde : mannequins du royalisme , méprisables jouets des intrigues et des factions qui s'agitaient autour d'eux, leurs efforts furent en pure perte; d'ailleurs, leur capacité était fort au dessous de la haute position que les circonstances leur avaient faite.
Le tribunal populaire jugea Mourraille et Seytrcs. Mourraille, accusé d'avoir Civorisé les pendaisons, et notamment d'être complice de l'assassinat du curé Olive , fut reconnu innocent de ces crimes ' , mais on le retint pour autre cause '. Seytres obtint sa liberté. Les frères Savon et Amant Gay, condamnés à la peine de mort, furent exécutés à la plaine Saint-Michel, au milieu d'un grand appareil militaire ^. Le tribunal pro-
■ Les débats prouvèrent que la mort du malheureux Olne avait causé à Mourraille un si violent désespoir, qu*il en avaît été malade pendant plusieurs jours.
' On raccusa d*avoir pris part aux contributions illégales lovées par le général Peyron, commandant des troupes nationales dans les Uasses-AIpes.
1 Le i(>mai.
iionça contre Alexis Roman la peine de dix ans de galères. On emprisonna le lendemain les membres les plus influents du club, Hugues, Giraud, Maillet jeune, Micoulin, Alexandre Ricmrd, Tabbé de Bausset , Guinot, Gérin , Galibert, Bantems , Ghompré et plusieurs autres démagogues. Trahan, secrétaire de l'assemblée, se jeta par It fenêtre, et un officier municipal se brûla la cervelle. Le 3 juin, le comité-général des sections fit fermer le club, lequel entraîna dans sa chute les sociétés populaires du midi. Les bustes de RouSf seau, de Voltaire et de Bru tus furent fodiés mn pieds, et les emblèmes de la liberté promenés an milieu d'une pompe funèbre. L'audacieux comité changea tous les corps administratifs, et couyoqua une nouvelle assemblée électorale qui remplara le conscil-gcnéral de la commune par une intinicipalilé provisoire; ensuite il répandit dans les départements et dans les armées des adresses insurrectionnelles.
Le 31 mai et les journées suivantes terminèrent la lutte de la gironde et de la montagne. Les girondins, entraînés par le torrent dont ils avaient pressenti les ravages affreux, périrent sans résistance après avoir vécu sans popularité. Barbaroux fut mis en état d'arrej^tation avec Vergniaud, Gensonnc, Guadet, Pétion, Salles et les autres chefs du parti vaincu; mais il trompa la surveil-
lance du gendarme qui le gardait, cl se réfugia dans le déparlement du Calvados.
Cependant rinsurrecliçn de Marseille semblait prendre un grand caraclère. Des députés de Lyon, de Bordeaux, du Gard, des Basses- Alpes et des Hautes- Alpes se rendirent dans cette Tiile pour concerter des mesures de salut public. Dans la nuit du 7 au 8 juin, ils assistèrent à un grand conseil composé de l'administration du département, du district, de la municipalité, du comité général et des présidents des sections. On déclara qu'on ne pouvait plus reconnaître pour la représentation nationale une minorité de factieux qui forçait les décrets le poignard à la main, et qu'on n'accepterait pas sa constitution démocratique. On décida qu'une autre assemblée se réunirait à Bourges, et que chaque département insurgé y enverrait deux députés avec un bataillon pour les soutenir; ensuite on rédigea un ma* nifeste, dont voici quelques paragraphes :
« Marseille déclare solennellement qu'elle est (( dans un état légal de résistance à l'oppression , (( et qu'elle s'autorise, par l'effet de la loi du salut (( public , à faire la guerre aux £Eictieux.
«Républicains! le signal est donné, les mo- (( ments sont précieux et les mesures décisives. « Marchons ! Que la loi entre avec nous dans « Paris; et si vous en ignorez les chemins, suivez (( la trace du sang de vos frères : elle vous con-
« duira jusqu'au pied de ces murs d'oii sont sortis « les fléaux homicides , les complots sangui- (( naires et Tagiotage dévorant, source de notre « misère.
« Là vous rendrez la liberté aux bons citoyens,
« la dignité a la représentation nationale Les
« scélérats disparaîtront^ et la république sera « sauvée. »
Tout le midi était soulevé, et chaque commune, se modelant sur Marseille , avait son comité-général. Barbaroux se montrait courageux sous le poids des revers, inébranlable au milieu desoraiges ; enflammé de vengeance, il agitait k Caen le drapeau de rinsurrection. Une jeune personne, grande, bien faite, portant sur sa figure céleste un mélange de douceur et de fierté, une expression d'enthousiasme et de force d'amc, se présentait quelquefois chez lui, toujours accompagnée d'un domestique, et elle l'attendait dans un salon oii passaient des girondins fugitifs : c'était Charlotte Corday, qui sollicitait en apparence une grâce pour un de ses parents ; mais le véritable motif de ses visites était de connaître quelquesuns des fondateurs de la république qu'elle idolâtrait. I^s talents, les vertus et les malheurs de ces grniTcux proscrits et surtout du député de Marseille, beau et jeune comme elle, émurent vivement son cœur sensible et magnanime qui ne prit plus conseil que de son courage. Se dé-
Touant à ce qu'elle crut la cause de la liberté , elle eût voulu immoler tous les montagnards persécuteurs ; mais il fallait choisir y car sa main ne pouvait en frapper qu'un seul, et c'est sur Marat qu'elle résolut d'appesantir cette main vengeresse. Elle le dit, elle le fit '; et lorsque^ paraissant devant ses juges, qu'elle étonna par sa sérénité angélique, elle entendit prononcer la sentence de mort, elle remit denx lettres au président , l'une pour son père et l'autre pour Barbaroux, qui venait d'adresser aux Marseillais une proclamation brûlante '.
' Le 1 3 juillet 1793.
* « Marseillais, au miliea des nouvelles persécatÛMis dont je m'honore d'être la victime, je n*ai pa répondre aux témoignages d'estime que tous m'avez donnés. Mi réponse cil dans mes actions : c'est en combattant la nouvelle tyrannie qai iTert élevée dans Paris ^ c'est en portant dans les départcmens où j'ai pu pénétrer la statue brisée de la liberté; c'est en la couvrant de mon corps et en mourant pour elle, qne je sus, que je serai digne de vous.....
tf Levez->vons, et marches sur Paris.....
« Marchez à Paris, non pour combattre les Parisiens, qui vous tendent les bras, mab pour fraterniser avec eux, maïs pour les délivrer de l'oppression de leurs tyrans, mais pour jurer avec eux, avec les hommes du nord, l'nnité et l'indivisibilité de la république.
« Marchez à Paris, non pour dissoudre la convention nationale, mais pour assurer sa liberté, mais pour la rendre respectable comme le peuple qu'elle représente.
« Marchez à Paris, non pour soustraire les députés proscrits au glaive de la loi, mais pour exiger an contraire qu'ils
Marseille leva son bataillon, qui devait joindre à Avignon celui de Nîmes. Le tribunal populaire condamna k la peine de mort Barthélémy, fabri-
soîent jugés par un tribunal national, mais pour faire juger aussi tous les représentants du peuple , tous les ministres, tous les administrateurs de Paris. Il faut qat tous les hommes dont la fortune s*est accrue dans les fonctions publiciues restituent ce qu'ils ont Tolé. Il £iut que les assassins soient punis, et les dictateurs précipités de la roche Tarpéïenne.
« Pardon pour les hommes égarés , justice pour les brigands!
« Marseillais , la racine du mal est à Paris. Quand la représentation nationale sera yengée des attentats d*un conseilgénéral contre-réYolutionnaire, les maux de la patrie fiotront , parce quelles traîtres n'existeront plus. Voyex les gouffires qu^ils ont ouverts, les hommes et les choses qu'ils ont dérorés... Marseillais, le rendez-TOus est à Paris.
•I On m'accusera de vouloir vous soulever : oui, je vous soulève et je soulèverai la France entière contre les brigands. Rappelez- vous les jours mémorables de notre première insurrection en 1789, quatre mois «ivant la prise de la Bastille. Tel je fu* alors, tel vous me verrez encore au poste de l'honneur: décrets d'accusation, poignards, échafaud, je braverai tout. Deux sentiments seuls embrasent et consument mon ame : c'est l'amour de la liberté et la haine de la tyrannie ; j'y jotas un sentiment plus doux , c'est la reconnaissance. Je vous la dois, parce que vous m'avez mis au poste du péril ; je la dois aux liahitants de Caen, parce qu'ils m'ont reçu sur la terre liospitalitre , et qu'ils servent bien la patrie. Marseillais, sauvez-la, et que celui-là périsse, maudit du ciel avec tool* sa race, qui parlera, écrira, pensera contre la république une
cl in(li\isih!c ! . Oir/i, ir iS juin 1793.
( Harhaioux de Marseille, député par le département des Rouclies-du-Rhùne à la convention nationale, expulsé par la force du poste ou l'avait placé la volonté du peuple. }
506 HISTOIIIE
cant de savon. On avait produit contre l'accusé une lettre où il exprimait des sentiments de haine contre les meneurs des sections. Barthélémy fit trois fois le tour de Téchafaud en saluant les assistants et en disant : Je vais mourir pour la pairie. Après quoi , il baisa une cocarde tricolore et se livra au bourreau. On exécuta le même jour ' un nommé Poulet qui avait levé des contributions arbitraires. Deux jours après, l'assemblée électorale nomma J.-B. Vence et Gilly députés à Bourges.
Des commissaires arlésiens étaient venus à Blarseille presser le comité-général de dedre passer le bataillon à Arles, oii les sans-culottes menaçaient de reprendre leur domination. Le comité accueillit cette prière y et le bataillon marseillais , au lieu de marcher droit à Avignon, alla &ire un long séjour a Arles. Sur ces entreflutes, la convention détacha de Tarmée des Alpes 1 ,500 hommes sous le commandement du général Cartaux, pour arrêter les bataillons de Marseille et de Nîmes.
Des bandes d^insurgés se rendaient k Avignon de toutes parts. Lyon , menacé par un autre détachement de Tarmée des Alpes, pressait vivement la marche du bataillon marseillais originairement destiné pour Bourges , et ce bataillon était ù Arles, et Cartaux s'avançait.
• I-c lo juillet.
DE MAR-5EiLL£. 507
Enfin les Marseillais sortirent d^ Arles y mais ce fut trop tard. Les troupes du département du Gard abandonnèrent le Pont-Saint-Esprit , et cette défection amena celle de tout le ci-devant Languedoc. Les Avignonais se déclarèrent pour Gartaux qui était à Pierrelate , et voulurent barrer le passage de la Durance au bataillon de Marseille qui venait d'Arles. Tandis que les Marseillais forçaient le passage 2i coups de canon au bac deNoves, les citoyens de Tlsle, faisant cause commune avec eux , attaquaient les Avignonais vers la Ghartreuse de Bonpas. Un seul enfant fut tué : c'est y iala , tambour d*un bataillon d^ Avignon , auquel Robespierre fit accorder les honneurs du Panthéon. Les Avignonais culbutés coururent se réfugier dans leurs murs, et les Marseillais y entrèrent triomphants.
Cartaux se concentrait a Orange, et Marseille^ se voyant menacée, songea sérieusement à lever des troupes pour empêcher Tarméc conventionnelle de passer la Durance. Le comité-général invila toutes les communes a envoyer des gardes nationaux a Avignon. Plusieurs se rendirent à cette invitation, mais il n'y avait pas encore de général; le commandement était entre les mains de Kousselet , chef du bataillon marseillais , homme sans connaissances militaires. Kousselet reconnut son incapacité , se démit de ses fonctions et entra dans les rangs comme simple vo-
Ion taire. Le comité envoya des commissaires civils et des officiers qui ranimèrent le courage des troupes et formèrent un conseil investi du commandement suprême.
Cartaux attaqua Avignon le 27 juilletk lapointe du jour; il fut vigoureusement repoussé. Un grand conseil s'assembla aussitôt : il fut forme des officiers y des commissaires civils^ du conseilgénéral de la commune d'Avignon et du comitégénéral des sections de la même ville \ assemblage étonnant pour délibérer sur un plan de campagne. Pendant la discussion^ on annonça un courrier extraordinaire venant de Marseille ; il était porteur d'instructions du comité-général pour Tarmée ■ . Ce comité disait : dans le cas ou vous vous vendez forces ^abandonner Avignon y ce qui ne nous paraît pas présumablej vous vous replierez sur la rive gauche de la Durance, et prendrez les positions propres à empêcher l'ennemi de passer. Le commissaire qui lisait cette partie des instructions ne sut pas en sabir le sens et s'écria : voilà que le comité-'general de Mar^ seille nous ordonne de nous replier sur la Durance. Le bruit se répand aussitôt qu'on va battre en retraite ; une terreur panique s'empare des esprits, on s'attroupe y on se pousse , on sort de
' Quand ce rourricr partit, Avignon n'était pas encore attaqué, ot le comilf^général de Marseille ne connaissait pas la victoire des sectionnaircs.
OEMARSEILLE. M)9
la ville dans une confusion inexprimable , on se précipite au bac de Barbentane. Chose incroyable! si les troupes de Marseille, victorieuses le matin, s'étaient présentées devant le camp ennemi au lieu de se débander , c^en était fait de Tarmée de Cartaux qui murmurait hautement. Les corps qui la composaient y à Texception de Tinfanterie allobroge ■ , voulaient passer du côté des Marseillais, et le représentant Albitte faisait tous ses efforts pour empêcher la dissolution qui menaçait cette armée découragée.
La nouvelle de la déroute des sectionnaires fut apportée à Marseille par les commissaires civils qui y arrivèrent le 38 juillet , à six heures , (lu matin. On fut consterné quand on apprit que , même contre la teneur expresse des instructions, les bords de la Durance étaient abandonnés ; néanmoins tout nétait pas perdu. Cartaux n'avait que 2,000 liommes environ, dont 500 de cavalerie. Il restait à Marseille de grandes ressources , une nombreuse garde nationale , une artillerie redoutable , des compagnies de marins et de douaniers qui montraient du dévouement cl de la bravoure, lies sommes immenses en assignats, 4,300,000 fr. (lispoiiiblesen numéraire. Les sections de Toulon Si talent levées*, elles avaient anéanti le club, le
' (Irtic iiuiipc rct riiièc en IJauphiné a lauM»r à Maneillc uo
l«»n^ souvenir clr lormir.
r,\0 HISTOIRE
seul qui reslait encore dans le midi ; elles avaient formé, comme a Marseille, un comité-général et un tribunal populaire. Les esprits se relevèrent de leur abattement. L^administration des Bouches-du-Rhône , le district et la municipalité de Marseille , le comité-général et les présidents des sections furent convoqués. L'assemblée décréta ■ la formation d'une armée départementale, et nomma général en chef le chevalier de Villeneuve - Tourrette , ancien colonel du régiment d'Artois infanterie. Elle révoqua les commissaires civils, et choisit, pour les remplacer, Pîerrc-Laugier, Rampai fils, J.-B. Vence et Michel d'Aiguicres. Ces nouveaux commissaires et le général en chef se rendirent a Âix la même nuit; ils y apprirent que l'armée de la convention, qui avait dépassé la Durance, était dans les districts de Tarascon et d'Arles.
Les préparatifs de guerre n^entravaient pas les décisions du tribunal populaire , qui condamna six individus à mort, et trois autres à plusieurs années de galères, pour avoir exigé des contributions illégales.
Villeneuve s'occupa a ralliertout ce qui s'était enfui d'Avignon. Ces débrb, joints a de nouvelles compagnies de Marseille et à des détachements d'Aubagne , de Roqucvaire , de La Ciotat , for-
' Le mrnip jour, 28 juillet.
DE MARSEILLE. Mt
maient déjà un corps de 2,000 hommes, et des volontaires arrÎTaient a chaque instimt. On pro* fita de rexpéricnce du passé pour tracer une ligne de démarcation entre les différents pouvoirs- Toulon envoya une compagnie de gardes nationaux et 500 hommes de troupes de ligne. Ce premier renfort fut bientôt suivi d'un second, composé de 300 hommes , qui formaient le premier bataillon des grenadiers des Bouches-du- Rhône.
L'armée départementale s'organisait, lorsque, le 3 août, on eut avis que l'ennemi était déjà à Lambesc et à Salon. Villeneuve partit d'Âix le même jour avec quatre bataillons, et s'avança vers les convrnlionncls qui, a son approche, se rangèrent en bataille. 11 les mit en fuite, et s'établit sans obslaele a Lambesc. Le 5 , il ordonna la marche sur Salon , oii il arriva a onze heures du malin. L'ennemi Tavait évacué la veille et s'était replié sur Orgon, oii il se disposait à repasser la Diirance.
L'armée départementale fut alors répartie à Lambesc, a Salon, a Lanson et a Saint-Cannat; quelques troupes restèrent a Aix, et Villeneuve envoya un bataillon a Venelles en apprenant que des partis ennemis étaient répandus à Mérindol , à Caclenet et a Pertuis, sur la rive droite de la Durance. Ce bataillon, fort de 700 hommes et commandé par Arbaud, passa la rivière et s'em-
5ij HISTOIRE
para deCadenet. Attaqué le 1 1 par 200 hommes, il s'enfuit en voyant son chef blessé mortellement. Le général accourut de Lambesc, rallia les fuyards et leur fit passer la Durance arec ordre. Les troupes de la convention restèrent dans Gadenct; il ne les poursuivit pas. II se proposait de les attaquer k Orgon, oiise trouvait leur quartier-général ; mais le désordre de Tadministration et la déroute de Gadenet dérangèrent ses projets et jetèrent le désespoir dans son ame.
Le comité- général était instruit que la convention avait donné Tordre k Brunet^ général de Tarmée dltalie, de faire avancer un corps de troupes pour mettre Tarmée départementaleentre deux feux. On cherchait les moyens d*entamcr. une négociation avec Tescadre anglaise qui était dans les mers de Marseille et de Toulon y et avec la flotte espagnole qui croisait k la hauteur de iloscs : on ne put pas s^accorder. Chacun sentit alors le besoin de concentrer une autorité trop partagée. Dans une réunion solennelle des corps administratifs, des présidents des sections et de leur comité-général, il fut proposé de former imc commission investie de tous les pouvoirs^ de la composer de sept membres, y compris Peloox et Gastclanet , et de lui donner le nom de comité de sûreté générale. Bruniquel, Raymond aîné, J. Abeille et deux autres citoyens furent choisis. Ce comité se forma le 1 4 août ; il ordonna pour le
lendemain une procession générale : crn descendit la statue de Marie du fort de Notre-Dame-dela-Garde , et on la promena avec pompe dans la ville.
Le 1 8 , a six heures du soir , le bruit se répandlt dans Salon que Tennemi venait attaquer cette ville, et que, des hauteurs d'Aiguières, on le voyait défiler dans la Crau. La générale battit : la moitié de la colonne marseillaise se porta sur le chemin d'Avignon , l'autre moitié sur la roule d'Arles; on passa ainsi la nuit. Le lendemain, un peu avant le lever du soleil , les Marseillais fu* rent attaqués par un corps d'environ 1 ,500 hommes. La canonnade se soutenait bien de part et d'autre, lorsque, sur la route d'Avignon, un grenadier de la section n*' 7 , dite de Saînt-Marlin, cria : sauve qui j)cut! Le désordre se mit aussitôt clans les rangs des seclionnaires, et leur drroule fut complète. Quoique le second corps, placé sur le chemin d'Arles, fît bonne contenance, Villeneuve se vit dans la nécessité d'ordonner la retraite sur Lanson. 11 sauva toute son artillerie et ne perdit que 30 hommes : toujours maître de Lambesc, il proposa d'envoyer un corps de troupes s'emparer des hauteurs de la Barben ; mais un conseil de guerre détermina de se retirer aux Pennes.
L'inquiétude régnait dans Marseille ; les grains y devenaient tous les jours plus rares; une comn. 33
nu HISTOIRE
mission de subsistance n'y tenait le pain à un prix modéré qu'a force de sacrifices. Tous les citoyens riches avaient fourni dos sommes considérables pour les fonds de rapprovisionuement. La commission avait acheté a Gênes une assez grande quantité de blé, mais les Anglais bloquaient le port; elle en avait aussi acheté dans THérault, mais il y était retenu par Tadministration départementale, déjà séparée de la coalition du midi. Arles ne pouvait plus rien fournir ; Cartaux en était le maître. Ce fut alors que le comité de sûreté générale chargea Cézan et Labat de se rendre auprcs des Anglais et des Espagnols, et d'aller même jusqu'à Gênes pour demander le libre passage des grains. Ces députés partirent le 20 août-, le 22 au matin, la frégate anglaise Néhiesis se présenta devant Marseille avec pavillon parlementaire : le comité envoya Abeille, un de ses membres , a bord de cette frégate pour réclamer des secours que les circonstances ren. daicnt toujours plus urgents. A la nuit, la frégate mit a la voile et joignit le lendemain l'amiral Ilood, commandant l'escadre anglaise, qui avait fait à Gczan et a Labat le plus honorable accueil. Les députés arrivèrent k Marseille, le 23 dans la nuit , sur le vaisseau f^ictorj. Ils venaient défaire une déclaration conforme a celle d'Abeille qui suppliait Tamiral Ilood d'accorder assistance aux sections marseillaises pour faire proclamer
DE MARSEILLE. ftis
LfOiiis xvii dans le département des Bouches-da- Rhône. Hood fit aussitôt une proclamation aux habitants de Marseille et de Toulon pour les en* gager à se prononcer sans délai '.
La situation de Marseille était alors trës critique. L'armée départementale gardait les passages des montagnes ; Villeneuve avait posté la colonne de Salon d'abord aux Pennes, ensuite sur les hauteurs de la Gavotte ; celle de Lambesc à Fabregoule, en avant de Septëmes. De nouvelles troupes se levèrent à Marseille et mar-
' n Français, yods êtes, depuis quatre ans, travailléa par
une révolution qui a successivement amené sur tous tous les malheurs. Après avoir détruit le gouvernement, foulé aux ))iods toutes les lois, assassiné la vertu, préconisé le crime, <lrs factieux , parlant de liberté pour vous la ravir, de souveraineté du peuple pour dominer eux-mêmes, de propriété pour les violer toutes, ont établi leur odieuse tyrannie sur \vs (Kbris d'un trône où fume encore le sang de votre légitime
.souverain Le tableau de vos maux est horrible; il a dA
afili(;er les puissances coalisées : elles n*ont vu de remède que dans le rétablissement de la monarchie.
• Je viens vous offrir les forces qui me sont confiées pour «par^mer roffusion du sang, pour écraser les factieux, rétablir rharmonie et la tranquillité que leur détestable tyttèflM menace de troubler dans toute TKurope.
" C«)niptez sur la fidélité d'une nation franche. Je viens de donner une preuve éclatante de sa loyauté : plusieurs vaisscjiix rhargés de blé, venant de Génet, arrivent dans >(>s ports, ex'ortés par des vaisseaux anglais.
« Prononcez- vous donc, et je vais faire succéder des années de bonheur a quatre ans de servitude et de calamité. •
chcrent à Roquevaire ; le général prévint le comité de lui tenir quatre bataillons prêts à venir le secourir en cas d'attaque. Les sections assemblées députaient sans cesse aux autorités. Tout s'agitait, tout se heurtait; le bataillon de la section n"* 1 1 , commandé par Vidal , s'était retran-> ché dans le quartier des Prêcheurs avec une pièce de canon. Vidal n'avait d'abord sous ses ordres que 350 hommes ; mab bientôt plusieurs patriotes des autres quartiers de la ville vinrent se ranger sous ses enseignes , et il s'empara de quelques pièces d'artillerie. Dans cette attitude , l'intrépide bataillon députa vers la municipalité pour lui signifier qu'il ne voulait pas subir le joug des ennemis de la France, et qu'il mourrait républicain. Des dispositions hostiles se faisaient autour de lui, et plusieurs bataillons s'ébranlaient pour l'attaquer, lorsque les officiers municipaux se présentèrent pour l'inviter a se soumettre. Gaillard, président de la section insurgée, etGaroute, secrétaire, lenr firent cette réponse : Nous nous retirerons lorsque Formée de la république viendra nous relever. Le bataillon n"* 1 1 resta ferme a son poste et bivouaqua toute la nuit du 22 au 23 ; les patriotes de la section n® 9 vinrent se réunir \ lui avec leur drapeau. Le 23 au matin, la femme Boude remit k Gaillard une lettre de son époux, de Granet, frère du conventionnel, et d'autres montagnards
incarcérés au fort Saint-Jean. Ces prisonniers^ imploraient le secours des républicains, leurv amis ; on leur répondit qu'ils allaient être libres. Le comité de sûreté générale quitta Saint- Jaume oit il tenait précédemment ses séances , et alla s'établir dans une maison à la place Monthion. Vers midi, les insurgés furent attaqués à force ouverte par tous les bataillons restés dans la ville auxquels se réunirent les marins. On les resserra dans Téglise des Prêcheurs en plaçant des canons k la rue des Nobles ' , à celles de Saint-Jaume, de Saint-Victoret, des Consuls et de la Croix-d'or. Cependant un détachement dtf assiégés profita de l'obscurité de la nuit et alla i>'cDiparer de la porte d'Aix; dans la matinée du 21, il abandonna cette position et retourna aux Prêcheurs. Apres vingt heures d'un feu continuel, on imagina de bombarder l'église pour en débusquer les patriotes, et Ton plaça des morliers au Cul-de-Bœuf. Les assiégés résistèrent pendant sept heures a une lutte si inégale; mais 1rs cris et les gémissements des vieillards, des femmes, des enfants, et l'aspect des désastres que le quartier avait éprouvés, les décidèrent enfin à une retraite plus avantageuse au succès de l'armée républicaine qu'une résistance prolongée. Ils se firent jour a travers leurs ennemis, et sor-
' Aiijf>iirirhiii la rue Bclsuiicc.
tirent de la ville par la rue de TOratoire , par celle de TObservance et par la porte de la Joliette, pour aller joindre les troupes de Cartauz et accélérer leur marche sur Marseille. Par le bruit des bombes et des canons , on eût dit que la moitié de la ville était engloutie , et que des milliers de cadavres jonchaient le sol tremblant. Cependant les républicains n'eurent que cinq morts , et du côté des sectionnaires un seul capitaine marin perdit la vie j le nombre des blessés fut beaucoup plus considérable.
Le même jour 24, à midi, Tarmëe de la convention attaqua les troupes départementales sur les hauteurs de Fabregonle. Le général Villeneuve avait dépêché , k dix heures , nu courrier extraordinaire a Marseille , pour fidre venir les quatre bataillons qu41 avait précédemment demandés. Ce secours lui était d*autant plus utile que y la veille de Tattaque, pendant qu^on se battait dans la ville, le bataillon des grenadiers des Bouches-du-Rhônc que Toulon avait envoyé était passé du côté de Tennemi. La désorganisation était complote à Marseille ; le comité des sept n'y trouva aucune force disponible , et se borna à faire une proclamation rassurante. Hélas I tout était déjà décide : à peine Gartaux eut attaqué, qu^une partie des canonnicrs de Tannée départementale précipita ses pièces d'artillerie des hauteurs où elles étaient placées, et s'enfuit lâchement. L'ar-
mée j d'abord étonnée , ne tarda pas k suivre cet humiliant exemple ; elle se replia sur tous les points et entra pêle-mêle dans Marseille.
0 jour de deuil et de honte ! on eût dit que deux cent mille barbares s'avançaient avides de carnage et brandissant des glaives exterminateurs, tant le désordre était affreux , tant la terreur générale ; et Cartaux, le plus mauvais général de la république, n'avait que 2,931 hommes! Les rues se couvrirent d'abord d'une foule désespérée ; partout des clameurs confuses , puis mi morne silence. Toutes les portes et toutes les fenêtres étaient fermées. Villeneuve ne S09|;ea pa# h défendre une ville qui présentait un spectacle si déchirant ; il ordonna la retraite de ses troupes sur Toulon. Les débris de Tarméc départementale, suivis d'une foule de malheureux qui s'éloignaient de leurs foyers doiilestiques , allèrent coucher a Cassis et à La Ciolat , et entrèrent dans Toulon le lendemain 25.
Cartaux, étonné de son facile triomphe, aurait pu faire son entrée a Marseille le 24 au soir; rien ne s'opposait à sa marche : il y entra le 25 , il neuf heures du malin. Le bataillon de la seclion n"" 1 1 et les autres patriotes marseillais , au nombre de 2,000 hommes, ouvraient la marche de Tarméc républicaine. On y voyait les représentante du peuple Albitlc, Gasparin , Salicetti , Kscudier el Niochr, commissaires de la conven-
5to HISTOIRE
lion dans les départements des Bouches - da- Rhône, du Yar et de TArdêche. La monicipalitë suspendue par le comité - général rentra aussitôt en fonctions, et le club reprit ses séances \ Le 27, tous les citoyens furent désarmés. Cartaux s'arrcta à Marseille, et ce séjour donna aux sections de Toulon le temps de négocier avec les amiraux des puissances coalisées qui firent entrer, le 28, leurs troupes et leurs escadres dans la ville ', la nmt précédente , ils avaient occupé le fort Lamalgue. L'armée départementale, réduite a un seul bataillon, fut d'abord placée à Ollioules, à Tcxception de quelques compagnies qui gardèrent les redoutes de Malbousquet et de Saint- Antoine. Cartaux et les représentants du peuple songèrent alors à marcher sur Toulon; ils arrivèrent à Ollioulcs le 31 : le bataillon départe* mental, trop faible pour résister , se replia. Des détachements anglais et espagnols accoururent et repoussèrent Cartaux jusqu^au delà des défilés dits les Baux d'OlUoules. La garde de ce passage fut confiée aux soldats de Villeneuve; mais on les
■ Le président ouyrait toutes les sésncei par ces acclamations : « Vive la république I Vive la eonrention nationale ! Viye la montagne I Vivent les sociétés popubdres jacobltea! Vivent les défenseurs de la patrie! Vive la loi du maximum et son entière exécution ! Périssent les scélérats et les persécuteurs des patriotes! Citoyens , tous êtes invités à cultÎTer Tétude de la langue française. »
laissa manquer de munitions de guerre et de bouche. Le 7 septembre, Cartaux les attaqua et les repoussa jusque dans les murs de Toulon.
Les assemblées primaires de Marseille acceptèrent la constitution de 1 793 a Tunanimitë des votants : quelle voix imprudente eût osé la combattre? Le tribunal révolutionnaire fut rétabli sous la présidence de Maillet jeune ; Giraud y exerça le redoutable ministère d'accusateur public , et la terreur commença son règne en s*étendant, comme une lave dévorante, sur une terre bouleversée jusque dans ses entrailles. Les membres du comité-général , de la commission (les sept^ du tribunal populaire et de la municipalité provisoire, les présidents et les secrétaires des scclions, les officiers de Tarmée départementale, tous ceux qui avaient occupé des emplois publics durant le mouvement contre -révolutionnaire furent impitoyablement poursuivis; mais les plus compromis se sauvèrent à Toulon avec Peloux et Castelanet, a la suite de Villeneuve et de son état-major. Pierre Laugier et J.-B. Yence eurent moins de bonheur: traduits devant le tribunal de Maillet, ils furent condamnés k la peine de mort ■ et la subirent avec
' Llugier demanda, pour toute grâce, de ne point pasêer devant sa maison en allant au lieu du supplice. Celte triste fa\rur lui fut accordée.
VencCy Âgé seulement de a3 ans, possédant tous les dons
52i HISTOIRE
courage. Qui pourrait dire les noois de toutes les victimes ? qui pourrait peindre avec d*assez noires couleurs les calamités aflOreuses que le ciel irrité fit tomber sur Marseille? Les prisons regorgèrent de suspects entassés les uns sur les autres ; une farouche tyrannie, foulant aux pieds tout ce que les hommes respectent y soumit les citoyens tremblants à ses ignobles caprices, et les haines particulières engendrèrent de nombreux forfaits, sous le masque du patriotisme indigne, au nom de la liberté gémissante. Cartes de sûreté, certificats de civbmei visites domiciliaires, maximum, réquisitions, emprunts forcés, confiscations, mesures inquisitoriales, brutal abus de la force, outrages de toute espèce, souillures de tous les instants , tels furent les moyens de gouvernement employés par les montagnards victorieux. Toulon arbora le drapeau blanc et proclama Louis xvii, le 1** octobre. Cet événement enflamma la rage des persécuteurs de Marseille. Barras, Frcron, Robespierre jeune, Ricord ', Salicetti voulurent réparer les lenteurs de Cartaux et des premiers représentants du peuple , qu'ils remplacèrent dans le midi. Barbares proconsuls ! c'est en caractères de sang et de boue
de la nature et de la fortune, s*était réfugié à bord d*un vaisseau génois. Ce vaisseau fut pris par un conaire françab , qvi
ramena le jeune proscrit à Marseille.
' Députt': fin Va r.
qu'ils se sont inscrits dans nos annales. Ils proposent de supprimer le nom de Marseille et de lui donner désormais celui de ville sans nom j comme s'il dépendait d'eux d^effacer cette appellation glorieuse que prononçaient avec respect tous les grands hommes de Tantiquitë et qui se rattache à des souvenirs impérissables I Us s'en prennent même a ce qui est muet, insensible, inanimé. A leurs yeux, le marbre ^ les monuments et les che&-d'œuvre des arts sont coupables et doivent être punis. Qu'ils tombent , qu'ils soient réduits en poudre, qu'ils cessent de souiller la terre de la république ! s'écrient-ils dans les transports de leur rage insensée; et l'antique basilique des Accoulcs, le fameux temple du quartier Saint-Ferrcol, la salle des concerts, les plus beaux édifices oîi les sections s'assemblaient, disparaissent sous le marteau de ces Vandales. L'hôtel-deviile aussi était promis a la destruction; déjk le balcon s'écroulait, des mains sacrilèges avaient déjà mutilé l'ouvrage de Puget, lorsque Micoulin, président de la commission municipale, etLejourdan, agent national de la commune ', se rendirent
' Onc commissiun venait d'i'lrc créée par arrêté des repré- &entant!i du peuple, dans l'exercice de leur pouvoir dictatorial ; flic remplarait l'ancienne municipalité suspendue illégalement par le comité -général des trente-deux sections et réinstallée ù l'entrée de Cartaux. Micoulin et Lejourdan furent obligés d'accepter les fonctions qu*on leur confia , soms prinr firtrc nputrs nufpvitf.
auprès de Robespierre jeune, de Ricord et de Salicetti » , les supplièrent d'épargner ce monument et s'efForcèrent de les émouYoir. Robespierre se montra d'abord inflexible, mais ses coUè^^es l'entraînèrent, et la démolition fut proTiaoîrement suspendue. Bientôt le comité de salut public , pressé par les vives instances de Granet , convertit en arrêté définitif cette décision provisoire. Fréron avait aussi proposé de combler le port de Marseille ; heureusement les autres représentants s'y opposèrent. Le comité leur écrivit que si cette ville était aussi rigoureusement punie, il faudrait que Bordeaux disparut du solfrançais. Hé bien! répondit Fréron , Bordeaux j comme Marseille j a eu ses Barharoux^ Bordeaux est criminelle. Si Bordeaux s^esi rendue coupable â aussi grands attentats, il faut raser Bordeaux, il faut raser Marseille. Cette proposition fut rcpoussée , mais le sang n'en coula qu^avec plus d'abondance.
Le 23 octobre , trois commbsaires arrivés de Paris amenèrent avec eux le duc d'Orléans, qui avait toujours montré dans sa prison cette sérénité d'ame et cette fermeté de caractère qui ne l'abandonnèrent pas dans ses derniers moments'. Le 31 du même mois, Duprat etDeperret, dé-
' Frôron et Barras étaient alors à l'ouJon.
* Le duc d*Orléan8 fut exécuté à Paris , le 6 novembre 1793.
pûtes des Bouches - du - Rhône , montèrent sur Téchafaud avec Téloquent Yergniaud, Brissot, Gensonné , Boyer-Fonfrède et les autres che& de la Gironde. Le montagnard Gasparin était mort d'une indigestion k la suite d'une débauche.
Quelques ecclésiastiques vinrent déposer k la commune leurs lettres de prêtrise , en déclarant qu'ils n'avaient jamais cru à la religion catholique, qu'ils ne reconnaissaient plus d'autre culte que celui de la liberté et de l'égalité , qu'ib abjuraient toutes leurs jongleries. Plusieurs se marièrent, et parmi eux le chanoine de Bausset, dont la femme fut portée en triomphe. Cette révolution, si terrible dans son enfantement, mais si salutaire dans ses résultats, employa savamment tout ce qui frappait les sens du peuple, et toujours elle se montra prodigue de chants, de fctes et de ccTcmonics. Elles avaient un éblouissant prestige ces solennités républicaines qui apparaissaient avec des proportions colossales au milieu des orages et des foudres. Par ordre des commissaires conventionnels, les premières décades, belles de tout Tattrait de la nouveauté, furent célébrées a Marseille avec magnificence ' : c'étaient des promenades civiques qui partaient de la maison commune , se rendaient au temple
• Plus tard ces ft^tcs dëgénérfrcnt : on n'y YÏt plus que quelques polissons, habille^ en grecs et en romains, à la suite dot autorités constituées.
DE MARSEILLE. 5i7
char somptueux se trouvait Apollon, jouant de la lyre et entouré des muses avec leurs divers attributs. Une autre divinité de TOlympe foulait aux pieds des sceptres et des couronnet; puis s'avançait un petit corps d'armée, comme prêt k partir pour terrasser les eftnemis du peuple; venaient les quatre saisons et la déesse de Tabondance. Le bataillon du 10 août et celui du 21 janvier marchaient tambour battant ; suivaient quelques compagnies de gardes nationaux qui faisaient rouler divers instruments de guerre ornés de guirlandes; après eux, Timage de la Bastille détruite ; un char surmonté d'un troue sur lequel se montrait Hercule, sa massue à la main; la déesse de la liberté aussi dans un char précédé de plusieurs lévites couronnés de (leurs; encore un char qui portait une forge et qu'entouraient des ouvriers avec les marques distinctives des métiers et des arts; des bœufs traînant une charrue, suivis de laboureurs; des groupes de vieillards, de vétérans et d'invalides ; les membres du club, se présentant en phalange serrée, liés les uns aux autres avec des rubans tricolores; une troupe de comédiens dans des costumes différents -, un arbre de la liberté entrelacé de bandelettes aux trois couleurs que tenaient vingt jeunes filles resplendissantes de parure. Alors paraissaient Dugommicr et son état-major; derrière eux , un détachement traînant dans la pous-
sière des drapeaux blancs et des canons brisés ; ensuite un chariot chargé de blessa, et sur lequel se trouvait aussi un guerrier armé de pied en cap dans l'attitude d'un triompliateur ; les bustes de Brutus, de Marat et de Lepelletîer; deux hommes condamnés aux galères par le tribunal populaire, vctus de la livrée du crime et courbés sous le poids des fers ; de nombreux corps de musique, mêlant des sons harmonieux aux chants patriotiques qui retentissaient de toutes parts; des trépieds, des cassolettes ^ des licteurs; le vaisseau de la république ; les représentants du peuple, les membres de la commune, tous les corps administratifs et judiciaires, tous les officiers de la marine et de la garnison ; la marche était terminée par plusieurs bataillons delà garde nationale avec quelques pièces d'artillerie. Au centre de ces bataillons, des enfiints forgeaient des armes sur des enclumes. Ce fut ainsi que rimposant cortège s'avança vers l'autel de la patrie; ainsi il parcourut la ville au bruit des canons et des cloches, et passa devant le club. La s'élevait un arc de triomphe. Isoard, président de la société, harangua Dugommier et lili présenta une couronne de laurier; le général la prit en disant qu'elle n'était due qu'aux sansculottes de l'armée victorieuse. Ensuite on enleva aux deux captifs leurs vêtements ignominieux et leurs chaînes pesantes.
Des sacrifices de sang ne cessaient d^êlre oflfefts à ces divinités implacables. A Toulon, le fer de la guillotine moissonnait des femmes et des vieillards. On porta dans une chaise k bras, jusque sur Téchafaud, Baussier, citoyen vénérable, âgé de quatre-vingt-quatorze ans; une femme qui sortait de Tenfantement fut arrachée de son lit et conduite au supplice. Encore si ce fer qui tran* chait tant de têtes e&t satisfait les représentants du peuple; mais il ne pouvait suffire à leur vengeance impatiente qui voulait d^un seul coup frapper tous les proscrits. Barras et Fréron firent publier que les bons citoyens allassent au Champde-Mars sous peine de mort , et trois knille s^y rendirent. Fréron élait k cheval, entouré de troupes, de canons et d^unc centaine de jacobins forcenés. Entrez dans la foule, dit-il à ces derniers , separez-en ceujc que vous vomirez et rassemblez-les le lon*^ de ce mur. Les jacobins s'élancent dans les rangs et choisissent les victimes au gré de leur caprice, de leurs passions ou du hasard; au signal donné par Fréron, la mouscjuelerie tonne de toutes parts, les malheureux Touionnais se meuvent pélc-mêlc et tombent les uns sur les autres. Tout-a-coup, par ordre du proconsul, une voix s'écria : Que tous ceux qui ne sont pas morts se lèvent! Les blesses croient qu'on veut les secourir : ils se dressent. n. 34
r;3o HISTOIRE
on les foudroie de nouveau , et puis le fer moissonne tous ceux que le feu épargna '.
A Marseille , le tribunal révolutionnaire avait envoyé au supplice deux cents personnes , et la convention nationale, en décrétant, sur la demande de Bourdon de TOise, que la section n^ 1 1 avait bien mérité de la patrie, avait aussi décrète, sur la proposition de Barrcre, que les biens des condamnés serviraient à indemniser les patriotes marseillais des malheurs et des pertes qu'ik avaient éprouvés en combattant pour la cause républicaine. Cependant le tribunal n'allait pas assez vite au gré des représentants, qui le suspendirent par un arrêté du 7 janvier 1 794 : le considérant porta que les plus acharnes seciiannaireSj les négociants infâmes accapareurs échappaient à la mort. Fréron et ses collègues ordonnèrent aussi l'arrestation de Maillet et de Giraud, accusés d'avoir reçu des sommes immenses pour £iire grâce à des fédéralistes. Ils nommèrent celte com-
' Celte horrible exécution fut fiiite Mns préjodice de la guillotine en permanence et des fuaîlljKlei aoltipliëes.
Frcron c'criyait a Moïse Bayle : Tomg lesjoarr, dej^mis notr^ entrée , nous faisons tomber deux cents téUt. Nous avons requis douze mille maçons des dêpartemens environnants pour démolir et raser la ville. ( Le romitë de salut public empêcha relfc démolition. )
On fusille à force ; déjà tons les officiers de la marime sont exterminés.
DE MARSEILLE. Kl
mission militaire dont les furears ont acquis une exécrable célébrité. Quatre Parisiens la composaient : Leroy, surnommé Brutus, Lefebrre, Tîberge et licpinc. Jugeant sans accusateur public rt sans formes judiciaires, ils adressaient aux accuses quelques questions sommaires et les faisaient rentrer dans les prisons; ensuite ils en soumettaient la liste k Texamen d'un comité de sans-culottes qui marquait avec de Tenore rouge les noms de ceux quHl deaUnait k la mort. Brutus prononçait la sentence en prtencr dn condamnés, et on les plaçait atnntdt sur des charrettes qui les attendaient derant la porte du palais de justice. Le cortège lugubre se mettait en marche au bruit des tambours et s'arrêtait h la Canncbiôrc , où l'cchafaud était en permanence. Toutes les fois qu'une tête tombait, un roulement se faisait entendre, et des misérables, principalement des femmes' furieuses
' V.n rruiileu.trt auiMaicrfl aux iiidicnccs <1« tribtnuiis 1 rimifii-ls, cl l'on m vit pInsiFnn placffi, comme de* pcnOBuif^n tlo ilislinclion, lur l'ritrjdc nù sirgfaicnl lei jugei. Un jour on jii^'o.iit xa rribuniil rcvolulionnaire un Uammc accuw d'.ivolr fjîl dans \n sivlioni une morion incendiairr. Le» di'liats prnuv< rcnr (]iic rrl homme iTail ftirdé le tïlencc, et i|iic 1^1 niotinn avait i-xè Taite par un autre. Il allait ftre ac- <|uitli', lorM]ii'iinr de ces triroleuie* te jeTs et dit qu'ellr l'avail VII %e Trotter In maini en ligue de ronlenlement pendant qu'on faisait relie motion L'acnué fut anukAt co»
n5î H1ST0IK£
de jacobinisme, criaient : vive la république l vwe la montagne ! La commission militaire , quelques jours après son inslallaiion, écrivit k II commune de Paris en lui adressant dix exemplaires de ses jugements : « Vous verreE que nous « n'avons pas perdu un instant. La vengeance (( nationale est ici k Tordre du jour; la terreur « est dans Tame des lâches , des aristocrates et des (( modères. Le glaive de la loi nous est confié ; il n frappe journellement des têtes coupables. Il (( n'en échappera pas un, nous vous Tassurons. (( Plus la guillotine joue , plus la republique s*af- « fermit. Le sang des scélérats, des ennemis de a la patrie arrose les sillons du midi ; leurs corps « fertilisent les champs , la terre a soif de ces {f monstres. Nous travaillons sans relâche a faire (( disparaître des départements méridUonaux tous « ceux qui ne veulent pas la liberté, qui mépri- (( sent Tégalité, qui rejettent Vunitéet Tindivi* (( sibilité de la république , qui n^aiment pas la « convention nationale, qui craignent les jaco- (( bins et tous les sans-culottes nos frères. Ça va f- bien, ca ira mieux dans peu de temps '. » Quel
' Fréron écrivait à Moïse Bayle : « La commissios miUuire va un train épouvantable contre les conspirateurs; iU tombent comme grêle î>ous le glaive de la loi. Demain seiie doivent être guillotines, presque tous chefs de légion , >' notaires, sectionnaires , membres du tribunal populaire « a ou uyunt servi dans Tannée départementale. En huit
langage pour des juges! mais aussi quels juges! On les vit ces hommes atroces paraître sur le balcon du palais de justice pour y dicter leurs arrêts de mort, tandis que les victimes étaient entassées sur la place, et de suite les fiitales charrettes roulaient vers la guillotine '.
Le comité de salut public n*approuva pas l'arrêté du 7 janvier : il cassa la commission militaire et forma un nouveau tribunal révolutionnaire, préside par Bompard , ancien suisse de Tabbaye Saint-Victor. Lies fonctions d'accusateur public furent confiées à Riquicr, maître d'école.
Plusieurs proscrits, au nombre desquels était Tavocat Lavabro, se réfugièrent sur un bâtiment génois ; mais ce navire se vit forcé de les débarquer à Mont-Redon. Lavabrc, montrant qu^unc ame courageuse et libre est toujours maîtresse d'elle-même et sait échapper aux tyrans, se précipita dans les flots ; les autres fugiti& furent guillolinés avec Roux , évcque constitutionnel des Uouches-du -Rhône.
Maillet et Giraud avaient été traduits devant
• jours, la commission militaire fera plus de besogne que - \v tribunal n'en a fait dans quatre mois. Demain, troU " négociants dansent la carmagnole. C'est à eax que nous
• nous atta<*hons •
' On eY«'*cuta quarante- cinq condamnés en deux jours seulement , vingt- trois le premier jour, et Ttngt-deax le lendemain.
le tribunal révolulîonnaire de Paris : bruyante fut la joie des sans-culottes marseillais lorsque Granet et Moïse Bayle leur écriyirent que les accusés avaient été acquittés. Le président, en les rendant k la liberté , leur dit : Républicains j le tribunal reconnaît non seulement votre innocence^ mais vous accorde encore la couronne cii^ique et le baiser fraternel. Ces deux magistrats assassins allèrent à Marseille reprendre leurs fonctions. Les sans - culottes de cette ville les accueillirent avec enthousiasme et les portèrent en triomphe jusque sur la tribune du club. De jeunes républicaines, conduites par la fille de Fassy^ chantèrent des couplets en leur honneur et les couronnèrent de laurier.
Les circonstances devenaient tons les jours plus affreuses : la disette se faisait sentir, une détresse poignante comprimait tous les cœurs. Il eût fallu donner a des hommes sages la mission de réparer tant de maux et de sécher tant de larmes par des mesures conciliatrices. Le croira-t*on ? la convention envoya Maignet, Maignet qui surpassa jes attentats de ses prédécesseurs ! Les cendres de Bédouin ' accuseront toujours sa mémoire abhor-
' Un arbre de la liberté avait été abattu dans ce bourg. Maignet, sans rechercher les vrais coupables ^ s'y rendit à la tétc d'une colonne mobile, et porta la torche dans tontes les rues. Des vieillards, des femmes, des enfants furent dérorcs par les flammes, ot Ton demanda bientôt où exista Bédouin.
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DE MARSEILLE. Ut
rée. La commission manicipale, que Micoutin présidait , lui parut manquer d^^nei!|;te ; il en créa une autre placée à la hauteur des circonstances. Pour obtenir de Robespierre, de Couthon et de Collot-d'Herbois l'établissement à Oran^ d'un tribunal extraordinaire , il allégua que le département de Vaucluse renfermait 10,000 aristo- . crates dont il allait purger la France, et qu'il serait trop coûteux de transférer à Paris '. Par arrêté du 10 mai , le comité de salut public créa ' cette commission Ëimeuse composée de ciiiq membres pour juger les contre-révolutionnaires de Vaucluse pt des Boucbe»-du-Rhâne j il nomma pour jugt's Fauvotti , Ragot , Mcitlrrct , FVrncx et Fnitrosn. Les n<'-gociants ft les propriétaires de Marsi'illr furent conduitsen nombreux troupeaux il uno liurriblr boucherie, et Irursang inonda la (il;ic< pnbliqtir «l'Orange. Juge , satellite de Maignrl, vcrivaitîi Payan , agent national de la comniinir do Paris : Ami, In sainte guilloline va tous L'S jours; suii-ant les apparences, il tombera
Huinniant rPMourcn, rrux (]ui turv^ur«Dt a U dévwUbOit <lr Irur* fnvfr» cherthcrml \r salul dam la fuite; mah tnir tcrrili>irc fut crmc, Mui farcnt arritét, ud rn gaUlotiiu Miiianlc- troi* ft l'on n'parlit le reile diat quatre conaaoïMi rnvironnanici.
' Vnf loi |)rrri(l(Dtr ordunnail que de loiu 1m pointa de la rrpubliquF Ir» prrTenut de conipinlion tcninl tndniu an tribunal rêvulutioiin^irr de Pari».
les nourrices y portèrent les enfants m-^t dnns la décade; de jeunes volontaires jurèrent de vivre libres ou de mourir; des vierges couroont-es de fleurs promirent de ne recevoir pour «^ouz que des défenseurs de la patrie ; un char traîna dans la poussière les attributs de la royauté renversée; les artistes dramatiques chantî-rrnt dn hymnes, et des nuages d'encens montîrcnt vers les cieux.
Maignet avait aussi voulu que les Marseillùs resserrassent tes nœuds de la fraternité dans vjl banquet patriotique aux frais de la commnnf. Les tables furent placées au Champ r/u 10 août' ; phisif^iirs milliers de citoyens réunis aux soldats de la garnison vinrent s'y asseoir, après avoir fait une promenade civique; mais une confusion inexprimable y ri'gna. La ville présentait un aspect do guerre : on fondait les cloches, on en Ciisait des canons; les ouvriers, requis de travailU-r pour la nation , confectionnaient des objets il'cquipcmcnl ; les monastères étaient convertis en manufactures ; on fabriquait des armes sur tes places publiques et notamment à la Cannebîère, oeeiipi-e par les ateliers appelés révolutionnaires qui furent ensuite transférés à Avignon.
Itebecquv était entré .î Marseille et y avait trouve une retraite ignorée; mais tes mrsnm
' ■^■..iltrr'dr Mrilhan.
538 HISTOIRK
sévères de la convention contre ceux qui donnaient asile aux proscrits répandaient un efiroi général y et Rebecquy se vit sans refuge. Que vat-il faire cet homme de courage et de bonne foi? Donnera-t-il a ses oppresseurs le plaisir de le voir tomber dans leurs mains? Non, non; à cette affreuse idée son cœur enflauuné bondit d'indignation. A quoi peut lui servir la vie? Naguère clic lui souriait pleine d^llusions et de charmes ; c'est qu'alors il avait foi au bonheur de la France, au rogne des vertus et de la liberté. Maintenant qu'il désespère de la république , objet constant de son culte sincère, il invoque la mort qui seule peut endormir ses patriotiques douleurs. U lance au ciel des paroles amères et s^engloutit dans le bassin du port a la Êiveur des ombres de la nuit ' . £t Barbaroux ? ah ! lui aussi va s^éteindre plus misérablement encore. . . A Page de vingt-sept ans, lorsque la nature , prodigue envers lui de ses dons, semblait lui promettre une longue carrière de gloire , les tyrans que troublait sa voix accusatrice feront tomber sur Téchafaud cette tête si belle et si majestueuse. Barbaroux avait organise dans le Calvados , avec Buzot et Salles, une petite armée que les conventionnels défirent a Vemon. Les proscrits furent alors réduits a chercher une nouvelle retraite; ils parvinrent a s*embarquer à
' J^c 'S mai.
DE ttARSEILLE. U9
Quimper et se réfugièrent à Bordeaux , ou ils espéraient trouver des défenseurs. Barbaroux , Guadel, Salles , Buzot et Pétion , forcés de quitter cette ville, errèrent pendant quelque temps et se cachèrent dans les grottes de Saint-Emilion ' . Barbaroux , ne pouvant plus supporter le fSurdeau de cette misérable existence , se tira un coup de pistolet à la tête , et la balle fut tm peu détournée par les efforU de Pétion et de Buzot qui retinrent son bras désespéré. Le coup le blessa grièvemeni et attira plusieurs personnes qui le reconnurentet le transportèrent h Castillon , près de Bordeaux ; presque expirant, il y fut traîné au supplice avec Guadet et Salles, le 25 juin 1794. Bientôt après, Pétion ctRuzot , réduits aux dernières extrémités, se donnèrent aussi la mort, et leurs cadavres furent trouvés dans un champ à moitié dévorés par des loups. Funeste effet des discordes civiles! la force décide de tout , la victoire implacable abuse de ses droits et ne sait que tuer. Lies sentiments purs et féconds expirent dans les cœurs glacés qui mnrmurent de désespoir, pitié, clémence, voix du sang, cri de la nature, douces et consolantes vertus. Au milieu de ces proscrip-
Karbaroux dit à LouTet , lorsque celoi-ci se sépara de te»
rorapagnoQs d'infortune : • En quelque endroit que toit sa
mère, tâche de lui tenir lieu de ton fiU. Je te promet* de
^ n'aToir point une ressource que je ne parfaire avec ta femaie,
- si le hasard yeut que je la rencontre jamais. •