CHAPITRE DIXIÈME
AsceDsians de Paria i Lonjumcau (Ssine-et-Oise), le 23 inni 1872, el de l'u k Combs-la-Villfi (Seine-et-Uorne}, le S juin 1S72.
yers la fin de l'année 1871 M. Henry Gilïard, auquel la mécanique doit de si belles conquêtes, s'efforça de résoudre un problème d'une haute importance au point de vue aéronautique : la préparation économique de l'hydrogène pur. L'appareil imaginé par le célèbre ingénieur est basé sur la décomposition de la vapeur d'eau par le fer chaufTé au rouge, et sur la réduction par l'oxyde de carbone, de l'oxyde ainsi formé. Il avait été conru à la suite de quelques expériences que j'avais exécutées au laboratoire de l'Union natiouale, où Hunry GilTarJ venait parfois Iravailler avec moi.
L'appareil est essentiellement composé de deux fourneaux ou cylindres de maçonnerie. Dans le premier, se trouve le coke, qui brûle sous l'action d'un courant d'air très énergique; l'oxyde de carbone formé traverse le deuxième cylindre contenant du minerai défera l'état d'oxyde, porte ^t oxyde de fer au rouge, et le réduit. (Voy. ji. 1IG.)
Le fer réduit est alors traversé par un courant de vapeur d'eau; il soîcyde de nouveau et donne de l'hydrogène. Quand la décomposition de l'eau est terminée, on fait passer l'oxyde de carbone sur loxyde de fer, qui se réduit à nouveau, et ainsi de suite alternativement. La même quantité de minerai de fer peut servir indéfiniment.
On voit que ce système est très simple et très ingénieux; il pourrait assorément être très économique s'il était construit en grand. 'Juoi qu'il
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en *«it, cet appareil ;i fonctionné à plusieurs reprises dans d'excellentes
condition» et a permis à GtfTard d'opérer le gonQement de petits aéros-
tHts, dans lesquels il nous oiTrait volontiers l'occasion d'exécuter des as-
cenitionH.
Le ^ mai iSl'2, <i midi, l'appareil à gaz, construit sur les terrains de t'usine Flaud, au Champ-de-Mars, est prêt à fonctionner. Le tirage a été augmenté par riiilliience d'un jet de vapeur plus énergique que dans les précédentes expériences, et lea résultats sont encore plus favorables.
Il st bi, — K. Four à minerai ils lurfuFH d« l'oxyda de fer. Après :; l'hydrogvDO se dëgagi en H.
(.tuolipies rotiii'ds inliércuts i'i un premier essai ne permettent pas de produire l'hydrogène nviiut cinq lu'ures.
A re luouiout, le gji/. se dégage aliondamment ; il passe à travers un l'imrsleur A chaux et vient s'engager dans un petit aérostat de 400 mètres culios dont .Iules (iodard opi^re le gonlleuient,
.V sept liiMin's dn soir, le liallou est gonflé. M. Giffard pense d'abord iV gaixlcrTat^rostut plein dogae justiu'au lendoniain.maisje lui demande de partirdosuile. Lanuitoompli^te ne se fuit pas encettesaisonavaut neuf heures. Nous avons dcuxlionresdevimt nous. Ku rcmetlaut au lendemain, on risqvie la pluie ou tes nifulfs pendant la nuil, ol le b;Ulon pourrait bien
être mis en pièces. — Quand le vto est tiré, il faut le boire, dit le prorerbe; quand un aérostat est gonflé, il faut s'élever, pourraient dire de Lsaëme les aéronautes.
A. sept heures dis minutes, Jules Godard et moi nous montons dans . nacelle et nous procédonsà l'équilibrage. Nousavons 81) kilograramea |de lest. Notre but est seulement d'exécuter une promenade aérienne. Avec K^es ressources aussi modestes, notre ambition doit >e borm^r A faire un
Simple bond aérien. — M. Flaud, député, ses fils, les ingénieurs de la ïïiaison, assistent à l'auension qui se fait à sept beuves quinze minutes.
Nous montons très lentement ; le ciel est pur, le panorama de Paris s'ouvre à nos yeux, éclairé parle soleil couchant. Une légère brume couvre la ville, comme d'une mousseline transparente, au-dessus d** laquelle le Panthéon, le dùme doré des Invalides, Notre-Dame, le Nouvel- Opéra, semblent émerger comme des récifs au-dessus d'un vaste océan.
A sept heures trente-cinq minutes le ballon jilane à une altitude i
HISTOIRE DE MES ASCESSIUS'S IW
I mètres au-dessus des ecviroos de Ghoisy-le-Rot (,six heures cinquantf L minutes).
ha Léa descend encore, et nous voilà bientôt à "^ mètres seulement au- |t dessus du sol; Godard, en jetant du lest, nous maintient -^ cette hauteur; , le vent nous pousse sur la Seine, en vue de Villeneuve-Saint-Georges, Nous suivons un instant le cours du tleuve à Vî mètres à peine au-dessus de la surface de l'eau. Des bateaux et des bateliers passent sous la nacelle, I ils sont ébahis à notre vue, et nous avons le temps de leur dire quel- [. ques paroles.
Sur la rive, un chasseur passe et nous salue en agitant son chapeau.
A Dotre gauche s'étend la vallée d'Yères; nous voguons mollement, audessus d'uu pays admirable, le ballon est mollemenlentrainé avec l'air et piane majestueusement.
Un peu de lest jeté par notre pilote, tait remonterraérostal;i'2l)0 mètres environ; nous arrivons bientôt en vue de grandes plaines, où il va falloir descendre. 11 n'y a plus à bord ijue deux sacs de sable.
Mais voilù le soleil qui sort d'un nuaye épais et nous envoie des rayons brûlants. Le jjaz de la Léa se dilate rapiilemenl, il nous entraîne vers les hautes régions... On monte, on monte toujours!... A 1 ftlK) mètres de haut, Jules Godard donne plusieurs coups de soupape alin de ne pas aller au delà, car nous sommes pauvres en lest, et il serait téméraire de laisser monter trop haut la nacelle, sans songera l'atterrissage; il s'agit de ne pas revenir à terre avec ime trop grande vitesse, qui croîtrait de minute en minute si le soleil venait à se cacher.
Nous jouissons alors d'un coup d'œil grandiose : le soleil, rouge comme du sang, piane au-dessus d'un grand riileau de nuages blancs, argentés, arrondis ; des lignes brillantes entourent son ilistjue et l'encudrent C'est magique!
A sept heures, notre ballon descend rapidement, il s'avance vers de grandes plaines de blé, oii nous nous posons doucement sans la. moindre
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Nous sommes à coté d'une belle propriété. Les paysans accourent en foule. Nous leur crions :
— Conduisez, le ballon, au moyen de ces cordes, devant la mare, en face de la maison.
Les braves gens obéissent; mais ils sont ébabis de voir que nous connaissons la maison el la mare.
Nous avions vu tout cela de lii-haut.
■Le propriétaire de la grande ferme, où nous arrivons, à Égreuay, prcs de Combs-la-Ville (Seine-el-Marne), est M. Decauville; sa famille nous accueille avec la meilleure grilce. On nous invite à diner, on nous choie, on nous questionne,
M. Decauville nous raconte que, pendant le siège de Paris, un aérostnt venu de la ville assiégée est tombé à la place môme on notre ballon s'est posé tout à l'heure. Les Prussiens étaient là, mais les aéronautes ont pu s'échapper grilce àun brouillard épiiis. M. Decauville a encore cet aérostat dans sa grange, il nous le montre en nous ilisant qu'on n'est jamais venu le réclamer. Ce ballon est pourri et perdu.
A neuf heures M. Decauville nous fait conduii-o, nous et notre ballon, dans sa voiture, jusqu'il la gnrc de Corabs-la-Ville.
A orne heures nous sommes à Paris.
Pendant cette ascension, une nappede cumulus est restée constamment suspendue dans l'atmosphère à l'altitude de 1 800 mètres.
Les expérit'nces sur la préparation du gaz Ijydrogène, préoccupaient alors très vivement Henry (.iifrard.-qui me faisait le confident de ses projets. Il voulait arriver à résoudre le problème de la fabrication économique du gaz hydrogène en vue de la construction de ses grands ballons captifs à vapeur, (?t d'un aérostat dirigeable dont il méditait depuis longtemps l'exécution.
Oue d'beuresdélicieuses,j'aipasséesen compagnie du grand ingénieur, que la mort adepuis cette époque, enlevé à mon affection.
Nous nous réunissions souvent à l'heure du déjeuner, et nous prenions
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noire repas ensemble Jans un des restaurants des Champs-Elysées. Il était bien rare que l'aéronautique ne fût pus l'objet de notre conversation. Quelquefois nous rencontrions Gustave Doré, qui avait une grande sympathie pour Giffard et que je connaissais pour ma part depuis de longues années ; l'illustre artiste prenait part à nos causeries scien-
tifiques ; il s'y intéressait vivement et faisait des vœux pour le succès di' navigation aérienne.
Giffard aimait à encourager mon ardeur, et il était toujours lieureux quand ii pouvait me faire monter en ballon.