‹ Histoire de MélanChapitre 53 sur 124 · JEANNETTE DE COHENDIERS, DIX-HUITIÈME PRIEURE CONNUE · texte numérisé non relu

JEANNETTE DE COHENDIERS, DIX-HUITIÈME PRIEURE CONNUE

VICAIRE : D. GUILLAUME BADELLI (1458-1470).

ous connaissons la famille de Cohendiers. Le Cha-

pitre de 1454, après avoir accepté la démission de

Béatrix de Bonne, ajoute : « Le couvent nommera sa nouvelle prieure. Si l'élection est canonique, le prieur de Pomier, visiteur, et celui de Vallon la confirmeront ; sinon, ils choisiront une prieure qui réunisse les conditions requises. » Le choïx de la communauté tomba sur Jeannette, appelée aussi Iolande de Cohendiers, dont l'élection fut approuvée.

Les chartes n'ont pas conservé le nom du vicaire qui administrait Mélan au début de ce priorat. Peut-être était-ce encore D. Jean Nantelme ? En 1458, le Chapitre général nomme au vicariat D. Guillaume Badelli. D'abord prieur de Montmerle, puis de Valsainte (1444-1446), D. Badelli était

prieur de Valbonne (1446-1458) lorsqu'il fut appelé au vicariat de notre monastère. Il exerça cette charge jusqu’à sa mort qui eut lieu le 7 avril 1470. Le Chapitre lui accorda un anniversaire dans tout l'Ordre.

Le premier acte qui se rapporte au priorat de Jeannette de Cohendiers, dut remplir de joie notre couvent. Mélan, grâce à ses religieuses issues des premières familles du pays, possédait déjà dans le monde de grandes relations et de puissants protecteurs. Anne de Chypre, épouse de Louis, duc de Savoie, voulut elle-mème donner un témoignage de sympathie à ce pieux monastère. Elle demanda au duc, en faveur de Mélan, un acte officiel de protection. Par lettres en forme de patentes du 4 janvier 1455, Louis accédait à ses désirs, approuvait la fondation de Mélan et son contenu, voulait qu'elle eût tout son effet et prenait cette chartreuse avec tous ses droits et biens sous sa protection spéciale !.

La reconnaissance des biens de Mélan que devait faire chaque prieure ne se fit qu’en 1460, le 21 mars. Elle reproduit celle de Béatrix de Bonne. L'acte fut signé à Mélan « entre les deux grandes portes », en présence de Jean Clet, notaire, Jean du Saix, de Samoëns, et Jean Charlet, prébendier de Mélan, témoins à ce requis. Signé : Barbier, commissaire.

Que signifie ce mot de prébendier que nous venons de rencontrer ? Les lettres d'amortissement de 1434 parlent déjà d'un Mermet, prébendier des religieux de Mélan. Nous pensons que ce mot désigne un sacristain servant les Pères pendant les saints offices.

En 1435, les moulins de Sallanches avaient été albergés à Pierre Cuydin. Cet albergataire les garda vingt ans et les vendit ensuite à Jean Rubin, de Sallanches. Le 7 février 1455, Mélan approuva cette vente et investit ledit Rubin de ces biens sous les charges du précédent albergement. Toutefois, au lieu de 16 sols de cense annuelle, Rubin payera 18 sols et sera exempt de défrayer le vicaire lors de ses visites.

Deux autres contrats furent signés à cette époque. Le 17 octobre 1461, Mélan loue à Ansermod Rapin une demi-pose de terre aux Rapilles,

sous le servis de 2 sols ou d'un quart de grumeaux, mesure de Cluses.

Le 24 mai 4462, Aymonnet Mathei vend à Mélan la rente d’un bichet de froment imposée sur une sétorée de pré-verger, une demipose de terre et une grange, au territoire de Chaplonnaz, jouxte la terre des nobles de Lucinge de lassieu, etc.?.

Pendant ce dernier priorat, l’état sanitaire de la communauté ne semble pas avoir été aussi florissant que durant les vingtcinq dernières années. Les chartes rapportent la mort de six religieuses en dix ans; ce sont les sœurs : Jeannette Bertin, Guillemette des Coches, Péronnette de Blonay, Anne de Chissé, Antoinette de la Croix et la prieure elle-mème Jeannette de Cohendiers. La peste alors ravageait la Savoie. Étienne de Lucinge, fils de noble Jean de Lucinge et de Catherine du Saix, fille d’égrège et puissant homme messire Claude du Saix, chevalier, seigneur de Rovorée, faisait, le 2 septembre 1458, un testament qui nous intéresse. Or, il y fait allusion à ce fléau. Peut-être cette épidémie exerça-t-elle son influence sur notre monastère.

De hautes protections cependant consolaient nos religieuses aux heures de détresse. Dans le testament que nous venons de citer, Étienne de Lucinge fait à sa fille Eustache, qui doit entrer à Mélan, un legs de 100 florins d’or, pp. En cas de mort, ces 100 florins reviendront à sa sœur Percevalle, déjà religieuse à Mélan, à laquelle, outre 100 florins déjà donnés, il lègue encore 6 florins”*.

Notre chartreuse compte encore à cette époque une bienfaitrice, Catherine Granger. La charte de 1468 qui annonce sa mort ne nous donne que son nom.

Voici quelques données sur l'état du monastère à cette époque :

Le Chapitre général de 1455 avait décidé que les Peres visiteurs se rendraient à bref délai à Mélan pour y faire la visite canonique, et délibérer, de concert avec le vicaire, la prieure et les anciennes moniales, sur l'extension de clôture

1 Inv., L. 14; f° 42.

2 Inv., L. 15; f° 42.

3 Archives du prince de Cistria-Lucinge, copie aux archives de Mélan.

nécessaire au spaciement des religieuses. Cette extension se fera rière le monastère et le vicaire prendra ses mesures pour que la décision soit exécutée au plus vite.

Cette visite n'eut pas lieu immédiatement, à notre connaissance du moigs, car la première que nous rencontrons dans les chartes est du mois de mai 1462. Les deux Pères visiteurs furent Jo. (sic), prieur de Valsainte, et Ja. {sic', prieur de -Pomier. Le monastère comptait alors cinquante-cinq personnes ainsi réparties : 4 religieux, 33 religieuses consacrées, 2 frères donnés, une sœur donnée, 15 domestiques dont 3 femmes.

- Les visiteurs énumèrent ensuite les têtes de bétail par espèces : race bovine, sans compter les petits veaux : 90 tètes, dont 60 vaches laitières, 14 génisses, ? taureaux, etc. ; race chevaline : 6 juments, 2 poulains de deux ans, un d’une année, un cheval et une mule pour le vicaire.

Tel est le résumé que D. le Couteulx donne de cette charte de visite dans son catalogue des vicaires. Il est à regretter que la charte elle-même ait disparu; nous y retrouverions sans doute la décision prise au sujet de l’enclos et le bilan financier du monastère à cette époque.

Trois ans après cette visite, vénérable Jeannette de Cohendiers quittait ce lieu d’'exil pour la véritable patrie. Son obit se trouve dans la charte de 1465.

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