FRANÇOISE D'ESTANCHE, DIX-NEUVIEME PRIEURE CONNUE
VICAIRES : D. GUILLAUME BADELLI (1458-1470) ; D. JEAN NÉPOTIS (1470-1472); D. JEAN BÉROD (1472-1480).
A famille d’Estanche est probablement originaire APS d'Évian, où se trouvent le mas et l’oratoire de la
Détanche'. Quant à la prieure, le Catalogue se borne
1 A cette époque, un Antoine d’Estanche était curé de Massongy. 3. F.6G.
à donner la date de son entrée en charge, 1465, et celle de sa mort, 1477.
Sous ce priorat se succédèrent trois vicaires : D. Badelli que nous connaissons, D. Jean Népotis et D. Jean Bérod.
D. Népotis jouissait dans l’Ordre d’une haute estime. Il avait une réputation d'administrateur consommé. Aussi, ses supérieurs lui confièrent-ils douze fois la direction de divers monastères!. |
Après sa mort, le Chapitre lui accorda le plein monachat dans la province de Bourgogne et une messe de Beata dans tout l’Ordre.
Son successeur à Mélan, D. Jean Bérod, était profes de Pomier. Recteur de Sylve-Bénite en 1464, puis prieur de Ia Lance (1464-1470), il occupait le priorat de la Part-Dieu (1470-1472), lorsqu'il fut appelé au vicariat de notre monastère. Il exerça cette charge jusqu’en 1480, année où, sur ses vives instances, il fut absous et nommé vicaire de Pomier. D. Bérod était vicaire de Mélan, en 1476, quand le prieur de Pomier le choisit comme assistant pour aller faire la visite canonique de la chartreuse du Reposoir. Les chartes font de lui un bien bel éloge. Homme très pieux, il aimait la solitude. Son culte pour elle lu‘ obtint le privilège d’une cellule réservée à la Grande Chartreuse. Par une rare faveur, il y renouvela sa profession. Accablé sous le poids de l’âge et des infirmités, il se retira, sur une bienveillante autorisation du Général et pour y soulager ses fatigues, à la maison de la Correrie, où il mourut solitaire le jour de la Purification de Notre-Dame en 1504.
Dès son entrée en charge, Françoise d'Estanche s’occupa de la reconnaissance à présenter au souverain des biens du monastère. L'acte en fut rédigé le 26 avril à Mélan contre le
! Profées de Dijon, il est nommé successivement prieur de la Lance (1460-1461) : vicaire des moniales «le Prémol (1464-1466) ; prieur de Saint- Huyon (1465-1470); vicaire de Mélan de 1470 à 1172; prieur de Calais
(1473- ); de Beaune (1476-1183); une seconde fois prieur de Calais (1433-1484); prieur cle Bonlieu ( -1186); de Portes (1436-1483) : de Vaucluse (1483- ); de Mézériat, et de nouveau prieur de Bonlieu jusqu’à
sa mort arrivée le 27 mai 1501. Pendant l'exercice de ces diverses charges, il avait été convisiteur, puis visiteur de la province de Bourogne.
chœur de l’église, en présence de Jean Clerc, notaire, Jean de la Sya, et Jean fils de Jean, Rosset, témoins. Signé : Boquys, commissaire.
Le 26 janvier 1470, Étienne Châtel de Bonnières passait en faveur de Mélan une reconnaissance de plusieurs pièces de terre dépendant d’une grange que possédait ledit monastère à Saint-Jean-de-Tholome ?.
Le 26 juin 1472, Mélan albergeait à Béatrix Duval un journal de bois au territoire de Thomous, lieu dit en Terre Rousse, sous la cense emphytéotique de 12 deniers.
Un acte assez important fut passé par la chartreuse le 14 septembre 1475. Un conflit s'était élevé au sujet des limites de la dimerie de Cellières, entre Mélan, l’abbé d’Aulps <t les nobles Guillaume et Pierre du Châtelard (Saint-Sigismond). On réunit un conseil de prud'hommes. Trois pierres noires sourdes, sur lesquelles on grava une croix, fixèrent ces limites à la satisfaction des partiesi.
Cependant, grâce à des circonstances fortuites, Mélan étendait ses possessions en Bonnaval (Pradelis-Taninge).
Jean, fils de feu Mermet Goudard, de Verdevens (paroisse de Fleyrier), vu des embarras de fortune et aussi le profond dévouement, éntinmam devntionem, qu’il professait envers Mélan, vendait audit monastère, le 26 novembre 1466. la moitié d'un pré de 10 sétorées, pour le prix de 200 florins d’or pp. Comme symbole de prise de possession, l'acquéreur recevait des mains du vendeur une plume à écrire. |
Deux ans après, Péronnette, fille d'Ansermod Avril et veuve de Pierre Goudard, au nom et comme tutrice de ses enfants mettait aux enchères la seconde moitié du pré susdit. Mélan en faisait l'acquisition au mème prix et dans la forme de la première vente.
1 Archives de Mélan.
? Inv., N. 11; f° 51.
Inv., J.9; f° 31.
4 Inv., C. 29; f: 12’. On voit encore aujourd’hui, avant d'entrer au village de Saint-Sigismond, sur l’ancienne route, un bloc de pierre, sur lequel est gravée une belle croix de Savoie. Cette pierre serait-elle une de nos limites ?
Ces deux actes furent signés à Mélan, dans la cellule du vicaire, en présence, le premier, d’Aymon et Jean Roset, Pierre Nachon, Simon de la Pallud, témoins, Jean Clerc, de Blens (Châtillon), notaire ; le second, de discret Pierre Janin, prêtre, Jean Clerc, de Taninge, et Nicod Jacquet, de Cluses. clercs, Jean Jacquier, Pierre Bueller, Jean Roset et Henri, fils d’'Anselme Avril, de Fleyrier, témoins, Jean Vachon, de Sallanches, notaire!.
Janus de Savoie, comte de Genevois, qui avait reçu en apanage la baronnie de Faucigny, accorda, pour dix ans, au monastère l'investiture des deux acquisitions précédentes, moyennant 20 florins d’or pp. Passé dix ans, ces biens devaient être vendus à des personnes qui pussent payer au trésor les redevances ordinaires. Ces lettres furent données à Annecy le 11 août 1468, en présence de Bernard, seigneur de Menthon, Bernard de Reya?, président, Guillaume de Genève, seigneur de Lullin, Jean de Ossens, juge du grand Genevois, Pierre de Miounaz, maître d’hôtellerie, Eustache de Crans et Jean du Clos, maîtres des comptes. Signé : Greyves et Sceltes*.
Le 29 mai 1467, Mélan avait encore acquis, en Bonnaval, de Jean Avril, d'Avonay, une grange et un pré de 4 sétorées”.
Enfin, le 28 décembre 1469, Pernod, fils de Jacques Dumont, de Châtillon, vendait à la chartreuse une pièce de terre en pré, jores et pâturages, d’environ 14 sétorées, située au même territoire, ainsi que deux granges construites en bois et valant ensemble, au dire d'experts, 50 florins d’or, le tout pour le prix de 300 florins d'or pp. Cet acte était passé à Mélan, en la cellule du vicaire, par devant Jean Vachon, de Sallanches, et Jean Clerc, de Blens, notaires. Étaient témoins : noble Humbert de Cohendiers, Rodolphe Jacquier d’Avonay, Henri Playson, le jeune, Janin Dessuet, Jean de la Sya et plusieurs autres.
1 Arch. de Mélan.
? Bertrand de Dérée (Dereya). J. F. G.
3 Juge mage du Genevois. J. F. G.
4 Arch. de Mélan.
$ Inv., E. 14: f° 20.
6 Arch. de Mélan.
Le 9 janvier 1477, Janus de Savoie, par de nouvelles lettres patentes, revenait sur les conditions posées par les lettres de 1468. Les deux acquisitions amorties par ces dernières furent unies à celle du 28 décembre 1469. Le baron de Faucigny en investit Mélan, mais cette fois-ci à perpétuité. Par l'investiture, il dégage ces biens de la condition féodale, toutefois sous les servis, usages et tributs annuels dus au prince souverain suivant la coutume, et en outre, moyennant le payement de 5 florins d’or pp. à chaque mutation de barons du Faucigny ; et c'est encore sous la réserve que si les biens ainsi vendus venaient à retourner en des mains profanes (civiles, ils reprendraient leur ancienne condition féodale. Le prince fait l'amortissement de ces nouvelles propriétés moyennant 240 florins d’or pp'. Données à Annecy, le 9 janvier 1477, en présence des seigneurs Bernard de Menthon, Bernard de Reya, président, Jean de Ossens, juge du Genevois, Antoine d'Annecy, avocat fiscal, Eustache de Crans et Jean du Clos, maîtres des comptes, et Humbert Gruet, trésorier. Signé : Leport et Mignon.
Cependant, un nouveau conflit avait surgi au sujet des dimes de vin de Marignier. Pour prévenir un procès imminent, Mélan eut recours au baron de Faucigny, lui présenta l’acte de donation de ces dimes au monastère par Hugues dauphin ‘1320 et les quittance et rémission faites par le seigneur Boniface du Saix, du 5 octobre 1441. Janus répondit par de troisièmes lettres données à Annecy le 15 juillet 1477, en présence des témoins cités dans l’acte précédent. Le baron confirme, retient les religieuses en possession de la moitié des dîimes du vin dans la paroisse de Marignier, à partir du pont jusqu’à la villa d'Onay, et il amortit de la condition féodale ladite dime moyennant le tribut annuel d’une chevalée de vin payable an châtelain de Bonneville, à la Saint- André *?.
La quittance du seigneur du Saix reconnaissait les droits de Mélan sur les deux tiers de la dîime du vin de Marignier. Janus de Savoie ne leur attribue ce droit que sur la moitié.
1 Arch. de Mélan.
2 [hid.
Outre les actes que nous venons d'analyser, deux faits intéressants se passèrent sous le priorat de Françoise d’Estanche. Le premier est la visite des délégués du Chapitre général, faite en 1469. Dom le Vasseur relève ainsi, d’après la charte des Pères visiteurs, l’état du personnel de notre monastère à cette époque : 5 religieux, 27 religieuses, 4 novices, une sœur donnée, 15 domestiques dont 3 femmes; en tout 52 personnes au lieu des 55 qu'avait énumérées la précédente visite.
L'autre fait est la visite de Mgr Mamert Fichet. On sait que Jean Louis de Savoie, alors évèque titulaire de Genève, n'était pas prêtre. Il avait confié l'administration religieuse de son diocèse à des suffragants.
Mamert Fichet, originaire du Petit-Bornand, évèque d’Hébron et vicaire général de l’évèché de Genève, fit en 1470, au nom de l’évêque, la visite des églises et cures du diocèse. Le 25 mai 1470, il visitait l’église de Fleyrier et,le mème jour, prononçait un discours public à Mélan, en présence des religieuses !. C’est la première visite épiscopale que nous ayons pu trouver depuis celle du 28 décembre 1290, dans laquelle Guillaume de Conflans, évèque de Genève, consacra l’église du monastère.
Un fait historique se passait à cette époque dans la vallée du Giffre et dut vivement impressionner le monastère. Les Valaisans firent irruption sur le bourg de Samoëns et le saccagèrent (11 juin 1476). De leur paisible couvent, nos moniales purent voir la fumée et les lueurs de l'incendie, Dieu sait avec quelle terreur ! Par bonheur, la troupe ennemie ne vint pas jusqu'à Mélan :.
Deux nobles dames témoignèrent sous le priorat de Françoise d’Estanche leur bienveillance pour nos religieuses. Par son testament de l'an 1471, Jeanne de Compeys, veuve de noble Philibert de Menthonay, léguait à Mélan son drap d’or et 100 florins, à la charge de dire tous les samedis une messe et un Libera pour le repos de son âme *.
1 Bibliothèque de Genéve. Visite des églises et cures, vol. II, p. 251. 2? Hist. de Samoëns, jp. Ÿ?.
3 Inv., A. 29; f° G.
D'autre part, noble Marie, épouse de noble Jean de Genève, seigneur de Lullin, est comptée par D. le Couteulx parmi les bienfaitrices de Mélan. Sa mort est rappelée dans la charte de 1477.
Les chartes citent en outre quatre moniales qui moururent durant cepriorat; ce sont les sœurs : Jacquemette de Chissé, Jeannette de Cornillon, Henriette de la Frasse et Ancelix de la Frangère. La vénérable prieure les rejoignit bientôt. On trouve son obit dans la charte de 1477.