‹ Histoire de MarseilleChapitre 12 sur 25 · II · texte numérisé non relu

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l'une a la Grand'Ruc, l'autre vers les Augustins. Le peuple consterné croit voir apparaître un nouveau germe de peste. Les imaginations s'échauffent; les religieux de Saint-Victor se retranchent encore dans leur abbaye; les écoles publiques sont désertes; la citadelle Saint-Nicolas et le fort Saint- Jean lèvent les ponts-levis; les boutiques se ferment; mais les échevins les font ouvrir sous peine de trois mois de prison et de confiscation des marchandises en faveur des hôpitaux. Ils barricadent la rue de la Croix-d'Or, et s'efforcent de calmer les alarmes. Vains efforts ! On ne peut se faire illusion , car c'est bien la peste qui menace de dévorer ceux qu'elle a d'abord épargnés. Les habitants sortent en foule de la ville, et quelques-uns franchissent même les barrières en-delà des murailles. Les soldats , préposés à la garde des passages, tirent sur les fuyards, et des élèves en médecine sont tués du côté d'Aubagne.

De Brancas rend une ordonnance qui défend aux Marseillais de sortir de leur territoire , sous peine de mort ; il enjoint aux malades de se déclarer dans les vingt-quatre heures , sous la même peine. 11 tente ensuite de contracter un emprunt pour secourir la viUe, et offre en gage ses terres, ses charges et ses pensions. Le marquis de Pilles donne toute sa vaisselle, évaluée a 10,000 livres. On ouvre dans le jardin de l'observance des fosses pour enterrer vingt mille morts, et on élève

une potence au milieu du Cours pour contenir les malfaiteurs.

La contagion s'annonçait avec des symptômes moins meurtriers qu'en 1720; cependant elle enleva un grand nombre de malades; et parmi les religieux qui succombèrent, on regretta Jouvenne, clerc trinitaire, âgé de dix-huit ans, lequel, par ses talents précoces, donnait de brillantes espérances.

Dans ces circonstances, Louis xv, pressé par les instances des amis de Langeron, le nomma une seconde fois commandant général de sa bonne ville de Marseille. De Pilles, vivement affligé, jugea convenable de justifier sa conduite. Il convoqua tous les notables h l'hôtel de ville, et l'assemblée dressa, le 8 juin, un manifeste attestant que ce gouverneur avait pris les plus sages mesures pour éteindre la peste et pour prévenir tous les malheurs. On envoya cet acte à la cour, et on le rendit ensuite public.

De Pilles ne voulut pas attendre l'arrivée de Langeron, et se retira , le 27 juin, dans son gouvernement des îles. Le commandant général fit le lendemain son entrée à Marseille. La maladie cessa bientôt; mais Langeron continua de maintenir, pendant plusieurs mois, toutes les mesures préservatives. Par un édit donné h Versailles, le 19 novembre, le roi ordonna l'enlèvement des barrières et la retraite des troupes qui formaient

le cordon sanitaire. Cependant les marchandises ne purent être exportées que le 27 mai 1723, et le même jour, on publia un édit royal qui permettait le libre commerce avec les îles de l'Amerique. Le 1er septembre, le capitaine Chataud sortit des prisons du Chàtcau-dlf et parut en public sans causer la moindre émotion populaire. Le 4, Langeron partit de Marseille pour se rendre à la cour.

L'Europe entière était frappée d'une si grande terreur, que les relations commerciales n'y furent entièrement libres qu'au commencement de l'année suivante. En mai 1720, Marseille avait quatre-vingt-dix mille habitants. Cette peste horrible en enleva quarante mille dans la ville, et dix mille à la campagne 1 . Depuis lors le régime sanitaire fut soumis a des règlements sages et sévères, et quoique la contagion ait plusieurs fois paru dans le Lazaret, les précautions constantes qu'on a prises l'ont toujours étouffée \

> Le dénombrement des morts fait officiellement ne s'élève qu'à 3o,i37 dans la ville et à 8,970 dans le territoire: c:* chiffre ne peut pas être considéré comme exact. Comment les commissaires de quartier, chargés de ce travail, auraient-ils pu tenir rigoureusement leurs registres dans des conjonctures aussi désastreuses? Le médecin Bertrand, historien véridîquc de la peste, adopte le nombre que nous avons nous-méme adopté.

" Des signes de peste se sont manifestés au Lazaret de Marseille : en juin 1741 , en mai 17G0, en mai 1708, en mai

Des Tannée 1716, quelques hommes de lettres avaient manifesté le désir de former une académie; mais comme ils n'avaient aucun plan déterminé, ils ne s'étaient assemblés que pour faire des propositions oiseuses, sans travailler pour eux-memes, ni pour le public. Cinq ans plus tard, et pendant que la peste faisait de Marseille un vaste sépulcre, de paisibles amis des muses se retirèrent à la campagne, et, gémissant parmi eux sur les pertes qui les accablaient, ils soulageaient leur douleur par des entretiens familiers et par des lectures instructives. L'abbé de Porrade les réunissait habituellement chez lui. Lorsque la contagion, qui respecta cet asyle modeste, eut calmé ses fureurs, leurs assemblées se continuèrent dans la ville. Les premiers membres furent l'abbé de Porrade, Cary et Peyssoncl, avocats, Bertrand, docteur en médecine, Robineau, commissaire des guerres, Dulard, Aymar, le Fournier, de Guérin, Olivier, Soissans et Vacon. Ils admirent bientôt dans leur sein plusieurs autres littérateurs marseillais, au nombre desquels était

1784, en janvier 1785, en 1786, en 1796, en mai 1819. En juin 1825, ce fléau parut à Pomègue : le capitaine du bâtiment la Sabine, venant de Seyde, et deux matelots moururent.

La fièvre jaune se montra pour la première fois au Lazaret en 180a; elle y fut apportée par le Colombia, vaisseau américain, capitaine Hallowel. Cette cruelle maladie y parut aussi en 1804 , en i8o5 et en 1821.

Chalamond de la Visclède, couronné plusieurs fois par l'académie française.

Ce ne fut qu'en 1726 que les séances de cette compagnie curent quelque régularité. On délibéra d'avoir des registres, d'ouvrir une corres- ' pondance, d'écrire des procès-verbaux, de nommer un directeur et un secrétaire perpétuel. Le sort désigna le Fournier pour le premier emploi, et l'unanimité des suffrages confia la seconde charge a Chalamond de la Visclède.

Le maréchal duc de Villars, gouverneur de la Provence, accepta le titre de protecteur de la société naissante , et lui fit obtenir , au mois d'août, des lettres patentes du roi, sous le titre d'académie de belles-lettres. La compagnie rédigea ses règlements. Elle fixa a vingt le nombre des membres résidants, et donna à un pareil nombre d'étrangers le titre d'associés. Dans la première de ses séances préparatoires, le docteur Bertrand lut une grande dissertation sur V utilité des académies démontrée par le mécanisme du corps humain. Bientôt après, l'académie française s'empressa de s'affilier la nouvelle compagnie, sur la demande de la Visclède, de Taxil et de Dubellis, envoyés en députation. Le 12 novembre de la même année, de la Visclède, portant la parole au nom de ses confrères, vint remercier les quarante immortels. Fontenelle, qui en était alors le doyen et le directeur, répondit a son discours, et

les trois députes furent invités à prendre place h la séance.

Villars fit remettre à l'académie de Marseille 1 l'acte de fondation d'une rente de 300 livres, pour faire frapper toutes les années une médaille d'or, comme prix du concours, décerné en séance publique, le jour de la saint Louis \

Il y avait aussi à Marseille une académie de musique, sous le nom de concert, également placée sous la protection du maréchal de Villars 3.

1 En 1731.

* L'académie n'avait point de lieu lixc pour ses assemblées; clic se réunissait tantôt dans la maison d'un de ses membres, tantôt dans celle d'un autre. Belsunce l'accueillit dans son palais épiscopal. Les séances publiques se tenaient le plus souvent à l'hôtel de ville. Les académiciens obtinrent ensuite un local spécial dans la rue Saint-Jaume. En 1781, le roi mit à leur disposition l'observatoire, et la compagnie y tint ses séances jusques à la révolution.

Le 6 mars 1766, Louis xv avait accordé de nouvelles lettres patentes, qui conféraient à la compagnie le titre d'académie des sciences, belles-lettres et arts. Le règlement annexé à ces lettres patentes portait à trente le nombre des membres de l'académie, dont quinze pour les belles-lettres et arts, et quinze pour les sciences. Deux secrétaires perpétuels furent choisis pour chaque classe. Le directeur et le chancelier devaient être pris alternativement dans chacune.

* Cette société fut établie en 1717. Villars lui donna, deux ans après, des lettres d'attache et d'approbation en ces termes : a Approuvons l'établissement de ladite académie, attendu « qu'elle peut occuper agréablement grand nombre d'honnêtes «« gens, sans être à charge à la ville, et que ces divertissements

Le premier théâtre établi dans cette ville était situe a la rue de la Reynardc, alors le centre des beaux quartiers. Des acteurs ambulants venaient y représenter les essais de nos anciens poètes dramatiques et les ouvrages récents de Corneille, de Racine et de Molière. Lorsque les agrandissements de la ville eurent fixé les principales habitations vers la partie orientale du Cours, cette salle de spectacle se trouva trop éloignée, et Gay, maçon-entrepreneur, projeta d'en construire une autre. Il obtint, à cet effet, de l'administration municipale, par bail du 8 avril 1733, la location d'un terrain entre la rue de Rome et la rue d'Aubagne, dans la direction de la rue Vacon; c'est sur cet emplacement que Gay bâtit sa nouvelle salle qui a été ouverte au public pendant cinquante-cinq ans

Marseille était toujours digne de sa renommée, et plusieurs de ses enfants marchaient avec éclat dans la carrière des lettres et des sciences. Antoine Duparc prit Puget pour modèle et excella

« sont bien préférables à ceux du jeu si dangereux , auxquels « nous désirerions qu'ils pussent faire quelque diversion. »

Les jours de concert étaient le lundi et le vendredi de chaque semaine.

• Les travaux furent terminés en 1739. Des lettres patentes fixèrent exclusivement les représentations théâtrales à ce local, et ordonnèrent la clôture de celui de la rue de Ja Rcynarde.

principalement dans la peinture La famille Nicolas acquit une grande réputation dans l'art de dessiner avec vérité les armoiries et les costumes. Antoine Nicolas fut celui qui poussa cet art au plus haut degré de perfection ; il fit une précieuse collection héraldique ■«

L'abbé Pellegrin, présentant un mélange bizarre d'occupations sacrées et de travaux profanes, travailla pour les théâtres de Paris, et mit en cantiques spirituels l'Ancien et le Nouveau Testament, les Psaumes de David, l'Imitation de J.-C, sur des airs connus d'opéras et même de vaudevilles.

Le matin catholique et le soir idolâtre, Il dina de Faute! et soupa du théâtre3.

Gros * se fit remarquer par son talent pour la poésie provençale, et se livra surtout h l'apologue. On trouve dans son recueil des compositions pleines de grâce, d'abandon et de naïveté, des traits charmants que Lafontaine n'aurait point désavoués. La maison de la marquise de Simiane,

• Sa fille Françoise, disciple de J.-B. Vanloo, eut plus tard beaucoup de succès à Paris et à Londres, et reçut dans ses vieux jours à Marseille une pension de l'impératrice de Russie.

a Continuée par Kapeller, [directeur de l'académie de peinture.

3 Ces deux vers si connus sont de Rémi, poète inconnu. ; Né à Marseille en 1698, mort en 1748.

petite fille de madame de Se vigne, était alors ouverte à tous les littérateurs; Gros y fut admis; il chanta sa protectrice qui fut sensible à ses louanges et lui en témoigna sa reconnaissance par le plus favorable accueil. Mais Gros n'était pas riche, et la marquise ne lui ouvrit pas sa bourse. Il quitta Marseille pour se rendre à Paris, croyant que son talent lui créerait des ressources. Vain espoir ! H fallut se résoudre à entrer dans les fermes , et le petit emploi qu'il y obtint ne le sauva pas de la misère. Le poète infortuné, doux et bon par caractère, toujours calme sous le poids des revers, sut allier les moeurs les plus pures a l'esprit le plus élevé.

Le malheur accabla aussi Dumarsais1, digne pourtant de couler des jours prospères. En voyant le triste cours des choses de ce monde, et la fortune, misérable prostituée qui prodigue sans discernement ses faveurs sans pureté , l'aine découragée se concentre en elle-même, se resserre de désespoir, et voudrait rompre tous ses rapports avec une société frivole, égoïste et corrompue. Si du moins les hommes s'efforçaient de réparer les torts de l'aveugle destin ! Mais non ; ils se plaignent de ses bizarreries et de ses injustices, et eux aussi ils sont bizarres dans leurs

1 Dumarsais naquit à Marseille le 17 juillet 1676; il mourut à Paris le xi juin 1756, sans biens et sans honneurs.

affections, injustes dans leurs choix : ils laissent dans l'oubli le génie qui fuit le tumulte, et ils applaudissent a la médiocrité intrigante, et ils accueillent avec un sourire adulateur le charlatanisme ambitieux, et ils lui offrent des couronnes profanées 1 ! L'immortel Puget fut abreuvé de dégoûts et d'amertume, au sein de cette Marseille dont il était l'ornement. Gros y fut méconnu; Dumarsais éprouva le même sort, quoiqu'il eût des titres puissants a la reconnaissance de ses compatriotes. Ce grammairien philosophe, joignant la conception la plus nette à la méditation la plus profonde, concilia dans la logique les doctrines des trois grands métaphysiciens qui se partageaient l'empire de la science: Aristote, Descartes et Bacon. Ses ouvrages sur la grammaire générale éclipsèrent les travaux des illustres solitaires de Port-Royal, et son traité des Tropes restera comme un beau monument élevé à sa gloire. Sous l'avilissant empire des abus monarchiques

» C'est une chose déplorable de voir, dans tous les temps, les Marseillais s'enthousiasmer mal à propos pour des gloires étrangères et souvent équivoques, et n'accueillir qu'avec indifférence leurs propres illustrations. Un de mes amis, littérateur d'un talent remarquable, me développait un jour avec beaucoup d'esprit les inconvénients d'être Marseillais à Marseille. Cette thèse n'est malheureusement que trop vraie, non-seulement sous le rapport littéraire et scientifique, mais encore sous tous les rapports possibles. Moi qui écris avec émotion ces lignes désespérantes, j'en rougis pour ma ville natale.

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et des préjugés religieux, Dumarsais se montra tel que devait être un homme qui avait de la droiture dans l'esprit et de la générosité dans le cœur. C'est dire assez qu'il hâta de tous ses moyens le progrès des idées salutaires et des améliorations sociales. Guidé par l'amour du bien et par la puissance de la conviction, il seconda les nobles efforts 1 de cette philosophie bienfaisante qui, tantôt avec les traits du ridicule, tantôt avec les armes du raisonnement, combattait pour faire prévaloir la vérité sur l'imposture, les droits des peuples sur le despotisme des rois, et la morale universelle sur des croyances tellement absurdes qu'un jour nos neveux, plus heureux que nous, ne pourront pas comprendre qu'elles aient régné si long-temps.

Les deux frères Peyssonel prouvèrent que le talent était héréditaire dans leur famille , qui se distingua toujours par des services rendus à Marseille. Charles', entré dans la belle carrière du barreau, joignit la profondeur du jurisconsulte k l'éloquence de l'avocat; revêtu ensuite de fonctions diplomatiques et consulaires, il sut les faire servir au profit de l'histoire et de la géographie.

' II n'est pourtant pas l'auteur de plusieurs ouvrages philosophiques qui lui furent attribués, et qui sont du baron d'Holbach.

'Charles Peyssonel naquit à Marseille le 17 décembre 1700; H mourut à Smyrne le 16 mai 1757.

Des ouvrages considérables sur le commerce du Levant, des voyages entrepris avec danger pour connaître des lieux jadis fameux et maintenant barbares, des recherches curieuses de médailles et de monuments antiques, tels furent ses travaux constants. Jean- André 1 , médecin du roi a la Guadeloupe et naturaliste célèBre, s'illustra par de belles découvertes sur le corail. Versé principalement dans l'étude de l'histoire naturelle de la mer dont Marsilli lui avait inspiré le goût, il fit un appel honorable aux savants de toutes les nations, les engagea a se livrer sans réserve a cette étude alors peu connue, et leur offrit des couronnes académiques.

La législation ancienne et moderne de Marseille, les langues qu'on y parla, ses costumes, ses armes, ses moeurs et ses usages furent l'objet des curieuses recherches d'Artaud et de Dicudé. L'immortel Belsunce dressa le tableau des évêques ses prédécesseurs. Cary, profond antiquaire, jeta une vive lumière sur la fondation de l'illustre colonie des Phocéens; il fit aussi l'histoire des rois du bosphore Cimmérien, et une dissertation sur Lesbonax, philosophe de Mitylènc. Guys traça un parallèle entre les mœurs des anciens Grecs et ceux des Grec» modernes; et Barthe, jeune

1 L'époque de sa naissance est incertaine. Il mourut à la Guadeloupe en 1 749.

encore , offrit k ses concitoyens les prémices de sa charmante muse, douce aurore d'un jour brillant.

Le génie de l'abbé Barthélémy grandissait alors dans Marseille , heureuse d'être le témoin de ses naissantes inspirations *. L'auteur du V ojrage du jeune Anacharsis, entré au collège de l'oratoire, étudia sous le père Ray naud, professeur habile, qui depuis se distingua lui-même par son éloquence dans les chaires de la capitale. Le jeune Barthélémy suivit ensuite les cours de philosophie et de théologie dans la maison des jésuites. Un maronite, élevé à Rome, se trouvait à Marseille auprès d'un oncle qui faisait le commerce du Levant. 11 se lia avec Barthélémy, lui enseigna la langue arabe, et l'accoutuma même à la parler facilement. Ainsi il était réservé à la Phocée des Gaules d'élever dans son sein fécond l'homme célèbre, qui devait, quelques années plus tard, évoquer les souvenirs immortels de la mère patrie et ranimer sa cendre poétique.

Les académies de province, qui n'ont jamais été les sanctuaires du bon goût, avaient à cette époque quelque utilité, parce qu'elles contribuaient à répandre l'usage de la langue française qui n'était point encore populaire. L'académie

' Jean- Jacques Barthélémy, ne a Cassis le ao janvier 1716, séjourna à Marseille depuis 1727 jusqu'en 1744.

de Marseille, sans faire exception a la règle commune, s'efforçait d'acquérir des titres à l'estime publique, et Voltaire sollicita la faveur d'être reçu parmi ses membres associés. 11 lui fit ses remercîments, dès qu'il eut obtenu ce titre ce qui ne la sauva pas d'une sanglante épigramme. La compagnie prenait le titre de fille de l'académie française : Ouij dit le spirituel frondeur de tous les ridicules, c'est une fille très sage et qui ne fait pas parler d'elle.

Montesquieu allait souvent à Marseille visiter madame d'Héricourt, sa sœur, femme de l'intendant des galères. Se promenant un dimanche au soir sur le Port, il est invité par un jeune matelot à choisir de préférence son bateau pour aller faire un tour en mer. L'air d'éducation et la physionomie intéressante de cet homme le frappent. Entré dans le bateau, il interroge son conducteur, et il apprend de lui que son nom est Robert, qu'il est apprenti joaillier de profession, qu'il se fait batelier les fêtes et les dimanches pour gagner quelque argent de plus et seconder sa mère et ses deux soeurs qui , de leur côté , travaillent de toutes leurs forces ; que tous quatre s'efforcent ainsi d'amasser 2,000 écus pour former la rançon de leur père, pris par des corsaires et emmené captif à Tétuan. Montes-

1 En 1746.

quieu, touche de ce récit, se fait conduire k terre, met dans la main d'un fils si vertueux sa bourse qui contenait 400 francs en or, et s'échappe. Six semaines après, le père revient dans sa maison, juge bientôt à Pétonnement des siens qu'il ne leur doit pas sa liberté, comme il l'avait cru d'abord, et leur apprend que nonseulement on l'a racheté, mais qu'encore, après avoir pourvu aux frais de son habillement et de son passage, on lui a remis une somme de 1 ,200 francs. Le jeune homme alors soupçonne un nouveau bienfait de l'inconnu. Mais oii le voir, ce mortel généreux qui sèche avec tant de noblesse les larmes de l'infortune? Comment des cœurs rendus a la joie lui exprimeront-ils leur reconnaissance? Robert fils se met en devoir de le chercher. Après deux ans d'inutiles démarches, il le rencontre par hasard dans la rue, se précipite a ses genoux, et le conjure de venir recevoir les bénédictions d'une famille qui lui doit son bonheur. Montesquieu, surmontant son émotion, paraît impassible, ne veut convenir de rien, et s'échappe a la faveur de la foule que les instances pressantes de ce jeune homme avaient réunie autour de lui 1 .

1 Cette belle action qui a été" mise sur la scène, sous le titre de bienfait anonyme, serait toujours restée ignorée, si les gens d'affaires de Montesquieu n'eussent trouvé, après sa

L'abbaye Saint-Victor était depuis long- temps une école de scandale ; tous les raffinements du luxe et toutes les voluptés du siècle se donnaient rendez-vous dans ce cloître privilégie, remplaçant la grotte célèbre où les premiers chrétiens de Marseille, pauvres et obscurs, avaient jadis versé des larmes de pénitence. Les jeux folâtres et les joies insensées retentissaient dans l'antique sanctuaire des cénobites, prostitué à d'indignes usages, pendant que des chantres gagés remplissaient les devoirs des abbés indolents, chargés d'honneurs et fiers de leurs parchemins. Le mal était si grave qu'il paraissait incurable. On recourut au seul parti qui restait a prendre, et l'abbaye fut sécularisée, en vertu des bulles de la cour de Rome, approuvées par lettres patentes de Louis xv, signées à Compiègne en 1751. Ces patentes donnent à l'église le titre de noble et insigne collégiale. Les chanoiues devaient être Provençaux et faire preuve de cent cinquante ans de noblesse paternelle ; ils portaient une croix à huit pointes, attachée à un cordon rouge en camail , d'un côté saint Victor , avec ces mots : Sancti Victoris Massiliensis , et de l'autre , le

mort, une note écrite de sa main, indiquant qu'une somme de 7,5oo francs avait été envoyée par lui à Main, banquier anglais a Cadix. Main interrogé répondit qu'il avait employé cette somme pour délivrer un Marseillais nommé Robert, esclave à Tétuan, conformément aux ordres de Montesquieu.

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portail de l'église, avec cette devise : Monuments et nobilitate insignis. On les vit alors, ces religieux élégants, étaler dans la ville leur oisiveté frivole , beaux esprits faisant pitié , fades oracles des cercles a la mode.

Les principales dignités étaient à la nomination du roi, les canonicats à celle de l'abbé, conjointement avec le chapitre, composé d'un prévôt, d'un chantre, d'un trésorier, de seize chanoines ordinaires et de six petits chanoines amovibles.

Bclsunce termina sa carrière à Marseille , le 4 juin 1755. La cour lui avait offert, en 1723, l'évêché de Laon, duché- pairie, et, en 1729, l'archevêché de Bordeaux. Ce prélat ne voulut pas abandonner une église que tant de sacrifices lui rendaient si chère, et il en fut dédommagé par deux riches abbayes. Un zèle exagéré le précipita dans des démarches imprudentes sur les aliaires du jansénisme. Il eut de vives disputes avec l'évêque de Montpellier et de longues contestations avec le parlement d'Aix. Il accusa, dans des écrits publics, les pères de l'oratoire de Marseille 1 , de s'être retirés de cette ville pendant

' Les pères de l'oratoire vinrent se fixer à Marseille , presque dès leur institution, sous le généralat du cardinal de Bérulle. Le a6 mai 1620, le chapitre de la cathédrale leur donna l'église et l'hôpital de Sainte-Marthe. Le a6 février 162$, en vertu d'une délibération du conseil municipal, Louis

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la peste. Il fut le premier des évêques qui imagina de faire interroger les malades sur leur soumission à la bulle Unigenitus, et de refuser les sacrements aux opposants. Le régent n'ayant jamais pu le ramener a des sentiments plus paci- 6qucs, dit un jour, en sortant d'une conférence avec lui : Voilà un saint qui a bien de la rancune.

Au commencement de 1756, les Marseillais fournirent au maréchal de Richelieu de puissants secours pour sa glorieuse expédition de Mahon. Us étaient alors témoins d'une longévité extraordinaire. Annibal Camoux, désigné par les Provençaux sous le nom de pc'ro Anniba , naquit en 1637 dans la vallée de Barcelonnette. Après avoir servi avec honneur dans l'infanterie de ligne, il obtint son congé a Tàge de soixante ans, et se fixa a Marseille , oii il avait été pendant long-temps en garnison 11 choisit pour son séjour une petite maison de campagne située sur le bord de la mer, cultiva lui-même sa terre, et la pêche lui servit de délassement. La paye des invalides qui lui avait été accordée, fut doublée lorsqu'il eut atteint un siècle. Il poussa sa carrière jusqu'à cent vingt-deux ans, et mourut

de Vento, Pierre Besson, André Borrély , consuls et Jean de Maux, assesseur, leur remirent le collège de la ville. Louis xnz confirma cet acte.

1 II avait été employé à la construction de la citadelle Saint-Nicolas.

en 1759. On attribue sa longue vie à une modération constante, à un sang-froid imperturbable, et surtout à un régime extrêmement sobre On raconte du père Annibal plusieurs anecdotes qui prouvent qu'il avait un sens droit et un esprit juste. Ce respectable vieillard fut enterré dans Féglise des Picpus à Marseille. Il eut plusieurs enfants qui ont poussé fort loin leur carrière *.

Les jésuites allaient voir fondre sur eux l'orage le plus terrible. Le père La Valette, visiteur général et préfet apostolique des missions établies à la Martinique, y avait amassé des richesses immenses, en se livrant à de vastes opérations de commerce, malgré son vœu de pauvreté. Il avait pour correspondants a Marseille les deux frères Lioncy et Gouffre, négociants. En 1756, les Anglais arrêtèrent ses envois, ils s'emparèrent de ses vaisseaux, et Lavalette fit une banqueroute

• Il déjeûnait tous les jours avec un morceau de pain qu'il frottait d'une gousse d'ail. Il avait l'habitude de tenir continuellement dans la bouche un morceau de racine d'angélique.

'Jourdan, paysan de Mazargues, au territoire de Marseille, dit le père éternel à cause de son grand âge, mourut le 9 avril 1782, âgé de 111 ans. Sa santé n'avait jamais été altérée, ni sa vue affaiblie. Jusqu'à ses derniers instants, il avait conservé l'habitude d'assister tous les jours à la messe. A cent cinq ans, il mangeait encore du biscuit de mer; il ne buvait que du vin , et se levait régulièrement au point du jour, en été comme en hiver.

plus considérable que les sommes perdues, car les effets qu'on lui prît ne furent pas vendus 1,200,000 francs, tandis que sa banqueroute fut de 3,000,000.

Les Lioncy et Gouffre y perdirent tout-à-coup 1,500,000 francs, et Saci, procureur des missions à Paris, eut ordre de leur en offrir 500,000 pour les appaiser ; mais l'offre ne fut pas réalisée. On employa une partie de cette somme à satisfaire d'autres créanciers dont les cris paraissaient plus dangereux. Alors les trois Marseillais se pourvurent devant la juridiction consulaire de leur ville; et le 19 novembre 1759, Lavalette fut condamné, en leur faveur, au payement des 1,500,000 francs. Les mêmes créanciers demandèrent la commune exécution contre la société de Jésus tout entière, comme responsable et solidaire. Leurs conclusions furent accueillies par défaut, le 29 mai 1760.

Les jésuites pouvaient appeler de cette sentence par-devant la commission du conseil établie pour juger tous les différends touchant le commerce de l'Amérique; mais on leur donna le funeste conseil de plaider devant le parlement de Paris, et ils obtinrent des lettres patentes attribuant à la grand'chambrc toutes les questions de ce procès célèbre qui fixait les regards de l'Europe. La cause fut plaidce avec solennité. Les frères Lioncy et Gouffre confièrent la défense

de leurs intérêts à Gerbier, le plus éloquent improvisateur des temps modernes. Ils soutinrent, comme ils Pavaient déjà fait devant les juges consuls de Marseille, que, dans le gouvernement des jésuites, tout était soumis au pouvoir du général ; qu'il était le seul propriétaire et dispensateur des biens de la compagnie. Pour prouver cette assertion , ils invoquèrent et citèrent les constitutions de Tordre. Les jésuites offrirent de démontrer, par les mêmes constitutions, que la société n'était propriétaire de rien; que les biens appartenaient à chaque collège ou maison, qui ne pouvaient être solidaires l'un pour l'autre. Comme les parties appuyaient respectivement leurs moyens sur ces constitutions fameuses, il intervint, le 17 avril 1761 , un arrêt qui ordonnait qu'elles seraient^ déposées au greffe pour y subir un examen.

Le parlement de Paris, après plusieurs audiences, et conformément aux conclusions de Le Pelleûer de Saint -Fargeau, avocat - général condamna toute la société de Jésus, en faveur de la maison de commerce de Marseille, a la restitution des 1,500,000 francs, aux intérêts de droit, aux dépens et a 50,000 francs de dommages-intérêts. Des applaudissements universels accueillirent cette juste décision.

' Père du conventionnel de ce nom, assassiné à Paris, le ao janvier 179^, par un garde du corps.

Le parlement de Paris alla plus loin ; il voulut rendre un service éternel à la patrie, à la raison et à la morale publique. Il examina l'existence de Pinstitut de Loyola; et les parlemente des provinces, ne pouvant rester indifférents aux agita* tions soulevées par l'examen de cette grave question, entamèrent des poursuites contre les jésuites de leur ressort. Celui d'Aix, après plusieurs incidents, rendit, le 28 janvier 1763, un arrêt définitif, portant la suppression de l'ordre'.

On remarquait alors à Marseille, parmi les religieux de cette société, le père Pezenas et le père Feraud a. Pezenas avait succédé , en 1729, au père Laval dans la direction de l'observatoire ; il s'était enrichi de bonne heure de la connaissance de la langue anglaise , et il en avait même approfondi le génie. Feraud, plein de goût pour les mêmes études, se joignit à lui pour donner une traduction exacte du dictionnaire de Thomas Dyche 3. Ils se réfugièrent tous les deux dans le comtat Venaissin, et le roi donna la direction

■ Le parlement de Paris et plusieurs autres cours souveraines avaient déjà prononcé cette suppression.

* Jean-François Feraud naquit à Marseille, le 17 avril 1715, de François Feraud, maître en chirurgie, et de Claire Baumont.

3 Cet ouvrage estimable, destiné à offrir un extrait grammatical raisonné de tous les mots relatifs aux arts et aux sciences, parut en 17 53, sous le titre de Nouveau Dictionnaire des Sciences et des Arts.

de l'observatoire à Saint-Jacques de Silvabelle qui réorganisa ce bel établissement , et lui fit prendre le rang qu'il devait avoir en Europe. Feraud, soumis en silence aux lois de son pays, eut le bonheur d'être bientôt rappelé de la terre d'exil. Réunissant les matériaux qu'il avait rassemblés depuis long-temps , il se livra avec ardeur à des recherches grammaticales et à des travaux philologiques. La France était pauvre en analyses raisonnées sur la langue, et l'abondance des ouvrages de syntaxe qui avaient paru, ne prouvait que notre stérilité en ce genre. Pour la première fois, on vit le dictionnaire grammatical deFeraud réunir dans un ordre alphabétique tous les principes et toutes les règles delà grammaire. Son auteur y rassembla les observations déjà faites par Buffier, Girard, Dangeau, Vaugelas, Thomas Corneille, d'Olivet et par les autres grammairiens les plus instruits. Il discuta leurs opinions, compara leurs avis , enrichit ce travail de ses propres remarques, et porta dans les questions les plus

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• L'abbé d'Olivet regarda cette collection comme un ouvrage précieux, et se chargea, en 1 767 , du soin d'en surveiller la seconde édition.

Feraud publia, en 1788, son dictionnaire critique de la langue française. Il donna, dans ce second ouvrage, une plus grande extension à son travail analytique ; non-seulement il y rappela les préceptes des meilleurs grammairiens, mais

Un événement bizarre vint ensuite fixer, d'une manière comique, l'attention des Marseillais '.

Jean Gourrin, dit Francœur , faisait partie de la garnison de 111e Ratoneau, composée d'un petit détachement des compagnies d'invalides. Il avait donné auparavant quelques marques de démence, mais on le croyait entièrement guéri. Dans la solitude de cette garnison oisive, les idées de Francœur se troublèrent tout-à-coup. Les fumées de la gloire et les rêves de l'ambition vinrent échauffer son esprit. Il n'aspira à rien moins qu'à la possession d'un sceptre ; et l'île Ratoneau , érigée en monarchie , devait recevoir ses lois. Ce jour-là , il était de garde. Pendant que la troupe, sortie de la forteresse, cherchait des provisions dans 111e ou sur les bords de la mer, Francœur, croyant qu'il était temps d'ezé-

encore il y réunit les observations éparses dans les dictionnaires de Trévoux, de Richelet, de Latouche, et se fortifia de Fopinion de Beauzée, de Roubaud, de Bret, de Wailly, de Voltaire. Leurs opinions, développées d'une manière claire et précise, et comparées avec la plus grande impartialité, furent classées dans un ordre méthodique, et formèrent, avec les propres observations de l'auteur, un système complet où la langue était analysée de la manière la plus lumineuse et la plus exacte.

L'abbé Feraud mourut à Marseille le 8 février 1807, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, et dans une extrême dénuement. Vers les dernières années de sa vie, il faisait avec succès des conférences religieuses à l'église Saint- Laurent.

» En octobre 1765.

SI» HISTOIHE

cuter son noble projet , laissa tomber le trcbuchet du pont-levis, courut au magasin à poudre, rangea toute la mousqueterie sur les remparts, et tira sur ses camarades répandus dans l'île. Ceux-ci se réfugièrent dans le creux des rochers; ils cherchèrent enfin leur salut dans la fuite, à l'aide d'un bateau; etFrancœur, au comble de ses vœux , se vit maître de toute l'île.

Par le fait il ne régnait que sur des troupeaux de chèvres; aussi, despote absolu, il disposait de leur vie au gré de son appétit. Il n'avait aucune ressource pour se procurer du pain et du vin. Son imagination lui en fournit une assurée : ce fut de rançonner les navires qui passaient k la hauteur de Ratoneau.

Quelques jours s'écoulèrent sans qu'on put aborder k cette île , k cause de la continuité du feu que Francœur faisait. Il remplissait seul toutes les fonctions militaires, et sortait la nuit, un fanal k la main , pour reconnaître tous les postes.

Du Château-d'If et de Pomègue on s'aperçut que le roi de Ratoneau faisait de fréquentes sorties. Cette circonstance détermina le gouverneur de Provence à ordonner k une compagnie d'aller le surprendre. On partit dans la nuit du 3 au 4 novembre, on débarqua sur l'île, on s'achemina sans bruit vers la forteresse, on planta des échelles, et on se glissa, par ce moyen,

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jusque sous les remparts du donjon. Francœur veut faire sa ronde ordinaire, malgré une pluie abondante. 11 abat le pont-levis , mais a peine est-il au-debors qu'il est investi et arrêté. « Braa ves gens , s'écrie-t-il , c'est bien , c'est la loi « des combats. Le roi de France est plus puis- « sant que moi , il a de bonnes troupes. Je me « rends avec les honneurs de la guerre ; je de- « mande d'emporter mon havresac et ma pipe. »

C'est ce qui lui fut accordé sans peine ; et le lendemain , il traversa la ville dans l'attitude d'un triomphateur. On assigna pour palais au monarque déchu l'hôpital des insensés. Il en fut retiré un an après , pour être envoyé à l'hôtel des invalides.

L'année suivante, le règlement municipal, si souvent modifié, le fut encore de cette manière :

Un maire quatre échevins et un assesseur » changés en même temps que le maire, exerçaient pendant trois ans l'autorité municipale. Le premier devait être noble, lors même qu'il exerçait le commerce, et l'assesseur était toujours pris

• Au mois d'août 169a, le roi avait rendu un édit portant établissement, en titre d'office, de la place de maire dans chaque ville de Provence; mais cet édit ne fut pas exécuté à Marseille toujours soumise à des règles politiques distinctes «le celles du comté.

» L'assesseur eut alors rang après le second échevin; il marchait avant le troisième et le quatrième.

parmi les avocats. Le premier des cchcvins devait être négociant ou commerçant en gros, ou avoir cesse de tenir boutique depuis trois ans. Les autres se choisissaient parmi les bourgeois ou marchands ayant cessé d'avoir boutique ouverte. Le maire devait posséder 30,000 livres en biens fonds dans le territoire ou en capitaux de rente sur la communauté. On exigeait 20,000 livres pour être apte à l'échevinat, et 10,000 livres pour l'assessorat. L'élection devait être approuvée par le roi. Le conseil fut réduit à trente-six membres, dont neuf nobles ou négociants ennoblis , trois avocats , neuf négociants en gros , neuf bourgeois , et six marchands. II se renouvelait par tiers chaque année , dans la même proportion Pour être maire, échevin ou assesseur, il fallait avoir été conseiller de ville; et ces premiers magistrats continuaient, en sortant de charge, de siéger dans rassemblée municipale, avec le rang immédiat après les titulaires ».

Le conseil ordinaire devait se composer de seize membres, et ce nombre se portait à vingtcinq pour la séance des élections.

' C'est-à-dire que, chaque année, trois nobles, un avocat, trois négociants, trois bourgeois et deux marchands sortaient du conseil.

* Le maire, les èchevins et l'assesseur de l'année précédente avaient le titre de conseillers nés.

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En l'absence du viguier, la présidence appartenait au maire, et successivement aux deux plus anciens échevins , à l'assesseur et aux derniers échevins.

Le conseil nommait au scrutin secret , et à la majorité absolue des suffrages , trois secrétaires1, les juges de commerce et leurs greffiers, les quatre capitaines de quartier, le trésorier et les auditeurs des comptes, les intendants de la santé, les membres de la chambre du commerce, les estimateurs des honneurs » , les régisseurs des fermes communales, les recteurs des hôpitaux , les quatre médecins et les quatre chirurgiens attachés à ces établissements et formant le conseil de salubrité publique.

Ce règlement reçut son exécution en 1 767 , et les fonctions de maire furent confiées au marquis de Jarentc.

Par lettres patentes du mois de septembre 1 769, Passessorat de Marseille fut supprimé; mais ces patentes furent révoquées par ordonnance du 1er décembre 1770, et le roi nomma pour assesseur l'avocat Brés, qui fut installé le 15 janvier suivant.

Les Marseillais virent bientôt arriver dans

* Ils étaient toujours pria dans le corps des notaires. » C'étaient des experts chargés d'estimer les biens meubles et immeubles.

leurs murs1 Ibrahim Coga, envoyé de la régence de Tunis et venant de Paris. La municipalité l'accueillit avec de grandes marques de distinction, et lui offrit, à Photel de ville, du café, des confitures et des liqueurs. Ibrahim partit le lendemain pour Toulon. L'année suivante, Seidali-Ould , chiaoux, chargé de porter à Louis xv les présents du chef de cette régence, alla prendre congé du maire, des échevins, de l'assesseur et des membres de la chambre du commerce , qui le reçurent dans la salle consulaire. Les présents que le bey envoyait au roi de France , consistaient en onze chevaux richement harnachés, en plusieurs armures de prix, et en des lions et des tigres.

A cette époque , le médecin Aubert * faisait admirer sa charité ardente et inépuisable. Vertueux sans faste, il semblait ne respirer que pour le bien de ses semblables. Les pauvres trou-

» Le 29 mars 1771*

• Aubert naquit à Olioulles, le ai juillet 1692. Elevé à Marseille par un oncle, alors curé de la paroisse Saint-Martin, il fit ses humanités chez les pères de l'oratoire, et se livra ensuite à l'étude de la médecine. Il acquit de bonne heure, dans cette carrière, une réputation qui n'est ordinairement que le fruit de l'âge et de l'expérience. Ses talents le firent appeler au service de la marine royale, à Brest, d'où il revint à Marseille remplir les mêmes fonctions. H se fixa, dès-lors, dans cette ville qu'il regardait comme sa patrie; il y mourut en 1776, Agé de quatre-vingt-quatre ans, et sa perte excita une douleur universelle.

vaient en lui un soutien , et il apparaissait au milieu des infortunes comme un ange d'espérance et de consolation. Le produit de son travail , ses épargnes annuelles , tout son patrimoine enfin étaient consacrés à des oeuvres de bienfaisance, au soulagement des souffrances humaines. Parmi les nombreux établissements philantropiques créés par ses libéralités , on remarque l'hospice Saint-Sauveur, oii l'on recevait les indigents attaqués du scorbut, du cancer ou des écrouelles, maladies qui les excluaient des autres hôpitaux

Louis xv , vers la fin de sa vie % supprima le parlement de Paris et quelques autres cours souveraines, en leur substituant des conseils supérieurs que les Français se plurent, par dérision, à appeler parlements Maupeou*. La cour d'Aix , regardant cet édit comme contraire aux lois fondamentales du royaume, fit une protestation énergique, et se vit bientôt enveloppée dans la disgrâce commune. Les magistrats furent condamnés à l'exil ; et le vertueux Cas-

1 L'hôpital Saint-Sauveur était situé aux allées de Meilhan. Cette fondation fut autorisée par lettres patentes de Louis xv, données à Versailles en septembre 177a, et enregistrées au parlement le 14 février 1773.

• En 1771.

5 Le chancelier Maupeou créa cette magistrature servile que l'affaire du conseiller Goezmann contre Beaumarchais acheva de couvrir de ridicule et de mépris.

lillon , qui avait fait entendre des paroles pleines de sentiment, d'indépendance et de dignité, se retira dans une petite maison de campagne, située aux environs de Marseille, au moment où la perte du célèbre Montclar allait l'élever à la place de procureur-général.

Le 16 mai 1774, on apprit à Marseille la mort de Louis xv. Le 18, la municipalité reçut la lettre du nouveau roi qui lui annonçait son avènement à la couronne. Le lendemain, des commissaires du parlement vinrent faire prêter serment de fidélité k tous les ordres de citoyens. Leviguier, bâton en main, le maire Antoine de Cipièrcs , les échevins et l'assesseur en robe de cérémonie, proclamèrent Louis xvi sur toutes les places publiques. Ils étaient précédés des trompettes et des timbaliers en dalmatique. Puis venait le héraut d'armes de Marseille, armé de toutes pièces, avec la lance au poing, et l'ancien écu de la ville , sur lequel on lisait la devise de nos ancêtres : Massiliam, vere Victor, civesque tuere. Les officiers municipaux et tous les chefs de famille fermaient la marche.

La commune fit célébrer à la Major un service solennel De Belloy, successeur de Belsuncc, officia, et le père Gornan de l'oratoire, professeur au collège , prononça l'éloge funèbre du monarque défunt.

1 Le aa juin.

Un des premiers actes du jeune roi fut le rétablissement des parlements, et cette nouvelle excita en Provence des transports d'enthousiasme. Tous les avocats d'Aix se rendirent a Marseille pour féliciter Castillon. Les procureurs, les notaires et les huissiers lui envoyèrent des députes pour lui exprimer aussi la satisfaction que son rappel leur faisait éprouver. Les avocats des deux villes, réunis dans un noble sentiment de confraternité, invitèrent ce digne magistrat à un banquet somptueux. Ils formèrent son cortège lorsqu'il retourna à Aix, et une foule immense salua son départ.

De Marville, conseiller d'état, chargé d'installer le parlement, arriva à Marseille après avoir accompli sa mission. Malgré l'incognito qull voulait garder, le corps municipal et le peuple allèrent a sa rencontre à la porte d'Aix. Les harengèresetles bouquetières, accompagnées de tambourins , lui présentèrent une gerbe de fleurs et le complimentèrent en provençal ; elles voulurent même que celle qui portait la parole l'embrassât. L'édit fut enregistré au palais, avec beaucoup de pompe et au milieu des plus vives acclamations , sur la réquisition de Guien , avocat du roi, qui fit une harangue sur le retour de l'ancienne magistrature.

• Le i4 janvier 1775.

On ne tarda pas a faire la publication solennelle du sacre de Louis xvi. Les quatre trompettes et le timbalier de la ville , montés sur des chevaux caparaçonnés aux couleurs marseillaises, se rendirent aux portes et aux places publiques 1 pour annoncer cet événement. Des fêtes somptueuses, des marches triomphales, de brillantes illuminations suivirent cette cérémonie.

Dnze mois après, le duc * et la duchesse de Chartres vinrent visiter Marseille , et y furent reçus avec éclat 3. On remarquait madame de Genlis parmi les dames d'honneur de la princesse.

La réception qui fut faite, l'année suivante , au jeune comte de Provence, Monsieur, frère du roi, effaça en magnificence tout ce que les Marseillais, amoureux des cérémonies publiques, avaient vu jusques alors. La ville se disposa aux réjouissances par de longs préparatifs. Les quatre compagnies de quartier furent portées à deux cents soldats chacune, et Ton doubla l'état-major. Tous les corps d'arts et métiers prirent les armes,

» Le 29 juin.

• C'était le fameux Philippe -Egalité, père de Louis- Philippe Ier, aujourd'hui roi des Français.

5 Le prince et son épouse entrèrent dans Marseille le ao avril au soir, et partirent le 21 pour Toulon.

choisirent leurs officiers à la majorité des suffrages, et formèrent une milice bourgeoise de six mille hommes. Chaque compagnie se fit remarquer par un* uniforme différent, et marcha sous un drapeau distinctif. Les jeunes gentilshommes montèrent à cheval , et leur brillant escadron se rangea sous les ordres du marquis des Pennes.

L'entrée du prince était fixée au 1er juillet '. Le 30 juin, Périer et Ferrari, échevins, se rendirent h Aix pour attendre son arrivée et recevoir ses ordres. Le jour désiré vint enfin : des le matin, on battit la générale dans tous les quartiers , et trente-six tambourins annoncèrent la féte , en se portant en avant sur la route d'Aix. Vers les six heures , la maréchaussée annonça la présence de Monsieur, dont la marche avait été retardée par l'affluence des habitants de la campagne accourus de toutes parts et bordant le chemin. Six cents enfants , couronnés de fleurs et portant des banderoles, précédaient son carrosse que suivaient ceux du duc de Laval , du comte de Mode ne , du prince de St.-Maurice, de d'Avaray, de la Châtre et de Crevey, gentilshommes de sa chambre ; du marquis de Lévis, du comte de Chabrillant, capitaines de ses gardes , et du marquis de Montesquiou, son premier écuyer. Il s'arrêta à la porte d'Aix, qui formait un superbe portique

d'ordre dorique, orné d'emblèmes. La étaient réunis le viguier, le corps municipal, les notables, et Richard, assesseur, qui prononça une harangue. Le comte de Provence voulut faire son entrée à pied , avec tous les seigneurs de sa suite ; et c'est ainsi que s'avança , plein de grâce et de majesté, ce jeune prince, sincère ami des lettres. Il trouvait bien déjà dans leur culte sacré des douceurs ineffables; mais alors il ignorait que seules elles feraient sa joie aux jours de l'adversité et de l'exil , qu'elles relèveraient son front battu par la tempête , et verseraient sur ses blessures un baume consolant.

L'air était pur et le ciel sans nuages. Le soleil, sur son déclin, ne lançait plus que des rayons affaiblis, et la ville apparaissait ornée des brillants vêtements de ses pompeuses fêtes. Les mouvements de la milice , le concours des étrangers curieux, les acclamations d'un peuple immense, le son des cloches, et le bruit de l'artillerie, et les tambours retentissants, et les fanfares guerrières, et les riches tentures, et les enseignes déployées, et les fleurs au parfum suave, et les guirlandes aux formes élégantes, et les amphithéâtres couverts de jeunes femmes éblouissantes de parure et d'attraits, tout offrait aux regards enchantés une scène animée, un ravissant tableau.

Le prince assista a plusieurs divertissements;

de mauskillk. .-,*<> il visita les principales fabriques, les manufactures les plus importantes, les forts, l'arsenal et tous les établissements publics. Il traversa le port dans une felouque parée de damas cramoisi, sous une tente de même étoffe ornée de franges d'or. Douze rameurs, tous capitaines en second de bàtimcns marchands , en uniforme d'écarlatc à la matelote , parements blancs galonnés en or, chapeau à la Henri iv abattu par devant, panache blanc au bouton et couteau de chasse au côté , servaient sous les ordres du commandant St.- Césaire. Douze musiciens, dans un canot , précédaient celte felouque magnifique. Quatre-vingis canots suivaient avec des rameurs habillés a la matelote et en blanc, ornés de rubans aux couleurs de la ville ; ils portaient la suite du comte de Provence, les commandants de la marine, de l'artillerie et du génie.

Les prud'hommes se distinguèrent dans ces fêtes. Escortés par la compagnie du quartier de St. -Jean , ils se rendirent auprès du prince pour lui présenter leurs hommages. Ils étaient précèdes de quatre vieillards dans l'ancien costume , justaucorps noir, grandes culottes, toque de velours de la même couleur, et sur l'épaule de longues et larges épées antiques. Après eux venaient les quatre prud'hommes en exercice, avecleur habit noir de cérémonie , suivis des anciens habillés de même. Le patron Louis Carie corn-

plimenta Monsieur en patois du pays , et avec une expression si énergique qu'il fut entendu et applaudi. On avait renfermé dans le parc 1 une grande quantité de poissons de toute espèce. Carie offrit au jeune prince un trident d'acier surdoré et artistement travaillé, avec lequel Monsieur prit d'abord quelques poissons. On lui en présenta un second d'une autre forme , dont il se servit avec plus de succès. Puis on lui remit des dards qu'il lança avec adresse; ensuite des lignes furent placées dans ses mains ; on amena enfin les filets qui étaient au fond de la mer, et qui apportèrent une si grande quantité de poissons , que le prince , transporté de joie et tirant son épée , enfila ceux qui s'élançaient hors de l'eau.

Le comte de Provence partit pour Toulon le 4 juillet. Le peuple et les troupes bourgeoises suivirent long-temps son char, en poussant des acclamations. Le prince les pria de ne pas aller plus loin , et leur fit ses adieux en criant luimême : Privent Marseille et les Marseillais !

Plusieurs peintres, sculpteurs et dessinateurs de Marseille s'étaient réunis en 1753, avec la permission du gouverneur de Provence, qui avait accepté le titre de protecteur de leur établis-

1 C'est le nom que les Marseillais donnaient vulgairement a l'arsenal.

DK MAKSEILLE. 591

sèment. L'académie royale de peinture et de sculpture de Paris en agréa la direction générale. Ces artistes formèrent a leurs dépens une école de dessin , et permirent aux jeunes gens d'y venir étudier. Les échevins obtinrent plus tard 1 un arrêt 4" conseil qui autorisait la commune de Marseille à fournir une somme pour l'entretien de cette école, laquelle fut érigée en académie des arts, sous le titre A' académie de peinture, sculpture et architecture civile et navale, par lettres patentes du 18 février 1780. Le nombre des membres était illimité. La compagnie avait pour fonctionnaires un directeur perpétuel % un directeur-recteur nommé pour trois ans, et un secrétaire perpétuel.

La France, luttant avec gloire contre l'Angleterre , prêtait un noble appui à l'indépendance américaine. La chambre du commerce de Marseille, sensible k la protection que cette ville avait obtenue du gouvernement pendant le cours de la guerre , délibéra d'offrir au roi un vaisseau à trois ponts de quatre-vingts pièces de canon. Le 8 juin 1782, elle fit une convocation extraordinaire des négociants dans la salle de la bourse. A la première proposition des députés, cette

' Le i5 juin 1756.

• Toujours choisi parmi les membres de l'académie royale de peinture el de sculpture de Paris.

salle retentit d'applaudissements; et, au lieu d'un vaisseau de quatre-vingts canons , le vœu général

fut de faire hommage de 1,200,000 livres pour un vaisseau de cent dix pièces. Il fut résolu que Louis xvi serait supplié de nommer ce vaisseau le Commerce de Marseille. L'assemblée, dans l'effusion de ses sentiments patriotiques, fut unanimement d'avis d'ajouter à son premier don un autre don de 300,000 livres, pour être distribuées aux familles des marins qui avaient le plus souffert. Elle décida que cette somme serait ains i répartie : 200,000 livres aux familles de Marseille, et le restant k celles de la province. Les députés de la chambre expédièrent un courrier à la cour pour lui porter cette délibération ; et le roi accepta avec une vive reconnaissance le magnifique tribut d'une ville généreuse.

L'arsenal de Marseille était devenu inutile au service de l'état et onéreux a ses finances par les frais d'entretien et par le nombre d'officiers de marine et d'administration que l'on y employait. En 1781, Malouet, commissaire-général, fit un rapport au roi sur l'état de cet arsenal, sur sa destination et les titres relatifs a l'achat des terrains qu'il occupait. Malouet fut ensuite commis pour en proposer l'acquisition au maire et aux échevins , et procurer à la ville les avantages qui pourraient résulter des reventes partielles de l'établissement; ce qui fut accepté , par délibéra-

DE MARSEILLE. ar,

tions du conseil municipal du 10 mars et du 1er août de la même année, au prix de 10,000,000 de livres *. Dans le mois d'octobre suivant, le bagne, les casernes et les autres bâtiments de l'arsenal furent évacués; les galères et les chiourmes partirent pour Toulon , et le 8 novembre on commença les démolitions.

La ville revendit ces terrains a a une compagnie, qui ne consentit à se charger du marché qu'a condition d'un privilège pour bâtir, sur une partie du sol qu'elle achetait, une salle de spectacle que la ruine imminente du théâtre de la rue Vacon rendait indispensable, et pour laquelle divers autres emplacements avaient été proposés depuis long-temps. Bcnard, architecte de Paris , donna les dessins de ce nouveau théâtre \

Le bailli de Suffren venait de s'acquérir une

• La ville fut autorisée à ouvrir un emprunt de la même somme pour payer le prix de la vente.

» Le 6 juillet 1784.

3 C'est le Grand-Théâtre d'aujourd'hui. La première pierre fut posée, le 14 juillet 178(1, par l'intendant de la province, au nom du maréchal de Beauvau, gouverneur, et en présence du corps municipal. La salle fut ouverte au public le 3i octobre 1787, et le théâtre de la rue Vacon fut fermé à cette époque.

Le théâtre du Pavillon fut ouvert, en 1790, dans la rue de ce nom : il était destiné au vaudeville et au mélodrame. Les dispositions réglémcntaires qui exigent que les établissements de ce genre soient isolés et présentent plusieurs issues au pu-

gloire immortelle en combattant les Anglais dans les Indes. La renommée publiait partout sa vaillance, et la patrie, fièrc de ses exploits, faisait entendre un concert de louanges. Cet amiral célèbre arriva à Marseille le 9 septembre 1785; le corps municipal et les citoyens notables lui offrirent le tribut de leur admiration et de leur reconnaissance. Suffren, allant rendre la visite aux échevins , s'arrêta quelques instants dans la bourse, et les négociants qui y étaient réunis, se découvrant avec respect, le saluèrent par de vives acclamations. La salle retentit d'applaudissements prolongés.

Les bâtiments et les laboratoires de la monnaie d'Aix étaient dans un tel état de vétusté et de dégradation , que le roi ordonna que cet établissement serait supprimé. Il conserva seulement les officiers nécessaires pour continuer dans

blic, obligèrent d'abandonner cette salle, qui, depuis z8i8, a été transformée en magasins.

La salle de la rue Thubaneau était anciennement un jeu de paume. Les sociétés populaires y tinrent leurs séances pendant la révolution , et on y établit ensuite un théâtre, sous la direction de Désaugiers et Jacquclin, qui débutèrent parla dans la carrière de la littérature dramatique. Ce théâtre est aujourd'hui transformé en salle de concert.

La première pierre du Théâtre- Français fut posée le 7 mars 1801. Il est l'ouvrage de l'architecte Paul Àudibert, travaillant sous l'inspection de M. Desfougères, ingénieur en chef du département.

la même ville l'exercice de la juridiction et maintenir l'exécution des règlements. Ce prince établit à Marseille l'hôtel des monnaies qui fut solennellement ouvert le 1er décembre 1787'.

L'année suivante, trois ambassadeurs indiens de Typpo-Saïb , nommés Mahomet-Durvcn-Kan , Akbyroli-Kan et Mahomet-Olchman , débarquèrent à Toulon, conduits par la corvette V Aurore, sous le commandement de Moneron. Ils firent leur entrée solennelle dans Marseille le 21 juin , au milieu d'une foule immense avide de contempler leurs traits, leurs costumes et leur suite. Ils descendirent à l'hôtel de ville , où le maire et les échevins leur offrirent les hommages du corps municipal . Les envoyés allèrent ensuite au Grand- Théâtre , et , dès qu'ils eurent pris place au fond de la salle, une corbeille remplie de fleurs et surmontée de lauriers descendit devant eux; ils acceptèrent les fleurs , et le spectacle les frappa d'étonnement. On les reconduisit a leur hôtel en grande cérémonie. Après avoir séjourné quatre jours à Marseille , ils partirent pour Paris.

11 se passait alors en France des choses mémo-

* Par edit du mois de février 1786.

•Gaillard, directeur de la monnaie, fit frapper, en présence du maire, des échevins et de l'assesseur, des espèces portant pour type M. A.. : c'est l'ancienne marque des monnaies marseillaises.

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rables. Les temps étaient accomplis; justice allait enfin se faire, et rien ne pouvait retenir la noble ardeur des esprits , impatients de rompre leurs chaînes. Il y aurait eu honte a reculer ; car , lorsque tout est mûr pour un meilleur ordre de choses, ceux qui se soumettent a la tyrannie sont plus coupables que ceux qui l'exercent. La royauté avait perdu sa force, en perdant ses prestiges; elle n'était plus, comme jadis, un culte de sentiment; elle ne ressemblait plus a une de ces croyances religieuses qui commandent le respect sans permettre l'examen. Le peuple, longtemps opprimé, lui demandait compte de ses souffrances. Ce peuple, sentant sa dignité et connaissant ses droits , appelait de tous ses vœux des réformes utiles et des institutions tutélaires. Les blasphèmes des courtisans et des valets titrés n'étouffaient pas sa voix puissante. La monarchie absolue se mourait de vétusté, et ses formes surannées luttaient en vain contre le besoin général d'une régénération politique. Que pouvaitelle, en face des idées nouvelles? Elle n'avait rien de mieux k faire qu'a se les rendre favorables, en les adoptant franchement : elle aima mieux les irriter par sa mauvaise foi et par ses répugnances imprudentes. Anathéme sur elle ! Qu'elle tombe , frappée au cœur par la foudre nationale ; qu'elle tombe , puisque c'est son sort et qu'elle le mérite! Que toutes les distinctions

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DE MARSEILLE. r,07

absurdes, tous les préjuges avilissants, tous les abus monstrueux, tous les instruments du despotisme, disparaissent dans la tempête !

Et' Marseille palpitait de joie, et ils s'éveillaient dans son sein les souvenirs de son indépendance. Ville a franchises antiques, pouvait-elle apercevoir sans émotion la consolante aurore d un affranchissement fortuné? On la vit saluer avec des transports d'ivresse et des hymnes d'enthousiasme le génie de la liberté, qui chassait devant lui les doctrines de la servitude, comme l'astre du jour, s'avançant dans l'espace, dissipe les ténèbres et les vapeurs malfaisantes. Passionnée dans ses affections, ardente dans ses espérances, elle se promettait des destinées heureuses, des jours de gloire et d'enchantement. Elle croyait qu'il lui serait donné de secouer la poussière des siècles, de reparaître avec éclat sur la scène du monde, encore rempli du bruit de sa bonne renommée, et de placer de nouvelles couronnes sur son front rajeuni. Généreuse illusion ! confiance trompée! Il ne lui servira de rien de montrer tant de vertus civiques, et de faire preuve d'un patriotisme si pur. Sans doute elle aura sa part aux grands bienfaits de la révolution ; mais par combien de sacrifices ne les achctera-t-ellc pas? Les flots tumultueux du torrent populaire bouillonneront dans son sein mutilé ; les scènes magnifiques et terribles de ce drame sanglant,

c'est elle qui le plus souvent les fournira. Aussi, elle épuisera ses forces dans des convulsions déchirantes; et puis, dans ce nivellement général, dans ce naufrage de tous les privilèges locaux, elle perdra les faibles restes de son caractère individuel et de son existence municipale : cité sans physionomie distinctive , elle aura terminé son rôle , et pour elle tout sera dit.

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