JEANNE DE COR NILLON, VINGT-HUITIÈME PRIEURE CONNUE
VICAIRES : D. VINCENT DE FAGIS (1543-1545); D. ALBERT FABRI (1545); D. JEAN BONET (15521.
È CLaAUDIA DE THOIRE succède immédiatement Jeanne de D Cornillon. Le Chapitre de 1545 rappelle à la nouvelle
prieure et au vicaire ses anciennes exhortations. Les termes qu’il emploie nous montrent que l’état de notre monastère ne laissait pas de lui inspirer de douloureuses inquiétudes. « Pour l’amour de Jésus-Christ, disait-il, pour l’honneur de l’Ordre, pour le salut des âmes, travaillez sans relâche à la réforme spirituelle et temporelle de ce couvent. Nous apprenons qu'on vient de recevoir dans la communauté des filles séculières pour leur apprendre les belles-lettres : c’est une pratique interdite par nos saintes Règles. Comme d’ailleurs la maison est actuellement réduite à une grande pauvreté, nous défendons de recevoir, pour le moment, non seulement des personnes qui désireraient s’instruire, mais
celles même qui aspireraient à entrer dans notre saint Ordre. »
Ces observations sont intéressantes pour notre histoire. Nous avons analysé,en tète de cette époque, les causes de la pauvreté de Mélan. D’autres causes, mais celles-ci accidentelles, étaient venues dans ces derniers temps s’ajouter aux premières. Les réparations et constructions qui suivirent l’incendie de 15928, les dégâts causés par l'orage de 1587 avaient occasionné des pertes et des dépenses considérables. On conçoit donc que Mélan ait subi dans ces difficiles conjonctures un réel appauvrissement.
Mais un autre fait ressort des ordres du Chapitre général : on avait ouvert une école à Mélan. L'idée de fonder une sorte de pensionnat dans notre monastère ne doit pas nous surprendre. On était au milieu du xvi° siècle. Les esprits n’étaient-ils pas tous et partout, alors, à la renaissance? Une noble émulation pour la culture intellectuelle s'était emparé non seulement des classes aisées, mais du peuple lui-mème. La Savoie qui devait bientôt donner à la France dans Vaugelas le législateur du ben parler et dans saint François de Sales un grand chef d'école littéraire, tenait un des premiers rangs dans ce mouvement des esprits. Il n’est donc pas étonnant que cette poussée vers les études littéraires se soit fait sentir jusque dans la solitude du cloître Mélanais. Toutefois, si cette considération excuse nos religieuses, elle ne les justifie point. Par cette entreprise, elles violaient l'esprit de leurs statuts. L'Ordre cartusien est un Ordre contemplatif et non pas enseignant. Le Chapitre de 1545 en fermant cette école fit son devoir.
Cette mème année 1545, D. Vincent de Fagis fut remplacé par D. Albert Fabri. Profès, puis vicaire du Reposoir, D. Fabri était prieur de la Part-Dieu (1541-1544) lorsqu'il fat nommé vicaire de Mélan. Nous ne connaissons pas la durée de son vicariat. Il était en 1552 prieur de Majorève. On le voit enfin prieur de Val-Sainte-Marie de 1562 à 1584. 11 mourut simple moine en 1586. On lui accorda le privilège d’une messe de Beata dans tout l'Ordre.
Son successeur à Mélan fut D. Jean Bonet. Profès de Ma-
jorève, ce religieux en fut ensuite prieur. En 1548, il passa de la procure de Verne à selle de Prémol, puis, en 1551, à celle de Bonpas. Nommé vicaire à Mélan probablement cette annéelà mème, il y mourut le 15 octobre 1552.
Deux actes extérieurs seulement se rapportent au priorat de Jeanne de Cornillon.
Ce sont d'abord diverses prorédures faites en 1547. Mélan réclame encore une fois la rente, signée en sa faveur par Humbert dauphin, de 20 livres gencvoises annuelles à prendre sur les dimes de Fleyrier!.
En 1550, noble Nicolas Vuiffrey Rosset Dufrenay, bourgeois de Cluses, honnète Robert Faure, dit Rophile, de Taninge, Guy de Boex, notaire à Cluses, reconnaissent tenir diverses pièces de terre se mouvant du fief de Mélan, au territoire du Fresnay. Mermet, notaire ?.
Dans l'intervalle de 1544 à 1552, huit religieuses moururent ; ce sont les sœurs : Jeanne-Françoise N. et Jeanne Ogier, en 1546; Louise de Ronuco, en 1547; Marguerite de Mormaco, Louise de Puayne et Jacquemine Morel, en 1548 ; Mère Colette de Bardonenche, sous-prieure, et Jeanne de Paumone, sacristine, en 1550.
La vénérable prieure obtint miséricorde au Chapitre de 1552. Elle vécut encore dix ans simple moniale. La charte de 1563 annonce son obit par ces simples mots : « Sœur Jeanne de Cornillon, religieuse de Mélan, est morte. »
HUGUETTE DE NEUVECELLE *,