LIVRE HUITIÈME
Le 9 thermidor. — Situation de Marseille à cette époq«0. — Aaguis et Serres. — EnlèTement de Reynier.— InsnrrcetioD ' da 5 Tendémiaire. — Espert et Cadroy. — Les moscadiiift et la compagnie da Soleil. -— Commencement de la réaction royaliste. — Omer Granet. — Massacre des prisoBÉîen à Aix. — Persécution des patriotes à Marseille. — ïnÉftaftion des ouvriers toaloDttais. — Armée des représentants.
— DcToute d« Toulonnais. — L'armée reste quelques jours â Toulon et rentre ensuite à Marseille. — Massacre des prisonniers au fort Saint-Jean. — Continuation de la réaction.
— Seconde mission de Frcrou. — Il est dénoncé par Jourdan «'t Isnard. — Troubles aux élections. — Le général Willot. — Mise en liberté de la famille d'Orléans. — Députés (les Bouches-du-Rh6ne au conseil des cinq cents. — Journée du 1 8 fructidor. — Ses conséquences. — Assassinats commis a .Marseille. — 1^ général Lannes. — Condamnations prononcées par la romniission militaire et le conseil de guerre.
— Scission dan» l'assemblée électorale. — Le père Dona- «licu. — Les deux frères Laure. — Tableau des divers partis. — Le consulat. — Charles Delacroix. — Marseille embellir sort de ses ruines. — Son dévouement au premier ronsul. — .Ses espérances trompées. — Sa situation sou» lenipirc. — Souffrance de son commerce. — Charles it, rot dT,spagne, a Marseille. — Le général Cenroni. — Les
Anglais sur les côtes. — Diverses prises. — Etat des fabriques marseillaises. — Popularité du roi d'Espagne. — Son départ. — Conspiration de Charabot et Bergier. — Offre de la chambre de commerce. — Haine des Marseillais pour Napoléon. — Thibaudeau. — Etat de Marseille aux demien jours de l'empire. — Chute de la tyrannie impériale. — Enthousiasme général; fêtes populaires. — La duchcMe douairière d'Orléans. — La garnison des lies Ioniennes. — Le duc d'Orléans et sa famille. — Entrée triomphante dn comte d* Artois. — Fêtes populaires et militaires. — Annonce du débarquement de Napoléon au golfe Jaan. — Situation de Marseille. — Opérations et défaite de ramée royale. — Soumission des Marseillais. — Etat de résistance pendant les cent-jours. — Insurrection du a5 join.— Pillage, assassinats, épouvantable anarchie. — Evénements dircrs. — Le comité royal. — Retour de Tordre et da calme. — Les ^ Anglais à Marseille. — Reddition de Toulon. — Etat politique du midi. — La duchesse de Berry. — Prospérité de Marseille. — Tableau de cette ville jusques à la lérolntion de 1 83o. — Sa situation après cette époque.
LITRE Vm.
Robespierre, austère et désintéressé, ferme dans ses projets , inexorable dans ses vues , dédai* gnant les richesses, mais avide de domination,
dévoue à ses amis , mais jaloux de tous ceux dont la popularité suivait de trop près la sienne, res* semblait a un grand-prêtre entouré de sectaires, (renthousiastes et de sacriHcateurs. Fort de la société des jacobins, du tribunal révolutionnaire, de la commune de Paris et de rétat-major de la garde nationale, il régnait. Quelques représentants l'attaquèrent, non point parce quils se sentirent du couraife, mais bien parce quils eurent peur, et im jour sufKt à sa perte •. Bientôt
K« ç) thermidor an 2 { 37 juillet 1794 ■ ( >n trouve dans le rapport fait par Courtoi&, au nom de la rommiision rhargre de Texamen de» papiers trouTés rher Kobe^pirrre, relte note : i'ne frderation tir la fnminttmr de Pnns nvrr Mantille.
après ■ y le grand démolisseur Fréron , qui en changeant de cause n'avait pas changé de caractère y osa demander à la convention nationale le rasement de Thôtel-de-ville de Paris, ce Louure du tyran Robespierre. Alors une voix éclatante fit entendre ces mots sur la crête de la montagne : Punissez les coupables et ne démolissez rien : les pierres de Paris ne sont pas plus criminelles que celles de Marseille. C'était la voix de Granet ordinairement silencieux. Fréron fut terrasse par cette foudroyante apostrophe y et rassemblée passa a Tordre du jour.
Un courrier extraordinaire vint arrêter à Orange Texccution de vingtrdeux condamnés^ au moment oîi ils marchaient au supplice. Quelques jours auparavant, dix-huit religieuses formant ensemble un monastère avaient été guillotinées , et la supérieure y avant de recevoir elle-même le coup mortel , leur avait fait , du haut de Téchafaud y une exhortation touchante. A Marseille on ne s'aperçut pas d'abord de la révolution du 9 thermidor, et les jacobins de cette ville ne surent pas en comprendre le sens. Le club, loin de voir sa chute prochaine dans celle de Robespierre, manifesta une joie bruyante lorsqu^l apprit la mort de celui qu'on lui représentait comme un tyran ; il fit une adre»sse à la convention pour la
Lr 17 thcrmiclor.
féliciter sur son énergie, il en fit une antre wu peuple de Paris. Maignet était encore en^ssion i Marseille; {Mtr ses ordres, les corps administratifs et la garde nationale se rendirent à l'autel de la pairie , et y prêtèrent le serment de fidre une guerre d'extermination aux aristocrates, aux fédéralistes, aux traîtres et aux modérés; ils jurèrent aussi de défendre la sainte montagne. Les nobles, les prêtres , les suspects furent ponrsuivis avec le même acharnement ; on les accusait encore de conspirer dans les prisons et de corretpondre avec les émigrés. Bientôt la société popiH laire de Marseille , dans une adresse au club des jacobins de Paris, se plaignit de ce que le mode" i^antisme relevait la tête; cette adresse se terminait ainsi : Montagne y cpure- toi; tonne y frappe, écrase y et la république est saui^ee !
Maignet fut bientôt rappelé. Auguis et Serres, qui le remplacèrent, voulurent substituer un ri'gimc de justice et de modération au règne de Tanarchic et de la terreur; ils firent arrêter le nonimr Rrynier qui avait dit dans une lettre écrite a Tagcnt national de la commune de Chabeuil : Une grande masse de patriotes intacts, ne formant quun faisceau avec la socie't^ popu» laire, n'attendent qu'un signal pour consolider la république en faisant disparaître par un et trois septembre tout ce qu'ilj a d'impur dans Marseille. Les représentants ordonnèrent qu'il serait conduit Il Vi
au comité de sûreté générale. Lorsque Je chemenl du bataillon des Gravilliers qui devait former Tcscorte se présenta à la maison d'arrêt , le concierge JVIaugcnot, avant de livrer ce prisonnier , l'embrassa et lui dit : Sois tranquille , Ui es un bon patriote ; il n'j a pas de danger. On le fit monter dans une voiture qui prit aussitôt la route de Paris. Au lieu dit les Petites-GroUeSy cent cinquante jacobins, cachés dans des fossés, se montrèrent tout-k-coup armés de fusils, de sabres et de pistolets , fondirent sur Tescorte et lui arrachèrent Reynîer. Âuguis et Serres firent venir de Toulon un renfort de mille hommes. Quelques sans-culottes allèrent au devant de ces troupes pour les corrompre , et le club d'Aubagne s'efibrça aussi de les séduire *, mais elles furent inébranlables dans Taccomplissement de leurs devoirs , et entrèrent k Marseille en manifestant le désir de comprimer les agitateurs. Ceux-ci, voyant que le pouvoir allait leur échapper , s'y cramponnaient pour le retenir un peu plus long-temps, et leur exaspération était à son comble. Ils ne cessaient de dire que les représentants n'étaient venus que pour opprimer les patriotes; on entendait des menaces horribles k la société populaire, qui accueillit avec des applaudissements frénétiques une adresse incendiaire du club de Cuges. Ces vœux exécrables , CCS cris dv rage d'un faction expirante n'intimi-
dèrent point Augais et Serres , qiri contînoëreiit de psêcher la tolérance et la concorde. Us emprisonnèrent plusieurs anarchistes et mirent la ville en état de siège ; le général Villemalet en eut le commandement.
Alors les jacobins en appelèrent à Tinsurrection et k la force. Le 5 vendémiaire an 3 % on rassemblement se forma k la plaine Saint^Michel : les troupes de ligne le dissipèrent ; mais douie cents rebelles armés vinrent bientôt se réunir au Cours , et menacèrent de fondre sur les représentants logés k rhotel Beauvau. André Maxion , tourneur, s^avança k la tête des séditieux, parmi lesquels étaient plusieurs gendarmes, entra seul dans les appartements d'Auguis et Serres , et leur dit : f^oici le peuple souverain qui vous ordonne ile rcliicher les prisonniers. Auguis lui arracha ses armes et Tarreta. Les rebelles exaspérés voulurent forcer la garde ; les représentants descendirent dans la rue, les sommèrent de se retirer et leur dirent que s'ils avaient des réclamations à faire , ils députassent deux commissaires qui seraient écoutés; mais qu'il fallait avant tout que le calme fut rétabli. Ce langage , loin de les apai<^er, les enilamma d'une fureur nouvelle. Sauiat et Gaston, gendarmes, Mayol et Rimbaud, portefaix , se précipitèrent sur Auguis, le prirent
' i6 septembre 1794. *
au collet, lui déchirèrent la chemise et pointèrent des pistolets sur sa poitrine. Jacomin, capitaine au bataillon de Nyons , courut à son secours et le tira de ce danger pressant. Serres monta à l'hôtel Beauvau , parut à la fenêtre et fit une haimngue qui n'eut aucun succès. Yillemalet k cheral se jeta au milieu de Tattroupement , et lui ordonna, au nom de la loi , de se dissiper ; sa voii fut éga*^ lement méconnue. Alors, Auguis et Serres , voyant que le seul parti qui restait à prendre était de recourir à des mesures vigoureuses, commandèrent à ce général de repousser les insurgés par la force ; les bataillons des Gravilliers et de Nyons chargèrent le rassemblement, s'emparèrent de quarante rebelles et mirent les autres en fuite. Les représentants nommèrent ensuite une commission militaire pour juger les principaux coupables , et envoyèrent un courrier extraordinaire à la convention nationale pour lui faire part de ce qui venait de se passer. La convention approuva leur conduite, les invita à persévérer, chargea le comité de salut public de diriger sur Marseille des forces suflisantes, licencia le corps de gendarmerie et déclara que les troupes de ligne avaient bien mérité de la patrie. La commission militaire, siégeant à la citadelle Saint-Nicolas, condamna a la peine de mortMaxion, Samat, Gaston, Mayolet Rimbaud. Le jour de leur exécution on craignit un nouveau
DE MARSEILLE. u»
soulèvement : tonte la garnison prit les armes ; elle Tint occuper la Cannebière , ou Téchafiiad était dressé , et les principales rues adjacentes ; plusieurs canons, mèche allumée , furent placés à la rue Beauvau pour garantir le logement des deux ^représentants du peuple. Les jacobins n^osërent pas remuer , et les condamnes allèrent au supplice en chantant la Marseillafse et fiûsant des gambades.
Auguis et Serres firent encore arrêter vingt*
huit terroristes que Ton conduisit à Paris. Ils
révoquèrent un grand nombre de fonctionnaires
publics remarquables par leur ineptie, proê»
cripteurs insolents qui n'avaient eu d'autres titres
pour parvenir aux emplois que Taudace de leurs
opinions anarchiques. Caries, président du club,
avait juré de se donner la mort plutôt que de
voir le triomphe d^un système équitable et mo-
drrc qui, a ses yeux, n'était que la cause de Taris-
tocratie conspiratrice dont le nom seul le faisait
fr«'*mir d*horreur : démagogue furieux, il pensait
que lunique moyen d'assurer la gloire et le salut
de la république était de continuer le règne de
la terreur et de maintenir la permanence des
échafauds; aussi il tint son serment et se prëci»
pita dans la rue du haut de sa maison. La société
populaire, purgée de tout ce qui la souillait,
prit le nom de club régénéré, et la municipalité,
dans une adresse ii la convention, lui déclara
WO HISTOIKE
qu*elle la reconnaissait comme point central du pouvoir suprême.
La tàce des choses changea ; les citoyens honnêtes et paisibles , les vrais amis de la pairie purent enfin respirer. Us croyaient jouir d*un repos durable sous Tégide des lois ; ils attendaient des jours de calme et de sérénité après tant de bouleversements et d*orages. Hélas! comme ils se trompaient! Le malheur ne devait pas les Caire sitôt quittes. Encore des crimes! encore du sang! Ce sol déjà si fatigué, des réactions horribles vont le remuer encore ; la vengeance se lèvera terrible, insatiable ; elle dira qu^elle veut apaiser les mânes des victimes en immolant d^autres victimes sur leurs tombeaux ; une nouvelle terreur régnera , mais sans force ot sans gloire , et le royalisme , assis sur des monceaux de cadavres , entouré de torches et de poignards, laissera échapper un sourire infernal. Que les partis ne se lancent plus des reproches amers ni des injures accusatrices , car tous ils ont leurs torts j surtout que la faction aristocratique cesse d'évoquer des fantômes sanglants, car si on dénombrait toutes les souilJu* res, on verrait qu'elle a une grosse part dans ce hideux inventaire.
Âuguis et Serres firent place k Espert et k Cadroy au mois de nivôse an 3 '. L'arrivée de ces
' Premiers jours de janvier 1793.
DE MARSEILLE. SSf
deux proconsuls , qu'aucun talent ne recommandait , devint dans le midi et surtout à Marseille le signal des proscriptions réactionnaires. Cadroy surpassa son collègue par sa partialité, ses injustices et sa haine aveugle contre tout ce qui était «oupçonné de terrorisme. Alors les ennemis de la révolution marchèrent la tête levée, et il y eut une autre classe de suspects. Les représentatita armèrent une bande de sicaires, formée en cofldpagnie de chasseurs sous le nom du Soleil ' ; cette compagnie porta dans la ville le trouble et répouvante ; elle se souilla de crimes. Des agitateurs élégants , des jeunes gens surnommés muscadins ^ la plupart fils d'émigrés et de proscrits, parcoururent les mes armés de bâtons et de sabres, en chantant le RevoAlciu Peuple et poussant tirs clameurs provocatrices ; des rixes sanglantes cl irafTiTiiscs voies de fait s'ensuivirent. On alla \\ la c hass(! des républicains, partout poursuivis romnic (les brtes féroces; plusieurs assassinats furent commis en plein jour et restèrent impunis. .\ Paris, les thermidoriens signalaient aussi leur triomphe par des actes de violence; mais un ne pouvait leur reprocher aucune barbarie inutile. Les députés montagnards ne cessaient de
' Oïl ne tonnait pas prt^cÎMrment le sens de cette déoomiii.itiun : elle «lénifiait Mn« doute que c'était en plein jour, à l'éclat du soleil, qu'on tirait une vengeance authentique des crimca commis avant la révolution thermidoricfiiit.
s'agiter. Du pain et la constitution de 1 793 devint le cri de la populace ameutée que ces députés secondèrent et qulls ne surent pas diriger. Les conjurés furent vaincus dans Témeute du 1 2 germinal ' . Fréron et Barras reprochèrent k Orner Granet et a Moïse Bayle de fomenter les troubles du midi ; et, le 1 6, la convention nationale décréta d'accusation les deux députés de Blarseille , toujours fidèles au vieui drapeau de la montagne *• Peu après, Poultier, représentant du peuple près Tarmée dltalie etPescadre de la Méditerranée, écrivit a rassemblée : n Granet est tellement en u horreur à Marseille , qu^il n'y a pas un seul <( citoyen qui veuille correspondre avec lui; il n*a a jamais eu de relations qu'avec les voleurs et les u assassins. Â l'instant où vous l'avez fait arrêter , (( il redoublait d'efforts pour rallumer des trou- « blés. Vous avez rendu un grand service au midi (( en enchaînant cette bête féroce etson digne ami (( Moïse Bayle. )) Accusation mensongère et lâche ! dans le département des Bouches-du-Rhône y les seuls fauteurs de discordes, les seuls conspirateurs étaient alors les partisans de la royauté, les
• i"^ avril I7y5.
• Le même dccret comprit MaîgDetyThuriol, Hentz, Cambon y Lcvasscur de la Sarthe et Lecointre de Versaillf s.
Le la, Choiidicu, Ruamps, Foussedoire, Haguet, Lteiard Bourdon, Amar et Duliem avaient été aussi arrêtés. Une amnistie pobtérieure les rendit tous à la liberté.
DE MARSEILLE. i5S
ennemis de la cause populaire , dont le 9 thermidor avait enflé le cœur et ranimé les espérances. Granet , modelé de désintéressement et de probité politique, valait mieux que tous ses accusateurs ; s'il se fit remarquer , sous le rëpie de la terreur, par la violence de ses motions, il n'accepta aucune mission particulière et s'éleva avec chaleur contre les atrocités qui souillaient le midi ; il provoqua surtout des mesures sévères contre le fameux Jourdan coupe^téie. Incorruptible républicain , il méprisait Tintrigue, ne caressait pas le pouvoir et ne suivait jamais le char de la fortune ; démocrate par ses mœurs , par ses habitudes, par sa conviction et par toutes les facultés de son ame, il était peuple de la tête aux pieds; mais il Tétait avec bon goût, car il avait Tesprit orné ; seulement il mettait dans son patriotisme une sorte de rudesse puritaine, et c'était Ta tout son tort , si c'en est un.
11 y avait un grand nombre de Marseillais dans les prisons d'Aix. Les uns étaient accusés d'avoir pris part h Témeute du 5 vendémiaire; d'autres étaient seulement suspects de jacobinisme. Le tribunal criminel du département s'occupait de l'affaire des premiers. Le 21 floréal', Ali von, neleu7.e, Piston, Maurel surnommé le Berger, Paillet dit le Dragon , Lafond, Feraud et plusieurs
' lo mai 179S.
autres sabreurs commandés par Auguste Garnier, fils naturel d'un chapelier , partirent de Marseille pour venir égorger les prévenus le lendemain, pendant qu'ils seraient traduits de la maison de justice au lieu des séances du tribunal. Rien n'arrêta la marche de ces forcenés, qui arrivèrent sans obstacle à Aix. Aussitôt la commission municipale s'assembla extraordinaircment et délibéra d'employer , pour la sûreté des prisonniers, toute la force armée disponible; en même temps elle chargea deux de ses membres de veillera l'exécution de son arrêté, et la tranquillité publique parut assurée. Le lendemain , les prévenus , escortés par la troupe de ligne , furent amenés sans danger à l'audience du tribunal criminel, et rien ne troubla les débats. A dix heures , un rassemblement considérable se forma au Cours et fit naître de vives inquiétudes. Le président leva l'audience, et les accusésfurent ramenés dans les prisons sous une forte escorte de cavalerie, précédée de deux commissaires municipaux. Sur les deux heures, des groupes armés montW^rent des dispositions menaçantes, et l'autorité municipale , redoublant de sollicitude et d'activité, instruisit l'administration du département de la crise qui se préparait ; elle expédia un courrier au représenUmt Chambon et lui demanda un renfort de troupes. A quatre heures, Garnier et ses Marseillais , dirigeant une multitude furieuse,
s'emparèrent de deux canons placés dans la cour de rhôtel-de-ville et désarmèrent la garde dn poste; le beffroi sonna aussitôt Talarme, et les membres de la commission municipale prirent à la hâte quelques mesures commandées par les circonstances. Cependant le rassemblement , toujours conduit par les sabreurs marseillais , rentersa tous les obstacles, se porta aui prisons, mit en faite les dragons et les hussards qui en gardaient les portes , massacra Lefebtre , ancien collègue de Brutus a la commission militaire, et vingt-huit autres prisonniers parmi lesquels se trouvaient les femmes Boude, Fassy et Gaud, dite la cavale. La malheureuse Fassy reçut la mort au moment où clic serrait dans ses bras son fils àjçr (le trois mois qu'elle allaitait. Quelques (Ittcmis profitèrent du désordre pour se sauver; et 1rs Marseillais allèrent laver aux fontaines du Cours leurs mains ensanglantées.
Les lois étaient aussi sans vigueur a Marseille. Trois nouveaux commissaires conventionnels, Isnard, Chambon et Guérin y enflammaient toutes Ws haines perturbatrices, toutes les passions furibondes. Isnard surtout, déclamateur emphatique et fougueux , ne savait mettre aucune mesure dans ses emportements contre les sans-culottes vaincus. Proscrit naguère avec les girondins ',
iMianl, (|iiuic|uc non compris dans la proscription du 3i mai , n'en fut |ia» moins arrêté. Il panrint à s'évader, ffit mis
il trouvait du plaisir a proscrire à son tour, et Ton eût dit qu'il s'efforçait de justifier , par ses propres excès, les violences dont ses amis avaient été victimes. Peu après son arrivée , Tcpouse de Maillet jeune fut lâchement assassinée a la rue Longue-des-Capucins par un soldat du soleil qui lui fendit le crâne d'un coup de sabre. Gay, dcgraisscur d'habits, Rochegul et Pierre Blanc, cordonniers, tombèrent aussi sous les coups de ces terroristes aristocrates altérés de vengeance et de sang. Les cachots du fort Saint- Jean se remplirent d'infortunés que leurs geôliers traitèrent avec une barbarie révoltante. Pagez, commandant du fort, Vavasseurson adjudant , et Manoly son secrétaire , jeune homme exalté dans ses opinions monarchiques , accablèrent les détenus d'injures, de menaces et de vexations. Jaubert et Reymonet, prêtres réfractaires , vinrent solliciter Emmanuel de Bausset ,
qui était en prison, de se rétracter de son serment civique et d'abandonner sa femme ; tancien chanoine de Saint-Victor , inébranlable dans ses principes , repoussa leurs instances.
Escudier et Charbonier, députés du Var, étaient venus en congé à Toulon pour y tramer des complots anarchiques, et les sans-culottes
liors la loi, et, après &*ctrc dérobé pendant 1 4 mois aux recherches des montagnards, il rentra à la convention au mob de décembre 1794.
(le cette ville ëgorgërent onse malheareui prévenus d^émigration et arrêtés dans le port. Quelques patriotes marseillais, fuyant les persécutions, se glissèrent parmi les ouvriers de Tarsenal qui manifestaient depuis quelque temps des principes insurrectionnels ; ils exaltèrent ces hommes simples par rimage des périls que les républicains couraient à Marseille et par le tableau des souffrances auxquelles les prisonniers étaient exposés*
Lies jacobins toulonnais se joignirent à eux pour préparer un soulèvement. On y voyait Portai , Peillon, Vidal et tous ces cannibales qui, en 1 792 , massacrèrent les administrateurs du département du Var, placèrent leurs tètes sur une table de banquet et se les passèrent de main en main. Les ouvriers, se levant d'un mouvement spontanr, pilliTent le magasin des armes, et six mille furieux forcJ»rent Bnniel , représentant du peuple , de signer un arrête pour la mise en liberté de plusieurs détenus. Brunel, après de vains efforts pour rétablir le calme, se retira plongé dans le plus sombre désespoir, s^enferma seul chez lui et se brûla la cervelle. Son collègue iSiou, traîné par les cheveux dans les rues, réus* sit il s'embarquer et se sauva sur l'escadre. Guérin , Poultier etChiappe, accourant pour comprimer la révolte, furent retenus prisonniers; mais ce dernier, suivi de quatre amis courageux, mit le sabre a la main , culbuta une garde nombreuse
ô^ UISTOIUK
qui s'opposuit ii son passage, et sortil de la ville.
Au premier bruit de cette insarrectioa , Marseille s'agita : les muscadins , les soldats du soleil, tous les ifoyalistes déguises bondirent de fureur. Ils ameutèrent la populace en loi peignant les ouvriers toulonnais comme traînant à leur suite la dévastation et la mort. L'effenrescence est gé* nérale : on sonne Talarmc, on convoque le club régénéré ; on massacre plusieurs mUîtaîtes isolés dont le seul crime est de servir sous les drapeau de la république . Chambon envoie un courrier à Isnard, qui se trouvait à Tarascon; Gadroy reçoit à Avignon le même message. Ik se rencontrent sur la route d'Aix et arrivent ensemble dans cette ville. Le peuple leur demande des armes, égaré qu'il est par des terreurs imaginaires; Isnard paraît au balcon de son hôtellerie et s^ccrie d'un ton d'éncrgumène : Si les armes vous manquent^ déterrez les ossements de vos pères , et servezvous-en pour exterminer les brigands.
Les insurges toulonnais se disposaient à marcher sur Marseille; mais ils ne pouvaient pas inspirer des craintes sérieuses^ car ils étaient sans ressources, sans discipline et sans cheb. Cependant Chambon , Cadroy et Isnard firent de grands préparatifs militaires et rendirent un arrêté par lequel le général Pacthod, commandant la place de Marseille mise en état de siège y fut chargé d*y organiser une armée dite de la république. Pac-
DE MAKSEILLt. :>vi
thod la composa de deux rcgiments de cavalerie ', deqiiatrcbataillon'<fl'inf»nterie de ligne*, (Ieplu> sieurs compagnies <r;irlillcrie , de deux bataillons de garde nationali- de Marseille, commandés le premier par Chaila 11, capitaine plein de bravoure, et le second par Gilly. Aix envoya un bntailloa remarquable par »u bonne tenue et par sa discipline; plusieurs communes voisines fournirent aussi des compagnies. Cependant l'insurrcctioD du 1" prairial ^ écLtU » Paris : des milliers de femmes et de sans-cnlottes armés onvahîrent la salle de la convention, délibérèrent pêle-mêle avec quelques dépiili'<i montagnards, touchés des plaintes de cette |inpiilacc' cl lui offrant un dévonemrntsans prudence. Le représentant Fcraud tomba sons les coups drs furieux; l'un d'entre eux lui coupa la tète , la plaça au bout d'une pique et la présenta au président Itoissy-d'Anglas qui , sans paraître s'aprrcevoir que vingt bras le couchaient m jour ri qur des balles sifflaient à ses oreilles, s'inrlina devant cet horrible trophée, rendit ainsi houimagr à son infortuné collègue, et étonna 1rs assassins par son courage héroïque. Ia^ lendemain, Paclhod cl les trois représentante
\.f r. g,\mrHi de liussarrlt tic Brrchinv et k 9* régimenl <l« proMC rjinlcriF, ri-drrant rayal-polo^«.
' l)r^ l^ravillien. rie Loir- et Cher, de N]n>h « 4e la
du peuple partirent de Marseille à la tête de leurs troupes et prirent la route de Toulon ; ils rencontrèrent entre Cuges et leBausset une foule de marins, de paysans et d'ouvriers mal armés^ marchant en désordre et vociférant des chansons républicaines : tels étaient les ennemis que l'on avait à combattre. Ces insurgés voulurent envoyer un parlementaire pour mettre bas les armes , et Briançon, chirurgien de Thôpital de la marine, se chargea de cette mission : accompagné d'un trompette, il s'avança vers les représentants et fut aussitôt massacré ; son malheureux compagnon subit le même sort. Pacthod commanda ensuite la charge, et l'engagement eut lieu k l'endroit dit le Brulat. La troupe de ligne seulement donna et mitlesToulonnais dans une déroule complète; des détachements de cavalerie, envoyés en éclaircurs en avant de l'aile droite et de l'aile gauche de l'armée des représentants, coupèrent la retraite aux fuyards et en firent un grand carnage ; le général Perrin , placé sous les ordres de Pacthod, reçut à la tête un coup de feu qui leblrssa grièvement. Enfin, les insurgés furent poursuivis, la baïonnette dans les reins, jusques au-delà du Baussct où ils avaient placé une pièce d'artillerie chargée a mitraille qu'on leur enleva avant même qu'ils la tirassent.
Sur ces entrefaites, les royalistes de Tarascon, dignes émules de ceux de Marseille, se souillé*
rent par des atrocités qui rcToltent la nature : ils égorgèrent dans le Château vingt-cpiatre prisonniers, tous pères de &mille, les trainirent par les pieds jusques à la Flate-fbrme et les précipitèrent dans le Rhône qui baigne ses murs '.
L'armée séjourna trois jours dans le territoire du Baussct.Ouelquesgardes nationaux du prrifiuer bataillon, commandé par Chailan, arrêtèrent un jacobin fugitif, nommé Leroy, fils d'un orfèvre de Marseille. Chailan fit amener cet homme devant lui , ordonna ii ses soldats de le laisser libre et lui facilita les moyens de se saurer ; Leroy partit le lendemain du Bausset et fut rencontre p»r (les volontaires du second bataillon qui l'assassiniTcnl. L'armûc, traînant trois cents prisonniers , cntr» nnsnitc h Toulon sans éprotw vrr la nioliulro résistance. Fièrc d'une victoire :i<:qiiise à si bon marclié , elle se livra à quelques désordres : Ir premier bntnillnn, sourd à la voix de son commandant, inonlra tant d'cxaltatîon et d'indiscipline, que Paclhod fut obligé de le faire bivoiinqiuT au Cliamp-de->Iars. Plusieurs volontaires iKiliiinaiix arrètirent un jacobin marseillais
' li.iii!i la iiiiil (!ii 5 au 'J j>ijiri^il ; i\ au i5 mai 1.
\.r- '•, nic.%itloi- ïiiivaiit f 1 1 juin \ Tinfit-iroi» prUonnlen, |i.iii>ii l< '|iirti lirux friniDC', furent rncorr ëgoi^fi dlnl \t Cli.'irr.iii il'' Tori«riiii et leurs caitiTres pr^ipit^ datu le lUi.iiii'. I!rs nullieurrux H^ient arruin de Irrrvritmt , teea- *jlinn li.in:ilo iiiri(;ir par le* ro»ali)tei rnnir* tom let répii-
nationaux revenus de Toulon se joig|BÛrent à * lut. Dans les rangs de ces forcenés on reinarquait Aly, Durand, Roche , Lesellier, Desting, Raisson, y émet, Deleuze, Piston, Pèbre^ Rolland, Bénit, Guieu et Husse. Ils maltraitèrent d'abord le concierge Brocard et renfermèrent âmB la gcole ; ensuite ils désarmèrent Tadjodant VaTasseur et le jetèrent pale et tremblant dans la chambre des deux jeunes princes d'Orléans, le duc de Montpensier et le comte de Beaujolais * ^ qui , après s'être barricadés , ouvrirent lorsqu'on leur eut donné Tassurance que, loin d'attenter à leur vie, on la défendrait si elle courait des dangers. Robin plaça des factionnaires a la porte de celle chambre , et fit acheter des bouteilles d'eau- (le-vic qui furent distribuées pour animer ceux qui pourraient hésiter dans le crime qu^ils allaient < onimetlre, puis il donna le signal du massacre. Les bourreaux, auxquels vinrent se joindre Manoly et ruii (le^ guichetiers, nommé Joseph , attaquèrent d'abord un des cachots de la seconde cour; sous leurs coups redoublés la porte se brisa en éclats, cl Aly enlra le premier. Michel Jaule, irAllauch , aruîé de son courage et de son désespoir, se (lébatlit quelque lemps avec ses assassins, mais il tomba couverl de sang et de blessures,
• la f.iniillr «l'Orl» an^ araii «'té lran*fëriV au fort Saînt- Jraii \c 11 rnai l'^j'^-
cachèrent dans la paille. Les meurtriers montèrent ensuite sous la voûte, éclairée par la lueur pâle de quelques lampions , et ne purent entrer dans le cachot n"* 7 . Les détenus du n« 6 opposèrent une longue résistance : Reinaud, cordier, ne succomba qu'après une lutte héroïque, %t Baud jeune , son gendre, blessé dangereusemenl| ranima ses forces mourantes et vendit chèrement sa vie. Garry arrache une hache des mains de ses bourreaux, s'en sert avec adresse et se défend avec vigueur : résistance inutile ! bientôt il tombe, accablé par le nombre, sur les cadavres mutilés de ses compagnons d'infortune. La compagnie de Robin , que le sang de tant de victimes n'a pas «^ncorc désaltérée , assiège les cachots n» 8 et 9 ; les prisonniers du n^ 8 sont surpris sans défense, et pas un n'échappe. Les assassins font de vains efl'orls pour briser la porte du n** 9 qui contient trente prisonniers; on charge alors un canon a mitraille, on Tavancc conirr celte porte, on le tire à bout portant , et le guichetier Joseph qui y met le feu est blessé h la jambe par le reculo^ ment de la pièce. On jelle aussi dans le cachot et par les soupiraux de la paille mouillée et des paquets de soufre enllamnié ; les prisonniers étoullent dans les noirs tourbillons d*une fumée épai^^se. INIauron fils, volontaire, venu la veille de larnicL pour voir son père, est poignarde sur rc père expirant Des sanglots entrecoupés , des
(( d'eux ; ils menacent de nous traiter en rebelles (( si nous différons un moment. » Un autre répondit : (( Je me f .. . des représentants, et je brûle la « cervelle au premier lâche qui voudra leur «obéir. Allons, camarades, k la besogne; noua « aurons bientôt terminé. » Cependant les soldats de la garde baissèrent le pont, les représentants entrèrent au milieu des flambeaux, et Cadroy s'écria : a Lâches que vous êtes! vous n^avez pas a encore fini de venger vos pères et vos parens ; « vous avez eu pourtant tout le temps qu'il fisillait (( pour cela ! » Puis il entra dans la cantine , en sortit peu après et dit aux assassins : « Enfans (( du soleil y je suis à votre tête, je mourrai avec « vous s'il le faut; mais est-ce que vous n'avez pas (( eu assez de temps ? cessez, il y en a assez. » Les J'ourreaux Tcntourèrent en vociférant, et aloi's il leur (lit : ((Je m'en vais, faites votre ouvrage.» Leccsne saisit un des meurtriers, et Cadroy le lit mettre en liberté ; il en arracha aussi plusieurs autres des mains des grenadiers qui les avaient pris en ila£;rant délit. Les représentants se firent ( unduire dans la chambre «les princes ' , demandèrent au commandant Pagez compte de sa cou* duile et parurent satisfaits de ses explications. Au bout de quelques minutes, six massacreurs,
' l.e IcniJcmain, M()nti>rnsicr et Ucaujolais découvrirent , sous lctii> lit» et sou« quclquc^-uiies de leurs chaise», trois oïl (|tijiir )>ni^fiu«iN env.^nglaiili^ jn^ifu'a la garde.
Le lendemain , le fmrt , semblable à un de c<ps champs de bataille sanglant théâtre d'une horrible mêlée , était jonché de cadavres et de mourants ; et ces mourants défigurés , abandonnés du ciel et des hommes, expirèrent ensuite dans des souffrances affreuses. Le duc de Montpensier, traversant la forteresse , s'entendit appeler par une voix plaintive qui sortait du fond d*un cachot ; il s'en approcha et reconnut un homme qui avait été officier municipal et qui y comme tel y Pavait gardé au palais de justice ; il passait pour un
nier; Mille, portefaix; Joseph Marcellier ; Pierre Boeuf; Pierre Michel; Botinefoî; Paamond; Reinaod; Ferrand; Jacques
Cordicr, fripier; Jean Auberl; Caroutlc; Laurent Barthélémy; Itare; Bonchartl ; (luillofler; Ricaud père; Ponlieur; J.-B. Portai; Joseph Julien; Jo»crand , tonnelier; J.-B. Ricord fils; Jacques Ricord; Joseph Escau, tailleur d*h.ibits; Laagier fils; Manille, tonnelier; Penellon, ni.irchand de coton; Cayol; Jean Just; Ganteaunie; Seret; Masselin; Raynaud; Maximin Bonifay; Paumas; Nicolas Martin; Clément Second; Savau ; Maigret; Joseph Bizot; Jacques Michel; Baud; Carry; Michel Jaule; Fontaneille; Mauron; George» Pastoret; J. B. Long; François Amphoux; Mathieu Icard; Antoine Feraod; Guillot; Ktienne Raynaud; Bonin; Maunicr; Roubaud; GÉ4rin ; Antoine Merle; Bcnnet ; Justruel; Bernard Coq; Laurent Reyboulet; Faure; Agivot; (fuichard; Douvet; I^uis Giraud; Jure; PeliNsier; Marc Salaisser; Marras; Bonda; Joseph Brun; Bertrand; Talsel; Ve<»cio; Ange Rcynaud; Ignace Laurent; Robin Marin; I^urent Iinbert; Mortan; I^urent Fouqne; IMoiitret ; André Giraut* , Denis I^seignor; I^xcasque; Gatissier; Laforce; Lévéque; Bonnand; Rochepenot; André Gracier.
DE MAUSEILLE. S7I
nomme Bouvas, accompagné de quelques royalistes, entra dans le fort, accabla d'inTectWes plusieurs prisonniers échappes au carnage, et leur dit : (( Oui, scélérats, vous serez punis ; vous vou- « liez une république pour dominer , mais nous « aurons bientôt un roi , et les fleurs-de-lys sont (( gravées dans mon cœur. » En achevant ce discours , il se tourna vers Fassy , détenu : « J'ai , (( dit-il, dans une boîte une oreille de ta femme ; «si tu veux la voir, je te la montrerai.» Les quatorze assassins arrêtés par les grenadiers de Lecesnc furent élargis par ordre de Cadroy. On les vit passer triomphalement dans les rues, sous les fcnctrcs de cet indigne conventionnel , ayant leurs vêtements encore couverts de sang, et chantant : La victoire est à nous! Les grenadiers furent dénoncés au club comme terroristes ; on en maltraita plusieurs dans la ville ; le capitaine * Lecesnc fut insulté dans les cafés, et les représentants le firent partir de Marseille. Qaels hommes que ces représentants ! Grands parleurs de concorde et de vertu aux jours de leur défaite, ils prêchaient la modération politique qui cache bien souvent, sous le masque d'une sagesse trompeuse , et Tégoïsme du cœur et la faiblesse de Tanie; ils voulaient immoler tous les ressentiments et toutes les haines sur Tautel de la patrie. Kh bien ! les voila vainqueurs à leur tour et marchant dans leur force ; voyez-les maintenant qu'ik
DE MARSEILL'E. 57S
lies arbres de la liberté , font de fréquentes visites domiciliaires , emprisonnent encore des patriotes. Le combat du Bausset est pour eux une belle occasion de multiplier les supplices, et ils ne s'en font pas faute. Douze patriotes toulonnais, condamnes k mort par une commission militaire, sont fusilles k la plaine Saint-Michel y dix-huit peu après y ensuite dix-sept; de jeunes volontaires qui avaient rapporté dans leurs foyers d'honorables mutilations sont poignardés k la clarté du jour, et le triomphe de nos armées devient Tobjct des plus insultants blasphèmes. Tout le département des Bouclies-du-Rhône est en proie aux mriiîcs forfaits monarchiques. Granet, prcsidnit du dirocloirc de ce département et frcre du convcnlionncl , est massacré a Salon ; Pélissane, Lainbesc, Aygaliorcs, Eyragucs, Aubagne, Graveson , l>arbrntanr, Senas rt Roqucvairc voient :ill« iiulrc du fer mortel plusieurs de Icurscitoyens. Des cannibales hachent des enfanls, des femmes ri dos vieillards dont ils se disputent les lambeaux. L'épouvanlc glace tons les cœurs ; Tarsenal de Tonlon se dépeuple; les équipages dt'sertent; cpiatre mille matelots, persécutés comme républirains, vont «leniander asile aux terres étran- ^(•res: et l'Anglais, dominateur des mers, sourit il nos d( sastres et brave insolemment nos flottes impuissantes.
Les sabrcurs les plus acharnés se réunissaient
gncs; ci la justice ^ prostituée au crime triomphant, immolait rinnocence avec le fier des lois. Plus de commerce, plus d'industrie, plus de sécurité , plus de repos ; les liens de famille se rompaient , et la société livrée a des mouvements convulsifs semblait tomber en dissolution. La convention, a la fin de sa carrière, répondit aux sections de Paris par le canon du 1 3 vendémiaire ■ , et Fréron , toujours mobile dans ses violences , s'élança contre cette jeunesse dorée à laquelle il avait naguère donné du fanatisme et des afmes. Ensuite le gouvernement lui confia la mission importante de pacifier le midi , et lui adjoignit pour collaborateurs Louis Julian et Alexandre Méchin, citoyens sages et modérés. Lrs souvenirs c|uc Fréron avait laissés dans ces contrées malheureuses oîi tout Taccusait, ou tout Taccahlait, semblaient opposer des obstacles in- . vincibles a son nouveau rôle ; pour s'en charger il lui fallait nicme une sorte de courage mclé h une effronterie sans pareille : cette effronterie, re courage, il les montra. Cela chez lui n'avait rien «l'étonnant, mais voici ce qui doit surpren* «Ire : il sut fiiire oublier ses fureurs et pardonner SCS crimes; il ne professa que des principes de justice et dhumanité ; sans user de rigueur, sans t^mploycrrarbitraire, il étonflfa les haines, calma
j o( t«>!)rc I 71/V
570 HISTOIUE
les ressentiments, contint tous les partis, rendit au pouvoir sa force et a la loi son action; mais comme son caractère, ennemi du naturel, devait toujours outrer quelque chose, dans sa subite métamorphose Textravagance perça d*un autre côté , et cet homme fit voir k Marseille le faste d'un satrape et les manières d'un comédien.
Il y entra le 9 brumaire ' dans un grand appareil et suivi d'une force armée considérable. Deux jours auparavant, Desting, souillé d'iniquités et de meurtres, avait été tué dans une rencontre avec des dragons ; les honnêtes gens aux ganses blanches assistèrent à ses funérailles et lui payèrent un pompeux tribut de regrets. L'arrivée du commissaire du gouvernement leur causa de mortelles alarmes -, ils se dispeTsèteni ^Lbandonnés de leurs chefs. Au contraire, les jacobins qui ne connaissaient pas les changements opérés dans les opinions politiques de Fréron, montrèrent d'abord une vive allégresse parce qu'ils crurent qu'il ne venait que pour leur donner le plaisir de la vengeance et recommencer leur règne anarchique ; mais lui les repoussa , malgré leur assiduité, leurs flatteries et leurs hommages; dès cet instant il ne fut plus à leurs yeux qu'un aristocrate prononce, et il s'en inquiéta fort peu. Bravant les sourds murmures de leur rage impuissante, il
>i «lu nirinc mois d'octobre.
DE MARS£1LLE. 5n
marcha droit a son but et Tatteignit avec honneur. Les patriotes incarcérés virent briser leurs fers ; Thorrible compagnie du soleil et les autres associations royalistes furent dissoutes; le café Piloi changé en corps-de-garde cessa d'être un repaire infàmé ; et le Réveil du Peuple y hurlé par des cannibales, fit place k la Marseillaise , hymne saint de la gloire et de la liberté. Les déserteurs rejoignirent leurs drapeaux ; les services publics, toujours près de manquer, reçurent d'utiles secours; une force neutre et protectrice, placée au milieu des factions arden tes , destinée a se déclarer pour celle qui serait opprimée par Tautrc, maintint un salutaire équilibre. Krrron , en renouvelant les administrateurs et les autorites, fit quelques mauvais choix '.pouvaitil en rire autrement, et ses premières relations ne rendaient-ils pas CCS choix presque inévitables? Ses intentions furent bonnes, et il s'appliqua ronslammenl à favoriser le commerce, ù réprimer Icigiolage, it cntrelenir les hôpitaux et les autres ( (ahlissenients de charité, h fournir la subsistance nûlilaireii tous lesCorscsexpulsés de leurs foyers, ainsi qu'à tous les colons déportés de TAmérique par les Anglais; il chassa les émigrés rentrés, les prrlres réfraclaires, les traîtres qui vendirent Iniilon, et rallia, du moins en apparence, tous 1«> c Mrui> ii la ronstitnlion nouvelle '.
{.vWv <ir IT')*!, dilc de l'an i.
...o HISTOIRK
Celte constitution était mise en activité et le directoire exerçait la puissance executive; Frcron ne pouvait plus légalement continuer sa mission , parce que ses pouvoirs illimités violaient les lois fondamentales de la république. Il la continua cependant et attendit d'être rappelé parle directoire; seulement il s'abstint d'ordonner aucune arrestation et renvoya aux juges de paix toutes les plaintes portées contre les sabreurs ; il tint aussi la main à ce qu^aucune visite domiciliaire ne îxxl faite pendant la nuit, l^e 20 nivôse ' , il nomma des commissaires pour organiser trois municipalités h Marseille, et partit ensuite de cette ville a la tête de trois bataillons de troupes de ligne et d'un escadron de cavalerie pour étouffer le feu de la guerre civile dans les départements de Yauclusc et de la Drôme. Les assemblées primaires de Montélimart, en révolte ouverte contre les décrets de la convention relatifs à la réélection forcée des deux tiers de ses membres , avaient arrêté a Vunanîmité que les électeurs nommeraient à la législature tous les Français éligibles dignes de leur con6ance, et le marquis de Lestang organisait une armée de mécontents sous le nom de fédéralion générale. Dans presque toutes les communes du ci-devant comtat, le tocsin soulevait des bandes de royalistes. Fri'ron rétablit Tordre et le rrgnc
DE MARSEILLE. STtt
Ors lois. DeLeslâng, pris les armesà la main, fut '\ttgé par une commission militaire et (usillé.
Simcon, député des Boaclie»-dii-IUiône , attaqua j au conseil des cinq-cents , les pouvoirs de Fri'ron. Jourdan et Isnard, qui Toyaicat tontes choses à travers le prisme d'une imagination rtaltée , déclamitrent sur ce sujet avec leur violence habituelle. « Partout , s*écria Jourdan , « partout l'autorité distribue des bonnets rouges; « partout les autels de Marat le relèvent. Repré- « sentants, la terreur et le désespoir écrasent les. c( villes du midi; les cavernes, les forêts, lesen- (( traîlles de la terre , le rivage étranger TcvoMBt V les victimes du 31 mai. Fréron règne sur on " cliaos, cVst-à-dirc qu'il jouit de son ouvrage. <( FrtTon, le plus insensé des hommes s'il n'est <c le plus coupable, poursuit son étr.ingc mission, 1. m.ilpré le direclolrc lui-mî-mr. Le< habitants du « midi , atterres par ce retour périodique de calait mités, tournent leurs regards vers leurs d^put^ i< immédiats, vers le dlrecloire, vers les deux con- II seits.» Isnard vint dire» son tour: «Vous ignorez , le h-gislatrtirs , que l'infortuné midi ne jouit point « encore du bienfait de la conslilulion, qu'elle a r< été chaque jour foulée aux pieds par les arrêtés c arl)itr.tires du dictateur qui y règne; qurpres- « fille toiiles 1rs plaees ailministralîves sont rem- .1 plies par les fiuteiirs du terrorisme; que cette << ma<:se d'anarcliistes, de pendcurs, de buveurs
DE MARSEILLE. sri
politique lie celte ville qui continua d*ctre placée tout a la fois sous le régime révolutionnaire et sous le régime militaire. Dans le département (les Bouches-du-Rhone il n'existait alors qu'âne autorité constitutionnelle élue par le peuple : cVtait le tribunal criminel ' ; encore , après avoir cherché a le renverser par toute sorte de moyens, avait -on voulu neutraliser son zèle (*t ses bonnes intentions.
Les royalistes, jusque là comprimés, se mon-
• Sous la constitutioQ de 1 791» il y aviit dans le départeiaetl <lc« Bouchcs-du-Rliôoe cinq tribanaux de dittrict placés à Aix, Marseille, Salon, Tarascon et Arles. Ils étaient rdciproriucmriit appelables et supérieurs les uns aux autres dans les caii.sos qui excédaient une certaine somme. Ils connurent des inatiiTcs criminelles jusqu'à Tépoque de la création d*un tidluinal criminel, d'abord placé à Aix, transféré ensuite à Marseille.
La convention ordonna qu*il serait placé dans chaque dis- Iritt, a la place des juges, t!cs tirbitrvs élus par tes tusemblées t it'< tnnt/r.y , i/t/tù«-rant en public et ii haute voir^ et statuant t it tUrnUr nssort sur dr/cnscs verbales ou sur simples mémoires wi/if pnuvdurv et sans frais.
\a\ l'an *) , on « tablit dans chaque chef-Ileu de département un tribunal civil composé de vingt juges, d*un commissaire ilu directoire et de son substitut. Les justices de paix furent maintenues. Les appels se portcTcnt réciproquement dans les (l.partrmentv voisins; il y eut, en outre, dans les Bouches^ tlii KIh'mic, trois tribunaux correctionnels pn'*sidés par un (iMMubrc tlu tribunal qui changeait tous les six mois et jugeait a\c( I assistance de deux juges de paix. \x% appels se portaient devant un tribunal criminel composé de cinq membres pris daiiH If tiilmiial » ;\1I
blëes primaires du cantou pour Télection de ses municipalités d'arrondissement. Plus tard, le corps-législatif crut que la tenue des assemblées primaires dans les quatre plus grandes communes de la république pourrait fournir nn nouyel aliment aux discordes citiles ; il prorogea le délai jusques au 1 " thermidor ' et chargea le directoire de nommer provisoirement les membres qui composeraient jusqu'à cette époque les administrations municipales.
Le directoire ne choisit les municipaux proWsoires de Marseille que parmi les républicains: le bureau central fut composé de Serrd fik, Amy et Bcaussicr ; Micoulin y exerça les fonctions (le commissaire. La veille des élections, Tassy directeur du jury y donna Tordre de mettre en liberté quelques égorgeurs : ce fut une cause (riiulignatioii pour les républicains déjà irrités lie ce que les royalistes voulaient donner leurs suif rages aux municipaux qui étaient en fonctions lors des assassinats au fort Saint-Jean ; qaant à eux , ils se proposaient de confirmer les choix du directoire.
Les assemblées primaires se réunirent le jour fixé, au milieu d'un tumulte si épouvantable (|u*clK s se transformèrent en arènes de gladial(*urs. Dans les sections n 2 et 18, quelques
i<) juillrl I 7«)6
la discuter qu'après. On arracha des mains d'un orateur qui en argumentait la constitution de l'an 3 ; les opposants déposèrent sur le bureau celle de 1793 pour servir de règle ans délibérations. La dispute s'échauffa , puis on envintanx mains; Bonifày reçut une grave blessure, et la minorité fut expulsée. La section n" 5 présenta le même spectacle : on allait organiser le bureau dcBnitif, lorsqu'une foule d'étrangers poussant des cris hostiles se présentèrent k la porte du lieu de la séance, et le poste de la garde nationale ne Ht aucune résistance. Les votans voulurent repousser cette invasion ; quelques-uns des agresseurs furent saisis et confiés au commandant du poste qui les remit en liberté. L'assemblée reprit ses dctibéralions; maïs 1rs assaillante revinrent à la charge eu armes , s'cmpariTcnt du scrutin , accablèrent dv coups les citoyens qui étaient encore dans la salle, et le président, âgé de 84 ans, aurait ùtc luassacré sans le secours de quelques dragons.
L'iic troupe de furieux investit la section n" 6 vn criant : l'U'c la montagne ! ils maltraitèrent le président et plusieurs autres citoyens qu'ils forcireiit de se retirer. Les mêmes excès furent commis dans les sections 7 , 9, 17 , 21 , 32. Dans celle qui portait le n" 10, Bonnet, plus ancien d'âge, avait c' lé nommé président provisoire ; quelques perturbalriirs inslalK'FcntBcsson et maltraitèrent
rcslc d'une famille mutilée sous le règne de la terreur ■ , fut frappé d'un coup de stylet k Tépaule gauche; il sortit et alla tomber mort k la porte de la maison de Gandy, officier de santé. Au milieu d'une confusion inexprimable, le président emporta le9 papiers et les yotes ; la force armée s'empara de quelques combattants et ferma la salle d'assemblée. Un grand désordre régnait partout ; le bureau central et les autorités demeuraient en permanence. On descendit un réverbère sur la tête d'un homme qui ne se sauva que par miracle ; deux autres furent maltraités dans un cafc à la rue Saint-Ferréol. Le 4 thermidor le calme se rétablit a Marseille, mais l'anarchie troubla la ville d'Aix qui devint le théâtre de plusieurs assassinats; les membres du tribunal criniiiicl se dispersèrent y et le cours de la justice fut suspendu. Deux mille cinq cents citoyens de Marseille protestèrent contre les opérations électorales entachées de violence , et adressèrent une pétition au directoire executif pour en demander la nullité.
Simcon soutint vivement cette pétition au conseil des cinq-cents , et le directoire prit des mesures pour assurer le maintien de l'ordre. Les élections furent cassées; ce qui satisfit les républicains, puisque les municipaux provisoires
< Il j\.iit \ii périr sur récluOiid §on frère et ftoo beau-p<*rr.
« soulager les maux de ta pauvre mërc, de rendre (( la situation des tiens moins pénible, de contri- « bucr k assurer le calme de ton pays, exalte ta (( générosité. » Le duc d'Orléans répondit sor-lecLamp : a Quand ma tendre mëre recevra cette « lettre, ses ordres seront exécutés et je serai (( parti pour T Amérique ' . » Le générai Willot vint lui-même annoncer aux deux jeunes captifs que leurs fers étaient enfin brisés. Ils s'cmbarqucrcnt à Marseille sur un vaisseau des Etats- Unis et partirent le i5 brumaire '•
Plusieurs citoyens marseillais denuindèrent, dans une pétition adressée au corps-législatif^
' 11 ajoutait dans cette lettre, témoigDage touchant des plus nobles pcnsôes : « Je crois rèvcr quand je pense que dans peu J'onibrasseral mes frère* et que je serai réuni à eux; j'ai peine a le croire, moi (|ut n'ima<;inais pas autrefois que " notre srp.iration fût possible. (!e n'est pas cependant que je • rlirrihc à me ]»laindre de ma destinée; je n*ai que trop senti >■ rpiVllc pouvait «'tre encore plu» afTri .se; je ne la croirai pas - mt-me mallieurcuse si, apri*s avoir retrouvé mes frères, j*apprcnd.N cpie notre mère diérie est aussi bien qu'elle peut Irtre, et >i j'ai pu enrore une fois ser\ir ma patrie en contribuant à sa tranquillité et par conséquent à son bonheur. Il n'y a pas de sacrifices qui m'aient coûté pour elle; et, i.int que je vivrai, il n'y en a poiut que je ne sois prêt à lui (aire. -
• I.c fi no\rnibrc.
I.r duc de Montpensier mourut à Twickenhani, en Angleterre, au mois de mai 1H07, d'une maladie de poitrine. La méfue mal.idic enleva le comte de Deaujolaiftà Malte en 1808.
r,ç)Q HISTOIRE
que la ville cessai d'être en ctal de siège. Comme rautorité militaire partageait les opinions politiques, de Jourdan , ce député, sans oser avouer le vrai motif qui le dirigeait, fit seulement observer que Tctat de siège était justifie par la présence des Anglais dans la Méditerranée, et l'on passa à Tordre du jour. Peu après, Padministration municipale du centre dénonça les contre-révolutionnaires qui s'agitaient dans cette commune , parla de l'oppression des patriotes , cl assura que depuis l'arrivée de Willot tous les crimes y étaient à V ordre du jour. Cette pétition n^eut pas plus de succès que la première. L^élection du premier tiers avait amené dans les deux conseils de nombreux ennemis des principes républicains. Quelques-uns agissaient par dévouement a la royauté, et tous les autres par haine de la terreur. Jusque là leur opposition au système directorial avait été contenue par la majorité conventionnelle restée dans le corps-législatif-, mais le moment arrivait oîi un nouveau tiers allait remplacer un autre tiers conventionnel, cl ces hommes voulaient s'emparer des élections pour envahir le gouvernement, c'est-à-dire qu'ils se servaient de la liberté avec l'intention de la détruire. A les entendre, ils brûlaient pour elle d'une passion sincère et pure*, il n'appartenait qu'à eux d'apprécier ses bienfaits et de consolider son règne : mensonge trop grossier pour séduire
DE MARSEILLE. Sfll
un instant! vieille tactique d'une faction trop misérable pour faire des dupes! Vaincue, elle parle de donner aux droits populaires une extension devant laquelle reculent les démocrates les plus ardents-, victorieuse, elle se met k l'œuvre au nom du droit divin, ^t de son pouvoir nu instrument de corruption et de servilité, comprime les nobles iacnitcs de l'ame, s'indigne des sages conseils, ne consulte que son orgueil , agît dans sa faiblesse comme le génie dans sa force , exécute sans illustration ce qu'on ne pardonnerait pas même b la gloire , et accomplit ainû sa destinée jusqu'au jour d'affranchissement oii elle succombe sans résistance sous le poids de ses fulîcs, en invoquant encore comme une sauvcgiirde le saint nom de la liberté. Il faut donc bien qu'elle soit belle cnlrc toutes choses humaines ccllo liberté tuti'lairc qui jouit seule du privilège (le forcer les hommages de ses perst'cutrïirs, (le m<*me qu'il n'est donné qu'à la vertu (le commander le respect aux méchants.
A Marseille et dans tout le département des lïimches-du-Khi'uie , les royalistes ne négligeaient rien pour envoyer au conseil des cinq-cents le général Willol qui leur était vendu; leurs efforts furent conronnés d'un plein succès.
Lt li-devant Provence était alors en possession de fournir à la scène politique des personnages distingués qui louaient les rôles les plus tmpor-
savait pas improviser comme PorUlis^ son beaufrère, mais il lisait avec tant de naturel et de facilité ses discours, remarquables d^ailleurs par rëlégance du style et la méthode des idées , quHl produii^ait le puissant effet de TimproYisation la plus heureuse. Pastoret, de Marseille, livré de bonne heure k Tétude des lettres et de la jurisprudence , écrivain plus consciencieux que brillant, s'était fait connaître h TEurope savante par des ouvrages utiles qui respirent Tamour du bien ■ ; esprit droit et positif, attaché k la liberté par philosophie et non point par passion^ ennemi des partis extrêmes, flottant entre les diverses t opinions pour les concilier toutes.
Los di'putos des Bouchcs-du-Rhône au conseil lies cinq-cents, Simcon, André Jourdan, Willot, lUain, Nognier-Malijai, auxquels se réunissaient Pastorct, député du Yar, faisaient partie de cette
' Reçu à racadcmic des inicriptions en 1785, il àrsùt rem* porté Tannôc précédente le prix de cette académie par une dissertation sur celte question : Qurïie a été Vinfluence de$ loh maritimes ilcs Rhcxiicns sur la marine ciet Grtcs et des Romai/n , rt l influence de la marine sur la puissance de ce$ deux peuples ?
Pastorcl a encore publié : /oronstre, Con/ueius et Mahomet, ronttiltn t comme xectairef^ lègulateurs et moralistes ; Moise ronuili n- comme législateur et comme moraliste ; un Traité det Lois Pt miles, n vol. in-8**, qui obtint en 1790 le prix que rAcadriiiio I rançaise accordait a Técrit le plut utile. 11 a rnfin mis au jour Y Histoire de la l^egitlation, le plus important de SCS ouvrages.
secrètement a Tarmëe) foyer toujours brûlant de républicanisme ) et conçut le projet d'un acte d'énergie , sans compromettre par de nouveaux meurtres la cause nationale. Camot ne Toulait point sortir des voies constitutionnelles , et Barthélémy suivait sa direcUon ; leurs trob collègues résolurent de les envelopper dans la proscription qui devait, en frappant les Clichiens les plus marquants, frapper du même coup quelqueti-uns des députés constitutionnels, ainsi appelés parce qu'ils affectaient de ne tenir qu'a la consUtalion et de ne combattre le directoire que lorsqu'il s'en écartait : Portalis était parmi eux. Enfin tout fut pn'paré pour un coup d'état, ressource déplorable alors même qu'elle est nécessaire : voir le drpot des lois renverse par le sabre des prétoriens, c'est le plus trisle de tous les spectacles et le pins ç^rand de tons les malheurs; souvent il y a lii lont un avenir de despotisme.
Sinii'on présidait alors le conseil des cinq-cents. !.e 18 frnctidor ' , a trois heures du matin, on lira le canon d'alarme ; des troupes et de Tartillorie ocenpirent les ponts, les places publiques, et investirent le palais du corps-législatif; les harriJres furent fermées. Carnot , prévenu à temps, parvint à s'évader. La force armée s'empara de llarthélemy et le conduisit au Temple;
Blain avec IViUot a concouru à organiser Vas*
sassinat de milliers de républicains et Blain
fut conservé sur la Ibte. Grégoire dit en faveur de Siméon que ce député, dans diverses circonstances, avait émis des idées Catvorables à la liberté, et qu'on le citait comme ayant acquis beaucoup de biens nationaux. Salicetti fit observer qiit Simcon était émigré, et le conseil le maintfailt sur la liste qui contenait aussi les noms de Bar« thélemy et de Carnot ■• On condamna encore à la déportation les propriétaires, éditeurs et rédacteurs de quarante-deux journaux. On remit en vigueur et même Ton étendit les articles de la fameuse loi du 3 brumaire an 3 qui avaient été rapportes. Les parents «rémigrés furent exclus (les ionclions publiques jusqu'au terme de quatre ans après la paix. Les émigrés rentres sous prétexte de demander leur radiation devaient sortir de leurs communes dans les vingt-quatre beures, et du territoire français dans quinze jours, sous peine d*etre traduits devant une commission militaire, jugés sur-le-champ sans recours k aucun autre tribunal, conformément aux lois qui pro* nonraient la peine de mort. Le conseil des anciens
' Qiuranlc-dpux drputês att consul drs ciiM|-€enli, parmi h^qiicU citaient CadroT , et onze membm du conseil dei ancien» furent inscrits sur cette liste dëfinitÎTe. On y joignît r.oclio j , rxminUtre de la police, et ploAieort autres indiridna
f]ni n'appai tenaient point au "vTps-l^islalif.
DE MARSEILLE. Ut
dévastations et leurs crimes; de leur côté, les patriotes indignés ne restèrent pas sur la défensive; les uns et les autres n^eurent plus aouci que de leur vengeance , et Ton commit dé nombreux assassinats. Le général Bon , commandant la 8"^ division militaire , s^efforça vainement de calmer tant de fureurs et d'arrêter le débordement de toutes ces passions déchaînées. Le diffW? toire, tenant beaucoup k pacifier le midi, jela le^ yeux sur Bernadotte, général divisionnaire, qui commençait ses grandes destinées. Cet illustre guerrier , auquel la fortune réservait le trône de Gustave - Adolphe et de Charles xn, Marseille Tavait vu^ sept ans auparavant, sergent-major au régiment royal-marine et Tun des instructeurs de SCS premières milices citoyennes. 11 refusa la mission du directoire et retournah Tarmce dltalie pour se mcllrc à la Iclc de sa division. Pille , qui fut envoyé a sa place a Marseille , n'eut que des ressources insuffisantes, et le calme ne se rétablit point. Ce fut alors que Lannes, général de brigade, quitta Tarmée dltalie avec un corps de cinq mille hommes , entra en Provence et publia une proclamation qui commençait ainsi : Roya^ listes , je suis arrive , demain vous êtes morts. Ce langage de matamore n'avait rien de sérieux; Lannes ne voulait tuer personne, son seul but éLiit d'effrayer une (action ennemie. 11 produisit Icrfet qu'il désirait: les voies de (ait et les actes
DE MARSEILLE. iif
On en fusilla un grtnd nombre, et il aniva malheureusement ce qui arrive toujours dans lea temps de réaction et de trouble , tous les eOopablés ne furent point punis y et quelques ittàocents périrent victimes des vengeances particulières et de faux témoignages. Les salles d'audience étaient encombrées par une foule d'énergumènes qui accueillaient en silence les jugemens d'absolution , et poussaient d'horribles clameurs d'allégresse lorsqu'ils entendaient prononcer les sentences de mort. Quelquefob, les accusés en allant au tribunal , ou les condamnés en marchant au supplice étaient assaillis de coups de pierre; Tcscortc ne les défendait qu'avec peine contre les (loLs soulevés d'une multitude rugissante. La populace jacobine des vieux quartiers descendait on masse, se précipitait sur le passage des mallirii roux que Ton conduisait a la mort , et les suivait au 1 ui de rexécution on les accablant d'injures. Los sans-culottes dansaient la carmagnole dans rivrossc de leur tri'^mphe; la commission militaire et le conseil de guerre leur jetaient des cadavres en abondance ; et cela , pour les contenter, pour leur donner des jeux et des spectacles. Des adolescents furent arrachés des bras de leurs mères et immolés sans pitié. On fusilla aussi la veuve Uey, revendeuse, rayée provisoirement de la liste des omi{;rés dos le mois de pluviôse an 3 : elle navait jamais quitté Marseille et résidait
an 6 ■ , le général Théodore Chabert , comman* dant de la place, publia une proclamation qui prohibait le port d'armes tranchantes ou à^feu ^ de bâtons y de nerfs de bœuf, et défendiit tous rassemblements dans les rues au dessus de six personnes, pendant la durée des assembléesprimaires. Les royalistes, épouvantos par les mesures de rigueur que Ton déployait contre eux , laissèrent le champ libre aux républicains, et la tranquillité ne fut pas troublée. On confirma la plupart des choix du gouYemement. L'opposition royaliste, détachée des affaires ^ ne pouvait plus se relever ; mais une autre opposition inspirait des craintes au directoire exécutif: c'était celle des palriotcs ardents qui abusaient du 18 fructidor. Le directoire, sur le point d'être débordé, favorisa sccrclcmcnt les scissions des corps électoraux. Presque partout les républicains modérés , qui se trouvaient en minorité dans les assemblées, invoquèrent des prétextes frivoles pour se réunir a part et faire leur choix particulier. L'assemblée électorale des Bouchcs-du-Rhone se tint à Aix, alors chef-lieu du département, pour nommer les députés aux deux conseils. Des discussions orageuses s'élevèrent au sujet des choix, et l'on ne put parvenir à s'entendre. Les électeurs du district de Marseille restèrent au collège de la
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din, ancien vicaire a Saint-Ferréol , elle prêtre Donadieu , vieillard presque octogénaire y attaché au séminaire du Bon-Pasteur ^ tous les deiupré* venus d'émigration , furent traduits devant la commission militaire. Donadieu était maître de son salut qui ne dépendait que d'un seul mot ^ car sa désignation sur la liste des émigrés était incomplète et les pièces de la procédure ne constataient pas suffisamment son identité ; il ne lui fallait qu'une simple dénégation à Taudience ; mais on la demandait à un homme qui n^avait jamais menti , qui tenait plus à ses devoirs qu'à la vie : Donadieu déclara que ce mensonge répognail à ses sentiments et pesait trop sur sa con* science. Les juges, enchaînes par une inflexible loi , 1« condamnèrent à la peine capitale et prononcèrent la même peine contre Baudin. Le supplice de ces deux prelres, semblable a une caluuiité publique, répandit la consternation à Marsrille,
Les deux frères Laure, prévenus d'avoir pris part aux massacres du fort Saint-Jean y comparurent devant le conseil de guerre, cl de longs débats s'y élevèrent. Laure jeune, se défendant par un alibi, produisait de nombreux témoins (|ui allc^^tairnt qu'a Tépoquc de ces massacres il était enibar(|ué sur un vaisseau éloigné de Marseille. La preuve en paraissait évidente; mais, d'un autre coté, des témoins en aussi grand
nombre soutenaient qu'ils VayaienI vu au fort Saint-Jean dans les rangs des égorgeurs^ et une foule impatiente demandait sa mort a grands cris. Le conseil de guerre, présidé par Lucolle, chef de la 9~* demi-brigade d'infanterie légère, accueillit la déclaration des témoins à charge et prononça la peine de mort contre les deux frères qui se pourvurent en révision. Lucotte acquit bientôt la preuve de l'innocence de LAure ^eune ; indigné de l'imposture de ses accusateurs , désespéré d'avoir signé la sentence fatale , il vint le défendre devant le conseil de révision. Ce conseil rejeta le pourvoi de Laure aîné, qui fut exécuté dans les vingt-quatre heures, et cassa le jugement prononcé contre Laure jeune qui fut renvoyé devant le conseil de guerre de Grenoble cl condamné à mort une seconde fois; il se pourvut encore en revision. Après plusieurs incidents, il parvint a s'évader comme par miracle et partit pour l'iVuicriquc. Les jacobins poursuivirent Lucoltc de leurs clameurs dénonciatrices; le gênerai Chabert l'accusa au conseil des cinq-cents, el le directoire le destitua. On fusilla aussi Pagez, cx-commandant du fort Saint-Jean , le père Garagnon, religieux des Âugustins réformés, et plusiciu's autres personnes.
Los jacobins triomphaient toujours a Marseille, cl plusieurs d'entre eux; dans leur absolutisme (Icmagogiquc poussé jusqu'il la niaiserie, prc-
chaient publiqiieineni les principes de Babeuf; leur oracle était Aotooelle, Uml-puiasantk Arles. Ce ci-devant marquis présentait de singuliers contrastes : aimable , bienfiusant et doui y orné de toutes les vertus philan tropiques , il souteniut un système de terreur et de sang ; possesseur d'une fortune considérable, il demandait la loi agraire ; cultivant la philosophie et les belles-lettres, il aimait à s'entourer de quelques hommes sans lumières et sans dignité. Les sans-culottes nuur- . scillais , poursuivant de leur haine les modérés et les thermidoriens y appelaient ainsi les rép«« blicains qui ne Tétaient pas k leur manière. En Tan 7y ils se rendirent maîtres de toutes les positions, alors que des attroupements d'égorgeurs royaux se montraient encore clans les campagnes. I^cs choix des assemblées primaires leur furent acquis ; mais ce n'était là que des nominations srcoiulaires. Quant aux fonctions législatives, le tlireetoire, dans son système de bascule, n'entendit pas les leur abandonner; aussi le corps électoral, réuni il Aix, se divisa encore en deux fractions, après (les débats scandaleux. Les électeurs du ( aiiton de Marseille, jacobins forcenés, k Texceptir)n de sept, iirent partie de la majorité qui udinma Antonel le et d*anciens montagnards. La minorité choisit des députées plus agréables au gouvernement. Les anarchistes continuèrent de s'agiter à Marseille; ils protégèrent ouvertement
g(,8 HISTOIRE
Aubcrïian, dit Louîset, accusé de plusieurs assas^ sinais et traduit devant le conseil de guerre. Riquier , chargé par eux de sa défense , parvint à le faire acquitter. La s'arrêta la lutte des £aictions désormais comprimées.
Grâce à Dieu, nous respirons enfin ; nous pouvons reposer nos regards sur des scènes plus coo'-^ solantes. Le 18 brumaire* a fait luire des jours d'espoir et de réparation. Marseille moins a^tée sortira de son chaos et de ses ruines ; accablée de lassitude y elle trouvera pourtant dans son sein assez de force et d'enthousiasme pour applaudir le jeune héros qui , sous le titre de premier consul y va présider aux nouvelles destinées de la patrie ; génie libérateur au devant duquel se précipitèrent tous les partis épuisés. Les républicains le proclamaient le soutien de leur cause parce qu'il n'avait jamais cessé d'en parler le langage; les amis de la religion , voyant qu'il relevait les autels y lui exprimaient leur reconnaissance ; les royalistes croyaient qu'il jouait le rôle de Monck. Chacun le regardait comme le seul homme qui pût nous préserver du retour de l'anarchie et nous réconcilier avec la justice. La France confiante ne l'accepta point comme uh maître; elle voulut seulement l'honorer comme le premier de ses citoyens. Si, plus tard, il se
' (j novembre 179Î;.
DE MARSEILLE. fût
mon Ira ingrat, s41 trahit cette liberté qui seule réleva sur le pavois populaire, taut pis pour lui, car sa gloire en a souffert.
La constitution de Tan 8 établit les préfectures, les sous-prcfectures et les mairies. La résidence du préfet des Bouches-^u-I^^ôi^^ , d'abord fixée k Aix, fut peu après définitivement accordée k Marseille k cause de sa grande population et de Timportance des affaires qui s'y traitent. Bonaparte confia TadministratioB du département k Charles Delacroix^ homme éclairé, intègre et impartial, qui a laissé les souvenirs les plus honorables. Ce sage administrateur se proposa d'embellir Marseille, et son nom est attaché a la plupart (les établissements remarquables dont la ville s'est enrichie au commencement du 19* siècle. Déjà l'on y admirait les beaux quartiers (le Rive-Neuve qui occupent la place de Tancien arsenal. Les remparts étaient sans utilité : Delacroix vn fit commencer la démolition en 1800, et sur leur emplacement sVIcvèrent les boulevards actuels avec leur double rangée d'arbres. Ilientot tout changea de face : les constructions prirent une telle activité qu'elles s*étcndircnt dans tous les sens a une grande distance de ces boulevards, et Marseille devint une des plus belles cités de TEurope. En 1778, il y avait 7478 maisons dans la ville, et 4187 k la campagne, c'est-à-dire dans le territoire communal ; en II. 3(j
DE MARSEILLE. é11
nclles'. Le concordat de Tan 9> qui reconnut que la religion catholique est celle de la grande majorité des Français , ne conserva dans le départcment des Bouches-du-Rhône que le siège arcLicpiscopal d' Aix , et Tancien évêcké de Marseille se trouva ainsi supprimé.
Quelques médecins marseillais , Segaud, Moulard, Lemasson, Joyeuse, Foderé, Vidal, Achard, Bouge, Labric, Tant et Aulagnier disaient alors d'honorables efforts pour donner de Téclat et du mouvement k Tart de guérir, depuis long-temps obscur et immobile en Provence. Ils venaient de créer une société de médecine qui se distinguait par son zMc et rutilitc de ses travaux.
Sous le rogne de la terreur, on avait amoncelé <lans diverses maisons les livres des communautés religieuses mc'lc's h ceux des émigrés, et le docteur Acharcl, compilateur plein de zMc, avait été chargé du soin de ces bibliothèques confisquées. Des objets d'arts , des instruments de physique gisaient épars dans un grand nombre d'édifices et cirprrissaient tous les jours. En 1795, le directoire du district et l'administration municipale demandèrent la formation d'une bibliothèque publicpie, et on en confia la direction à Achard;
• Fji 1804, les tribunaux supcricurs prirent le tilre de roTirN, n en 1810 l<»5 juge^ rrrurenl celai de consetllert. \c tiibiiii.il rrlininci lut supprinit* et remplacé par des
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on lui adjoignit ensuite Auberl, Odossaiiit^ Aadibert, Guenin et Fontainieu^ pour Taider dans ses travaux. Cette commission obliBt le titre de Conserifaioire des Arts ; elle fut autorisée a se donner des règlements, et changea peu après son titre en celui de musée. Le musée mit la dernière main à son ouvrage et provoqua Tourerture de la bibliothèque au public '•
Sa mission paraissait terminée ; mais , au lieu de se séparer, il s'adjoignit quatre compatriotes. Il visait k ressusciter le nom de Tancienne académie qui s'était dissoute sans bruit, etk se mettre à sa place : ce nom a toujours mieux flatté Tamour* propre des incapacités prétentieuses qui peuplent les sociétés soi-disant littéraires de département; mais il était alors trop £éodaI et rappelait trop l'ancien régime. Les membres du musée ne purent pas le prendre et se contentèrent du titre de Lycée des Sciences et des i^rts. Us appelèrent dans leur sein six nouveaux membres, et reçurent l'organisation d'une société régulière. En 1 800, la compagnie harangua ainsi Charles Delacroix : ((Digne émule de Confucius, de Zoroaslre (( et de Minos, vous fûtes pour tous les Français i( un nouveau Solon ; daignez être aujourd'hui (( notre Mécène. » Une société qui montre tant de mauvais goût se condamne elle-même à un
•En 1797.
ridicule indélébile. Le lycée n'en obtint pas moins le titre d'académie au mois de floréal an 10 '. Il ouvrit une école gratuite de dessin, et s'adjoignit la classe des beaux-arts <|m formait, avant la révolution, une ioeiété partieulière.
Les consuls , par un iffftté du 1 3 messidor an 9 % avaient rétabli k Marseille la bourse de com« mcrce ; Tannée suivante ils y créèrent un entrepôt réel et fictif.
Les débris de Ta^mée d'orient débarquèrent ensuite k Marseille. Plusieurs fiimilles égyptiennes qui avaient montré de rattachement k la cause française s'enfuirent du sol natal oii la persccution les attendait, se fixèrent dans cette ville, et la librralité du gouvernement leur assura des moyens d'existence. L'administration municipale lit frapper ^ une médaille en Thonncur du premier consul , et la lui envoya par députation. Franrois Girard porta la parole , et Bonaparte se montra sensible à cet hommage.
Tous les maux de la révolution étaient efiacés; ses bienfaits seuls restaient ineffaçables. La politesse des manières avait repris son empire, et la modération des idées avait banni Temphase des paroles; le langage s\'tait dépouillé de codéver-
Mai l8nl.
' à juillet i8o|.
M/C 1^ fructidor an m ( a «rplmibre iHoa K
dramatique, ou Rickaud-Marielly reçut aussi des applaudissements ; s^élevait alors le jeune poète Dorange, élégant traducteur des Bucoliques.
Il y avait dans le département des écoles appelées centrales qui ne pouvaient satbfaire les besoins des pères de famille. Un arrêté des consuls, a la date du 24 vendémiaire an 1 1 ' , ordonna la fermeture de ces écoles , fonda un lycée à Marseille et le plaça daçA le ci-devant couvent des Bernardines. Le ministre de Tintérieur désigna trente élèves du prytanée de Paris ' pour dire partie des cent premiers élèves du lycée de Marseille qui fut ouvert deux mois après ; il prospéra sous les lois de la discipline militaire, et forma plusieurs hommes distingués qui parcourent aujourd'hui avec gloire différentes carrières.
Il fallait tout refaire, car tout avait disparu dans le naufrage des institutions anciennes. Les consuls rétablirent ^ la chambre de commerce ; ils la composèrent de cjuIuac inpmbres sous la présidence du préfet , et nul ne put entrer dans son sein s'il n'avait fait le commerce en personne au moins pendant dix ans. Le 25 prairial an 1 1 ^, cette chambre , pénétrée des marques de bicn-
' i6 octobre i8oa.
• Lo prytanée receTalt les enfants des citoyens qui a?aienl \t\cn inrritc de la patrie.
^ Arrrtf tlii ^ nivôse an 9 ( 1^ di'-cembre 1801 \
* I I juin |8(»1.
DE MAESEILLE. eiT
marseillais par des discours remarcpiables ou il développa les vues d'un profond jurisconsulte et les principes d*un sage ami de la Ubertë. Sur CCS entrefaites , Thibaudeau , préfet de la Gironde, vint remplacer Charles Delacroix, qui alla lui^ même occuper sa place k Bordeaux ^.
Le consulat céda bientôt k Tempire; k cette époque le régime municipal de Marseille était encore exceptionnel , et cette ville était toujours divisée en trois mairies. Le & mars 1805 , sur le rapport du tribun Carrion-Nisas , le corps-législatif décréta un projet de loi qui établissait un seul maire assiste de six adjoints; l'empereur con6a les fonctions de maire k Antoine Anthoine. Les trois premiers adjoints furent Dominique Sarmct , Auguste Mossy et Omcr Granct , maires précédents. Six mois après, Thibaudeau fit Touverturc du musée des arts au local de Tancienne chapelle des Bernardines; on y rassembla par SCS soins plusieurs tableaux des meilleurs maîtres et de bonnes copies de fameux morceaux de seul» pture, tels que T Apollon du Belvédère et le Gladiateur.
11 existait un grand nombre de maisons de prêt qui spéculaient sur la misère publique et dévoraient la substance du pauvre. Par décret impé-
(es (Irux noinina(inn> «koiil à la iljtc du 3 llorraJ an il ( i) a^ril 180I .
officiers de la garnison firent célébrer en son honneur un service funèbre, et après la cérémonie le général Dejean, commandant de la place, célébra dans un discours touchant les vertus et la valeur d'un brave dont Napoléon pleurait la perte. Les Marseillais, en entourant d'hommages le nom de Gervoni, voulaient donner à rhomme et non pas au guerrier un témoignage d'estime personnelle , car la gloire des armes leur devenait odieuse. Ne se montrant sensibles qu^aux besoins de la vie réelle , ils prenaient en dégoût cet esprit de conquêtes qui ne leur annonçait que des calamités ; déjà ils souffraient beaucoup, et Tavenir ne leur apparaissait que surchargé de sombres nuages. 11 y avait partout un secret malaise; partout on voyait des signes de mécontentement. Ce n'est pas que Marseille tînt alors beaucoup à la liberté, que Napoléon étoufTatt et dont le nom seul avait naguère ému les entrailles de ses ardents citoyens^ le despotisme Tcût fort accommodée, pourvu qu^ lui eût assuré la paix et la prospérité commerciale; mais ce despotisme avec Tétat de guerre maritime rendait sa situation insupportable. Des vaisseaux anglais sillonnaient la Méditerranée , s'approchaient souvent de nos côtes et échangeaient des coups de canon avec nos batteries; ils firent nitnic plusieurs tentatives de débarquement. Cependant nos lettres de marque leur furent
DE MARSEILLE. Ml
de Marseille avaient 9uln des changements notables; rexpédîtion d'Egypte, qui se rattachait à un vaste plan et semblait devoir relever le commerce marseillais, fut au contraire la cause de sa ruine. La rupture avec Tempire ottoman et la fatale issue du combat d'Aboukir firent perdre à Marseille toutes ses relations avec le Levant et laissèrent sans protection sa marine marchande. Les Génois et les Toscans profitèrent de ses malheurs pour fonder des établissements avantageux. 11 ne lui restait pas même la possibilité d'alimenter les armées françaises en Italie; les Anglais s'y opposaient. Le traité d'Amiens fit cesser les hostilitcs, et le gouvernement s'occupa aussitôt de nos colonies. La loi du 28 avril 1803 désigna les ports qui devaieni £ire ouverts aux armements et aux retours. La paix n'eut pas une longue durée et la rupture survint sans déclaration préalable. Un grand nombre de iiavîroft français naviguant sur la foi du traite furent pris en pleine mer ou aux atlérages; mais Bordeaux, Nantes et le Havre souffrirent beaucoup plus que Marseille de cette guerre inattendue, parce que la plus grande partie des armements marseillais qui se faisaient par la Méditerranée présentaient moins de chances de capture. Avant la rupture du traité d\\miens, Tactivité que Marseille déploya dans ses divers armements lui procura beaucoup de retours, facilités par l'encombrement de nosmar-
créa un nouveau système de licence, nationalisa toutes les denrées coloniales qui venaient de la Hollande , en les frappant d'un droit de 40 pour cent sur leur valeur ; doubla Timpôt du sel , employa , enfin , les mesures les plus vexatoires. La fraude alors s'organisa; les commissairesgénéraux de police reçurent le pouvoir de £ûre visiter les navires et de rechercher la contrebande. Au mois d'octobre 1810, l'empereur fit suivre cette mesure de la création des cours prévotales chargées de punir la contrebande en matière de douanes.
La réunion de Gênes , de la Toscane et des états romains à la France semblait assurer k Marseille un cabotage étendu; mais les Génois en devinrent presque les seul» facteurs parce qu^ils naviguent avccplusd'économie. Le numéraire disparaissait; les immeubles se louaient mal ou n'étaient point habites; la marine marrliRnilf* bordait les quais de mille vaisseaux immobiles. Cependant quelques relations s'établirent dans la direction de rintcrieur, et ce nouveau débouché donna à la savonnerie une plus grande activité. L'empereur prohiba • l'entrée en France des soudes étrangères qui jusque là étaient venues d'Espagne , de la
inart )ianilLses et denrées, établirent une grande disproportion nitro Iriir valeur réelle et les droits qui les frappaient à leur importation.
* Par décret du 1 1 juillet l8lo.
rareté des denrées coloniales, on ne pouvait pat l'étendre beaucoup au deUi des beM^ni locaux. La tannerie trouva quelque aliment dans la confection d'une foule d'objets nécessaires anx iqntpemenls militaires. Quantk la chapellerie et k la fabrication des bonnets ii l'usage des orientaux , ces arts industriels qui, avant la révolution, avaient pris un essor si élevé et occupaient tant de bras , devinrent sans importance soos l'empire parce qu'ils ne trouvaient aucun débouché dans le commerce extérieur. La chambre de commerce et le préfet des Bouches-du-Rkâne avaient exposé à l'empereur la nécessité d'établir ^ Marseille un conseil dr prud'hommes pour terminer de suite et sans frais les contestations que des rapports journul irrs d'intérêt faisaient naître entre les ouvriers «■t ceux qui les employaient', un décret' régla l'organisatiou cl la compétence de ce conseil.
Ix roi d'Espagne s'était rendu populaire à Marsoill**, oii l'on parlait sans oeaae de •«• malheurs cl de ses vertus; une foule silencieuse se pressait sur ses pas et lui donnait des marques (le respect. L'intérêt qui s'attache toujours k la grandeur drchuc n'était pas l'unique mobile de CCS vives démonstrations; on y apercevait aussi une sorte d'opposition k la tyrannie impériale, seule opposition qui fût alors possible. Charles iv
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