MARGUERITE DE LA FRASSE!, QUINZIÈME PRIEURE CONNUE
VICAIRES : D. BLAISE (1424... -- 1429); D. JEAN DE PROXIMO (1432) ; D. PHILIPPE RIVELLI (1432-1434) ; D. HUGUES REGIN (1434-1436); D. AYMON DE SONAY (1436... 1487); D. JEAN NANTELME OU NANTRINI (1437).
%£&A famille de la Frasse, Ze Fruria, paraît ètre origi- CZ naire de Sallanches. Elle tirerait son nom d’une localité près de cette ville. En 1355, les enfants de Pierre de la Frasse possédaient un fief dans la châtellenie de Châtillon et Cluses”. Cette maison donne à notre couvent deux prieures : Marguerite et Georgine, et plusieurs autres religieuses. Le priorat de Marguerite auquel nous sommes arrivés. dura dix-neuf ans de 1422 à 1441. Cette religieuse, appelée aussi Marie par les chartes, était cellérière ou économe sous la précédente prieure.
1 Voir Armorial, À. de Foras, tom. III, p. 17; Marguerite de la Frasse
mentionnée p. 20.
2 Lavorel, Cluses, I, 65.
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Les biens de la chartreuse furent administrés sous ce priorat par huit vicaires.
Le premier, D. Blaise, mourut dans l’exercice du vicariat en 1424.
La charte de 1429 absout son successeur et charge D. Rivelli, prieur du Reposoir, de pourvoir audit vicariat. Celui-ci nomme vraisemblablement à cette charge D. Jean de Proximo que l’on voit en 1482 vicaire de Mélan. D. Jean à cette époque est transféré au vicariat de Poleteins. A cette date, la charte capitulaire laisse deviner une certaine tension dans les rapports entre le couvent des Pères et celui des religieuses. On permettait volontiers, en ces temps-là, à des religieux de l'Ordre de se retirer, pendant quelques années, auprès de leurs confrères des maisons de moniales, soit pour y rétablir une santé ébranlée, soit pour y vaquer plus librement à des travaux intellectuels, tels que composition d'ouvrages, copie de manuscrits, etc... Or, en 1430, plusieurs chartreux habitaient Mélan. Leur entretien devint onéreux à nos moniales qui s’en plaignirent Le Chapitre général décida que la prieure de Mélan devait fournir auxdits hôtes ce qui leur était nécessaire, comme on a coutume de le pratiquer dans les maisons de l'Ordre. Mais il ordonna en mème temps que les Pères résidant à Mélan verseraient entre les mains de la prieure les honoraires de messes qu'ils recevraient, sans que la prieure fàt tenue d'en rendre aucun compte. Que si le couvent n’acceptait pas ces conditions, lesdits Pères retourneraient à la maison de leur profession, ou demanderaient une autre retraite. Le conflit s’apaisa sans doute, car il n’en est plus parlé dans les chartes suivantes".
À D. Jean de Proximo succéda D. Philippe Rivelli que les actes appellent aussi Rovelli ou même Nivelli. Après avoir été probablement prieur de la Lance, ce religieux fut nommé au priorat du Reposoir (1413-1430) et en même temps visiteur de l'Ordre. En 1430, il passe au vicariat de Salettes d'où on le transfère en 1432 à celui de Mélan ; il y unit, la
1 Catal. vicar.
première année, la charge de convisiteur à celle de vicaire !.
Comme on le voit par les divers postes qu’il occupe, ce dernier vicaire était en grande considération parmi les siens. Mais, quelle que fût sa prudence, il permit sous son vicariat un fait qui lui attira de sévères reproches. Le monastère du Reposoir possédait dans la vallée d’Arve, à mi-chemin de Mélan, un grangeage formant une agréable villa sur la paroisse de Thiez au lieu dit {a Créte. D. Rivelli autorisa les moniales à. s’y rendre en promenade et les y invita même à prendre un repas. C’était violer gravement les Statuts. Les PP. visiteurs connurent le fait. D. vicaire fut vertement repris et obligé de se tenir hors de sa stalle aux offices pendant deux mois. Il eût mérité, dit le Chapitre, une peine plus grave, c’est par grâce qu'elle ne lui fut pas infligée *.
Quoi qu'il en soit de sa conduite en cette circonstance, conduite bien innocente puisque D. Rivelli fut ensuite promu aux plus hautes dignités, la situation du monastère, lorsqu'il y arriva, était des plus alarmantes. Nous avons vu les morts se succéder rapidement de 1413 à 1422. L'année 1497 voit mourir sœur Guigonnette de la Croix. Puis se lève 1430, l'année meurtrière entre toutes, qui change en véritable désert le monastère de Mélan. Les chartes capitulaires nous ont conservé les noms de quatorze religieuses qui succombèrent cette année-là ; ce sont les sœurs : Péronnette de Vausérier, Hugonette de Montfort, Mathie de Bellegarde, Péronnette Blanche, Françoise de Bardonenche, Catherine de la Frasse, Nicolette du Bois, Jacomette du Bois, Jacomette de Porterie, Péronnette de Montfort, Mye Puayne, Claudia Goudard et sa sœur Catherine, enfin Guillemette de Cornillon.
Ému de ces morts répétées, le Chapitre général permet aussitôt à la prieure de recevoir à la profession six novices. Cette
1 Nommé une seconde fois prieur du Reposoir en 1434, il reprend, de 1433 à 1443, le titre de visiteur pendant son priorat. Absous de ce double office en 1448, il meurt le 24 mai de cette même année, et le Chapitre général de 1449 lui décerne la récompense du monachat dans tout l'Ordre.
2 Catalogue des Prieurs du Reposoir, dressé par D. Palémon Bastin.
3 Les sœurs Goudard étaient filles du noble seigneur Pierre Goudard de Verdevens (Taninge), d’une famille qui a tenu fief dans la paroisse de Fleyrier et qui eut une chapelle sépulcrale dans l’église de ce lieu.
mesure était insuffisante. Plusieurs religieuses de Salettes se trouvent à Mélan quelques années après ; nous pensons qu'elles y furent amenées par D. Grivelli, lorsqu'il passa du vicariat de Salettes à celui de Mélan, à dessein de combler momentanément les vides faits dans la communauté.
À D. Rivelli succède D. Hugues Regini ou Hugonin Rogin que l’on voit cité dans l’acte d'albergement des moulins de Sallanches dont nous parlerons plus loin. Profès de Pomier, D. Hugues, de simple moine, est nommé vicaire de Mélan en 1434 et absous en 1436. Il fut ensuite successivement prieur de Pomier, de Vallon, vicaire des moniales de Bertaud, procureur et enfin vicaire de Pomier. Il meurt dans cette charge le 16 décembre 1463.
Son successeur à Mélan, D. Aymon de Sonay, était, lui aussi, profès de Pomier. Son vicariat dura moins d’une année.
Le nom du septième vicaire n’est pas connu. Ce vicaire est absous par la charte de 1437 et fait place à D. Jean Nantelme, prieur de la Part-Dieu avant 1433, de Vallon vers 1434. D. Nantelme était prieur d’Arvières lorsqu’en 1437 il fut nommé vicaire de Mélan. Nous ignorons la durée de son vicariat. Dom le Couteulx dit qu’il exerça cette fonction plusieurs années et que son administration fut assez heureuse. Nous le trouvons encore vicaire de Mélan en 1444, signant une reconnaissance des biens de ce monastère envers Louis, duc de Savoie. Il passa ensuite au vicariat de Poleteins. Il était prieur d’Arvières lorsqu'il mourut en 1466.
En nommant prieure Marguerite de la Frasse, le Chapitre général l’exhortait à s'appliquer avec le plus de diligence possible aux exercices spirituels et à se moins préoccuper des intérêts matériels. Admirablement secondée par les vicaires du couvent, la prieure sut faire marcher de front les affaires extérieures et la vie intérieure. Sous son priorat les biens du monastère semblent en voie de prospérité. Les actes de cette époque consignés dans l’Inventaire sont nombreux et divers.
Le 4 décembre 1423, Mélan, de concert avec les communiers d'Avonay, du Mont, du Vernev, de la Pallud, acquérait du sieur Bénevix
des Gets un mas de bois, paquéages, prés, rochers, sis aux Gets, en la, montagne de Layez!.
Le 14 novembre 1432, noble Jacques de Menthon, alias de Dingier, lui vendait un bois de chènes de la contenance de trois poses. Jean- Bernard Alinge, not'i.
Noble Pierre de Marignier devait 10 florins à Mélan. Il les change contre 4 livres, monnaie de Savoie, censuelles et emphytéotiques que Jean et Pierre Bosson lui doivent et qu'ils payeront à Mélan à.
Le 26 mai 1428, Mélan albergeait à Jean Cussinet, de Cluses, 3 poses de terre au Fresney, territoire de Châtillon, sous le servis de 3 octanes de froment i.
Cinq ans plus tard, en 1433, le monastère achetait d’un nommé Pierre du Pra une fossorée et demie de vigne en Lespinyer sous Vigny (Thiez)ÿ.
Les autres actes, plus importants, peuvent se rapporter à quatre chefs : aigage de Giffre, moulins de Sallanches, four de Taninge et amortissement de divers biens par Amédée VII, duc de Savoie.
Voici les actes concernant la propriété du Giffre.
Le châtelain de Bonneville avait manifesté l'intention d’acenser la pèche du Giffre à des particuliers. Mélan à qui cette pèche appartenait, par ses titres même de fondation, se hâta de présenter une supplique au juge mage du Faucigny qui reconnut ses droits par lettres du 14 octobre 1426°. Malgré cette reconnaissance, le châtelain passa outre à la défense et loua ce droit de pèche à noble Jean de Marignier, Aymonet Cornut et autres. Mélan renouvela ses plaintes, produisit les actes des donation et concession qui lui avaient été faites de ladite pèche jusqu’à Arves. Par décision du 23 mars 1428, le gouverneur reconnut les droits du monastère et le contrat passé entre le châtelain de Bonneville et ceux de Marignier fut déclaré nul de plein droit’. Sûr de son droit et avant d’en recevoir cette dernière preuve, Mélan, par transaction passée le 6 octobre 1427, permettait aux habitants de Samoëns de
1 Inx., D. 4; f° 14.
* Inv., D. 29; f° 18 ; et Registre des déclarations déjà cité. 3 Inv., L. 12, f° 41.
4 Inv., J. 8; f°31.
S Inv., K. 15; f° 36.
6 Inv., C. 4; f° 10.
7 Inv., C. 6; f° 10
pècher au Giffre, rière leur mandement, avec le filet ; étaient exceptés le filet appelé sorey, les rappes, toute venne et la fuyne !.
Jusqu'à cette époque, la chartreuse ne possédait sur le Giffre que le droit de pèche. Elle en acquit bientôt un autre. Pierre Fabry avait acheté en 1434 de Jacques de Cuyn l’aigage de Giffre dès l’étable du petit Marvel (Samoëns) jusqu’au pont d’Éthézières pour 6 florins et fait construire, vers le mème pont au lieu dit en Arsonnaÿ, trois moulins et un battoir. Mélan, par transaction du 11 avril 1439, acquit ces artifices, leurs fonds et dépendances pour la somme de 120 florins ?. |
Le monastère possédait déjà, nous l’avons vu, les moulins sis sur les rives des deux Sallanches dans la ville de ce nom. Le 28 mars 1427, il avait albergé à Henri et Pierre Ponier les quatre moulins sis sur la Sallanche dite des Lombards avec un battoir-fouloir, leurs aigages et tous leurs artifices. plus une petite maison dépendant de ces moulins, sous la cense annuelle et emphytéotique de 36 octanes de froment, mesure de Cluses, et 24 sols, monnaie de Savoie. Mélan se réservait les moulins et artifices situés sur la Sallanche dite de la Croix, pour en disposer à son gré.
Huit ans plus tard, le 15 février 1435, Pierre Cuydin du Mont succédait aux frères Ponier dans ce même albergement. Les conditions seules en furent modifiées. Cuydin donnera à Mélan 300 florius d’introge, bon or et petit poids. Chaque florin vaudra 12 sols de la monnaie seigneuriale qui aura cours parmi les marchands du Faucigny. La cense annuelle sera réduite à 16 sols vieux genevois. Ledit Pierre ne pourra construire aucun artifice, battoir ou fouloir, sur cette eau des Lombards, au préjudice de la ville de Sallanches et de la maison de Gayo; en outre, il fournira à l'entretien du vicaire de Mélan et de son domestique quatre fois par an, lors de leurs visites. Le Général de l’Ordre cartusien devait ratifier le présent contrat.
1 Inv., C. 5; f° 10.
2 Inv., C. 21; f° 12.
3 Inv., H. 5; f° 28.
Cet acte fut signé à Mélan auprès de la salle capitulaire. Chaque religieuse prèta le serment more religiosorum, ponendo manum suam supra pectus suum, en posant la main sur sa poitrine. Furent témoins : Anserme de la Pallud, Pierre de Vernex, Jacquet, fils de Rodolphe Perrier, et noble Jacques, fils de Pierre de Menthon, soit de Dingier, de la paroisse de Fleyrier. Falquet de Meydon, de Sallanches, et Rolet, d’Avonay, not, par ampliation, Imenset, de Sallanches, not° !.
Le Chapitre général de 1435 s’occupa de cet important albergement. Les Pères visiteurs furent chargés d'informer au sujet de ce contrat, de le valider ou invalider, selon qu'ils le jugeraient à propos. En cas de validation, Mélan devait verser les 300 florins d’introge, en dépôt, au monastère de Pomier, jusqu’à ce que se présentât l’occasion d’un bon placement*. L'acte d’albergement fut ratifié.
Citons encore un acte concernant des moulins. Au confluent de trois nants, celui du Crest de la Pierre de Bussil, celui de Burbancyn de Cassonnière et celui du Pré des Alpes (nous ignorons le lieu de ce confluent), le monastère possédait par indivis avec Pierre Frarin, soit Fruëz, un moulin et un battoir. Le 18 avril 1437, Mélan albergea sa part à son copossesseur aux deux conditions suivantes : Ledit Frarin payera au seigneur du Faucigny les servis dus sur ces moulins, et à Mélan, la pension annuelle et perpétuclle de 12 deniers.
C’est à cette époque qu'a lieu l'acquisition par Mélan de la moitié du four de Taninge. Béatrix de l'Ile et Pierre Gentil, soit Bonsa, possédaient ce four, situé au delà du pont de Foron, par indivis avec les héritiers de Pierre Burdet. Mélan acheta la part de Béatrix et de Pierre Gentil.
Les habitants de la dimerie de Fleyrier étaient obligés de faire cuire leur pain à ce four. Par une première transaction du 3 août 1431 ,Mélan accorda aux Burdet d’y faire cuire gratuitement le pain pour deux maisons, et se réserva en retour
1 Inv., H. 6; f° 29.
? Catal. prioriss.
3 Inv., C. 20; f° 11.
# Inv., D. 5; f° 14.
la cuisson gratuite de six coupes de froment!. Cette concession était insuffisante. Fleyrier déclara qu’il ne pouvait porter sans dommage sa pâte à Taninge distant d’un kilomètre environ. Une sentence arbitrale intervint le 10 décembre 1432 entre Mélan et les Burdet d'une part, et 15 habitants de Fleyrier d'autre part. Chacun de ces derniers pourra construire un four à domicile et y cuire les pains nécessaires à son usage. Nul autre ne pourra faire cuire un seul pain dans ces fours, sous peine de 10 livres d'amende, monnaie de Savoie, et de 10 octanes de froment; l’amende sera payée au seigneur du Faucigny et le blé versé aux propriétaires du four. Cette permission est accordée sous le servis de trois gros par chaque four. Joly, not‘.
Sept autres particuliers firent plus tard le même accord avec Mélan et les Burdet*.
Enfin, le 18 février 1436, Mélan albergea en emphytéose ses droits sur ledit four à Jacques Revillod, pour lui et ses descendants. Ledit albergataire aura le droit d'y faire cuire chaque semaine 5 quarts de froment, et de construire un four en deçà du même pont de Foron, au lieu appelé Emchy.Les conditions du contrat sont, pour la moitié indivis : une cense annuelle de 60 sols 6 deniers de Savoie, et pour le pont en decà du Foron : 60 sols aussi, plus un bichet de froment, à la mesure de Cluses. Sous ces conditions, Mélan s'engage à ne laisser construire aucun four ni au delà ni en deçà du Foron, et à interdire à qui que ce soit de faire cuire à d’autres fours que ceux susmentionnés. Cet acte excepte du contrat 1° les quinze personnes qui ont obtenu le droit de cuire leur pain à domicile, 2° Étienne de Montenys et les siens qui en vertu d’un acensement de ? sols annuels ont construit un four privé (Avonay, not°), à condition que ce four ne serait pas uni à celui delà le pont, ni vendu aux héritiers Burdet sans le consentement de Mélan °.
Cependant, la Savoie avait changé de souverain. Au Comte-
{ Inv., D. 5; f° 15.
2 Inv., D. 5; f° 15.
3 Inv., D. 2; f° 14.