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III. CELLULES

Supprimons les édifices de construction plus récente, étudions les vestiges qui nous restent des plus anciens bâtiments

1 Une inscription latine, fixée au mur de la sacristie actuelle, en perpétuera le souvenir, la voici : HIC. IN. PACE. XTI. OSSA. MONIALIUM. CART"'%*. AB. AN. 1291. AD. AN. 1793. REQUIESCUNT.

(Ici reposent dans la paix du Seigneur, les ossements des monialeschartreuses, de l’année 1291 à l’année 1793.)

et, à l’aide d’un plan qui semble remonter au xvie siècle, nous pourrons reconstituer, à peu près, le premier monastère.

L'habitation des moniales avait la forme d’un U, ouvert au nord, et dont le jambage esf était adossé au côté nord de la chapelle princière (v. le plan plus loin). Une pareïlle disposition était au moins imprudente, car elle exposait les religieuses à toutes les rigueurs du climat. Mais ces constructions prèsentaient un autre inconvénient non moins grave : c'était leur exiguité. À un seul étage, comme tous les couvents de l'Ordre, elles n’occupaient qu’une superficie de 14604 environ, y compris la cour intérieure qui, à elle seule, mesure près de 14m, Or la grande charte de 1292! fonde le monastère pour quarante religieuses, et neuf ans plus tard, comme nous le verrons, ce nombre fut porté à cinquante. En fait, elles ne furent jamais plus de quarante, mais c'était encore trop pour un si petit local. La princesse elle-même semble l'avoir compris. Dans l’acte de fondation, elle parle des nouveaux édifices qu'elle pourra construire. Mais ses désirs ne se réalisèrent pas. Quatre cents ans plus tard seulement, après les avertissements réitérès du Chapitre de l'Ordre, on élèvera à l’ouest, sur l'initiative intelligente de l’illustre Général des Chartreux, Dom Innocent Le Masson, ces belles et vastes constructions qu’occupe aujourd’hui le collège.

Quoi qu’il en soit de ces erreurs d’architecte, revenons à notre description.

La cour comprise entre les deux ailes était entourée au nord, à l’est etau sud d’une galerie à arcades, formant cloitres : les trois arcs du sud, à plein cintre et en gros appareil de tuf, ont seuls subsisté jusqu’à nos jours. Ceux de l’est et du nord, qui étaient de construction plus légère, furent sans doute abattus en 1530, lorsqu'on éleva le cloître actuel. La galerie du nord a ceci de particulier qu’elle longe, à leur extrémité, les deux ailes, et vient rejoindre la galerie sud par un corridor situé au couchant de l’aile ouest.

1 Voir pièces justificatives. n° 2.

L’aile orientale est d’une largeur double de celle de l’autre aile. Vers son milieu, transversalementet au rez-de-chaussée, se trouve une ouverture appelée plus tard « Passage des Chars ». Nous croyons qu’à l’origine ce passage était une chapelle dédiée à la Sainte Vierge. Les voûtes sont, en réduction, de même forme et de même style que celles de l’église. Les trois clefs de voûte de la nef portent l’écu de Savoie, celle du chevet, à l’orient, présente une m surmontée d’un a, peut-être monogramme de Marie. A l’est de ce passage, on appliqua plus tard un joli portail du xve siècle, couronné aujourd'hui par une gracieuse niche en pierre de taille, style xvie siècle, surmontée de la croix de Savoie.

À part ce point, l'architecture du couvent n'offre rien de remarquable. Les modifications qu'y ont apportées les siècles ne nous permettent même pas d’assigner dans ces édifices la place occupée par chaque religieuse. Voici cependant, d’après les statuts cartusiens, quelle doit ètre la demeure d’une religieuse de l'Ordre.

Chaque moniale se voit attribuer sous le nom de cellule une seule pièce formant à la fois petit oratoire, salle de travail et chambre à coucher.

Quant au mobilier, il est des plus modestes. Les cellules renferment les objets suivants : un lit composé d’une paillasse, de draps de laine, de couvertures de même étoffe et d’un ciel de lit avec rideaux en toile blanche. (On n'’admet le luxe d’un matelas et de draps de toile que dans le cas de maladie.) Auprès du lit, une stalle et un prie-Dieu en bois blanc, un tabouret, un petit placard contenant la lanterne que l’on porte aux offices de nuit ; une chaise, une table, quelques livres, une corbeille à ouvrage. Près de l’entrée un tour est destiné à recevoir le linge que changent ies lingères, car personne ne doit franchir le seuil de l’appartement d'une moniale chartreuse. Quelques petits tableaux pieux décorent cette humble retraite.

1 Vie de la B. Béatrix d’Ornacieu, par le R. P. Bellanger, et Vie de sainte Roseline, par le comte de Villeneuve-Flayosc, passim.

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