II. ÉGLuise
L'église de la chartreuse de Mélan est celle mème qui sert de chapelle au collège actuel. Elle présente bien tous les caractères du style ogival, fin xrrre siècle. Construite en grandes assises de carnieule, à une seule nef, orientée, elle mesure 31" 40 de longueur, 9" 95 de largeur et autant de hauteur. Les nervures à cinq pans de la voûte retombent sur des culsde-lampe qui, à cette époque, devaient être de légères demipyramides décagonales renversées. Le fond du chœur, carré, est éclairé par une grande et magnifique fenètre à deux meneaux, dont la baie centrale est plus élevée que les deux voisines. Cette fenêtre est contenue dans un vaste encadrement ogival, décrit à l'extérieur par un évasement à double retraite surmonté d’une archivolte faisant goutte-pendante. Six fenêtres ogivales, d’une seule ouverture, éclairent la nef. Les trois fenêtres du nord, tout en conservant la mème ouverture que celles du midi, sont de Om 90 plus élevées au-dessus du sol. La hauteur de la chapelle princière, au nord, est sans doute cause de cette irrégularité. Elle devait intercepter beaucoup de lumière, on remédia en partie à cet inconvénient par
l’exhaussement des fenêtres qui lui faisaient face. Sur la façade, au-dessus d’une porte d’entrée qui à l’origine était probablement plus en harmonie avec le style de l’église que le portail actuel, est découpée une belle rosace de 1" 50 de diamètre divisée en quatre lobes formant croix.
« Cette église, dit M. le chanoine Poncet, à qui nous empruntons une partie de notre description, est d’une ampleur qui frappe au premier coup d'œil, et d’un calme qui convenait merveilleusement aux saintes filles qui devaient la fréquenter. » C’est là, en effet, que se rendaient les religieuses pour leurs offices conventuels!.
Le chœur des moniales, compris dans l'espace éclairé par les fenètres latérales, était séparé du chœur des Pères, d’après les règles de l’Ordre, par une grille placée à environ dix mètres du chevet. Un rideau était, en outre, suspendu devant ce grillage. Le chœur des chartreuses était lui-même divisé en deux parties par une cloison percée en son milieu d’une porte habituellement fermée. La division la plus éloignée de l'autel formait le chœur des converses. La partie médiane de la nef était entourée de stalles où prenaient place les religieuses de chœur. Les belles et nombreuses stalles, ainsi que le parquet en bois de diverses couleurs, qui ornent actuellement le sanctuaire de la chapelle, sont du xvine siècle. A l’église se chantent les offices conventuels ; les autres exercices religieux et aussi conventuels se font dans une enceinte particulière appelée le Chapitre. C’est là que se tiennent les assemblées monastiques, là aussi que se font entendre les paroles gracieuses ou les avertissements sévères de la Vénérable Mère Prieure.
Le Chapitre est ordinairement une vaste salle du couvent. À Mélan, il se trouva tout construit : on consacra la chapelle princière à cet usage ; la salle du Chapitre doit être divisée en trois : une partie renferme l'autel, près duquel prennent place les religieux ; et cette partie doit être séparée des deux
1 On appelle conventuels les exercices qui se font en communauté, tels que la grand’messe et les vêpres de chaque jour, les cérémonies de la vêture, de la profession et de la consécration religieuses.
De
autres par une double grille et un rideau. Quant aux deux autres parties, la première est réservée aux religieuses de chœur, et la seconde aux converses. L’absence de décoration sur l’arc-doubleau le plus rapproché du chevet de la chapelle princière fait supposer qu’il y avait là une grille. D'ailleurs, l'unique porte latérale par laquelle les Pères aient pu entrer est située au chevet, du côté sud. C'était donc dans cette partie qu'était l’autel du Chapitre; on aura maintenu, par un pieux souvenir, la disposition de l’ancienne chapelle. Toutefois, pour conserver une sorte de séparation entre les religieuses de chœur et les converses, on construisit pour celles-ci une tribune au pied de la nef. La porte en pierre, ouverte par les chartreuses sur le grand escalier, à mi-hauteur du mur, ne permet pas de douter de cette disposition. Au sud-est, un corridor à voûtes, contigu d'abord et parallèle à la chapelle, sur un espace de 3" 60, et faisant ensuite angle droit pour aller rejoindre le sanctuaire de la grande église, à une distance de 8" 60, permettait aux Pères de se rendre plus commodément d’un sanctuaire à l’autre.
La bande de terre comprise entre l’église, la chapelle et ce corridor fut réservée à la sépulture des religieuses. C’est, en effet, dans cette terre sainte, entre ces murs consacrés, témoins silencieux de leur ferveur et de leurs héroïques sacrifices, que reposent aujourd’hui les générations de saintes filles qu habitèrent ce séjour ! durant cinq siècles.
Après l’église et le Chapitre, visitons les cellules.