‹ Histoire de MarseilleChapitre 9 sur 25 · X8 III MOI HE · texte numérisé non relu

X8 III MOI HE

A partir tic la Jolieltc, le rempart longeait les boulevards de Belloy et des Dames jusqu'aux Présentines, aujourd'hui les prisons de la porte d'Àix; de là il descendait par la rue Sainte- Barbe jusqu'à celle des Incurables, et en longeant cette dernière il arrivait au Cours, qui était alors une lice ; il en occupait la partie occidentale jusqu'à l'angle de la Canncbière 1 ; il parcourait ensuite la Cannebière dans toute sa longueur. La rue des Fabres " n'en était séparée que par un espace très étroit.

Marseille était encore fermée du côté du port, comme nous l'avons dit ailleurs 3. Elle avait

' La place du Cul-de- Bœuf faisait anciennement partie du plan Fourmiguier , podium Formiguerium. L'étymologie du nom de Cul-de-Bœuf qui fut ensuite donné à cette place est fondée sur deux traditions dont nous ne garantissons point la vérité. Selon la première, les entrepreneurs des vivres des galères, dont le logement était en effet sur cette place, y faisaient vendre les abbatis des bestiaux qu'ils avaient fait égorger pour le service de l'arsenal; et, après les avoir fait bouillir , ils annonçaient leur vente par le cri aou cuech de bueou, c'est-à-dire au bœuf cuit, ou aux morceaux de bœuf cuits. La seconde tradition veut que l'enseigne d'une hôtellerie située en ce lieu ait porté ces mots aux queues de bœuf, ou tout simplement au cul de bœuf.

a Le nom des fabres est une corruption du mot latin faber, artisan. Cette rue est en effet, de temps immémorial, occupée par des forgerons, des chaudronniers, des balanciers et des arquebusiers.

* Voir notre premier volume, p. a65.

quatre portes : 1° la porte d'Aix, originairement placée en regard de la rue des Grands-Carmes , que Ton nommait aussi via annonaria; cette porte s'appelait porta annonce, parce que la halle au blé était proche, et probablement à l'endroit occupé maintenant par la rue des Enfants-Abandonnés. 2° La porte de la F ruche, qui s'ouvrait sur la rue Sainte-Barbe , alors moins prolongée qu'elle ne Test aujourd'hui ; le nom latin de cette porte est porta fracta, porte brisée \ il paraît qu'elle avait été ouverte en forme de brèche, lorsque Charles d'Anjou entra en vainqueur dans Marseille , après avoir détruit les institutions républicaines. 3° La porte du marché qui s'ouvrait sur la Grand'rue, porta Macelli. 4° La porte Réale ou Royale, qui s'ouvrait sur la rue des Fabres ; elle est appelée dans les anciens titres porta civitatis, la porte de la cité, et c'est par la que les princes faisaient toujours leurs entrées solennelles. La porte Galle avait été fermée en 1524, durant le siège de la ville par le connétable de Bourbon : c'était l'endroit le plus faible de la place. Ce fut un des principaux motifs qui déterminèrent François i" à ne pas admettre la demande des consuls marseillais pour rouvrir cette porte.

Marseille avait, sur la fin du 16r siècle, une population de 70,000 a 75,000 ames-, et cette

ville eût été bien plus peuplée, sans les ravages de la peste qui la désolèrent si souvent f.

La langue française, qui se répandit lentement en Provence % était peu connue a Marseille, et toute son influence se borna pendant long-temps ii corrompre le dialecte provençal que parlaient toutes les classes de la cité. Les étrangers avaient aussi fait subir de nombreux changements à ce dialecte , autrefois si original et si expressif, qui rendait avec grâce ou avec énergie toutes les formes et toutes les nuances de la pensée. Les guerres civiles avaient également altéré sa douceur et sa clarté, en introduisant des mots de ralliement et des termes inusités3. La langue latine continua d'être employée par la plupart des savants.

1 II nous «i été impossible de fixer la population de Marseille d'abord république grecque, ensuite république marchande sous la protection des Romains, puis ville municipale sous la domination des barbares, passant successivement sous la puissance des rois francs, sous celle des rois d'Arles, sous celle des vicomtes, et, après ces vicissitudes politiques, régie par de nouvelles lois républicaines ; enfin obéissant aux comtes de Provence, sous le régime des chapitres de paix.

* Après la réunion de la Provence à la monarchie française, les registres des états furent en double original, l'un en français, qui était présenté au roi et auquel il donnait son approbation, l'autre en provençal, qui était le seul exécutoire pour le pays. Ce ne fut que très tard que ces registres furent tenu* % à un seul original écrit en français.

3 Le quartier de Saint-Jean, habité par les pécheurs > passe pour celui où l'ancien langage est le moins corrompu. C'est

DE MARSEILLE. l!M

C'est à Charles Casaulx et a Louis d'Aix que Marseille doit rétablissement de la première imprimerie. Pierre Paul, poète provençal, a qui La Bellaudière, de Grasse, avait légué ses poésies manuscrites, se. trouvait dans cette ville en 1594. 11 se lia avec les duumvirs, qui protégeaient tout ce qui était utile, tout ce qui servait aux progrès de l'esprit humain. Paul brûlait du désir de mettre au jour ses œuvres, et celles de son ami qu'il appréciait beaucoup. Il trouva Casaulx et d'Aix favorables à ses vues, et, à leur demande, Pierre Mascaron , d'Avignon , consentit à établir une imprimerie a Marseille , où il était d'abord venu en qualité de libraire avec son père Antoine Pierre Mascaron imprima les Obros et Rhnos provenssalos de Loys de la Bellaudiero, revioudados per Pierre Pau, dedicados as veriuouz et gêner ouz seignours Lovis d'Aix et Charles de Casaulx, viguier et premier conssou, capitanis de duos galeros et gouvernadours de lantiquo ciutad de Marseillo \

là aussi que Ton peut découvrir quelques légères traces des mœurs et des usages des anciens Marseillais.

' Le Conservateur Marseillais , p. 174 et suiv.

' Cet ouvrage fut imprimé en i5o,5 ( 2 vol. in-4°). A la suite des œuvres de la Bellaudière se touvent celles de Pierre Paul. L'imprimerie avait été introduite à Aix en 1 574. Avant cette époque, l'administration de la Provence et celle

\>ji HISTOIRE

Casaulx et d'Aix, voulant favoriser de tout leur pouvoir cette entreprise patriotique, prirent rengagement 1 de subvenir à tous les frais que l'impression pourrait entraîner. La reconnaissance de l'éditeur est exprimée, pour ainsi dire, a toutes les pages, par des sonnets, des chansons, des stances et des quatrains adresses à l'un ou à l'autre de ses protecteurs , et souvent à tous les deux à la fois \ Lorsque Mascaron pressait Pierre Paul de lui donner de l'argent pour payer la main d'œuvre , ou pour acheter du

de la ville faisaient imprimer leurs actes soit à Lyon, soit à Avignon.

Les chanoines de l'église métropolitaine d\Aix firent imprimer leur bréviaire à Lyon en 1499; l'église de Marseille y fit imprimer le sien en i5a6.

Une imprimerie arménienne fut établie à Marseille en 1670 Les bibliographes citent avec éloge une édition en cette langue, Psaltcrium David is armenici, etc., Mas s Hier, typis C. Demio drin, a 3 octobre 1673. Cette imprimerie cessa ses travaux en 1684.

On ne commença à imprimer à Arles qu'en 1647, et à Toulon qu'en 1704.

' Par acte du 5 novembre 1594. x

3 Conservateur Marseillais, id.

Un de ces sonnets est terminé par ces vers :

Vivo, vivo à jamais aqueou coublc parve , Que son causo qu'auen eyssi l'imprimarie , Et remetton dessus l'anliquitat foucensso.

Lon poblc aurié lou couor plus crudcou qu'vn flicron,

Si non voulié cantar la fclory cl lou renom

De dous que non son par dintre de la Piooucnyo.

DE MAIISEELLE. 19r,

papier, celui-ci adressait bien vite une pièce de vers h ses patrons pour leur en demander

C était alors une époque remarquable de fermentation intellectuelle; et, dans ce mouvement salutaire, la Provence, toujours fidèle à sa coutume, marchait noblement à la tête des provinces françaises, et montrait avec orgueil parmi ses «nfants une foule d'hommes distingues dans tous les genres.

La ville d'Aix s'honorait de ses jurisconsultes, Jourdain Bricc, Mcynier d'Oppcde, François de Clapiers de Vauvenargues, Jacques de Bellevuc; elle citait aussi Esprit Rotier , habile dans les langues savantes, la théologie et la controverse;

' Voici une de ces pétitions poétiques :

SOVNET.

Si vous noun vexes Pierre Paou Tant soutient vous faire compagno , C ridas au libre de Rcllaou ,

my ten prés dins son araçno.

Mais so que plus my douno lairoo, Es que n'ay pas so que my faou ; Et si non j>uarissez mon maou, Y cou restaray dins la baragno.

Aro es luu cop , ou jamais non , <„)ue fc's bruxir vostre renom, En reuioodant la Bellaudiero :

Vts donc, iiioiisignour lou \iguicr, Ouc my sié douuat de papier, Pcr boutar lou toul en lumicro.

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