RELIGIEUSE CHARTREUSE
Parlons spécialement des religieuses de chœur.
À son entrée, la postulante conserve l’habit séculier pendant un an, aux offices seulement elle se couvre d’un manteau noir. Elle revêt ensuite une robe blanche pour le noviciat qui doit durer encore un an. Pendant ce temps, elle étudie la spiritualité, les mélodies du chant cartusien, les règles de son Ordre, et s'occupe à divers travaux manuels. La profession ne peut avoir lieu avant l’âge de seize ans. La comnunauté vote d’abord l’admission de la novice à la profession. Au jour fixé et à l’offertoire de la messe, la novice s’avance au milieu de la partie haute du chœur; puis. la tête baissée, les mains jointes, elle chante à trois reprises cette supplique : « Suivant votre promesse Ô mon Dieu, que ma confiance en vous ne tourne point à ma confusion, » et trois fois le chœur répond en glorifiant Dieu. Alors tombant à genoux devant la prieure : « Priez pour moi, Ô ma Mere, » dit la novice, et elle baise humblement la terre ; puis, elle réitère cette cérémonie devant chaque religieuse. Elle revient ensuite vers la grille où on la revêt d’une nouvelle robe bénite, et, en face de l'autel, elle lit à haute voix les vœux tracés de sa main : « Je promets la stabilité, l’obéissance et la conversion de mes mœurs en présence de Dieu, de ses saints et des reliques de cet ermitage élevé en l'honneur de Dieu, de la B. Vierge Marie, de saint Jean-Baptiste et des autres saints.» Elle baise la croix par elle tracée au bas de la formule et la dépose comme l'acte authentique de sa promesse sur la table de communion. Prosternée enfin devant le prètre, elle en reçoit la bénédiction comme couronnement et signe d’acceptation de ses vœux.
La professe porte une robe de drap de laine reliée par une ceinture, une cuculle ou scapulaire dont les deux pans sont liés par deux bandes, enfin, une guimpe en simple toile et un voile. Tout ce costume est de couleur blanche. Dans certaines cérémonies du chœur, elle porte, en outre, un manteau de drap blanc.
Une fois professe, la religieuse ne peut être admise à la consécration qu’à l’âge de 25 ans. Cette faveur suprème que l'on accordait dans les premiers âges chrétiens aux seules
diaconesses, fut conservée dans la suite aux moniales chartreuses dont la virginité recevait ainsi la plus éclatante auréole. Par le sacre, ces religieuses participent à certaines attributions du sacerdoce ; aussi cette cérémonie est-elle réservée aux évèques seuls. Après l’épitre de la messe, la porte de la grille s'ouvre et la professe se présente debout tenant un cierge allumé à la main. Après avoir déclaré trois fois qu'elle est tout à Dieu, elle annonce sa volonté ferme de persévérer dans la virginité. « Voulez-vous être bénite ? demande alors le prélat. — Oui, répond-elle, mon vœu le plus cher est l’union la plus parfaite avec mon Dieu. » Après les chants des ZLifantes des Saints et du Veni Creator, l’évèque bénit les ornements de cette nouvelle épouse de Jésus-Christ, et, pendant que le chœur chante des paroles tirées des Livres saints et appropriées aux circonstances, il lui confère successivement :
4° Le voile noir, qui la sépare définitivement du monde ;
20 L’anneau d’or, signe de l’union indissoluble qu’elle contracte avec son Dieu !;
3° Une couronne, symbole de sa gloire et sur laquelle sont inscrits ces mots : Je suis la servante de Jésus-Christ.
Comme le prêtre, la chartreuse devra être, par la prière et le sacrifice, le sel de la terre, et par ses exemples, la lumière du monde. Aussi l’évèque pose-t-il ensuite le manipule sur le bras aäroil de la religieuse pour signifier la force qu’elle devra déployer dans le service de Dieu, et l’éfole qui lui rappellera combien le joug du Seigneur est doux. Enfin, une croix est placée dans ses mains et appuyée sur son épaule comme marque de son sacrifice absolu.
Après l’offertoire, la nouvelle consacrée vient remettre son cierge entre les mains de l’évèque. La sainte communion, peu après, représentera le banquet nuptial. Lorsque le Saint Sacrifice est achevé, l’évèque dépose sur les deux mains de
1 Mélan possède un de ces anneaux, trouvé au cimetiére du couvent
en 1880. Il présente sur le chaton le monogramme du Christ (J. H.S.), surmonté d’une croix rayonnante.
la religieuse le bréviaire qu'elle devra réciter et chanter avec plus de ferveur que jamais. Enfin, après le Te Deum qui clôt la cérémonie, le prélat confie ce nouveau « vase d'élection » à la garde maternelle de la vénérable Prieure.
Comme on vient de le voir, le costume de la vierge consacrée diffère de celui d’une simple professe par le voile noir, l’anneau, la couronne, le manipule et l’étole; mais elle ne reportera tous ces insignes réunis que deux fois : au cinquantième anniversaire de sa profession et à ses funérailles. En dehors de ces occasions, la religieuse consacrée ne se distingue des autres professes que par le voile noir et l’anneau.
Ajoutons que toutes les religieuses, indistinctement, portèrent plus tard un chapelet, à grains blancs en os pour les professes, à grains bruns ou noirs pour les converses, et orné d’une médaille avec l'effigie de saint Bruno d’un côté et celle de sainte Roseline de l’autre.
Telles sont les diverses ascensions que Dieu a ménagées au cœur de la vierge cartusienne pour l'attirer insensiblement jusqu'à lui.