CT A
Vert, Amédée VI, dont nous avons vu l’attachement à notre monastère, avaient succédé, en 1883, le Comte-Rouge, Amédée VII, puis Amédée VIII qui en 1416 prenait le titre de Duc.
En 1484, un rapport fut adressé à ce prince au sujet de Mélan par les commissaires et receveurs d’extentes des mandements de Châtillon, Cluses et Samoëns. Ceux-ci lui déclaraient que le monastère possédait plusieurs biens dont l'occupation s’était faite sans investiture, sans laod et amortissement d'aucune sorte. Amédée VIII, sur la demande de la prieure Marguerite de la Frasse et du vicaire D. Hugonin Rogin,régularisa cette situation. Parlettres patentes du 29 août, il amortissait les biens et possessions de ladite chartreuse, soit censes, revenus, tributs, pensions, usages et tous autres, à elle parvenus jusqu’à ce jour à titre de legs, donations ou à quelque titre que ce soit, et dégageait lesdits biens de toute charge d'hommage, qu’ils soient des fief, arrière-fief, emphytéose ou du domaine direct dudit prince. Ces lettres, dont Mélan possède une ancienne copie, spécifient en cinquantehuit parts les biens, revenus et droits du monastère non encore amortis à cette époque. Les voici en résumé : 224 sols, 2 deniers, 24 octanes de froment, 2 boites de sardines dues par le seigneur de Lullin pour le carème, 5 chapons, le tout de cense annuelle; plus, divers prés et bois sans contenance, plusieurs vignes, le four de Cellières (Rivière-Enverse) donné par les sires de Ferney et de Cholay, un moulin et une part de dimes au mème lieu, la moitié du four de Taninge, des droits sur le four de Châtillon et une grange à Samoëns.
L'amortissement de ces biens a lieu sous la condition qu’à chaque mutation de prieure le couvent sera tenu de verser entre les mains du châtelain de Châtillon et Cluses, en guise de laods et ventes, 15 florins d’or petit poids.
Ces lettres furent signées à Thonon le 29 août 1434, en présence d'illustre Louis de Savoie, fils ainé d'Amédée et comte de Genève, assisté des seigneurs Louis Bâtard d’Achaïe, Nicod de Menthon, Humbert de Glerens, Rodolphe de Coudrey, Jean de Compeys, Jean Cérister, Antoine des Dra-
gons, Pierre de Menthon, bailli de Genevois, et Guigues Gervais. Signé : Laporte et Guigonard !.
Sous le priorat de Marguerite, de généreux bienfaiteurs vinrent secourir Mélan. La charte de 1435 cite en particulier. Dame Marie, épouse de Jean de Genève, seigneur de Lullin, et Jean Michallet du Pas. Ce dernier était mort le 21 septembre 1434 et les Pères du Chapitre lui accordaient un anniversaire dans toutes les maisons de l'Ordre.
Depuis 1430, les vides faits dans les rangs des religieuses s'étaient rapidement comblés. En 1435, l’acte d’albergement des moulins de Sallanches est signé en présence des dix-huit Chartreuses professes suivantes : vénérables Marguerite de la Frasse, prieure, Jeannette de Chissé, sous-prieure, Jeannette Bertinaz, sacristine, Anne de Chissé, Jeannette de Cornillon, Antonia de la Croix, cellérière, Réatrix Famelloz, Jeannette de Cohendiers, Henriette d’Orsier, Alexie ou Alyse et Péronnette de Blonay, Ancélixe de la Frangère, Françoise d'Estanche, Claudine et Marie de Menthon soit de Dingier. Marie de Reymondeins, Péronnette d'Avonay et Nicolette de Montfort. Toutes n'étaient pas présentes à cet acte. Claudine de Chissé et Béatrix de Bonne, prieures peu de temps après, n’y figurent pas ; et, d’ailleurs, les novices pouvaient être nombreuses. Quoi qu’il en soit, le Chapitre général de la mème année constate que le nombre des moniales de Mélan devient excessif : Domus est nimium populata monialibus, et il ordonne aux religieuses de Salettes, transférées à Mélan pour un temps, de retourner au monastère de leur profession aux frais de Mélan. Les vicaires des deux maisons et autant de personnes qu'il sera nécessaire les accompagneront jusqu’à Salettes,. et cela avant la fête de saint Michel. Que si des religieuses de Mélan ou de Salettes croyaient devoir faire quelque objection à l’encontre de cette décision, elles sauront d'avance que leurs plaintes ne seront pas écoutées.
Malgré ce décret qui semblait sans réplique, quatre moniales de Salettes demeurent à Mélan une année encore. Le
1 Arch. de Mélan.
Chapitre général suivant leur enjoint de regagner leur monastère aussitôt après le passage des PP. visiteurs à Mélan!.
Depuis la fondation du monastère, un abus s'était glissé dans le couvent. Nos religieuses, possédant encore certains droits sur leurs biens patrimoniaux, allaient, sans trop se soucier de la clôture et des statuts de l’Ordre, percevoir en personne les dimes de ces biens. Le Chapitre général de 1430 sévit énergiquement contre un tel abus. « Les moniales chartreuses qui désormais violeront la clôture perdront le voile par le fait mème. Qu’elles exercent donc leurs droits par l'entremise du vicaire, c’est la règle. »
Cet abus toutefois n’était pas sans excuse. La clôture de Mélan n'était pas alors ce qu’elle fut dans la suite : elle ne comprenait que les jardins qui entourent le monastère. La prieure exposa humblement cette situation au Général de l'Ordre. Le Chapitre de 1486 répondit par le décret suivant : « L’enclos du monastère de Mélan étant trop étroit, les visiteurs qui se rendront cette année-ci audit couvent détermineront l’agrandissement à donner à cet enclos. A cette fin, ils fixeront dans le pré contigu au monastère certaines limites que les religieuses ne devront pas franchir. L’enclos désigné sera peu à peu entouré d'une palissade entrelacée, dilatortio isic).» Nous pensons que les limites tracées par les visiteurs furent celles de l’enclos qui subsista jusqu’à la Révolution française. D. Innocent le Masson remplacera, au xviie siècle, la palissade par un mur dont les ruines se voient encore de nos jours. L’étendue de cet enclos, y compris le monastère et ses dépendances, est d'environ 100 journaux de terrain. |
Marguerite de la Frasse avait heureusement, pendant près de vingt ans, présidé aux destinées de Mélan. Dieu l’appela à lui en l’année 1441 *.
1 Catal. prioriss.
2 Ibid.