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CHAPITRE NEUVIEME

Tentatives de retour dans Pnris tiss

Asi-enaions de Ilouon (Seine-Inf^r

1 de Romillj à HeurlrauTille (Seine-IntiTi

é par ballon monté.

^ Tiovembre 1870.

Quoique les ballons sphériques dont les aéronautes iiouvaleiit disposer pendant la guerre n'étaient en aucune façon susceptibles d'Être pourvus de moteurs qui puissent les diriger, et qu'ils ne constituaient comme les aérostats ordinaires, que de véritables bouées flottantes, qu'entraînent à îeur gré les courants aériens, il n'était pas impossible de les utiliser, pour rentrer dans Paris par la voie des airs.

Le plan que nous proposions d'adopter pour tenter de revenir à Paris par ballon, était très simple. Il fut d'ailleurs adopté p;ir lo gouvernement de Tours sur un rapport favorable de la Commission des aérostats.

On enverra, disions-nous alors, des aéronautes avec leur matériel A Orléans, à Chartres, à Évreux, à Dreux, à Rouen, à Amiens, dans toutes les villes non occupées par l'ennemi, dans toutescelles qui sont proches de Paris, et oi'i le gaz de l'éclairage ne fait pas défaut.

Cbaque aéronaute aura une bonne boussole, et connaissant l'angle de route vers Paris, il observera les nuages tous les matins au moyen d'un miroir horizontal fixe oii sera tracée la ligne se dirigeant au centre de Paris. Quand il verra les nuages marcher suivant cette ligne, c'est-à-dire quand la masse d'air supérieure se dirigera sur Paris, il gonflera son ballon à la hâte, demandera à Tours, par le télégraphe, des instructions, des dépêches, et il partira. Son point de départ est à vingt lieues de Paris

environ ; il va chercher une ville qui, en y comprenant les forts, offre une étendue de plusieurs lieues ; dans de telles circonstances n'a-t-il pas des chances nombreuses de la rencontrer? S'il passe à côté, il continuera son voyage et descendra plus loin, en dehors des lignesprussiennes. Quavd le vent sera dunord, le ballon d'Amiens pourra partir ; lorsqu'il soufflera du sud ou de l'ouest, les aérostats d'Orléans et de Dreux se trouveront prêts. Avec une douzaine de stations échelonnées sur plusieurs lignes de la rose des vents, les tentatives seront nombreuses, et lee chances de succès se multiplieront.

Quand un ballon passera au-dessus de Paris, il descendra aussitôt dans l'enceinte des forts, La campagne est assez vaste dans ces régions pour que l'atterrissage soit facile. Au pis-aller, l'aéronaute pourra risquer la descente surles toits si le vent n'est pas rapide. Enfin, s'il manque l'entrée de Paris, il aura la sortie pour lui, ou de nouveaux forts le protégeront. Dans tous les cas, il lui sera possible de lancer par dessus bord des lettres et des dépèches.

Malheureusement ce projet, qui avait d'abord été adopté, ne fut pas exécuté d'une façon complète. Mon frère et moi nous avions choisi Rouen comme station de départ, et nous sommes les seuls qui aient exécuté deux ascensions. M. Revilliod avait fait précédemment une tentative courageuse à Chartres, mais son ballon fut inopinément déchiré par un vent furieux avant le départ.

Je ne raconterai pas ici les péripéties de nos préparatifs. Je me conteuterai de dire que, dès le 5 novembre li:t70, le ballon le Jean-Barl, remis à neuf et tout frais verni par nos soins, était gonflé dans l'ile Lacroix, à Rouen.

J'observe attentivement les nu-iges, leur direction, ma boussole et ma carte à la main. Connaissant l'angle de Rouen avec le méridien astronomique, et la déclinaison, je puis tracer sur le sol une ligne qui s'étend vers le centre de Paris. Nous partirons quand les nuages se dirigeront suivant cette ligne, quand nos petits ballons d'essai prendront bion cette direction. Les conditions atmosphériques ne permet-

tcnt pas encore de lancer le ballon dans l'espace, attendons le nordouest; beaucoup d'habitants de Rouen regardent comme nous le eiel, les girouettes, et se demandent: « Quand le vent nord-ouest soufilera-t-il? »

Les nouvelles que l'on apprend le soir au bureau du télégraphe ne sont pas très rassurantes. Les Prussiens sont à sept lieues de Rouen. Si notre départ est ajourné, il serait bien possible que les aéronautes soient délogés de la ville. Pendant la nuit, nous faisons, mon frère et moi, une série de réflexions tantôt agréables, tantôt peu rassurantes. Mais notre imagination ouvre Paris à nos yeux. La possibilité du succès fait oublier celle d'un échec.

Le surlendemain, 7 novembre, nous sommes réveillés en sursaut. C'est un de nos aides, un ancien marin qui a surveillé le gonflement et qui entre précipitamment dans notre chambre.

— Messieurs, dit-il tout ému, je crois que le vent souffle vers Paris ; voyez donc si je ne me trompe pas !

D'un bond je me précipite sur le balcon de l'hùtel où nous logeons. Les nuages se reflètent dans la Seine qui s'étend sous mes yeux; ils se dirigent bien en effet vers le sud-est, mais il est de toute nécessité de contirmer cette observation en lançant des ballons d'essai.

Nous courons à l'usine à gaz. Un petit ballon de caoutchouc est gonllé, lancé dans l'espace ; le vent déterre le jette d'abord au-dessus de nos têtes, mais le courant supérieur lui fait décrire dans le ciel une ligne parallèle à celle que j'ai tracée sur le sol et qui donne la route de Paris! Nos cœurs bondissent de joie, d'émotion, d'espérance.

L'inspecteur du télégraphe est prévenu à la hâte, il annonce à Tours notre départ ; une heure après on remet entre nos mains la dernière instruction du gouvernement.

Le directeur de la poste ne tarde pas à accourir avec un nouveau sac de lettres importantes. Nous rentrons précipitamment à l'hôtel prendre nos paquets; notre voiture est suivie dans la rue par une foule considérable, etun grand nombre de Rouennais nous mettent dans la main leurs der-

A onze heures, mon frère et moi nous montons dans la nacelle. Le vent n'a pas varié depuis le matin. Nos sacs de dépèchessont attachés au bordage extérieur. Notre valise, nos couvertures pendent au cercle du ballon. Une l'pule si compacte entoure l'aérostat que nous procédons avec peine à l'équilibrage. On jette à mémo dans la nacelle lesdernières lettres. Une vieille dévote remet à mon frère une médaille bénite et une prière qui, dit-elle, nous porteront bonheur.

On lait reculer la foule. Les marins qui retiennent la nacelle se retirent sur nos ordres, le ballon s'élève bientôt au milieu des cris d'enthousiasme des spectateurs.

Le public suit déterre notre direction, et trois quarts d'heure après l'ascension, le gouvernement recevait à Tours le télégramme suivant iju'il publiait le lendemain dans son Journal officiel :

* Inspecteur Rouen à directeur général télégraphes à Tours.— Le ballon » \e Jean-Bar imoniii par MM. Tissandierest parti à onze heuresetdemie use dirigeant sur Paris, au milieu des acclamations. Vent favorable. * Temps brumeux, ils font bonne route. Ces messieurs emportent lettres, > paquets et dépêches. *

Le ballon le Jean-Dart, en quittant terre, passe au-dessus des gazomètres del'usine; il bondit moUementau-dessus des nuages, en traçant dans l'espace une courbe gracieuse ; puis il s'arrête un instant, immobile, hésitant comme l'oiseau qui cherche sa route. 11 tourne sur son axe, oscille lentement et obéit enfin au courant aérien qui l'entraîne.

Nous sommes à 1300 mètres d'altitude : la ville de fîouen est vraiment admirable, vue du haut de notre obsen'atoire ilottant. A nos pieds, l'île Lacroix d'où nous venons do quitter la terre, se baigne dans l'onde azurée de la Seine. Plus loin, le (leuve traverse la ville, comme un ruban jeté au hasard au milieu des maisonnettes d'une boite de jouets de Nuremberg. Un soleil d'automne colore de tons vigoureux ce délicieux tableau qu'encadre un cercle de brume; l'air est semi-transparent, mais le coloris de la scène terrestre, pour être moins vif, moins éclatant qu'au milieu de l'été, n'en est lias moins pur et moins beau.

La plaine où le ballon s'est gonflé tout à l'heure est littéralement cachée sous les têtes humaines, qui toutes sont dirigées vers nous ! Les hommes lèvent les bras vers le ciel, les femmes agitent leurs mouchoirs. Les vœux de tous nous accompagnent! Comment ne pas être profondément émus de ces marques de sympathie qui nous sont Aivoyées de si loin?

Cependant le Jean-Barl domine bientôt le sommet d'une falaise dont le pied est arrosé par les eaux de la Seine. Au même moment, mon frère fait une observation qui devient une révélation sans prix ! Le ballon plane juste au-dessus delà chapelle de Notre-Dame-de-Bon-Secours, qui, droite comme un I, est perchée sur le rocher,... et cette chapelle, — nousl'avons remarqué à terre, — est précisément située sur la ligne qui conduit de Rouen au centre de Paris!

Mon émotion est si vive, ma joie si grande, que j'en ai la respiration momentanément arrêtée. Quant à mon frère, il regarde, ébahi, le clocher dont la pointe aiguë apparaît, comme le aùr jalonplacésur lebord de la route. Tous deux immobiles, silencieux, suspendus dans l'immensité céleste, nous avons la même pensée; la même espérance fait battre nos cœurs!

11 est midi. Le soleil est au zénith. 11 y a bientôt une heure que le Jean- Sari plane au-dessus des nuages, nous n'avons pas encore perdu de vue la ville de Rouen. Nous marchons dans le bon chemin mais avec une lenteur désespérante! Le ciel au lieu de s'éclaircir se couvre partout d'une brume épaisse qui paraît s'abaisser lentement vers la terre, comme un immense couvercle de vapeurs. Mon frère observe attentivement la carte et la boussole pour trouver notre route au milieu des déto:ir3 de la Seine,

Je ne quitte pas de vue mon baromètre, dont l'aiguille tourne rapidement autour deson cadran. La descente est rapide; le Jean-Bai't, au milieu de la brume, s'est couvert d'humidité qui charge ses épaules. Jevide par-dessus bord un demi-sac de lest, nous remontons bientôt à deux mille

Si HISTOIRE DE MES ASCENSIONS

Le ballon est plongé au milieu d'un brouillard foncé, si épais qu'il disparaît à nos yeux. Il , ne faut pas songer non plus à distinguer la terre noyée sous une brume épaisse ; impossible de suivre de l'œil les contours

- delà Seine, précieux points de repère échelonnés sur notre route. Nous laissons l'aéro^Tat descendre pour cbercher à revoir le sol; maislebrouil-

- lard est compacte dans toute l'épaisseur de l'atmosphère.

— Il faut, dis-je à mon frère, attendre patiemment. Dans une heure, nous nous rapprocherons de terre pour reconnaître le pays.

'• Le lest estsemé sur notre route pour maintenir le ballon à nue altitude de 1800 mètres. Ce n'est plus dans l'air que nous nous trouvons, c'est au milieu d'une véritable étuve de vapeur. Il n'y a plus rien à voir, rien à Mre, qu'à attendre... et à espérer.

Quelle sensation bizarre et charmante tout à la fois, que celle de planer dans les airs, au milieu d'un brouillard épais ! La nacelle parait immobile, et quand on ne remue pas soi-même, aucune trépidation ne vous dérange. C'est le sentiment du calme absolu, inconnu sur ta terre, même dans le désert, où le vent frôle le sable et produit un bruissement monotone.

Après trois heures de voyage, notre ballon descend lentement dans ratmosphère, il traverse le manteau de brouillard qui s'étend sur la campagne ; nous apercevons la terre. Une inspection rapide nous fait connaître sur les replis de la Seine les hauteurs des Audelys, Le Jean-Bart a plané sans presque avancer! Il n'a guère marché plus vite qu'une mauvaise charrette. M^iis la lenteur do notre course n'est pas notre seule remarque; le vent a changé de direction, car nous avons laissé la Seine déjà bien loin sur la gauche, et o'e^t toujours à notre droite que nous aurions dû l'apercevoir si nous avions continué à nous diriger vers Paris. C'est ainsi que toul à coup, nos beaux rêves s'envolent en fumée.

— A quoi bon continuer le voyagea disons-nous;en passant la nuit en ballon, nous serons jetés vers le sud, sur Orléans peut-être ! Là n'est pas nc4re but. Revenons à terre, peut-être un second essai sera-t-il couronné parle succès. Ce n'est que partie remise.

Uo coup de soupape nous jette à cent mètres au-dessus «les champs :

notre guide-rope touche terre; une foule de paysans accourent de toutes

parts. Le venl est si faible, l'air est si calme qu'ils rattrapent la nacelle

en courant. Les voilà qui touchent notre câble traînant.

— Tirez la corde ! leur crions-nous.

Quelques solides gaillards font descendre leJeatirBart lentament, sans secousse, sans que nous ayons eu la peine de jeter notre ancre. Jamais meilleure descente n'est venue secondernos efiforts; mais combien D'aurions-nous pas préféré un traînage, au milieu de la tempête, pourvu qu'il ait eu lieu sous les murs de Paris.

Des centaines de spectateurs nous entourent, une nuée de mobiles arrivent, car la nacelle a touché terre au milieu dos avant-postes frauijais. A quelques milliers de mètres plus loin nous tombions chez les Prussiens

Nous demandons où nous sommes.

— A Poses, nous dit-on.

— Y a-t-il près d'ici une usine à gaz où notre aérostat, qui a perdu des forces pendant le trajet, puisse s'arrondir?

Un chef d'usine des environs, M. L,.., met gracieusement à notre disposition sa maison pour nous recevoir, son gazomètre pour nous fournir une centaine de mètres cubes de gaz. — Wais pour aller j usque chez lui, il faut traverser une ligne de chemin de fer, un fil télégraphique et passer la Seine ! C'est bien difficile de faire arriver jusque-là un ballon captif. Toutefois nous voulons essayer quand même.

Je harangue la foule et lui demande son aide. Mille hourrahs répondent à ma proposition. Je descends de la nacelle une corde de 51) mètres, pendant que mon frère en attache une autre au cercle. Nous attelons une cinquantaine d'hommes à chaque câble et le ballon captif s'élève à trente mètres de haut. Après nous être renseignés sur l'itinéraire à suivre, on nous traîne dans la nacelle jusqu'au petit village de Poses, où le maire reçoit les voyageurs tombés des nues. — Nous voici arrivés sur les rives de la Seine, où de vieux bateliers se concertent pour le passage de l'aérostat sur l'autre rive. Lo temps est calme, et malgré la largeur du fleuve.

le ballon eaX attaché par deux cordes à un bateau solide, où huit rameurs prennent place. Us se lancent au large; c'est merveille de nous voir dans notre panier d'osier à 'SO mètres au-dessus du courant rapide, remorqués par les solides biceps de nos mariniers, qui font parvenir le Jean-Barl sur l'autre rive, après un travail pénible et plein de danger pour eux. Car la moindre brise eût soulevé le ballon et fait chavirer l'embarcation t Mais

ces braves gens sont si heureux de venir en aide à des aéronantes du siège de Paris qu'ils ne ventent pas connaître d'obstacles !

Nous continuons notre route jusqu'à la voie du chemin de fer ou les fils télégraphiques se dressent, comme ces dragons des Mille et itne Nuits qui crient au voyageur téméraire : * Tu n'iras pas plus loin î > Comment en effet faire passer un ballon captif retenu par des cûbles à travers des fils tendus à quelques mètres du sol"? — Cet obstacle est surmonté. Suspendus dans rair à une vingtaine de mètres, nous jetons au-delà des fils une

corde que saisissent nos conducteurs, taudis que l'on aliandonae le câble qui est de l'autre côté des poteaux.Bientot une petite rivière arrête encore notre marche, mais l'aérostat passe ce dernier Rubicon et arrive enfin à Romilly-sur-Andelle. Notre ballon est attaché à des masses de fonte pesantes, nous le clouons au sol, ou des gardes nationaux le surveillent. Il passe la nuit dans la prairie, tandis que nous jouissons des douceurs de la plus charmante hospitalité que puissent recevoir desvoyajjeurs tombés du ciel.

Le lendemain, if y»;«n-/ÏMr( a reyu une petite ration de gaz qui lui a donné des ailes. Mon frère et moi nous observons avec attention l'atmosphère. Le vent de terre est du sud-est, mais nous croyons remarquer que des nuages très élevés se dirigent dans la direiition de Paris. Nous sommes dans le feu de l'action, comme les soldats au milieu des fumées de la poudre, nous voulons marcher en avant, décidés à tenter un nouveau voyage â de grandes hauteurs, sans nous soucier de la nuit qui tombe, ni des Prussiens qui nous entourent.

Cette fois, ce n'est plus la même confiance qui anime notre esprit, car le courant inférieur est complètement défavorable; mais il me semble devoir nous pousser sur Houen, ou de toute fayon il faut revenir. Dans le cas d'insuccès, ce trajet serait accepté comme un pis-aller favorable. Quant au courant supérieur, il est très élevé; comment se dissimuler les difficultés à vaincre pour s'y maintenir pendant un temps d'une longue durée? Nous faisons la part du possible et du probable, comptant beaucoup sur ce je ne sais quoi, qui parfois vous vient en aide.

A quatre heures trente minutes, nous prenons les dispositions de départ. Nos valises bouclées à la hâte sont attachées au cercle du lilet, un dernier paquet de lettres qu'apporte le maire de Romilly est placé dans la nacelle. Nous montons dans notre esquif d'osier; il fait un temps magnifique, de grands nuages blancs se bercent dans l'air, l'heure du crépuscule va sonner, la nature est calme et majestueuse.

Le départ s'exécute dans les meilleures conditions, en présence d'une foule complètement étrangère aux maïKiiUvrcs aérostatiques. Elle mani-

leste son étonnement par le silence et l'immobilité. Tous les spectateurs ont les yeux fixés sur l'aérostat ; quand il quitte terre, les têtes se dressent, les bras se lovent, les bouches sont béantes.

Je ne me rappelle pas avoir jamais fait d'ascension dans des circonstances si remarquables. Nous quittons lentementlesprairies verdoyantes, les lignes de peupliers qui les encadrent. Une légère vapeur, opaline, diaphane, couvre ces richesses végétales, avant que le manteau de la nuit s'y étende. Une indicible fraîcheur, odorante, pénétrante, monte dans l'air comme la plus suave émanation, elle nous enveloppe, jusqu'au moment où le Jean- Bar t s'enfonco dans la zone des nuages; jamais je n'avais éprouvé cette volupté secrète du voyage aérien, ce vertige merveilleux de l'esprit qui s'abandonne à la nature.

On croirait, en se séparant du plancher terrestre, qu'on y laisse quelque chose de soi-même, la partie physique, matérielle : ce qu'on emporte avec soi, c'est l'idéal. Lisez Gtethe : le poète décrit, quelque part, l'impression qu'éprouve l'âme lorsqu'elle se sépare du corps au moment du trépas ; il y a dans cette description poétique, imagée, écrite en un style puissant, quelque chose qui rappelle cet abandon des choses terrestres dans la nacelle de l'aérostat.

Nous traversons comme la llèche le mafisif de nuages. Impression vraiment curieuse. Pendant le passage rapide, c'est une buée légère qui nous entoure, une nébulosité semi-transpareutc. Puis, au dessus, c'est la lumière resplendissante, c'est le spectacle du soleil, qui lance ses rayons ardents sur les montagnes de vapeui's, Alpes célestes aux mamelons escarpés, arrondis. Sous les images, nous avons laissé la nature, presque endormie, somnolente, à l'heure du crépuscule. Au dessus, nous la retrouvons éveillée, pleine de vie, ivre de lumière. Quels tons puissants dans ces rayons qui s'échappent du soleil au déclin, quand on les contemple à la hauteur de trente pyramides ! Quels reilets magiques au milieu de ces vallées vaporeuses, aussi blanches que la neige des montagnes, aussi étincelantes que des paillettes adamantines !

Dans un de nos voyages, nous avons pu montrer un spectacle analogue

à un navigateur qui avait sondé tous les coins du globe ; juché dans la nacelle, 11 admirait, muet d'étonnement.

— J'ai TU, nouâ disait-il, le soleil se coucher au milieu des glaciers polaires, je l'ai vu se perdre dans la baie de San-Francisco, j'ai vu les grandes scènes que la nature dessine au cap Horn, j'ai fait le tour du monde, mais jamais pareille scène ne s'était offerte i mes yeux.

Qu'on ne nous accuse pas d'enthousiasme facile ou d'exagération.

Quand la nature se mêle de faire du heau dans ce inonde aérien, elle enfante d'Incomparables merveilles.

Peu à peu le soleil s'abaisse à l'horizon. Quand il va se noyer dans la

mer des nuages, il y jette ses derniers feux. L'immensité s'embrase, pour

s'éteindre tout à coup.

Ces rayons ardents nous évitent de jeter du lest ; mon frère retrace,

. sur son album aérostatique, ce tableau céleste aussi fidèlementque crayon

lOa IIISTOIHE DE MES ASCENSIONS

peut le faire. Quant à moi je surveille l'aiguille du baromètre. Le soleil nous aspire, nous appelle à lui, et de couches d'air en couches d'air, nous atteignons l'altitude de 3200 mètres.

A 5 heures, l'obscurité est presque complète. Le froid ne tarde pas à se faire sentir; aussi l'aérostat, plus impressionnable que l'organisme humain, est brusquement saisi ; son gaz se contracte, sa force ascensionnelle diminue. Il descend avec une grande rapidité, revient en vue de terre, où le vent le jette sur la Seine, qu'il traverse lentement k 500 mètres de haut. Bientôt nous planons an-dessus d'une campagne couverte d'arbres, comprise entre deux bras du fleuve. C'est la forêt de Rouvray, qui s'étend à nos pieds comme un immense tapis de verdure.

Le vent parait avoir cliangé de direction, il nous dirige vers l'Océan. Ce n'est pas encore dans l'enceinte des forts de Paris, que nous toucherons terre I

Nous descendons si près du sol, que nos guide-ropes, longs de 200 mètres, glissent sur le sommet des arbres, s'y accrochent parfois, et impriment de violentes secousses à notre nacelle. Nous entendonk distinctement le frôlement des cordes contre les feuilles. Elles glissent dans les branches en imitant le murmure d'un ruisseau qui coule sur un lit de cailloux. Quelquefois un bruit sec se fait entendre ; i! est suivi d'un brusque soubresaut de l'aérostat; c'est un de nos cftbles qui s'est enroulé autour d'une branche qu'il a brisée comme un fétu de paille.

L'aspect de la forêt est celui d'un immense lit de mousse, car, vus d'en haut, les arbres perdent leur grandeur. On n'en aperçoit que les cimes. On serait presque tenté de sauter à pieds joints sur ce duvet qui repose la vue.

Au milieu des bois quelques lueurs paraissent, comme des étoiles qui brilleraient en un ciel sombre. Ce sont des paysans qui allument la lampe dans leur chaumière. Se doutent-ils qu'un regard indiscret leur est lancé du ciel ?

Nous ne voulons pas descendre au milieu de la forêt, dans la crainte de mettre en pièces /c J/^aii-Borl . QucAqties poignées de lest nous font

remonter ii un demi-kilomètre dans l'air ; mais voilà qu'une circonstance inattendue va prolonger malgré nous notre voyage, en nous entraînant encore une Tois dans les régions supérieures.

La lune vient de se lever au milieu de l'atmospiière. Elle dissipe les vapeurs suspendues dans Tair; enlève-t-elle aussi l'humidité fixée aux cordages, à l'étoffe du Jean-Barlî Nous le supposons, car nous remontons, lentement il est vrai, mais sans jeter la moindre parcelle de lest, à une hauteur de '2 400 mètres.

La scène qui s'olfre ii nos regards, pour avoir changé d'aspect n'en est pas moins betli', moins saisissante. L'astre des nuits tn'me sous un dais d'argent, formé parune vortte de nuages élincelants. Jusqu'à perte de vue, ses rayons caressent la surl'ace dos vapeurs atmosphériques, les découpent en écailles irisées et se reflètent sur le fond obscur des régions inférieures (Voy. p. 104). Il fait ici un froid pénétrant, 3 degrés au-dessous de zéro; nous nous couvrons de nos fourrures, mais nos pieds et nos mains sont littéralement gelés. L'action de l'abaissement de température se fait sentir d autant plus qu'il y a plus longtemps que nous sommes immobiles; nous linissons par suhir les épreuve.s d'un réel malaise. La lueur indécise de la lune lance sur notre aérostat de faibles rayons qui ne suffisent plus à éclairer notre baromètre. Nous distinguons à peine son aiguille d'acier. Navigateurs sans boussole, nous errons au hasard dans l'immensité de l'atmosphère.

A 9 heures, nous sommes revenus en vue de terre ; c'est encore un bras de la Seine qui se déroule sous nos yeux, comme un seipent d'argent, A 400 mètres de haut, nous planons au-dessus du fleuve où l'ombre du ballon se découpe en une grande tache noire. Sur l'autre rive, nous apercevons encore un immense bouquet d'arbres, serrés et touffus, où pas une clairière ne se présente pour faciliter notre descente. C'est la forêt de Roumare.

La nuit est venue, il faut absolument songer à la descente; mais où trouverons-nous une plaine hospitalière pour Jeter notre ancre? Voilà la Seine, qui plus luin revient sur son cours, et au delà, à perte de vue, une

forêt plus vaste ;encore que les précédentes, semble nous défier de ses cimes touffues et compactes. C'est la forêt de Mauny. — Quelle luxuriante campagne nous traversons du haut des airs, où l'eau et la végétation se disputent la nature! Quel pays rîclie et verdoyant! Mais quelle déplorable contrée pour le navigateur aérien, qui ne rencontre sous sa nacelle que récifs, écueîls et menaces de naufrage! Semant du lest sur notre route, nous maintenons Iv Jcan-Ii'irl à 300

mètres de haut. Nous épions une plaine, mais il n'y a sous nos pieds qu'un amoncellement d'arbres, répandus à profusion sur toute la campagne. Le vent est calme, nous sillonnons l'espace avec une extrême lenteur.

A 9 lieurea !Î0 minutes, nous sommes en vue d'un nouveau bras de Seine que le ballon va traverser encore. L'espérance nous fait croire que, sur l'autre versant, une terre propice à la descente viendra prêter son aide aux aéronautes. Nous tombons de Charybde en Scylla!

IIISl'OiriE DE MES ASCENSIONS 105

Le Jean-Bart s'avance en droite ligne vers le milieu de la forêt de Bretonne, qui s'étend jusqu'à la mer, où le vent nous dirige, et par surcroît de malheur, les rives de la Seine sont hérissées de hautes falaises qui nous menacent. Traverser successivement quatre l)ras de la Seine,

Wfh I l'âge IWi.,

et trois forêts, sans apercevoir un espace vide, c'est comme une fatalité qui nous poursuit. 11 n'y a peut-être point d'autres parties du globe ou pareil voyage pourrait se faire. Nous sommes à 100 mètres de haut, le ballon peut être brisé contre les rochers, s'il ne gravit pas les hautes

lOC HISTOIRE DE MES ASCENSIONS

plages aériennes. Mais s'il remonte, le vent le lancera sur la forêt de Bretonne, et le poussera jusqu'à la mer où noua courrons grande chance de nous perdre. Tout en faisant ces observations peu rassurantes, le Jean-Bart arrive au-dessus de la Seine, en vue de Jumièges. En cet endroit le fleuve est d'une grande largeur, il s'étend comme un lac immense dont les rayons lunaires font le plus admirable miroir. Le moment de l'hésitation est passé, il faut prendre une résolution subite et décisive. Le vent va nous lancer sur la rive opposée, contre une falaise énorme ; en un instant nous nous pendons à la corde de la soupape. Elle s'ouvre béante, fait entendre une musique étrange : c'est le gaz qui s'échappe. Nous rendons la main, les clapets se ferment avec un bruit sonore qu'amplifie la rotondité de la sphère d'étoffe. Nous piquons une tête dans la Seine, mais en aéronautes experts, nous avons calculé notre chute. Nos cordes tombent dans l'eau, y glissent et notre nacelle s'arrête à 15 mètres au-dessus du fleuve. Sachant imiter le mouvement de l'oiseau qui se laisse tomber de haut pour efllenrer la surface liquide, le Jean-Bart a évité la noyade.

I^a falaise est un écran immense qui intercepte le vent, ol l'air est si subitement calme au-dessus de la Seine, que notre ballon reste complètement immobile i\ quelques mètres au-dessus du fleuve. Le courant frappe les cordes traînantes, y clapote avec un léger bruissement ; la lune éclaire le globe aérien, qui, au milieu de ce tableau nocturne, offre un aspect merveilleux.

Nous entendons blentCit des clameurs sur le rivage. Une foulo de mariniers sont venus à l'approche de l'aérostat tombé des nues. Parmi les cris de tous, on distingue quelques voix féminines qui se détachent de ce concert humain, comme des Jlùtes aiguës d'im orchestre.

— Si ce sont des Prussiens, dit l'une d'elles, nous allons les tenir, ils ne nous échapperont pas !

— Tirez les cordes, répondons-nous en criant di' toute la force de nos poumons. Amenez-les sur le rivage- Sur ces entrefaites, une barque montée par f[natre ou cinq hommes

IIIKTOIRE DK MES ASCENSIONS 107

vient de paraître h la surface de l'eau. L'un d'eux nous crie qu'il arrive à notre aide.

Bientôt en effet les rameurs nous ont rejoints au milieu du fleuve, ils saisissent un de nos câbles qu'ils amènent péniblement au rivage. On a toutes les peines du monde à se faire entendre aii milieu des clameurs. Le bruit se calme bientôt, et sur nos ordres, les mariniers que l'on distingue difficilement au milieu de la nuit, tirent notre corde, mais ils s'y pendent tous avec un enthousiasme qu'il est impossible de modérer. Ils s'y cramponnent si brusquement dans leur ardeur, qu'ils impriment au Jean-Bart de terribles secousses. Nos protestations sont vaines. Il faut nous contraindre à être secoués dans la nacelle comme des feuilles de salade qu'on égoutte dans un panier.

En quelques minutes, la nacelle a quitté la Seine, nous sommes suspendus au-dessus des peupliers qui bordent le chemin de tialage. Nous disons auj mariniers de conduire le ballon dans un espace libre d'arbres. Ils se mettent tous en marche aux cris du € oh hisse! » familier aux bateliers. Notre ancre est encore pendante et s'accroche à un peuplier, d'où il faut la déloger. C'est tout un travail. Mais nous tranchons ce noeud gordien comme l'aurait fait Alexandre lui-même. Nous faisons tirer les cibles de l'aérostat, par nos remorqueurs, de toute la force de leurs biceps. L'arbre cède et se casse, non sans une violente secousse de notre esquif.

On arrive enlin au village d'Heurtrauville, dont les maisons, assises coquettement au pied d'une immense falaise, bordent le cours de la Seine. L'aérostat est ramené à terre sur la berge, les sacs de lest vides sont remplis de sable, on les entasse dans le panier d'osier qu'ils rivent au sol. Nous mettons pied à terre.

Les femmes qui nous prenaient pour des Prussiens se sont vite détrompées en nous entendant parler le langage qui leur est familier. Mais elles se ligurent maintenant que nous sommes envoyés par le gouvernement pour enlever leurs honimes, et les enrôler dans l'armée. Décidément ces braves Normandes voient dans l'aérostat un oiseau de

mauvais augure. Il parait que nos mines ne sont pas trop suspectes, car nos explications ne tardent pas à rassurer sur nos intentions la plus belle moitié du village d'Heurlrauvilie.

Voilà un groupe do paysans qui s'avance avec la gravité de président de cour. Ce sont des memlires du conseil municipal précédés de M. le maire. Ils nous demandent nos papiers. L'un d'eux prend connaissance

des pièces qui nous onl été données par le j^ouvernenient, il les examine avec le sérieux d'un changeur qui flairerait un faux billot de banque.

— C'est bien, messieurs, nous sommes à votre disposition.

Nous demandons un piquet de six gardes nationaux pour être de faction pendant la nuit autour du ballon, pour empêcher les fumeurs d'y mettre le feu, et les curieux de s'en approcher.

M. le maire donne ses ordres au commandant de place. Il noua conduit ensuite au Grand-I/ôtel de la localité. C'est une humble chaumière, un cabaret de village, très propret, fort Lien tenu. La patronne nous en fait

les honneurs avec une bonne grûce, ma foi, charmante. Elle nous offre sa chambre pour passer la nuit.

De grand cœur nous la remercions, heureux de trouver un lit pour nous reposer de nos fatigues et de nos émotions.

Nous dînons dans ce cabaret avec un appétit tout aérien. Mon frère et moi nous répondons aux questions des curieux, faisant l'un et l'autre de la propagande aéroslulique..,.

Nous arrêterons ici notre nicit des ascensions pendant la guerre, récit que nous avons reproduit d'après noire livre En Ballon jicndaiit le siège de Paris, où nous renverrons le lecteur curieux de connaître la suite de nos aventures. Elles ne s'adressent plus qu'à l'aérostation captive, aux ballons militaires, et ne toucltent en rien, par conséquent, aux voyages aériens proprement dits.

Nous nous bornerons à ajouter que si les ballons du siège ont assuré les communications de Paris investi avec la France, ils auraient pu rendre des services non moins considérables à l'état d'aérostats captifs,

liO IIISTOIHJC DE MES ASCENSIONS

destlDés à surveiller du haut des airs, aux avant-postes de noS" a les mouvements de l'ennemi. Peudant ((ue l'iimiée de la Loire s'oryanî sait à Orléans, une compagnie d'aérostlers militaires fut créée; Duniof ei Bertaux furent cliargés de yonller le premier aérostat militaire. Mon frèri et moi, nous ne tardâmes pas à nous joindre à ces aéronautes, et ûous n VÙmes l'ordre de transporter notre ballon tout gonOé aux avant-poste| du camp de GhiUeurs. Cent cinquante mobiles s'attelèrent aux quatr cordes qui retenaient à terre le globe aérien. Perchés dans la nacelle, noue présidions à cette manœuvre d'un nouveau genre. Le camp de ChilleuTB était loin, le vent était vif et contraire, le transport n'eut lieu que très lentement. Bientôt la nuit tombe, la lune se lève. Quelques paysans accourent, considérant avec stupéfaction ce ballon qui se découpe en noir sur le ciel éclairé par la lune, et que remoniuent péniblement à travers champs quelques poignées d'hommes pendus aux uAbles qui tombent de la nacelle (Voy. p. Ii;}).

Après bien des fatigues, bien des efforts, par un temps froid, glacial, le ballon est évcntré, mis en pièces par une rafale. Un second aérostat est vite gonflé, et se tient prêt à obéir aux ordres, oôte à côte avec le ballon que Duruof doit diriger. Ces ballons allaient se trouver mêlés à la déroute d'Orléans, d'où ils s'échappèrent à la dernière heure, entassés pèle-mèle avec leurs aéronautes dans le fourgon de cliemin de fer. Ce fourgon est devenu pendant quelques jours notre asile habituel. 11 nous conduisit au Mans, puis à Laval, vers de nouveaux désastres.

Nous n'oublierons jamais ces heures néfastes, où les spectacles épouvantables s'offrirent à nos yeux. Après la reprise d'Orléans, si réconfortante pournotre pays, l'infâme tiaitison deBazaine, JetaFrédéric Charles ci sou armée sur nos jeunes recrues de la Loire. La défaite d'Orléans fut terrible; et pendant vingt-quatre heures aux avant-postes de l'armée, nous vîmes le cortège de la déroute. Pauvres mobiles, pauvres soldats, à moitié nus par un froid glacial, mourant de faim, au milieu des campagnes de neige qu'ils traversaient comme des malheureux, affolés et hagards ! Nous voyous encore un peu plus tard, le pont de bateau jeté sur la Loire

HISTOIHE DE MKS A^iCENSlON:? 111

et les deroiera bataillons de l'armée se replier en allence de l'autre côté du tieuve.

Il allait être donné au brave général Clianzy de reconstituer une armée solide avec ces débris mutilés, d'attiser la flamme dupatriotisme qui n'avait jamais cessé de brrtler dans nos cœurs, et d'opérer jusqu'au Mans une retraite savante, après avoir su constamment tenir en respect les formidables forces de l'ennemi. Fortifié an Mans, le général Chanzy, livra sous les murs de la ville, la magnifique bataille du 1 1 janvier, où après 14 heures d'un combat acharné, auquel il nous fut donné d'assister, il allait être vainqueur de Frédéric Charles. Pendant la nuit, la débâcle fortuite d'un bataillon de mobiles vint tout à coup changer notre victoire en défaite, et malgré les etforts de nos marins, qui luttèrent avec énergie; il fallut encore céder la place à l'ennemi.

Pendant le séjour de l'armée française au Mans, nous exécutâmes de nombreuses ascensions captives auxquelles le général Ghauzy s'intéressait vivement. Il nous lit gonfler notre ballon à Laval, et la veille encore de l'armistice, il se préparait à lutter aaus trêve ni relâche. Honneur au général Ghanzy; âme de fer, le découragement lui était inconnu. Toujours combattre, était sa devise.

Il considérait les aérostats captifs coiuuie de précieux auxiliaires de l'art militaire et dans une lettre qu'il me fit l'honneur de ni'écriro le 19 août 1i^71, M. le Général Chanzy indique très nettement sa pensée dans la phrase suivante :

« J'espère qu'un jour les ballons captifs rendront de réels services, qu'il n'a pas dépendu de vous, mais des circonstances seules de leur faire donner dans la dernière campagne. »

Généra! Chamzï

L'organisation délinitivc des aérostiers militaires, avait été constituée à Tours le 7 décembre 1871) sous la direction de M. Steenackers directeur .1 des Postes et des Télégraphes. Voici la liste des aéronautes qui

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