‹ Histoire de MélanChapitre 60 sur 124 · VICAIRES : D. JACQUES FABRI (1494-1526) ; D. PIERRE FABRI · texte numérisé non relu

VICAIRES : D. JACQUES FABRI (1494-1526) ; D. PIERRE FABRI

PŒUR Amédée qui succède à sœur Pantaléone était o d’une famille noble d’Amancy, près la Roche (Fauci- € gny). En 1539, une sœur Sébastienne d’Amancy sera nommée prieure de Mélan par le R. P. Général; nous trouvons aussi en 1530 l’obit de Christophore d’Amancy, chartreuse de Mélan. Ces trois religieuses contemporaines étaient vraisemblablement sœurs. Amédée conservera sa charge durant vingt-quatre ans : la situation sera diflicile, mais la sagesse de la nouvelle prieure la fera sortir victorieusement de toutes les difficultés.

En 1526 mourut D. Jacques Fabri. Son successeur au vicariat de Mélan fut D. Pierre Fabri. Profès d’Oujon, il en était prieur depuis 1512 quand, en 1526, dans un âge déjà avancé, il fut nommé vicaire de Mélan. Il exerça cet emploi durant quinze ans. Les visiteurs de 1530 louent sa prudence, son activité et ses autres vertus. Mais, bientôt épuisé de fatigues, accablé de vieillesse, il perdit sa première énergie. Le Chapitre général de 1540 l’accusa de négligence. Il demanda et obtint miséricorde en 1541, vécut comme hôte à Pomier jusqu'en 1547, puis se retira au Reposoir où il mourut en 1551.

Voici quels sont les principaux actes de l’administration extérieure de ce priorat :

Le premier est un échange de redevance. Les nobles de Rochette et Michel Exertier devaient une chevalée de vin à Mélan. Mélan en devait autant au baron de Faucigny. Nicolas Michod dit Perruchin, débiteur des de Rochette, s'engagea par acte du 2 novembre 1512 à payer pour ses créanciers, au nom de Mélan, ladite chevalée due au souverain de Faucigny!.

1 Inv., D. 10; f° 15.

Le 14 juin 1514, noble Péronne de la Fléchère, veuve de noble François de Marignier, vendait à la chartreuse 9 fossorées de vignes, attenantes aux vignes que Mélan possédait à Vigny (Thiez)i.

Le 14 mai 1519, D. Jacques Fabri albergeait à messire Aymon de Playson 5 sétorées de pré en la montagne de Pradelis, sous le servis annuel de 3 florins?.

Par un autre contrat du 17 octobre 1323, Mélan albergeait à Claude

Robert, de Fleyrier,le four de Taninge et la maison en dépendant, sous la cense annuelle de 8 florins 6 sols, à condition que lesdits albergataires ne les pourraient vendre, permuter ou aliéner sans le consentement exprès dudit Mélan3.

‘ Trois reconnaissances se rapportent aussi à cette époque. La première est du 14 décembre 1515. Damoiselle Guillaume, veuve de noble Jacques de Mandolle, en son nom et en celui de noble Philibert de Mandolle leur fils, reconnait en faveur de Mélan 2 poses de terre et pré au territoire des Bréchilles, aujourd’hui Buchilles, jouxte le chemin tendant de Taninge vers le moulin des Cuches d’une part, et la terre de noble Jean de Bardonanche etc. d'autre part; plus, certaine pièce de bois sur le chemin tendant de Taninge à Cluses, et ce sous le servis de 6 deniers à chaque mutation de prieure cet de tènementier, plus une obole pour le four des Bréchillesi.

Le 18 janvier 1517, autre reconnaissance de 3 poses de terre au Freney, faite par Nicolas Rosset dit Du Freney de Cluses, en faveur de Mélan, sous le servis de 3 octanes de froment. Playson, not's.

Dernière reconnaissance enfin d’un huitième de pose de terre, se mouvant du fief de Mélan, au territoire de l’Etang, faite le 23 février 4532 par François du Pra de la paroisse de Thiez, sous le servis d’un quart ct demi de fromentf.

L’Inventaire cite sous ce priorat des lettres patentes d’amortissements et privilèges données en 1525 par Philibert duc de Savoie’. Il y a erreur dans la date, ou bien ce Philibert serait-il simplement Philippe, cinquième fils de Philippe duc de Savoie, d'abord évèque, puis apanagé du comté de Genevois et de la baronnie du Faucigny.et qui devint ensuite la souche des ducs de Nemours ?

Sept visites canoniques eurent lieu sous le priorat d’Amédée d’Amancy, dans les années 1511, 1513, 1516, 1520, 1528, 1525 et 1530. La visite du 31 juin 1511 compte à Mélan : 4 religieux, 33 religieuses et une sœur donnée.

1 Inv., K. 22; fe 37.

2 Inv., F. 10; f° 23.

3 Inv., D. 11; f° 15.

4 Inv., D. 3; f° 14.

5 Inv., J. 13: f° 31.

6 Inv., K. 23; f° 37.

7 Inv., À. 21; f°5.

À cette époque se place un événement important. Vers 1528, le monastère de Mélan subit un véritable désastre. Un violent incendie consuma une grande partie des bâtiments ainsi que les premiers cloîtres si légèrement construits au côté nord des édifices. Pour réparer ce malheur, le Chapitre général de 1528 fit appel à la charité de toutes les maisons de l'Ordre. « Le monastère de nos moniales de Mélan, province de Genève, dit-il, vient d'être dévoré par les flammes. Il se trouve presque réduit en cendres. Vu les modestes ressources de ce couvent, il faudra de longues années pour le relever de ses ruines. Nous exhortons donc, par la charité de Jésus- Christ, toutes les maisons de l'Ordre, les prieurs, recteurs et communautés de chacune d'elles à employer leur superflu aux réparations et à la reconstruction de cette chartreuse. Leurs aumônes seront apportées au prochain Chapitre général. »

De son côté, Mélan se mit sans retard à l’œuvre. L’éloge que fait le Chapitre de 1530 de l’activité de D. Pierre Fabri est sans doute une allusion au dévouement que déploya le vicaire en cette circonstance. Les secours arrivèrent, les ruines furent bientôt relevées, et cet accident dota Mélan du beau cloître qui existe encore aujourd’hui. Nous avons fait remarquer au début de cet ouvrage l’imprudence des architectes qui avaient lancé les ailes du monastère et son premier cloître du côté nord. Instruits par l'expérience, ceux de 1530 transportèrent le cloître dans la cour sud qui donnait entrée à l’église.

Nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici la description qu'a donnée de cette nouvelle construction M. le chanoine Poncet. « La longueur des galeries est de 23" d’un côté du préau, et de 17" 60 sur le côté perpendiculaire ; ce qui donne un carré long. La largeur est de 3" 85 sur une hauteur de 3" 63. Cette élévation peu considérable, mais suffisante pour des religieuses, est justifiée, du reste, par la position des fenêtres du couvent, qu'une plus grande élévation aurait bouchées.

Les voûtes de ce cloître sont à nervures allongées, à cavet, et reposent, ainsi que les arcs-doubleaux, sur des culs-de-

lampe. Les galeries sont partagées, dans leur longueur, par des arcades dont les trumeaux sont en pierres de taille, avec colonnettes prismatiques aux tores espacés, sur les angles!.

Tel fut le nouveau cloître de Mélan. Pour l'unité de la galerie, on dut simultanément changer le petit portail gothique de la chapelle contre un nouveau plus vaste et appartenant comme le cloître à la dernière période ogivale. On perça donc la belle porte d'entrée actuelle à trois colonnettes à listel de chaque côté, encadrant le linteau et la voussure,et une quatrième portant un pinacle. Sur une manière de cartouche, à l'angle sud-est de la galerie, on grava la date MVCXXX (1530).

Comme on le voit par cette date, les travaux furent menés promptement, et les prieurs de Montrieux et d'Avignon, visiteurs en 1530, purent porter au Chapitre général de cette année le témoignage de leur entière satisfaction au sujet de l'état de notre monastère.

Cet accident n'avait pas ralenti la vie intérieure du couvent. La visite dont nous venons de parler y compte : 4 moines, 39 moniales et un frère donné.

Quatorze religieuses pourtant étaient mortes sous ce priorat : Louise de Cornillon, Françoise de Cornillon et Guigone de Marcora,en1511 ; Claudine de Thoire, en 1513 ; Nicolarde de Cohendiers, sacristine, en 1515 ; Marie Quillet, en 1520; Arsénine de Cohendiers, sous-prieure, en 1526 ; Péronnette du Puits, en 1527 ; Françoise Jutiningio, en 1528? ; Christophore d’Amancy, en 1530 ; Marie de Bellegarde, qui eut une messe de Beata dans toute la province de Genève, et Michelette de Chissé, ex-prieure, en 1531; Anne de Chignin, Philiberte de Cohendiers et Colette de Brénaz,en 1532; Colette de Neuvecelle, cellérière, et Jeanne de Riddes, en 1538.

1 Études hist. et artist. sur les anriennes églises. Mém. acad. Salés, t. VII, p. 320.

2 Famille noble dans la paroisse de Fleyrier, au village de Juteninge, éteinte au seizième siècle. (Taningye et ses encirons, p. 74.)

On trouve : 1414, 1* sept. Johan. de Justiningio, sigillifer comitatus Gebenn. (Lavanchy, Chäteaue de Duing, p. 177); et vers 1472, — Hélinode de Jutininge, mariée à noble Bertrand de Dérée, p. 194.

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