V. COUVENT DES PÈRES
Nous avons vu qu'au service spirituel des religieuses étaient attachés des Pères chartreux. Ceux-ci habitaient au sud de l’église, tout près du parloir, dans la partie occupée aujourd'hui par les Révérendes Sœurs de la Croix au service du collège.
Leone
D'après les constitutions de l'Ordre, la séparation du couvent des Dames et dela maison des Pères était complète, depuis le sol jusqu’à la toiture. Cette division d'ailleurs se reflétait dans tous les détails du service religieux, jusque dans le confessionnal dont la porte était hors de l’église des moniales.
L'habitation des Pères forme aussi un U ouvert au nord mais protégé de ce côté par l'église. La cour intérieure et les constructions couvrent une superficie de 438%: environ. Un corridor, large de 1" 68 et pris dans le rez-de-chaussée, sert de galerie claustrale autour de la cour. À signaler dans l'aile est, au bas des murs extérieurs, quatre fenêtres gothiques', aujourd'hui bouchées, et mesurant environ un mètre de haut sur quinze centimètres de large. Peut-être y avait-il là, dans les premiers temps, une chapelle semblable à celle que nous avons cru reconnaitre au passage des Chars. Le premier étage de cette aïle, si l'on en juge par les deux fenètres, géminées, en pierre de taille, à chanfrein, ne remonte guère au delà du xvit siècle.
Le mobilier des Pères, sauf le lit, est à peu près le mème que celui des religieuses. Le lit, au lieu d’être entouré de rideaux, est formé par une alcôve en bois, très étroite, fermée de tout côté et dont on ouvre les deux portes durant la nuit. Mélan conserve, comme un pieux souvenir, un de ces lits que l’on croit ètre celui du Père vicaire.
Dans la charte de 1292, Béatrix, après avoir déclaré spécialement qu’elle donne au monastère « son église, qu'elle a fait construire à Mélan : ecclesiam nostram quam fabricavimus in dicto loco de Melans apellato”, » concède en bloc au mème couvent « toutes les maisons et tous les édifices déjà construits ou qu’elle pourra y construire dans la suite, ainsi que le grand pré, les jardins et la grange renfermés dans la clôture, et, de plus, les étangs, les viviers et le moulin situés au dedans ou hors des murs. »
1 (‘est par erreur que M.le chanoine Poncet, en les signalant dans sa deseription de l'église de Mélan, les appelle romanes.
? V. pièces justificatives, n° 2. On pourrait voir dans ces expressions une allusion à la chapelle princière qui subsistait donc encore.
Les maisons mentionnées dans cet acte sont sans doute celles qu’occupèrent les fermiers tout près du monastère, et dont la plupart subsistent encore aujourd’hui. Peut-être les deux construites par Amé de Chessins sont-elles encore debout. Par les édifices, on doit entendre, pensons-nous, la chapelle princière et les diverses constructions du couvent lui-mème. Quant à la grange, elle était située au sud de l’habitation des Pères". Le grand pré, les jardins, les étangs étaient compris dans les murs de clôture, qui embrassaient un espace de cent journaux environ. Enfin le moulin, construit hors des murs, ne serait autre que celui du collège actuel et qui est situé au nord-est de l’église.
Tel était le pourpris du monastère ; nous donnerons bientôt le détail de ses possessions, mais auparavant nous devons revenir à Béatrix.
Pendant que ses ouvriers construisaient la chartreuse, la grande Dauphine n'était pas demeurée inactive. En attendant que le caveau funèbre où devaient reposer les dépouilles de son fils et les siennes fût creusé, Béatrix avait fait transporter le corps du Dauphin Jean à l’abbaye de Sixt où il demeura enseveli pendant huit ans”. Ellese retira ensuite dans sa villa pour y surveiller les travaux du monastère. Nous la trouvons, en effet, à Mélan le 1°r juin 1283. Elle y signe des lettres par lesquelles elle alberge à Vuiffred de Cornillon et autres, pour la cense annuelle d'environ deux hectolitres de froment, les moulins, battoirs et fouloirs de Sallanches ?.
L'année suivante, le samedi après saint Luc, elle achetait de Rodolphe de Saxel, bourgeois de Cluses, tous les biens qu’il possédait dans les paroisses de Samoëns, Saint-Simon
1 Acte de partage : 1795 (Archives de Mélan).
: Archives de la Grande Chartreuse, 1292 : « primo fuit sepultus in Domo de Siz, deinde translatus ad Cartusiam Melani.»
3 Le 22 juillet de la même année, saint Pierre TIIT, archevèque de Tarentaise, revenait de Valerié (Vallais) dont il avait été doyen; aprés une halte à l’abbaye d’Aulps il passa par Châtillon où il tomba malade et mourut dans la maison ou « grange » d’Aulps, sous le Saix de Châtillon, après y avoir signé son testament (a). Tout porte à croire qu'il visita en passant la grande Dauphine. (Besson, xLi1, p. 209.)
(a) D'après l'original en parchemin aux archives de Mélan.
(Sigismond) et Mioucier (Mieussy), pour le prix de 200 livres genevoises ! ; et le 4 novembre, elle cédait en emphythéose à perpétuité, aux hommes de Hans, paroisse de Samoëns, l’alpe de Cuidex, sous la taille à miséricorde et dix livres genevoises de cense annuelle *. Ces deux actes sont datés de Mélan.
1 Archives de Turin, Faucignvs. paquets 8 et 9. 2 Archives de M. F. D. Riondel. à Samoëns.
Passage des Chars. porte du xv° siècle.
TIENNE L | 1 A teten) bas
Saint Anthelme, Général des Chartreux, d'après le tableau des Généraux.