II
langue enflammée pour étancher la soif qui les dévore. On trouve de jeunes orphelins gémissant dans leurs berceaux; on trouve des enfants attachés a la mamelle de leurs mères qui viennent d'expirer; et personne ne veut recevoir ces créatures innocentes, et elles meurent abandonnées. En ces jours de désastres, à quoi peuvent servir les dons de la fortune? Toutes les distinctions sociales s'évanouissent devant l'égalité du malheur. Le riche, manquant de tout au milieu de son or, souffre plus que le pauvre habitué aux souffrances. Le dominateur orgueilleux languit dans la misère , étendu sur le sol , triste jouet «les vents, confondu parmi ceux qu'il accablait naguère du poids de ses mépris; il lutte en vain contre la mort, en invoquant une pitié stérile. C'est bien ; il <;st bon que ces enseignements soient quelquefois donnés ; cela appaisc bien des murmures et fait croire à la providence.
Ça et là se traînent, parmi les morts, des moribonds enveloppés dans un linceul, comme des fantômes hideux; et le bruit des tombereaux se mêle au frémissement causé par le ballottement des cadavres. Le Cours où les échevins ont fait tendre quelques voiles de vaisseau, se remplit de pestiférés. Dans plusieurs quartiers, des corps en putréfaction sont entassés les uns sur les autres, servant de pâture aux chiens qui n'ont plus de maîtres et manquent de toute autre nourri-
ture. On fait la guerre a ces animaux, on les jette clans le bassin du port qui devient un cloaque infect. La rue de Ferrât est d'un aspect horrible, et le spectacle est encore plus effrayant a la rue Dauphine, si pleine de morts, de mourants et de hardes infectées, qu'on ne sait plus où mettre les pieds Le temps et les hommes manquent pour enlever ces objets de dégoût qui exhalent une puanteur insupportable. Rigord, subdélégué de l'intendant, se rend digne d'éloges par sa belle conduite. Les échevins, dignes pères de la patrie, déploient un zèle ardent et une infatigable activité. Ils travaillent sans relâche; ils se refusent les heures même destinées au repos; et la nuit les voit exécuter avec vigueur ce que le jour a vu résoudre avec prudence. L'un d'eux reste à l'hôtel de ville pour l'expédition des affaires urgentes. Il n'y est secondé que par Pichatty de Croissainte, par Gapus, archiviste, et par Bouis, trésorier; car tous les employés que la mort a épargnés abandonnent leur poste. Les trois autres
1 Cet encombrement venait de ce que la rue Dauphine aboutissait à l'hôpital des convalescents. Les pestiférés qui étaient restés seuls dans leurs maisons, les pauvres qui n'avaient aucun secours faisaient leurs derniers efforts pour se traîner jusqu'à cet asyle. Mais souvent les forces leur manquaient avant d'y arriver; ou bien n'y trouvant point de place, ils tombaient en défaillance en voulant revenir sur leurs pas.
échevins courent partout ou le devoir les appelle. Comme les vagabonds dont ils se sont d'abord servis pour l'enlèvement des cadavres n'ont pas pu résister k la violence du mal, les officiers des galères leur accordent cent forçats auxquels on promet la liberté. Ces hommes déjà flétris par la justice commettent de nouveaux crimes; ils enlèvent les cadavres sans précaution , les traînent par les pieds le long de l'escalier , et quelquefois les jettent par la fenêtre; ils assassinent quelques malades pour voler avec plus de sûreté, et ensevelissent des malheureux encore vivants pour n'être pas obligés de revenir dans la même maison Ils vont, dans les rues étroites, ou d'une pente rude, prendre les morts sur des brancards, et les transportent aux endroits oii les tombereaux les attendent; ils ne savent pas conduire ces chariots lugubres, brisent les harnais et les roues; et, pour comble de malheur, on ne trouve ni sellier ni charron qui veuille les raccommoder. Los échevins, toujours à la tête des forçats qu'ils
• Nous avons vu ces horribles détails dans un manuscrit du père Giraud qui en a été témoin, et qui a écrit jour par jour tout ce qui s* est passé à Marseille depuis l'arrivée du capitaine Chataud , jusques à la fin de 1723.
M. Jauffret, conservateur de la bibliothèque publique où ce manuscrit est déposé, a bien voulu en mettre une copie a noire disposition. Cet estimable savant s'est toujours fait un plaisir de faciliter nos recherches.
animent au travail, voient successivement succomber les capitaines de quartier, les gardes de police, les soldats du guet, les valets de ville. Personne sous leur commandement, ils sont seuls; mais n'importe, leur magnanime ardeur ne se ralentit point. Estelle va avec si peu de crainte , pendant la nuit, au transport des cadavres, à la rue de l'Echelle, qu'il glisse sur le pave et tombe à côté d'un corps en pourriture. Moustier se joue tellement des périls qu'un emplâtre jeté d'une fenêtre, et encore fumant du pus d'un pestiféré, lui tombe sur le visage et se colle à sa joue. L'intrépide magistrat l'enlevé sans s'émouvoir, s'essuye avec son éponge à vinaigre, et se remet à l'ouvrage.
Au lieu d'imiter ces glorieux exemples, les religieux de Saint-Victor se retranchent dans leur abbaye, frappés d'une honteuse terreur. Les chanoines de la Major, à l'exception de Boujarel, se réfugient a la campagne ; et ceux des Accoules montrent la même lâcheté, quoique leurs collègues Guérin et Estay, fidèles à leurs devoirs, s'efforcent de leur inspirer des sentiments plus dignes du sacerdoce. Plusieurs curés, un grand nombre de prêtres et de religieux violent aussi les saintes obligations de leur ministère; mais quelques-uns, animés d'une charité fervente, acquièrent des droits éternels à la reconnaissance publique. Parmi eux se font distinguer les pères
Milay et Lever, jésuites : le premier s'enferme dans la rue de l'Echelle 1 pour secourir les ma* lades; le second va partout prodiguant de bonnes oeuvres et des soins empressés. Il en est peu de ces dignes apôtres qui résistent à la contagion. Héros de l'humanité, ils savent acquitter leur dette, ils accomplissent le sacrifice de la vie avec la joie de la vertu. Oh ! que la mort est douce et belle lorsqu'on a marqué son passage sur la terre par des actes de bienfaisance, lorsqu'on laisse dans les coeurs honnêtes un souvenir attendrissant! L'homme n'a rien de plus à désirer, et c'est alors seulement qu'il a vécu.
Tous ces dévouements honorables s'effacent devant le dévouement sublime de l'évêque de Marseille ». Que l'on ne nous vante plus la valeur
' Cette rue, principal foyer de la peste, était barricadée.
» Henri -François -Xavier de Belsunce de Castel-Moron naquit le 4 décembre 1671 , au château de la Force, en Périgord, d'une ancienne famille originaire de la Navarre. 11 entra chez les jésuites en 1691, d'où il sortit, quelques années après, pour être fait grand-vicaire d'Agen. Il devint évêque de Marseille en 1709, et remplaça de Poudeux de Castillon qui avait succédé un an auparavant à Vintûnillc du Luc, lequel était monté sur le siège épiscopal en 1684*
Ses prédécesseurs étaient , depuis Jacques Turricella dont nous avons déjà parlé ( 1. 11, p. 227 et suiv.; voyez aussi la page 218 à la note) : J. B. d'Estampe, nommé en 1679, Toussaint de Forbin-Janson en 1668, Etienne de Puget en 1644, .1. B. Gault en 1640, Eustache Gault en 1639, François de Lomenie en 1624, Nicolas Coeffetau en 1621 , Artus d'Espinai de Saint-Luc en 16 18.
tics guerriers qui affrontent la mort sur les champs de bataille, ni le courage plus rare encore des magistrats et des citoyens qui bravent les périls pour défendre les lois outragées. Belsunce ! Belsuncc ! nous ne voyons rien sous le soleil de plus beau que ton héroïsme. Que pouvons-nous, faible écrivain, pour célébrer dignement une vertu si haute , une gloire si pure ? Il nous faudrait des traits de feu, une voix puissante et féconde, et tous nos efforts sont stériles, et les paroles manquent k notre admiration. Quel homme! Quel prélat ! On le presse de sortir de la ville pour tacher de se conserver au reste de son diocèse. Il rejette tous ces conseils comme une lâcheté criminelle; aucune considération ne l'arrête. Sa vie?.... Il la croirait souillée s'il ne l'offrait pas en holocauste pour le salut d'un peuple infortuné. Pourtant ne croyez pas qu'il reste aux pieds des autels, et qu'il se borne à incliner son front humilié sur le marbre du sanctuaire. Il lui faut d'autres soins, des devoirs plus sacrés, une charité plus agissante. Il va partout visiter les malades; on le voit tous les jours dans les tristes asyles de la souffrance et de la pauvreté ; on le voit dans les rues a travers les cadavres. Les pestiférés les plus misérables, les plus abandonnés, les plus hideux sont ceux auxquels il va avec le plus d'empressement. 11 se courbe sur les moribonds, recueille leurs soupirs contagieux, sans en craindre le poison mortel ,
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calme leur désespoir, les exhorte a la patience , et les dispose à la mort en montrant à leurs yeux égarés les trésors consolants de la miséricorde céleste. Quelquefois ils expirent devant lui ; alors il leur ferme les paupières, et puis il va prodiguer ses secours h d'autres. Il donne tout son argent et met tous ses meubles en gage. Comme son palais est environné de cadavres amoncelés 1 , il est contraint d'aller loger dans une maison, près de l'église Saint-Ferréol \ La peste l'y poursuit encore. L'ange exterminateur agite autour de lui un glaive infatigable, frappe à coups redoublés, moissonne ses officiers, ses domestiques et quelques prêtres qui le secondent. Mais il est toujours debout, notre évêque invincible; rien ne l'abat, rien ne l'ébranlé, ni ce qui soulève les sens, ni ce qui glace d'effroi les esprits les plus intrépides. 11 ne faillit pas un seul instant ; ses forces semblent augmenter, et l'on dirait un courage qui tient plus du ciel que de la terre.
Il mourait plus de malades en un jour qu'on ne pouvait enlever de cadavres dans quatre. Les
' Il écrivait à l'archevêque d'Arles : J'ai eu bien de la peine défaire tirer cent cinquante cadavres à demi pourris et rongés par les chiens qui étaient à Ventour de ma maison y et qui mettaient déjà l'infection chez moi.
• C'était celle qui était occupée par le premier président du parlement lorsqu'il venait à Marseille. Belsunce ne revint dans son palais que le 2 avril 1721.
DE MARSEILLE. :>ir,
forçats Tinrent a manquer, deux mille morts se trouvèrent exposes dans les rues, et la désolation fut à son comble. Alors les échevins en chaperon , accompagnés de quelques notables, de Roze l'aîné et de Rolland, les seuls intendants de la santé qui n'eussent pas pris la fuite, allèrent se jeter aux pieds de Leboutillier de Rancé, commandant des galères, et le supplièrent de leur accorder un nouveau renfort de forçats. De Rancé convoqua Vaucresson, intendant des chiourmes, et les officiers-généraux. Par convention du 6 septembre, cent forçats, quarante gardes, quatre caporaux et quatre officiers de sifflet 1 furent mis à la disposition des magistrats municipaux qui travaillèrent le lendemain a l'enlèvement des morts. Le chevalier Roze les seconda puissamment; il était toujours à cheval, et son activité semblait redoubler, depuis que de Pilles, retenu chez lui par une maladie, ne pouvait plus se livrer au mouvement de son zèle. Ils parvinrent à nettoyer la ville ; mais restait l'esplanade de la Tourette oii gissaient depuis quinze jours, sous un soleil brillant, environ mille cadavres sans forme humaine. Tous les sens frémissaient à ce spectacle épouvantable. Le chevalier Roze qui s'en approcha s'aperçut que deux anciens bastions
' On appelait ainsi ceux qui, par un coup de sifflet, avertissaient les soldats de ramer.
attenants à l'esplanade étaient creux, quoiqu'ils parussent terrasses. Il ordonna qu'on enlevât la voûte et trois pieds de terre qui la couvraient, et qu'on y jetât une grande quantité de chaux vive. Ensuite il réunit les forçats et se mit à leur tete. Arrivé avec eux sur la place de Lenche, il fit arrêter sa troupe, lui distribua du vin, en but lui-même sur son chapeau, fit ceindre la tête des galériens de mouchoirs trempés dans du vinaigre, descendit de cheval , s'avança vers le champ de mort, et prit par une jambe le premier corps étendu sous ses pas. Les forçats, encouragés par son exemple , travaillèrent avec ardeur ; et tous les cadavres furent en peu de moments précipités dans les bastions 1 .
Le 12 septembre, le régent, instruit de l'affreuse situation de Marseille, donna le commandément de la ville et du territoire à Langer on , chef d'escadre des galères, homme éclairé, équitable et ferme. Le prince enjoignit aux intendants des provinces de fournir des secours. Toutes les grandes villes du royaume, rivalisant de générosité, offrirent des tributs abondants; et les évêques ordonnèrent dans leurs diocèses des quêtes dont le produit fut consacré au soulagement
1 Tous les galériens périrent à peu de jours d'intervalle, à l'exception de deux ou trois. Roze n'essuya qu'une courte maladie.
de la plus cruelle infortune. Jean Law, alors tout puissant par son funeste système, fit un don de 100,000 livres. Langeron, investi d'un pouvoir sans bornes, changea bientôt la face des choses. 11 employa quatre cents forçats au nettoiement des rues et a la desinfection des maisons, fit ouvrir de grandes fosses, établit des hôpitaux, ordonna que tous les droguistes, les apothicaires, les notaires les sages -femmes * , les officiers municipaux, tous les déserteurs de la cause publique, eussent à revenir sans délai. Maille, professeur en médecine à l'université de Gahors, Boyer de Marseille et Labadie, jeunes docteurs envoyés par la cour , méritèrent cette marque de confiance par leurs talents et par leur courage. Trois chirurgiens de Paris arrivèrent aussi ; ceux de lajprovince, piqués d'une noble émulation, vinrent s'offrir d'eux-mêmes. Chicoyneau, Verny et Michel, après avoir reçu l'ordre de la cour de rentrer a Marseille, y vinrent accompagnés de Deidier, autre médecin de Montpellier, et de Soullier, chirurgien du roi. Langeron, toujours à cheval, comme Rozc, veillait à tout avec une rare prudence et maintenait une police active. On mit le feu au navire le Grand Saint- Antoine,
» Les malades mouraient sans pouvoir tester. 9 Les femmes enceintes, privées de leur assistance, succombaient dans les douleurs de l'enfantement.
on brûla toules ses marchandises sur i*île de Jarre, et on enferma le capitaine Chataud dans une tour du Château-d'If. La peste s'affaiblit vers la fin de septembre; mais une solitude effrayante continua de régner dans la ville où l'on ne voy ai t que quelques personnes, marchant a pas lents, le visage pâle et défait. On ne se parlait que de loin, et les hommes portaient des cannes d'une longueur de huit à dix pieds, vulgairement appelées bâtons de saint Roch, dont ils se servaient pour écarter les passants et les chiens.
Le 9 octobre, les échevins reçurent une lettre des consuls d'Avignon, qui leur apprenaient que le pape Clément xi avait ordonné dans toutes les églises de Rome des prières publiques et des processions solennelles ou il assistait lui-même à pied pour supplier l'être suprême d'éloigner de Marseille l'affreux malheur qui la désolait; qu'il avait aussi publié deux brefs, dont l'un contenait des éloges pour l'immortel Belsuncc, l'autre des indulgences pour les personnes qui donneraient à boire et à manger aux pestiférés et à ceux qui étaient soupçonnés de Vétre, ou qui leur rendraient quelque autre service; que de plus il avait fait acheter dans la Marche d'Ancône 3,500 charges de blé pour les distribuer aux pauvres de la ville affligée.
Une jeune fille, livrée à des pratiques de dévotion, tomba malade, et l'ardeur de la fièvre
exalta ses idées mystiques. Elle dit à son confesseur que la mère du Christ lui clait apparue et lui avait déclaré que la poste cesserait quand les deux églises de la Major et de Saint -Victor, réunies dans une procession générale, exposeraient leurs reliques a la vénération des fidèles. Le peuple demandait h grands cris cette cérémonie , et les échevins supplièrent l'évcque de donner son consentement. Belsunce l'accorda sans peine, et fit dresser sur la place de la bourse un autel oîi il se proposait de célébrer la messe, après y avoir placé les châsses des saints. Estelle alla prier les chanoines de Saint-Victor de satisfaire aux vœux du peuple. Ceux-ci exigèrent, dans l'intérêt de leur juridiction et de leurs privilèges, que l'on élevât deux autels, ou que l'évêque ne célébrât pas la messe. Estelle s'efforça vainement de les fléchir; leurs prétentions furent inébranlables, et la procession ne se fit pas. Cependant le grand prieur Claustral et deux religieux, députés de son chapitre, vinrent a l'hôtel de ville 1 pour déclarer que les motifs invoqués par l'abbaye ne devaient pas être considérés comme un refus.
Le jour de la Toussaint, Belsunce, précédé de quelques prêtres, traversa la ville en rochet et en camail, nu-pieds, la corde au cou, tenant
' Le 1 9 octobre.
une croix entre les bras, et se rendit au bout du Cours 1 oii Ton avait dressé un autel. Le peuple était prosterne. Belsunce lui fit un discours pathétique, se mit ensuite h genoux, s'offrit à Dieu comme une victime expiatoire, le supplia, en versant des larmes, de ne frapper que lui seul et d'épargner le reste de son troupeau. Ensuite l'héroïque prélat consacra la ville et le diocèse au Sacré-Cœur de Jésus; il célébra la messe , au son de toutes les cloches, et publia un mandement sur l'établissement d'une féte annuelle. Le 16 novembre, Belsunce assembla dans l'église des Accoules les faibles débris de son clergé , lut les prières que l'on récitait chaque jour dans toutes les églises de Rome pour obtenir du ciel la cessation du mal contagieux; et après une exhortation attendrissante, il porta le Saint-Sacrement sur la terrasse au-dessus de la voûte de cette église, fit l'exorcisme contre la peste avec toutes les cérémonies prescrites par les règles ecclésiastiques, et donna la bénédiction a la ville et à son territoire.
On craignait encore la disette, malgré les sages mesures de l'administration et la générosité de quelques citoyens opulents. Constans et Rcmuzat employèrent leurs fortunes à l'achat de 20,000 charges de blé ; Martin, Grimaud et Béolan pri-
• Du côté de la porte cVAix.
rent volontairement pour les boucheries les soins les plus louablrs. Taxil, agent de la compagnie des Indes, remit aux échevins 1,600 marcs de matières d'argent et 20,049 marcs de piastres, pour les convertir en nouvelles espèces a la monnaie de Montpellier.
On préparait des vaisseaux pour aller chercher du blé dans le Levant, lorsqu'on apprit 1 qu'un des navires, sur lequel les ministres du pape avaient embarque à Civita-Vecchia les grains destinés aux pauvres de Marseille , avait malheureusement fait naufrage à Porcherolles , et qu'on n'avait pu sauver que 300 charges qui arrivèrent à Toulon et qui furent de la expédiées a Marseille.
Le dernier jour de cette année mémorable , Bclsunce convoqua son clergé dans l'église Saint- Ferréol, prit le saint ciboire, sortit processionnellemcnt de la ville par la porte de Rome et rentra par la Joliette, après avoir traversé le terrain qui servait à la sépulture des pestiférés % lieu de silence et d'horreur, redoutable cercueil qui regorgeait de victimes, quoique la mort y pressât les rangs 3.
• Le a3 novembre.
* On avait creusé des fosses le long des remparts, depuis la porte du Bernard-du-Bois jusques à relie d'Aix.
3 « Bclsunce marcha sur des cadavres hideux, à moitié •< enterrés, pourris ou desséchés, les uns levant les mains vers " le riel, les autres ayant un pied en l'air, un genou, ou une
Dans les premiers mois de 1721 , on ne trouva plus de paysans pour cultiver les terres. On tira du palais de justice un grand nombre de criminels, parmi lesquels se trouvait La Cassotière, économe de l'hospice des orphelins, et on les pendit suivant la teneur des sentences rendues par Langeron, assisté d'Estelle, de Moustiers, d'Audimar et de Dieudé. On renouvela la désinfection des maisons; on brûla jour et nuit une quantité immense de hardes et de meubles : ce qui couvrit la ville d'une épaisse fumée et répandit une odeur insupportable. La troisième fète de Pâques, Belsunce célébra encore la messe au bout du Cours.
Au 31 mai, les galères avaient fourni sept cent vingt- quatre forçats, parmi lesquels six Turcs esclaves. A la revue qui fut faite ce jour-là, il ne s'en présenta que deux cent quarante-un qui attendaient l'ouverture des passages pour retourner dans leur pays et jouir de la liberté qu'ils avaient gagnée au péril de leur vie
« épaule. On en voyait d'autres dans des postures indécentes « et des attitudes horribles. Ainsi s'est terminée cette ann^, « dont les historiens et les peintres ne donneront jamais « qu'une faible idée et une imparfaite ébauche. » Manuscrit du père Giraud.
» Quand les chemins furent ouverts, on retint sur les galères ceux qui n'exerçaient aucune industrie et qui n'avaient -vécu que de brigandage. On donna une liberté entière aux autres.
En juin et en juillet, la mort de quelques personnes répandit une terreur profonde. On redoubla de précautions, et au mois d'août, toutes les craintes s'évanouirent. Le 20, les églises furent ouvertes avec solennité ; et en septembre , il n'y eutplus aucune trace de peste. On porta, dans une procession générale, les reliques de saint Roch et toutes celles que Ton conservait a la Major. Langeron y assista, placé entre les échevins et précédé de quatre compagnies de troupes flamandes. Le lendemain , on fit un acte déclaratif de l'état sanitaire de la ville, pour rassurer les provinces françaises et les nations étrangères.
Langeron sortit de Marseille le 29 novembre, et de Brancas, nommé au gouvernement de la Provence, fit son entrée dans Aix, portant Tordre de la cour pour l'élection de deux nouveaux échevins à la place d'Estelle et d'Audimar . L'élection se fit le 1er décembre; Pierre Remuzat et J. B. de Saint-Michel furent nommés.
La sécurité régnait dans tous les coeurs qui s'ouvraient a la joie, lorsque, le 4 mai 1722, un homme mourut subitement à la rue de la Croixd'Or, et l'épouvante qui se répandit augmenta le lendemain par la mort de deux jeunes et jolies personnes, auxquelles on avait présenté quelques pièces de dentelles. Une femme fut aussi frappée de mort subite dans un café, près l'hôtel de ville ; deux autres femmes eurent la même destinée,