‹ Histoire de MélanChapitre 13 sur 124 · ORIGINE DES MONIALES CHARTREUSES · texte numérisé non relu

ORIGINE DES MONIALES CHARTREUSES

Dès le vre siècle de notre ère, la vie religieuse comptait trois grandes familles en France : celle des moines de Saint- Benoît, celle des chanoines de Saint-Augustin et, dans le midi surtout, celle des Vierges Césarines. Saint Césaire, archevêque d'Arles, fit, le 26 août 512, la dédicace du premier mopastère de Césarines. Sa sœur Césarie fut préposée à ce couvent qui vit affluer dans ses murs une multitude de vierges. Leur règle, empruntée par le saint fondateur à l'Ordre des diaconesses de la primitive Église, innovait en un point : la clôture stricte serait observée par ces religieuses jusqu’à leur mort.

Des monastères surgirent bientôt de toutes parts, se rangeant sous la même règle. Le plus illustre fut celui que sainte Radegonde, épouse du roi Clotaire, fonda dans la ville de Poitiers, vers 550. A la mort de Radegonde, une de ses religieuses sa parente, Germélie, se rendit à Vaison pour y fonder un nouveau monastère; l’évêque de cette ville, Arthémius, lui assigna comme emplacement la gorge reculée et sauvage de Prébayon, sur le territoire de Séguret,à quatre kilomètres à l’ouest de Vaison. C'était en 610. Pendant plus de quatre siècles, de nombreuses moniales y donnèrent l'exemple de toutes les vertus. Mais ruiné par les Sarrasins en 731, inondé plusieurs fois, ce monastère dut enfin être abandonné. En 1063, les religieuses se retirèrent à Saint-André de Ramières, riante campagne, sur les bords de l'Ouvèze, à huit kilomètres de Prébayon. Elles continuaient d'y suivre pieusement les statuts de saint Césaire, lorsque soudain un nouvel Ordre religieux vint jeter dans l’Église un éclat extraordinaire : l'Ordre cartusien fondé, vers 1084, par Bruno, chanoïne de Reims.

La réputation d’austérité, de discipline, de vertu, du nouvel institut, d’ailleurs admirablement adapté aux nouveaux besoins de l’Église et de la société, attira les regards des pieuses Césarines. Elles résolurent de s’affilier aux nouveaux

cénobites (1145). Saint Anthelme, alors Général de l’Ordre cartusien, agréa leur demande et chargea le prieur de Montrieux, Jean d’Espagne, de réviser leur règle et de l’harmoniser avec la règle cartusienne qu'elles allaient suivre désormais. Ce travail fut facile.

Les Césarines, comme les anciennes diaconesses, recevaient la consécration des mains de l’évèque : Jean d'Espagne conserva cet usage au nouvel institut; d'autre part, la clôture et les austérités cartusiennes étaient en honneur déjà chez ces religieuses : les modifications introduites par Jean d'Espagne se bornèrent donc évidemment à quelques points particuliers. L'intelligence éclairée de Jean d’Espagne sut donner à cette transformation un juste tempérament en rapport avec la délicatesse et les aptitudes de la nouvelle tribu.

Bientôt après (1180', un nouveau monastère se fondait à Bertaud, dans le diocèse de Gap, et, avant la fondation de Mélan, le xnre siècle en voit s’élever cinq : Celle-Roubaud dans le midi de la France; Poleteins en Bourgogne ; Prémol et Parménie en Dauphiné, et Bonlieu dont on n’a pu encore fixer la situation.

Ainsi, dès son apparition, l'Ordre des Chartreux avait conquis une estime et une admiration générales. Les seigneurs de Faucigny ne furent pas les derniers à lui témoigner leur sympathie. Ils comblèrent de faveurs et enrichirent de vastes alpages le monastère de Vallon.

En 1151, Aymon I‘ fondait celui du Reposoir. Dans son testament, signé à Mélan, Agnès, nous l’avons vu, faisait des legs importants aux moniales de Prémol. Béatrix, à son tour, par son mariage avec le Dauphin Guigues VII resserrait encore les liens qui l’unissaient à cette famille religieuse : les Dauphins n’étaient-ils pas les gardiens du berceau de l'Ordre ? En 1270, Guigues VII était sépulturé dans le monastère des chartreuses de Prémol. Plus d’une fois, Béatrix dut revenir pleurer sur la tombe de son époux et se consoler auprès des saintes religieuses qui en avaient le dépôt. Vers ce même temps, une jeune parente de la grande Dauphine, Béatrix d'Ornacieu, quittait les livrées du siècle pour revêtir la bure

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des chartreuses au monastère de Parménie ! tandis qu’une autre vierge cartusienne, sainte Roseline, cousine aussi de notre Béatrix*, projetait déjà sur son monastère de Bertaud et sur toute la contrée l’éclat de ses brillantes vertus. Il n’en fallait pas davantage pour attirer les regards de la noble baronne sur un Ordre si jeune et déjà si prospère.

Le Faucigny ne possédait pas encore de monastère de moniales chartreuses. Bien souvent, Béatrix dut songer à y en établir un. La mort de son fils fut donc simplement pour elle l’occasion de réaliser son pieux dessein.

Restait à trouver un lieu favorable. Saint Bruno nous a décrit avec une poésie exquise le site de la chartreuse de la Tour (Calabre). « Cette solitude est dans une position riante, nous dit-il, l’air y est pur. La plaine qui l’entoure s'étend gracieusement au milieu d’une vaste enceinte de montagnes. Elle est couverte de prairies verdoyantes et de pâturages émaillés de fleurs. Comment pourrais-je décrire cette perspective qu'offrent les collines s’élevant les nnes au-dessus des autres, ces ruisseaux qui sillonnent la campagne, ces arbres chargés

L Avuox II, de Faucianr

Béatrix de Thoire-Villars. Agnès.

nde à IUT. Béatrix, grande dauphine.

Béairix de Thoire-Villars, épouse de Jean de la Chambre d'Ornacieu.

B. Béatrix d'Ornacieu.

2 Raymon de SaBran et d'Uzës Garsende de Sabran, Guillaume de Sabran.

épouse du comte de Provence L Alphonse II, + 1209. Elzéar de Sabran.

Gaston de Béarn, sibitie Bar ole, second époux de Béatrix de épouse d’Arnauld II de Villeneuve. Faucigny.

Ste Rtine.

$ Dans le désert de la Torre, au diocèse de Squillace (Calabre).

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de fruits !? » Voilà le site qu'approuvait saint Bruno pour ses religieux. Sans le savoir, il crayonnait, dans ses grands traits du moins, une esquisse de Mélan. La mème impression agit sur l'esprit de Béatrix, qui choisit à Mélan l’emplacement du monastère qu'elle allait fonder.

1 Vie de saïnte Roseline, par le comte de Villeneuve-Flayosc, p. 218.

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