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ALEXIA DE MENTHON, QUATORZIÈME PRIEURE CONNUE

E priorat d'Alexia de Menthon est le premier qui, après des actes d'administration forcément monotones, nous permette d’entrevoir au moins vaguement l’intérieur du monastère. Analysons d’abord les actes extérieurs.

Une reconnaissance a lieu le 24 juin 1411 : Maniguet de Myaux déclare devoir à Mélan 3 sols de cense annuelle et perpétuelle sur une terre dite au plan du chêne à Samoëns!. La même année, une plainte est déposée contre la chartreuse. Les ouvriers du monastère passent avec le chariot sur les terres de certains particuliers. Le juge du Faucigny déboute les plaignants de leurs réclamations ?.

Le 7 août 1412, Huguette, fille d’\ymonnod d'Alberose, veuve de Pierre Curton, donne à la chartreuse un chasal et sa cour. au lieu dit Lesteley, afin que Mélan puisse y construire un grenier avec entrées et sorties libres 5.

Enfin, nous avons vu plus haut l’albergement fait en faveur de Mélan, en 1328, du tiers de la montagne de Grons. Par lettres patentes données à Genève, le 4 novembre 1414, signées Guichard Marchand, chancelier, et Lamber Ordinet, le comte Amédée de Savoie approuve, homologue et confirme ledit albergement .

Quatre contrats d’albergement sont également signés à cette époque. Le 2 juillet 4413, Mélan alberge à Pernod et Pierre Pralon 6 sétorées de pré en Pradely, sous la cense annuelle de 6 sols genevois.

Le deuxième contrat d’albergement eut lieu le 2 février 1415. La chartreuse louait aux frères Jean et Pierre Châtel une grange de 3 poses, plus 10 sétorées de pré au lieu dit en Bouvez, rière Saint- Jean-de-Tholome, sous le servis de 6 florins d’or annuels, monnaie de Savoie. Les cinq clauses de ce contrat ont quelque intérét : 1” L’albergement est révocable au gré de Mélan sauf indemnités aux albergataires; 2° Mélan pourra faire paitre ses troupeaux sur lesdites terres, hors le temps des bans; 3° Les albergataires fourniront à l'entretien du vicaire, des religieux et des serviteurs qui se rendraient en Bouvez

1 Inv., G. 2; f° 24.

2 Inv., À. 25; f° 5.

3 Inv., G. 5; f° 24.

4 Registre des déclarations générales de Savoie sur les biens de l’ancien patrimoine de l'Eglise, de la province de Faucigny. N° 57.

$ Inv., F. 8; f° 23.

pour affaires, ainsi qu’à l'entretien de leurs chevaux ; 4 Lesdits frères ne pourront s'associer personne, ni vendre, aliéner ou assigner des pensions sur lesdits biens sans le consentement de Mélan, 5 S'ils restent trois ans sans payer ladite cense, ou s'ils meurent sans cnfants mâles légitimes et non autrement. les biens susdits retourneront à Mélan, de plein droit, sans autre formalité !.

Remarquons, comme trait de mœurs de ce temps, que même dans

les actes de simple albergement on exclut formellement les enfants illégitimes. Nous trouvons, en effet, à plusieurs reprises, ces mots : « les enfants légitimes et non autrement. » Cette clause, reconnue par la législation, était, avec beaucoup d’autres, un puissant remède contre l’immoralité.

Les mêmes frères Châtel, par nouvel albergement en emphrtéose du 17 février 1420, recevaient de Mélan 12 poses et demie de terre et un essert de bois au lieu dit en Bena, plus 6 poses de terre en Pucher, sous le servis annuel de à octanes de froment, 5 octanes d'avoine et 100 grosses ansangles ?.

Le quatrième albergement est du 31 juillet 1420. La chartreuse Joue à noble Jean de Marignier une bonne demi-fossorée de terre à Vigny, sous la cense emphytéotique d’un denier. Ledit noble ne pourra faire aucune plantation nuisible à cette terre. Mélan s’y réserve en outre un passage pour clore sa vigne qui limite cette terre du côté de Thiez à.

Voyons quelques détails sur le gouvernement intérieur du monastère. L'état du couvent était loin d’ètre prospère. Accablée sous le poids des années, la prieure voit ses religieuses enlevées par la mort les unes après les autres. Ce sont, en 1414,sœur Béatrix de Chissé ; en 1417, sœur Agnès de Guelorio ; en 1419, les sœurs Aymonnette de Gravernel, Félizone Dufrénay, Catherine de Parisii; puis, en 1421, Pétronille.de Chissé, et, en 1422, Guillemette du Pont.

L'année 1413 avait été particulièrement désastreuse. La charte capitulaire dit simplement : « Un grand nombre de religieuses de Mélan moururent cette année-là; » elle n’en nomme que deux : Jeannette de Bèze et Marie de Verrinis.

Ces décès de plus de neuf religieuses en moins de neuf ans, et ceux plus nombreux encore qui surviennent les années suivantes, avaient évidemment pour cause quelque épidémie. Était-ce l’effet de ces fléaux, la Dando et autres qui

1 Inv. N.7; f° 51.

2 Inv. N. 8; f° 51.

3 Inv. K. 14; f° 36.

ravagèrent la France en ces temps troublés? Nous croyons plutôt à une influence locale. Au commencement du xv° siècle, une grande inondation vint ravager la contrée. Les terrains cédés à Mélan par la fondatrice, rière Marignier et Hauterive, furent submergés par le Giffre et réduits en ilots rocailleux. Nous en avons une preuve dans la plainte qu'adressa la chartreuse au gouverneur et bailli du: Faucigny. Celui-ci, par acte sur parchemin du 20 juillet 1417, après avoir oui les intéressés, ordonna que Mélan prendrait en compensation 24 poses de ces iles et glières'. Un témoignage plus direct encore nous est fourni par les lettres d'amortissement du 29 août 1484. Il yest dit que par suite d’une grave inondation du Foron, affluent du Giffre, propter diluviuiïn et inundalionem aque nanti de Foron, le four de Taninge avait été quelques années auparavant complètement ruiné, #n ruinain perversus”. On le voit, le Giffre et le Foron n'étaient pas aimables lorsqu'avant leur endiguement, ils se répandaient à travers la plaine, imprégnant au loin le sol d'humidité et l’air de vapeurs malsaines. Et Ia mortalité qui sévit dans le monastère à cette époque de notre histoire pourrait bien être l'effet de ces inondations.

Au milieu de ces deuils, la vénérable prieure, éprouvée elle aussi dans sa santé, avait plusieurs fois insisté pour qu'il lui fût fait miséricorde. Le Chapitre général connaissant ses rares mérites l’avait, malgré tout, maintenue dans sa dignité. Il se décida enfin en 1421 à déléguer comme visiteurs du monastère les prieurs des chartreuses d’Arvières et de Pierre- Châtel, avec plein pouvoir d'accepter la démission de la prieure, s'ils le jugeaient opportun. L'année suivante, les vœux d'Alexia étaient exaucés : « A cause de son grand âge, disent les Pères, et de ses nombreuses infirmités, la prieure de Mélan obtient miséricorde. » Deux ans après, en 1424, Alexia de Menthon rendait son âme à Dieu.

Nous ne quitterons pas ce priorat sans faire une mention spéciale de l’une des sœurs qui moururent en 1419 : sœur

1 Inv., M. 20; f° 45.

2? Arch. Mélan.

Catherine de Parisii!. Cette religieuse, après avoir fait profession à Mélan, se rendit au monastère de Parménie (Isère). A la chute de cet établissement, les moniales qui en faisaient partie se rendirent aux Écouges (Isère). Catherine y devint rectrice de ses compagnes, mais ses fonctions lui étaient à charge. En 1412, le Chapitre général l’exhorte à prendre patience jusqu’à l’année suivante. La rectrice ne fut pas sitôt satisfaite, car en 1416 on lui reconnut le titre de prieure de Parménie. Puis le silence se fait sur son nom jusqu’en 1419, année où on la voit mourir à son premier monastère, Mélan :.

1 On trouve, en 1133. un Louis Parisii, chanoine de la cathédrale de Genève. (Besson, p. 115.) ? Ephemerides Ordinis Cart. t. NI, p. 491.

Le matou de Mélan, symbole de la vigilance, sur le contrefort sud-est de l'église.

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