VICAIRES : D. PAUL COUZET (1594-1599); D. NICOLAS MAISTRE
28" nouvelle prieure était fille de noble Amè Martin et dl: de Pernette Garet. Nous avons parlé de cette famille à propos d'Ayma Martin, prieure en 1477.
Philiberte aura un gouvernement assez tranquille. Instituée dans le courant de 1597 par le R. P. Général, elle voit son élection confirmée par le Chapitre de la même année et dirige le couvent pendant près de 9 ans, jusqu’à sa mort.
D. Couzet conservera la direction spirituelle et temporelle du monastère jusqu’en 1599 et sera remplacé alors par D. Nicolas Maistre. Celui-ci était profès de Valsainte, il en fut
1 Archives de l’évèché d'Annecy. Note communiquée par M. l'abbé Gonthier.
quelque temps procureur et passa ensuite en la même qualité au Reposoir. Il était coadjuteur de D. Couzet à Mélan lorsqu'il lui fut substitué comme vicaire. Il exerça cette fonction durant 19 ans. La charte de 1618 qui annonce sa mort, nous apprend qu'il remplit sa charge avec un certain succès : « satis prospere gubernavit usque ad obitum. »
Les dernières années du xvr siècle n’ont laissé aucun souvenir, même de l’administration temporelle, de Mélan. Le premier acte que révèle l’Inventaire est du vicariat de D. Maistre (12 août 1601). François Jordil, Michel Bel et Pierre Jacquier,de Taninge, promettent de payer à Mélan une certaine quantité de blé pour la dime de Cellières en la présente année!.
Le 13 avril 1602, la chartreuse échangeait avec D“ Jeanne de Chignin, veuve du S’ Leydier, un pré à Vigny (Thiez) contre une terre audit lieu. Jolivet, notaire.
Le 143 mai 1602, par contrat de vente, Mélan acquérait de Laurent Saddo six fossorées de vignes, limitant sur trois côtés avec le monastère et sur le quatrième avec Martin Bonna?.
Par une autre vente du 7 juin 4603, Claude Pépin,de Thiez, livrait à la chartreuse, du consentement de Jacques, son frère, et de Françoise,sa sœur, une maison chasal et une chenevière situées au pra en Luerme jouxte le pré de M” Ruphy 3.
En 1601, la chartreuse avait intenté un procès à Claude Guillaume, Jean Grangier, Jean et François Mogenier, Jean Clerc et Berthod Chapuis qui refusaient de reconnaitre le droit de dîimes de Mélan sur certains fonds leur appartenant. Les six prévenus furent condamnés avec dépens par sentence du 20 février 16041.
Enfin, le 17 juillet 1605, la chartreuse acquérait de M" Jacques Ruphy, notaire, un quart de sétorée de pré à Vigny (Thiez). Lagrange, notaires.
Arrondissement de domaines, reconnaissances de droits, tout progressa sous le vicariat de D. Maistre ; les affaires de la chartreuse étaient à la hausse. Ces divers actes, après la stagnation des derniers temps, annoncent une direction plus active, plus éclairée, et justifient l'éloge décerné par le Chapitre à D. Maistre.
À cette époque nous apparaît pour la première fois dans l'histoire de Mélan la radieuse figure de saint François de Sales.
1 Inv., C. 31; f° 13.
2 Inv., K. 23: f° 3x.
3 Inv., K. 29; f: 33.
4 Inv., C. 32; f° 13.
$ Inv., K. 41; f" 39.
Un irrésistible attrait portait le saint évêque vers toutes les âmes vertueuses. L'Ordre de saint Bruno se montrait à lui comme un cénacle de ces âmes d'élite ; aussi, l’entourait-il de ses plus tendres affections. On connaît ses démarches auprès du duc de Savoie pour l'établissement des Chartreux à Ripailles. « Le généreux et pieux dessein de cette restauration, lui écrit-il le 12 juin 1614, ne saurait être confié en meilleures mains qu’en celles d’un Ordre si ferme et si constant » dont « la vie et les offices, ajoutera-t-il plus tard (16138), sont d'une merveilleuse édification. » Rendant compte au Souverain Pontife de l’état de son diocèse en 1607, le Saint gémit sur l’esprit dissipé de plusieurs Ordres religieux ; « j'en excepte, dit-il, les Chartreux et les Mendiants!. »
Le Général de l'Ordre, l’illustre D. Bruno d’Affringues (1600-1631), qui d’ailleurs, par la science et la vertu, avait tant de points de ressemblance avec notre grand évèque, semblait concentrer sur lui tous les chauds rayons de cette amitié et de cette admiration que le saint prélat professait pour son Ordre. Dans une lettre touchant Mélan, François lui écrivait d'Annecy le 13 décembre 1611 : « Comment ca- . Cheroït-on le feu ? Je ne puis non plus céler l’extrème affection que j'aye au milieu de mon cœur à vous honorer de toute ma force. Et chacun croid que réciproquement j'aye le bonheur d’estre grandement aymé de votre bonté. » Animé de tels sentiments envers l'Ordre cartusien, comment notre Saint n’eût-il pas témoigné en toute occasion l'estime et l'intérêt qu'il lui portait ? Aussi, les monastères chartreux de son diocèse ressentirent-ils les effets de sa bienveillance. Mélan, en particulier, fut l’objet de sa vive sollicitude. Le saint évêque fait des démarches pour l'admission de quelques filles ; il cherche à apaiser les conflits d'intérêts qui préoccupent ce monastère ; plusieurs fois, il choisit notre église pour y célébrer en mème temps que le sacre des vierges des ordinations de lévites ; sous son inspiration, sa famille donnera à Mélan plusieurs religieuses, et quelques années après la mort du Saint, en 1640, le couvent ouvrira ses portes à une de ses petites nièces, sœur Françoise de Sales, qui sera une
1 Édition Migne.
des plus pures gloires de ce monastère. Ces marques de sympathie nous prouvent que Mélan avait une large place dans le cœur du saint Pontife.
La première visite connue que fit François de Sales à Mélan se rapporte à la fin du priorat de Philiberte Martin. Nous trouvons, en effet, dans une lettre que le Saint adresse à sainte Jeanne-Françoise de Chantal,en mai 1605, ces quelqueslignes : « Je vous invitois à la veille de l’Ascension ; mais comme je fermois la lettre, des Pères Chartreux me sont venus conjurer d'aller en un monastère voysin consacrer des filles : si que le jour auquel je vous attendray sera le samedi suivant. »
Le diocèse de Genève, alors, ne possédait qu’un monastère de moniales chartreuses : Mélan. Le sacre des religieuses devait être fait par l’évèque du diocèse. La teneur de la lettre prouve que l'invitation des Pères fut acceptée. Le Saint vint donc à Mélan faire cette consécration, à l’époque de l’Ascension de 1605. Ce sont toutes les données que nous avons sur cette visite qui dut être une délicieuse fète pour notre communauté.
Philiberte Martin achevait son priorat. Son obit est rapporté dans la charte de 1605. Elle eut une messe de Beata dans tout l'Ordre. Deux de ses religieuses l’avaient précédée dans la tombe : en 1598, sœur Perrine de Provence, antiquior, qui avait vécu louablement plus de 60 ans dans l'Ordre, et, en 1599, Mère Marie Violat, sous-prieure, qui mérita le mème éloge après 40 ans de vie religieuse.