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vince de Genève, fut désigné, avec D. Jean Boëte convisiteur, pour présider à l'élection du Général. Malheureusement, ces deux présidents, le premier surtout, trempaient dans le complot que dirigeait D. Matthias Cortin, vicaire de la Grande Chartreuse. Malgré les Statuts, ils firent tant par leurs menées que le Général nommé fut non pas D. Jean de l’Escluse, français, prieur de Valence, que la majorité appelait de ses vœux, mais D. Jérôme Lignano, italien, prieur de Bologne.
Tout sembla d’abord favoriser les conspirateurs. D. Cortin fut nommé vicaire général de tout l'Ordre. D. Billard passa du priorat d’Aillon à celui plus considérable de Liget (diocèse de Tours) avec le titre de convisiteur de la province de France. D. Boëte quitta Mélan pour devenir prieur d’Aillon et visiteur de la province de Genève.
Après une année de priorat, D. Boëte demanda et obtint de reprendre le vicariat de Mélan en conservant sa charge de visiteur. Ce second vicariat s'étend du Chapitre de 1588 à celui de 1589, et n'offre aucun fait digne d’intérèt.
Cependant le Chapitre de 1588, ayant accepté la démission du Général D. Lignano, élut pour le remplacer D. Jérôme Marchant. Animé d’un zèle ardent pour la discipline, celui-ci devait réparer les injustices commises au Chapitre précédent. Sous son inspiration, le Chapitre de 1589 déposa D. Fiacre Billard du priorat de Liget et le pria de choisir une retraite dans une maison de la province de France. À ce moment même, ce vénérable Père expiait par le martyre sa faute passée. Des bandes de Huguenots s'étaient avancées sur le monastère de Liget. Les religieux avaient des armes à leur disposition. D. Billard leur interdit de s’en servir, « craignant de précipiter en enfer des âmes surprises dans l'acte même du crime ». Il préféra se livrer à eux avec tout son monastère. Les hérétiques saccagèrent le couvent, firent subir au prieur les plus horribles supplices et le laissèrent à demi-mort. On connaissait cet attentat au Chapitre général, mais la discipline de l'Ordre passait avant la sympathie due au malheur. Les Pères prononcèrent la déchéance de D. Fiacre, plus, direntils, pour donner un salutaire exemple que pour punir le
coupable. Quand le décret de sa destitution parvint au Liget, D. Fiacre Billard venait d’expirer!.
Le même Chapitre de 1589 déposait le vicaire de Mélan en ces termes : « Sa connivence avec D. Billard lui a fait commettre de nombreuses et graves erreurs contre la justice, contre le saint Concile de Trente et les Statuts de l'Ordre. Il a privé plusieurs Pères de leurs droits, nous les déclarons injustement dépouillés et leur reconnaissons le droit de suffrage à l'élection du R. Père. Que, d'après les Règles, D. Boëte se choisisse une maison de retraite. » Le vicaire se soumit si humblement qu’il rentra bientôt en grâce auprès du Chapitre. On le retrouve prieur de Saint-Hugon en 1592 et, la mème année, il prend en main le priorat de Pomier qu'il exerce jusqu'en 1600. Il mourut hôte à Pomier en 1601.
Cependant Charles-Emmanuel s’était emparé de vive force: du marquisat de Saluces. Pour faire diversion et, d’ailleurs, pour affaiblir son coprétendant à la couronne de France, Henri de Béarn avait lancé sur le Chablais Berne et Genève. Au commencement de 1589, 10,000 Berno-Genevois s’avancèrent jusqu’à Saint-Jeoire en Faucigny. Repoussés, ils reprirent l'offensive en juillet, attaquèrent le château de cette dernière ville qui capitula le 29°. Troupes levées par M. de Vallon à Samoëns, détachements espagnols, cavalerie du sieur Dufo, toute une armée sillonnait la vallée du Giffre et tentait de repousser l’ennemi°. Partout des cantonnements.
Nos moniales, saisies de crainte, recoururent à la bienveillante intervention du souverain. Elle ne leur pouvait faire défaut. Le 20 novembre 1589, des lettres de sauvegarde furent envoyées par Son Altesse à notre couvent. Le duc défendait « à tous officiers de guerre et soldats de loger ny faire aucun trouble ès possessions de ladite chartreuse de Mélan ». Pourtant, les alarmes de nos religieuses ne cessèrent pas de sitôt. Vers 1591, ces mêmes Genevois arrivaient jusqu’à Mienssy dont ils profanèrent l’église que Mgr de
1 Ephem. Cart. xxix aprilis.
2 29 juillet, v. style; c’est le 3 aout que la garnison sortit. J. F. G. 3 Samoëns, pp. 113, 116, 117.
4 Inv., B. 15; f° 8.
Granier réconcilia en février 1592!. Mais les Huguenots ne parvinrent pas jusqu’à Mélan, et la sauvegarde du duc sortit tout son effet; ces guerres, toutefois, eurent, comme nous le verrons, leur contre-coup jusqu'au monastère.
Revenons aux vicaires de Mélan. Le Chapitre de 1589, après avoir destitué D. Boëte, lui avait donné pour successeur D. Désiré Violier, profès de Paris, alors prieur de
Meyriat. Nous ne pensons pas que cette nomination se soit
réalisée, car l’obit de ce religieux ne mentionne pas cette charge. D'ailleurs, nous trouvons comme vicaire de Mélan, de 1589 à 1592, D. Paul Couzet. Ce religieux, né à Muizon près de Reims, avait fait profession en 1571 à Mont-Dieu où il fut d'abord procureur. Il exercera deux fois le vicariat de notre monastère, la première fois durant 3 ans, de 1589 à 1592, la seconde durant 5 ans, de: 1594 à 1599.
Le Chapitre de 1591 lui adressa cette exhortation : « Revêtez-vous de l'esprit de force pour soutenir les calamités extérieures et l’extrème pauvreté où est tombée cette maison de Mélan. De tout votre pouvoir portez-y remède. — Veillez à l’observance de la clôture et de la vie de communauté ; nous mettons en vous une grande confiance ; du reste, la vénérable prieure et les autres sœurs vous aideront dans cette œuvre, et à cette fin, nous renouvelons toutes les prescriptions portées au dernier Chapitre. »
Ces recommandations sont instructives. Nos moniales n’avaient donc pas encore saisi toute la rigueur des décrets du Concile de Trente ; les sorties continuaient et, avec les sorties, les liaisons particulières de compatriote à compatriote, de parente à parente : on oubliait l’esprit de communauté, ce puissant ressort de la vie religieuse. D’autre part, au point de vue matériel, on était à la gène. Quelles sont ces calamités extérieures dont parle le Chapitre? On sait qu’en 1587 la peste avait ravagé nos contrées ; à la peste avait succédé en 1588 un autre fléau non moins terrible, la famine ; enfin, depuis 1589, les désastres de la guerre étaient venus s’ajouter à tant d'épreuves®?. C’en était assez pour plonger Mélan
1 L'abbé Gonthier, Union Sac. 4 juillet 1892. 2 V. P. Bouchage, Le Prieuré de Contamine, p. 85.
dans le dénûment le plus complet et justifier les charitables avis du Chapitre général. Quoi qu’il en soit, la communauté garde un esprit soumis et résigné, puisque les Pères capitulaires rassurent le vicaire en lui promettant le concours dévoué des religieuses.
Le Couteulx donne comme successeur à D. Paul Couzet, D. Pierre Bernard. L’obit de ce religieux dit, en effet, qu'il a été vicaire de Mélan, maïs sans préciser de date. D. Bernard, profès de Bourg-Fontaine, avait été prieur de Pomier (1586), d’Aillon (1588-1590) et de la Part-Dieu (1590-92). C'est après ce dernier priorat qu'il devint vicaire de Mélan. Il mourut en 1604. On lui accorda une messe de Beata dans tout l'Ordre. Son passage à Mélan fut court, car son successeur D. Robelet est vicaire de 1593 à 15941.
Après D. Robelet, D. Paul Couzet fut pour la seconde fois nommé vicaire de Mélan. Ce Père est désigné pour ce poste, dit le Chapitre, parce que sa présence yest jugée nécessaire*. Il y demeura jusqu’à 1599.
Cette année-là, sur ses instances.réitérées « et, dit le Chapitre, parce qu'il peut être plus nécessaire ailleurs », on le nomme prieur de Mont-Dieu (1599-1601. Deux ans plus tard, il est transféré au priorat d’Abbeville (1601-1602). Il meurt simple religieux à Mont-Dieu, sa maison de profession, le 28 octobre 1605.
Sous ce dernier vicariat et avant la mort de la prieure se passent divers faits que nous relaterons succinctement.
En 1594, surgit entre Mélan et noble Michel de la Fléchère un procès mû par devant le Conseil de Genevois au sujet de divers biens-fonds situés à Saint-Jean-de-Tholome. Mélan
1 Celui-ci, D. Jean Robelet ou Boutelet, était aussi profès de Bourg- Fontaine. Il avait été d’abord chanoine de Soissons. Appelé en 1591 à la Grande Chartreuse, il fut nommé ensuite prieur de Sélignac (1592- 1593). Aprés son vicariat de Mélan, dont il demanda avec instance d'ètre relevé, il aurait été successivement prieur de Meyriat (1594), vicaire (1595), puis prieur de Bellary (1595-1602). Il mourut en 1614. Comme à son prédécesseur, on lui accorda le privilège d’une messe de Beata dans tout l'Ordre.
2? Il venait d'exercer le priorat de Villeneuve (1592-1594). Après une année passée à Mélan, on nomma pour le remplacer D. François Maltot, recteur de Verne. D. Couzet devait lui succéder dans ce rectorat. Mais cette permutation vraisemblablement n'eut pas lieu.
prétendait que ces biens, y compris une grange, lui avaient fait échute par le décès de noble François de la Fléchère, frère dudit Michel, et mort sans enfant. Mélan apportait, entre autres preuves, une reconnaissance de noble Jacques de la Fléchère, du 12 avril 1559, Mermet notaire, confirmant ce droit d’échute'. La conclusion du procès n’est pas connue. Elle fut favorable à Mélan, selon toute probabilité, car Mélan exerce ensuite le droit de propriété sur ces mêmes terres.
Dans un autre ordre de faits, Mélan participait à un important privilège accordé aux monastères cartusiens de ses états par le duc Charles-Emmanuel Ier. A Ia fin du xvre siècle, la multiplicité des juridictions formait en Savoie un réseau inextricable : les formalités de la procédure étaient sans fin, la rapacité des officiers locaux ne connaissait pas de mesure. Déjà, en 1437, le duc Louis, par un décret daté de Thonon, le 6 juin, avait ordonné que toutes les causes des Chartreux de ses états seraient soumises directement au Conseil résidant à Chambéry. Les difficultés devinrent telles que le décret tomba en désuétude. En 1596, le Général de la Grande Chartreuse adressa une requête à Charles-Emmanuel, aux fins d'obtenir la confirmation des privilèges accordés jadis par le duc Louis. Par lettres patentes, datées de Turin, le 12 octobre de la mème année, le prince décida que, désormais, toutes les causes des Chartreux, sans exception, seraient jugées en première instance par les juges mages des lieux où chaque monastère était situé*. Ce privilège fut d'autant plus apprécié des Chartreux que, comme le fait remarquer l’acte de concession, ils étaient souvent « contrainctz et nécessitez pour avoir le revenu desd. maisons, entrer en une infinité de procez contre leurs fermiers et débiteurs qui les font plaider à tout propos, en quoy est consommé tout ce que leur peult rester. »
Cependant, pour la seconde fois sous ce priorat, Mélan recevait la visite de l’évèque et assistait aux touchantes cérémonies de l’ordination et de la consécration. Le 25 avril 1596, Mgr de Granier conférait dans l’église de Mélan la tonsure à
1 Inv., N.9; f° 51.
? Arch. du Sénat de Savoie: regist. de 1589 à 1596, f* 272.
trente et un jeunes gens et consacraïit quatre vierges cartusiennes. En voici la liste :
Sont faits clercs dans l’abbaye de Mélan le 25 avril 1596:
Noble Louis, fils de noble Claude du Clos, de la paroisse de Thiez.
Noble Pierre, fils de noble Philibert de Mandolle; Jacques et Philibert,ses frères ; Charles, fils d’Égrège-Michel Dufour, de la paroisse de Fleyrier.
Pierre, fils de Claude Pernet ; François, fils de François Filliod, de la paroisse de Cluses.
Jean, fils de noble Nicolas de Chignin; Jean, fils de François Mullin, de la paroisse de Fleyrier.
Pierre, fils de Claude Jay, de la paroisse de Cluses.
Claude, fils de Pierre Farbelli, de la paroisse de Châtillon.
François, fils de Charles Ponect, de la paroisse de Servoz.
Jacques, fils de François Laurat ; Jacques, fils illégitime de noble Jacques de Chignin (dispensatur); François, fils de feu Jean Chapuis, de la paroisse de Fleyrier.
Jean, fils de Collet Moccand, de la paroisse de Sixt.
Bernard, fils de Georges Dessaix, de la paroisse de Marignier. |
François, fils de Guillaume Calceani ; Jean, fils de George Brun, de la paroisse de Sixt.
Jean, fils de Claude Dénant, de la paroisse de Mieussy.
Étienne, fils de noble Georges de Chignin; Jean, fils de Jean Michallat; Humbert, fils de Jean Jacquier ; Claude, fils d’Aymon de Castro ; Jean, fils de Pierre Jay, de la paroisse de Fleyrier.
Étienne, fils de feu Jacques Burtin, de la paroisse de Cluses.
Claude, fils de noble Georges de Chignin, de la paroisse de Fleyrier.
Bernard, fils de Pierre Moccand ; Jean, fils de Claude Richard, de la paroisse de Sixt.
Claude, fils de Louis Gourgie, de la paroisse de Magland,
Gonin, fils d'Henri Perron, de la paroisse de Kleyrier.
Le mème jour ont été consacrées les vierges :
Demoiselles de Crans, Roget, Dufréney, de Cupillino!.
Quand, le 29 février 1592, Mgr de Granier était venu réconcilier l’église de Mieussy, il y avait conféré la tonsure à vingt-deux jeunes gens dont cinq de Fleyrier. Ce qui nous frappe dans cette nomenclature, c’est le nombre des tonsurés de cette dernière paroisse : en huit ans, de 1588 à 1596, elle avait donné à l’Église, du moins par l'initiation aux Ordres, 28 de ses enfants.
Le priorat de Michelette d'Angeville touchait à sa fin. Son obit est rapporté dans la charte de 1596. Malgré les épreuves cruelles qu'avait traversées notre monastère à cette époque troublée, trois religieuses seulement moururent sous ce priorat; ce sont les sœurs : Jeanne de Sarsonay, en 1586, Jeanne de Reminel, en 1587,et Péronnette de Loches, antiquior,en