‹ Histoire de MélanChapitre 56 sur 124 · VINGT ET UNIÈME PRIEURE CONNUE · texte numérisé non relu

VINGT ET UNIÈME PRIEURE CONNUE

VIGAIRES : D. PIERRE DURIER (1480-1491); D. PIERRE ALBI (1491-1492; ; D. ANTOINE BURLAND ‘1499-1494; D.JACQUES FABRI 1494-1526).

*A noble maison de la Croix, de Scionzier, nous Ce avait déjà donné une prieure, Périne,en 1410. Joannine, de la mème famille, exerça un priorat de vingt ans (1480-1500), traversé par des querelles intestines qu'il serait difficile de juger exactement. Les chartes capitulaires y font allusion d’une manière si discrète, la plume des chroniqueurs chartreux est si légère, que nous sommes réduit le plus souvent à de simples conjectures, comme nous le verrons plus loin.

Cependant, toute l’activité de la prieure ne fut pas absorbée dans des mesures de discipline. Plusieurs actes main-

1 Inv., L. 16; f: 42.

2? Inv., L. 16: f° 42.

3 Inv., K. 17; f° 36.

* Dom le Vasseur.

5 Les Bauges, par l'abbé Morand. Arlon, t. IT, p. 238.

PT

tinrent l’heureux état des propriétés du monastère. D’ailleurs, Joannine de la Croix fut secondée dans cette double tâche par les quatre vicaires qui se succédèrent sous son priorat.

D. Pierre Durier fut nommé au vicariat l’année même où Joannine entrait en charge. Profès de la Part-Dieu, puis prieur de Pomier, il était, au moins depuis 1477, prieur du Reposoir lorsqu'en 1480 il fut envoyé à Mélan. Il y exerça les fonctions de vicaire durant onze ans, et mourut, simple moine, peut-être à Mélan, le 24 janvier 1507.

Le deuxième vicaire est D. Pierre Albi. Nous trouvons dans notre inventaire (L. 16; f° 42) une famille Albi, alors propriétaire à Thiez. En 1479, un Pierre Albi possédait un pré au levant des possessions de Mélan en pré Lombard (paroisse de Thiez). Notre vicaire était-il de cette famille? Il fut vicaire de Mélan de 1491 à 1492.

Le choix d’un vicaire si expérimenté avait eu pour cause sans doute les troubles intérieurs de notre monastère. Comme nous le verrons plus loin, D. Albi ne parvint pas à pacitier la petite colonie. On le remplaça par un vicaire plus énergique qui pût mener cette œuvre à bonne fin.

D. Antoine Burland fut vicaire à Mélan de 1492 à 1494. Prieur d’Aillon en 1484, il avait ensuite été nommèë prieur du Reposoir et convisiteur de 1484 à 1488. Il était prieur de Pierre-Châtel (1488-1492) quand on fit choix de lui pour Mélan. Absous après deux ans de vicariat, il reprit en main la direction de Pierre-Châtel jusqu’en 1497, année où il passa en la mème qualité de prieur à Avignon (1497-1500). Prieur de Pierre-Châtel une troisième fois, il mourut dans ce mo-

1 Ce religieux était profes de la chartreuse de Pomier. Il fut d’abord hôte à Portes. En 1467, il était nommé vicaire à Saint-Hugon et retournait à Pomier en 1470. Prieur ensuite de la Part-Dieu (1472-1478) et d'Oujon (1179-1491). il exerca l'oftice de convisiteur de la province de Genéve en 1488. De 1192 à 1493, il est prieur de Saint-Hugon. Nommé procureur de Pomier en 1493, on l’y trouve prieur en 1495 jusqu'à 1497. Il exerce ensuite successivement les priorats de Val-Sainte-Marie (1497-1500)). de Bonpas (130-1501) et enfin de Seillon (1501-1502) où il meurt simple religieux en 1503. Le Catalogue des prieurs de Saint-Hugon dit de lui : Il gouverna cette maison avec sagesse et au grand profit spirituel et temporel du couvent.

nastère le 22 mai d’après Ja charte de 1519. D. Burland avait été longtemps visiteur de Bourgogne. Le Chapitre général lui accorda la faveur du plein monachat par tout l'Ordre.

Ces deux derniers vicaires n'avaient fait que passer à Mélan. Leur successeur, D. Jacques Fabri, y exerça le vicariat durant près de trente ans. D. Fabri était profès du Reposoir. Il avait été pendant quelques années déjà procureur de Mélan. En 1494, il quittait ce monastère pour se rendre à la Lance dont il venait d’être nommé prieur. Peu après, en septembre, le R. P. Général lui-mème le nommaït au vicariat de Mélan (1494). Il s’acquitta de cette charge jusqu'en 1526, au grand avantage spirituel et temporel dn monastère : ce sont les expressions de D. le Couteulx. Ses supérieurs l’avaient en grande estime et lui confièrent souvent d’'importantes missions. L'état de certains couvents laissait à désirer ; il y fallait envoyer un visiteur expérimenté. Ce rôle fut dévolu à D. Fabri. On le voit ainsi visiter Pomier en 1495 et en 1520, le Reposoir et Valsainte en 1514 et en 1519. D. Jacques Fabri mourut le dernier jour de février 1526.

Au priorat de Joannine de la Croix se rattachent divers actes concernant les biens du monastère :

Le 22 septembre 14865, Mélan achetait des veuves nobles de Saxo la dime de Flevrier et ses appartenances, comme elles avaient coutume de la percevoir jusqu'alors !.

Le 13 mars 149,6, François Garendv, de Jonet, paroisse de Thiez, lui vendait la rente de 40 sols annuels, perpétuels, sous le capital de 50 florinsi.

Les Rubin, albergataires des moulins de Sallanches, n’avaient pas payé. durant les dernières années, les laods et commises de leur alberwement. Le 24 janvier 1492, Mélan transige avec eux. Lesdits Rubin payeront au monastère 70 florins pour arrérages $.

Le 29 juin 1500. la chartreuse alberge à Claude Chevret, de Thiez, une sétorée et tiers de pré au lieu dit pré Lombard jouxte le pré du seigneur du Rosey, etc..., sous le servis d’une octane demi-quart et une émine de froment, avec laods et commises quand de droit 4.

1 Inv., D. 6; f° 15. 2 Inv., LL. R:f° 42.

3 Inv.. H. 9; f° 29.

4 Inv., L. 19: f: 42.

Remarquons en passant que le pré susalbergé était échu à Mélan par la mort de Sermot Rapin, décédé sans enfant. On sait, en effet, que dans plusieurs de nos vallées les abbayes, prieurés, etc., avaient le droit d’hériter des hommes taillables, de leur juridiction, qui mouraient privés d'enfants !.

Les autres actes de ce priorat sont des réclamations de droit contesté.

Nous avons vu, en 1336, Humbert dauphin céder à Mélan les dimes de Nerfey, plus 20 livres genevoises à percevoir sur les dimes de Flevrier; en 1374, à son tour, Amédée VI, de Savoie, donnait à Mélan, pour fondation d’une chapelle, 20 sols gros tournois que lui payeraient annuellement les châtelains de Bonneville et de Sallanches.

Mélan rencontrait des difficultés dans la perception de ces diverses redevances. Janus, baron de Faucigny, répondant à une supplique que lui avait adressée la prieure, reconnut et confirma les droits du monastère par lettres patentes du 30 avril 1488, et enjoignit aux débiteurs de satisfaire sans retard aux réclamations de Mélan *.

D'autre part, noble Jean de la Pierre, de Marignier, renouvelait, à cette époque, les prétentions de ses ancètres sur le droit de pêche au Giffre. Mélan fut maintenu dans ce droit par sentence du vice-oflicial de Genève, rendue le 2 juillet 14873.

Sept ans après, les habitants de Chessins et de Gillinge (hameaux de Fleyrier) contestent ce même droit el tous autres droits de Mélan sur le verney voisin. Après enquête, le vi-bailli du Faucigny déclare que lesdits verney, pêches de Giffre et autres aisances appartiennent à Mélan de date immémoriale !.

En 1493, les Bénédictins de Contamine prétendirent avoir droit de dimes en la montagne de Luex et de la Ronzière. Or. Mélan avait toujours perçu ces dimes. On plaida devant l’official de Chambéry. Pour le prieur de Contamine comparaît Claude de Manessy, prieur de Sillingy, en qualité de vicaire et admodiateur; pour Mélan, D. Jacques Fabri. Le premier invoquait une donation d’Hugues dauphin, du 47 août 1313, plus un accord entre D. Guillaume de Bussière et D. Guillaume de Scientrier, vicaire de Mélan (1320). L'enquête reçue par le notaire Vulliod établit que Mélan était en possession immémoriale de lever cette dîme. Enfin, le 5 juillet 1497, les deux couvents transigent : Mélan demeure en Ia possession de ce droit en payant 10 florins au prieuré de

1 V. Tavernier, Monographie des Gets, pp. 181; et J. Mercier, Hist. de l’'abaye d’Abondance, 1885, p. 119.

2 Inv., K. 12; f° 36.

3 Inv., C. 7; f° 10.

4 Inv., D. 7; f° 15.

Contamine. La délimitation est ensuite réglée par un arbitrage. Les arbitres sont : Pierre Millet, docteur ès lois; Jacques de Mandollaz, vi-bailli du Faucigny; Guillaume de Menthonex, Louis d'Avonay et Jacques Vulliod, commissaire de la maison du Reposoir. On plante les bornes et on prend entre autres pour limite certaine pierre sourde, immobile, que l’on marque d’une croix de saint André. Acte reçu À. Pleyson et Jean Brandex, de Sallanches, notss !.

À la même époque, le curé des Gets soulève un différend à propos de certaines gerbes perçues par Mélan audit mont Luex, mais, par transaction du 7 août 1493, il se départ de sa demande 1.

Un des derniers faits de notre priorat furent les lettres patentes du 30 avril 1498, par lesquelles Philibert IT, duc de Savoie, confirmait tous les amortissements accordés à Mélan par ses prédécesseurs *.

Venons maintenant à l’intérieur du monastère.

Depuis 1430, nous l’avons vu, la communauté avait rapidement atteint le nombre normal de ses membres. Mais les religieuses désirèrent vraisemblablement accroître ce nombre au delà de leurs ressources. Le Chapitre général de 1482 s’y opposa et chargea les visiteurs de la province de Genève de fixer un chiffre qu’il serait interdit au vicaire et à la prieure de dépasser. Les moniales insistèrent, et pour répondre à une objection prévue demandèrent à recevoir surtout les filles nobles qui pussent assurer leur entretien dans le monastère. Le Chapitre de 1483 refusa énergiquement. Cette demande d’ailleurs, ajouta-t-il, est contraire aux droits, statuts et ordonnances du Chapitre général. Puisque leur nombre est au complet, que les religieuses cessent d’importuner le vicaire et la prieure ; sinon, qu’on prive de vin pour un jour celles qui réclament et chaque fois que leurs réclamations se reproduiront.

Un autre abus fut bientôt réprimé. La clôture n'était pas

1 Tavernier, Monographie des Gets, p.193 ; et Inv. arch. Mélan, E. 21; à

2 Inv., E. 16; fe 20.

3 Inv., À. 21; f° 5.

strictement observée. Les religieuses se rendaient parfois à la maison des Pères. Le Chapitre de 1487 interdit à la prieure et aux religieuses d'entrer désormais, sous quelque prétexte que ce soit, dans la cellule d’un religieux, fût-il mème vicaire.

Ces diverses décisions contrarièrent-elles nos moniales, celles-ci avaient-elles d’autres griefs contre l’administration intérieure du couvent? Le fait est que des indiscrétions furent commises et que des bruits de discorde intestine transpirèrent au dehors. Des nobles du voisinage, par intérêt pour le monastère ou prenant le parti de quelques religieuses, adressèrent un rapport au R. P. Général. Nous ignorons les allégations contenues dans ce rapport, mais le Chapitre général de 1492 y répondit par la grave mesure suivante : « Au sortir de la session capitulaire, D. Antoine Burland, prieur de Pierre-Châtel, et D. N., prieur d’Aillon, se rendront immédiatement à la chartreuse de Mélan. Ils s’informeront de l’état spirituel et temporel du monastère, et de l'exactitude des faits à nous déférés par quelques nobles voisins. S’il y a lieu, la visite se fera selon la rigueur des statuts. Les visiteurs s’efforceront de rétablir la paix au sein de cette communauté, déposeront au besoin ceux et celles qui y exercent quelque fonction et désigneront leurs remplaçants de par les pleins pouvoirs qu’à cette fin leur confère le Chapitre général. » I] est à croire que ces craintes étaient exagérées; le vicaire D. Pierre Albi fut seul absous, peut-être même sur sa demande, en tout cas sans déshonneur, car il passa du vicariat de Mélan au priorat de Saint-Hugon.

D. Burland, qui venait de visiter notre chartreuse, v fut aussitôt nommé vicaire, à la prière et par élection directe du R. P. Général. En mainte occasion, dit le catalogue de le Couteulx, on avait pu apprécier l’habileté de ce religieux. Les espérances qu’il donnait ne furent point déçues. Deux ans s'étaient à peine écoulés que D: Burland quittait ce monastère, après y avoir rétabli la paix ênfus et foris, soit entre les religieuses, soit entre celles-ci et les gens du dehors. Toutefois, ce vice d'insubordination qui vient d’apparaitre dans la communauté n’était pas radicalement extirpé : Mélan devait en souffrir longtemps encore. Il est facile de

Fa)

perdre cet esprit de pieuse docilité qui est l’ornement et le bonheur de la vie religieuse, le recouvrer est plus difficile.

Les chartes capitulaires dont nous venons de parler nous ont appris que sous le priorat de Joannine de la Croix le personnel du monastère était au complet, c’est-à-dire, avait atteintle nombre de quarante religieux ou religieuses qu’il ne dépassa guère durant les cinq siècles de son existence. Cependant, les morts furent nombreuses pendant les dernières années du xve siècle. De 1481 à 1495, 19 religieuses échangent les tristesses d’ici-bas contre les joies de l'éternité; ce sont les sœurs : Marie de Bonne en 1481; Girarde de Montfort, Sénèque N., Jeannelte N. et Jeannette de N. en 1482; Nicolette du Lieu et Nicolette de Montfort en 1484; Fran- «oise de Cohendiers en 1487 ; Marie de Reymondeins en 1489; Nicolette de Cornillon, sous-prieure, Claudine du Lieu, Guillemette Dabours et Guillemette de Chignin en 1493 ; Guillemette N., Louise de Meiringer, Marie de Dingier et Josephte de Lornay' en 1494 ; Jacobie du Saix en 1495; enfin, une sœur rendue, Béatrix d’Illuex, en 1484.

Mais si les pertes sont nombreuses, les vocations cartusiennes le sont aussi. Une visite faite à Mélan en 1495 y compte : 4 religieux, 35 religieuses ; des novices ; une sœur converse ; 2? frères donnés et 9 domestiques. Une dernière visite eut lieu au mois de mai 1498, mais nous n’en connaissons pas la charte.

Trois religieuses moururent encore de 1495 à 1500; ce sont les Mères : Persivalle N. en 1497 (probablement Persivalle de Lucinge dont nous avons parlé plus haut) ; Guillemette d'Arenthon en 1499 et Claudia de Menthon en 1500.

Joannine de la Croix mourut aussi en 1500. Pendant vingt ans et jusqu'à sa mort, par ordre du Chapitre général qui comptait sur sa prudence, elle avait conservé la direction de ce couvent. Maïs ses filles n'avaient pas toujours répondu à

1 Cette dame de Lornay est sans doute la même que Jeanne de Lornay, chartreuse de Mélan, à laquelle, en 1491, on voit le châtelain de Cluses payer un revenu annuel. (Turin, Arch. de la Cour des Comptes; Comptes de Amé de Viry, bailli du Faucigny. Note communiquée par M. l'abbé J. M. Lavorel.)

son dévouement, et en jetant un dernier coup d’œil sur son priorat, la vénérable Mère pouvait répéter les paroles du prophète : « Seigneur, vous avez multiplié ma famille, mais vous n'avez pas augmenté son bonheur !. »

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