‹ Histoire de MélanChapitre 59 sur 124 · VICAIRE : D. JACQUES FABRI · texte numérisé non relu

VICAIRE : D. JACQUES FABRI

sion de Michelette de Chissé, nommait en même temps prieure de Mélan sœur Pantaléone de Cornillon, alors sous-prieure du monastère.

La famille de Cornillon donnera encore en 1544 une prieure à Mélan, Jeanne de Cornillon. Les de Cornillon, originaires de la Tarentaise, étaient seigneurs de Cornillon à Quêge, de Marthod, de Fessy-sur-Sallanches, etc. Ils possédaient à Thiez la villa de Playson qui appartint successivement aux de Cornillon, de Bieux (Flumet),xvre siècle, d’Allinges, fin xvue siècle, et Hugard (Cluses), x1x° siècle!. On sait qu'un de Cornillon, Melchior, très brave gentilhomme demeurant à Mayran, hameau de Reïignier, épousa Gasparde de Sales, sœur du Saint, après lui avoir sauvé la vie.

(a charte capitulaire de 1507 qui acceptait la démis- |:

1 Notes F. Gonthier et Petitex.

A l’administration de Pantaléone se rattachent un acte d’albergement et deux achats.

Le 5 juillet 1510, la chartreuse albergeait à Humbert Jannot une demi-sétorée de pré en pré Lombard, sous le servis de 2 quarts et 2 émines de froment avec tous droits de fieft.

Le 19 février 1510, noble Jean de Cussieu et sa femme vendent au monastère 10 florins de pension sous le capital de 200 florins. [ls y ajoutaient, le 5 mars 1513, 9 autres florins sous le capital de 190 florins. Pour garantie de ces pensions, lesdits nobles les hypothéquérent sur leur dime de Margencel proche Cluses ?.

Le second achat est plus important. Par contrat du 20 août 1510, nobles Pierre et Jean du Châtelard, père et fils, vendent à la chartreuse le quart des dimes de Châtillon qu'ils possédaient par indivis avec Guillaume du Châtelard et autres particuliers$

Mais tout l'intérêt du priorat de Pantaléone se porte sur la conduite intérieure du monastère. La charte qui nommait la nouvelle prieure ajoutait : « Qu’elle veille attentivement aux observances de l'Ordre; qu’elle supprime tout acte de propriété de la part de ses religieuses. Nous avons appris que certaines moniales de Mélan, au mépris du vœu de pauvreté, reçoivent des pensions en argent, se les approprient et en disposent à leur gré ; qu’elles vont jusqu’à prèter cet argent pour l'élève de bestiaux dont elles partagent le revenu. De tels faits ne doivent pas 8e reproduire. »

Soutenue par D. Jacques Fabri, la prieure mit bon ordre à ces abus, mais non sans exciter des murmures de la part de quelques religieuses. En face de l'énergie de Pantaléone, on se prit à regretter la dernière prieure. Celle-ci du reste n'avait pas déposé le fardeau du priorat sans arrière-pensée. Peut-être mème y avait-elle été contrainte par l'attitude du grand nombre de ses filles demeurées fidèles à leurs saintes règles. Mais le parti indiscipliné, pour petit qu'il soit, est toujours le plus remuant.

D'ailleurs Michelette, loin de calmer ces colères d’amourpropre blessé, les excitait par sa conduite. Les religieuses professes ne doivent marcher que le voile modestement baissé

1 Jnv., K. 21; f* 37.

2 Inv., J. 25; f° 33.

3 Inv., J. 12; f" 31.

sur les yeux, seule la prieure garde le visage découvert. Michelette après sa démission ne voulut point se départir de sa prérogative. C’était évoquer constamment le souvenir de son priorat et enhardir les mécontentes. Celles-ci adressèrent et firent adresser par de tierces personnes au R. P. Général une supplique, le priant de révoquer le vicaire et la prieure, et de rétablir dans sa dignité Michelette de Chissé. Le Chapitre général de 1508 répondit en leur imposant à jamais le silence sur ce point. Il les menaça en outre des peines disciplinaires de l'Ordre si elles s’avisaient, par elles-mêmes ou par d’autres, de fatiguer dorénavant le Chapitre ou le R. P. Général par de semblables demandes. Cette réponse attisa le feu de la discorde, et les mutinées imprudentes renouvelèrent leur requête. Le Chapitre de 1509 dut exécuter les menaces du Chapitre précédent. « Sœur Michelette marchera désormais la face voilée comme les autres professes. Quant à celles qui, malgré la défense qui leur en avait été faite, ont de nouveau écrit au Chapitre général afin qu’on rétablit l’ancienne prieure, elles se mettront à genoux au réfectoire et mangeront à part et à terre. » Une punition si sévère fit rentrer les coupables en elles-mêmes, et les esprits se calmèrent pour un temps.

Sur ces entrefaites mourut la prieure Pantaléone de Cornillon. Son obit se trouve dans la charte de 1510. Le plus bel éloge que nous puissions faire de cette femme est de rappeler qu’elle déplut à celles de ses filles qui n'avaient pas tout l'esprit religieux désirable.

Une seule moniale, sœur Amédée de Menthon, mourut sous ce priorat, en 1508.

Cette mème année, le 6 décembre, eut lieu la visite canonique. Le couvent se composait alors de quatre moines, 36 moniales, une sœur donnée, 2 frères donnés et 14 domestiques dont 2 femmes.

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