‹ Histoire de mes ascensions;Chapitre 2 sur 32 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

VHistoire de mes ascensions, a paru pour la première tois à la fin de 1877, et l'accueil favorable qui a été fait à cet ouvrage, a décidé l'éditeur ârolfrir au public sous un plus petit format, d'un prix moins élevé. Le livre ainsi présenté a obtenn un grand succès puisque six éditions successives en ont été écoulées en quelques années*.

La septième édition que le Içcteur a sous les yeux, aura le mérite de reconstituer le grand format illustré tout en étant du même prix que le petit, qui ne contenait que quelques gravures.

En terminant, il y a dix ans, l'histoire de mes premiers voyages aériens, j'écrivais les lignes suivantes :

« Je fais des vœux pour que dans dix ans, il me soit donné de présenter le récitd'une nouvelle et plus importante série d'explorations aériennes. »

Ces vœnx ont été exaucés; et le présent ouvrage entièrement refondu, a été complété de plusieurs chapitres, où nous parlons des ascensions que nous avons faites mon frère et moi, depuis le commencement de 1878. Ces nouveaux voyages comprennent ceux qui

1. ïi'Histaire de mes ascensions a été honuréc de soiiuciiptiona ded Miiiiâléiiis de l'InslructiBa puWique, de la Guerre et de la Marine, ainai que de la Ville de Purîs pour les bibliothèques de leurs départementa re spectîFs- . ^^

ont été entrepris dans notre atelier aérostatique d'Auteuil, soit avec notre aérostat dirigeable électrique, soit avec des ballons spliériques; il en est quelques autres qui ont été exécutés à l'usine à gaz de la ViUette, ou au moyen de l'appareil à gaz de Henry Giflard en 1878. Ces ascensions ont apporté à la science quelques résultats. Nous espérons que le lecteur s'y intéressera, comme il s'est intéressé déjà à nos précédentes expéditions.

Je ne tennineiai pas cette Préface, sans adresser l'expression de ma jn^titade à tous ceux qui nous ont facilité l'entreprise de nos expéditions aériennes. — Nous avons eu l'honneur d'avoir été encouragés par VAt-tuièmie itfs Srimtces, par l'Association scientifique de France ,f3iiVAss'^'in lion fraHrin:>f potir Cnraticemctit îles sciences. Un grand nombre de savants éminents parmi lesquels uous citerons les Le Verrier. les J.-B. Dumas, les Henry Gitlard, les Bourdon, pour ne mentionner que ceux que la mort a ravis, nous ont facilité notre tâche, ei uous ont prodigué les utiles ressources de leur expérience. Il y aurait ingnititude de notre part à l'onblier.

Je veux remercier aussi, avec autant de cordiaUté que de sympathie, les vaillants aérouaules de profession, les Durnof, les Mangin, et plus récemment les Lachambrv, et les Lhosle. pour le concours qu'ils m'ont toujours donné avec autant de désintéressement que

INTRODUCTION

Avant de donner le récit d'une campagne d'ascensions aérostatiques entreprises à notre époque, il nous parait utile de résumer succinctement l'histoire de la découverte des ballons, de rendre hommage aux inventeurs et de retracer les principaux événements qui ont ouvert la voie aux navigateurs aériens.

Il parait â peu près certain que c'est vers le milieu de l'année 1782 que les frères Joseph et Etienne Montgolfier, industriels à Annonay en Vivarais, songèrent pour la première fois à exécuter des expériences sur une machine aérostatique. L'ascension naturelle de la fnraée, celle des brouillards et des nuages, leur fournirent l'idée de l'aéronautique. Us imaginèrent d'emprisonner la fumée dans un

grand sac sphériqne en papier, et ils sapposèrent que celte fumée s'élèverait avec le récipient léger qui la contiendrait.

Joseph Montgolfier, Talné, exécuta la première expérience aéroetatiqce à Avignon, vers te milieu de novembre 1782. La machine était de soie fiae, avant la forme d'an parallélipipède, dont la capacité était égale à 40 pieds cobes. On brûla da papier à l'onvertare. pour laréGer Tair, on, d'après lldée des inventeurs, poar former le nuage ea question; et quand la raréfaction fat à an certain point, la ■'*f^*** 1101118 lajôdement jusqu'au plafond.

Les frèfts MoDtgolSer firent avec non moins de succès une nouvtOe tentatire à AnnonaT, et bientôt ils procédèrent à une expérience publique.

Le jeudi 5 juin 17^3. les États du Yivaraîs étant assemblés à .VnnoQay, les frères Montgolfier les invitèrent à voir leur nouvelle expérience aérostatique : une grande enveloppe de loîle, recouverte de papier et d'une forme jiresque sphérique, était enlr'ouverte à sa parlie inférieure, attachée à un cbàssîs de bois d'environ ll> pieds canes, sur lequel elle était abandonnée à elle-même, comme un sac de toile vide. Quand cette machine fiit remplie d'air chaud plus léger que l'air ordinaire, elle avait 110 pieds de circonférence. Sa capacité était d'environ "22000 pieds cubes. Les Irôres Montgolfier tiommencèreut à remplir la machine: ils le firent eu brûlant soussod orifice de la paille et de la laine hachée. On annonça aux spectateurs ijoe cette enveloppe prendrait une forme sphérique, et qu'elle monterait d'elle-même aussi haut que les nuages. Ouand l'aérostat s'éleva dans l'atmosphrre, rétonnemeiit des spectateurs fut à son comble, et se manifesta bientôt en acclamatious enthousiastes.

La nouvelle de cette expérience, parvenue à Paris, y produisit un effet immense. Chacun se demandait par quel procédé merveilleux

un résultat si nouveau avait pu être obtenu, car à cette époque le fait d'une machine gravissant d'elle-mfnieleshautes régions de l'air, passait à juste titre pour profondément surprenant.

Un physicien d'un grand mérite, allait satisfairelacuriosité publique: c'était le professeur Charles.

Il était connu à Paris comme vulgarisateur de la science; on accourait en foule aux intéressantes conférences qu'il donnait dans une des salles du Louvre, et que les expériences si populaires de Franklin sur l'électricité mettaient à l'ordre du jour.

A la nouvelle de l'expérience des frères Montgolfier, Charles va trouver deux habiles constructeurs, les frères Robert, et leur donne le plan d'un ballon qu'il imagine de gonfler non plus d'air chaud mais de gaz hydrogène. Il se rappela que le gaz hydrogène récemment découvert, est beaucoup plus léger que l'air; il résolut aussitôt de l'employer pour le gonflement du premier aérostat que l'on confectionna en soie enduite d'un vernis imperméable. Le 23 août 1783, la machine étant fabriquée, sa forme oITrit celle d'un globe de douze pieds de diamètre. Toute la journée du 24, fut employée à produire du gaz hydrogène pour gonfler la sphère aérienne, et le surlendemain ou se mit en mesure de transporter pendant la nuit, au Champ de Mars, le premier aérostat à gaz.

Le 27 août, le Champ de Mars est garni de troupes, et la foule immense ne larde pas à en couvrir la surface tout entière. A cinq heares, un coup de canon annonce que l'expérience va commencer ; il avertit en même temps les savants placés sur la terrasse du Garde- Meuble de la Couronne, sur une des tours de Notre-Dame et à r Ecole militaire, et qui doivent appliquer desinstruments à lamesure de la hauteur atteinte par le globe aérien.

Le ballon, débarrassé des liens qui le retiennent, s'élève bientôt, à

INTRODUCTION

la grande surprise des spectateurs; il monte avec une telle vitesse qu'il est porté en deux minutes à plus de 500 mètres de hauteur. Là il rencontre un nuage obscur au sein duquel il se perd; un coup de canon annonce sa disparition, mais on le voit percer la nue, reparaître à une plus grande élévation, et s'enfoncer au milieu d'autres nuages. La pluie qui survint au moment où le globe s'élevait ne Tempècha pas de monter dans l'atmosphère.

L'idée qu'un corps voyageait dans l'espace semblait avoir alors quelque chose de si étrange, elle paraissait s'écarter à un tel point deslois-dela physique, que tous les spectateurs de Paris, comme ceuxd'Annonay, ne purent se défendre d'une impression qui tenait du vertige. Les hommes pleuraient d'émotion, et les dames élégamment vêtues, les yeux fixés sur le globe, recevaient la pluie sans en avoir conscience.

Cependant le plus jeune des deux Montgolfier,Etienne, venait d'arriver à Paris, où il avait été invité par l'Acadéoiie des siences à répéter son expérience d'Annonay avec un ballon à feu gonflé par l'air chaud. Le 19 septenibre 1783 une vaste sphère de 14 mètres environ de diamètre construite en toile grossière et recouverte d'un fort papier, se gonflait à Versailles en présence du roi et de toute la cour. On fait brûler au-dessous de l'orifice de la machine plusieurs bottes de paille, l'air chaud va s'y engouffrer et l'arrondir.

« On la voit presque aussitôt s'élever, dit un historien du

temps, Faujas de Saint-Fond, se gonfler et déployer avec rapidité les plis et les replis dont elle est composée ; elle se développe en entier. Sa forme plaît à l'œil, sa capacité imposante étonne... Les cordes sont coupées et la machine's'élève pompeusement dans l'air, entraînant avec elle l'attirail dans lequel étaient renfermés un mouton et des volatiles. La machine s'éleva d'abord à une grande hauteur, en

La inonlBOlai.Te le FlCSfetles tlevie à L)oo le 10 janvier 1781. - {Page XX)

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décrivantune ligne inclinée à l'horizon que le vent du sud la força de ' prendre ; elle parut rester ensuite quelques secondes en station et produisit alors le plus bel elfet. Enfin, elle descendit lentement dans le bois de Vaucresson, à 1 700 mètres du point d'où elle avait été enlevée. >

A partir de ce jour, it n'était plus possible de douter des effets de l'aérostat des frères Montgolfier ; aussi résolut-on de se servir du nouvel appareil pour transporter des observateurs au sein de l'atmosphère.

Un nouveau ballon à air chaud fut immédiatement construit : il n'avait pas moins de lô mètres de diamètre, et 23 mètres de hauteur. OnlegonHapour la première fois ruedeMontreuil au faubourg Saint- Antoine, chez M, Réveillon, et un jeune savant de grand mérite, l'intrépide Pilàtre de Rozier y exécuta, le lu octobre 178-3, une première ascension captive. Le 19 octobre, le ballon retenu par des câbles monta à '200 pieds, avec Pilàtre de Rozier, et le même jour il éleva successivement dans les airs le môme physicien accompagné de M. Giroud de Villette et de M. le marquis d'Arlandes.

Cette expérience mémorable laissa entrevoir l'espérance de pouvoir tenter un premier voyage aérien en abandonnant absolument la machine, f M. d'Arlandes et M. de Rozier, dit Faujasde Saint-Fond, désirèrent cet instant avec une ardeur qui caractérisait leur intrépidité. D

La machine aérostatiquequiavait servi aux expériences d'ascensions captives fut transportée au château de la Muette, dans les jardins duquell'ascension eut lieu le 21 novembre.

Le gonflement fut commencé à 11 heures du matin.

€ Une heure et demie après, la machine gonflée fut promptement lestée avec les approvisionnements de paille nécessaire pour entre-

INTBODUGTION

tenir le feo pendant la route, et M. le marquis d'Arlandes d'un câté, M. de Rozier de l'autre, prirent leur poste avec un empressement sans égal. L'aérostat quitta la terre sans obstacle et dépassa les arbres sans danger; il s'éleva d':iboriI d'une manière assez tran-

quîUo pour qu'on piH li' considérer à l'aise : mais à mesure qu'il s'éloignait, l'on vil les voyageurs bnissor leur cliapeaux et saluer les spectateurs, qui étaient lousdiins le silence et l'admiration, mais qui éprouvaient un sentiment d'intérêt mêlé de crainte'.

i. Faujas ilf :>aiiii-t\>iul. l^rtmîff^ suite Jt I0 dtferîj'lit^* lifs ex-fcritaeet »

flMV. p, 16 «I Stiiv.

INTRODUCTION

Le globe aérien continua à s'élever pour longer l'ile des Cygnes, et traverser la Seine à la barrière de la Conférence. Les rues de Paris regorgeaient de spectateurs, etles tours de Notre-Dame étaient couvertes d'observateurs et (le curieux. Le ballon descendit lentement

(D'apti-s aae aquartllc inii|lilB de Cont.î). - (Pngo XXII.j

sur la Butte-aux-Cailles, le feu du foyer déjà ralenti s'éteignit et les deux voyageurs s'échappèrent de rétnife qui était retombée sur leurs têtes.

La foule accourut, et son enthousiasme (ut tel, qu'elle mit en pièces l'habit que Pilâtre avait placé dans la nacelle pendant le voyage, et s'en partagea les morceaux.

Pendant que Pilàtre de Rozier et le marquis d'Arlandes prenaient possession de l'atmosphère au nom de la science, Charleset les frères Robert ne restaient pas inactifs; ils préparaient une souscription publique pour subvenir aux frais de la confection d'un ballon de taffetas gonflô do gaz hydrogène et destiné à enlever deux observateurs. Les frères Robert publièrent un manifeste aérien le 10 novembre 1783, {Journal lie Paris), en annonçant que la machine aérostatique serait t'X*cut^o d'après les théories de M. Charles. C'est à ce grand physicien que l'on doit, comme on va le voir, la création du ballon à gaz et les principes du voyage aérien.

(Miarlesse sert d'uueétolTede soie enduite d'unTernisimpermëable. Il tmagiut' de munir le ballon & sa partie supérieure d'une soupape à deux clapets, que l'on pourra mettri' en jeu à l'aide d'une corde, et au moyeu de laquelle il sera possible de modérer la force ascensionnello de l'aénistat, nu de le faire revenir à terre eu perdant du gaz, Charles se dit avec raison que. si lo ballon descend dans l'atmosphère, le voyaiît'ur aérien doit avoir la possibilité d'arrêter sa chute ; il A l'idiVo d'emporter dans sa nacelle du sable fin. du h-^f qu'iljettera au besoin pa^4lessus biml. 11 recouvre le ballon d'un filet, à la partie inf*rieur\' duquel il fixera la uneello lôgèr»>meiit construite, et munie d'une anrr* destinée à s'attacher aux obstacles terr^tres à la desivnl«. Il (\tnslruit iMtiin un appareil ingénieux pour la préparation *>u grand de riiydn%g<^ue ; l'eau, le loret l'acide sulfurique réagissent dauiipluiiienrs lonm'aux oiri'ulairx'uient ranges : le gaz produit dans cîiacun d'eux srrhe ï»*r des tuyaux de plomb dans une cuve ceotnle où il sf l»w. et se dégîij^' |«r un orifice vertical aMutissini à l'^pj>endictf de l'a/ntslat- l'harles songv> oucon" i laisser [vudantrascens.ion rapi»oudivf inft^rieur ouvert, aiin d'éviter la rupture de l'enveloppt' I»Ar la diUlaliou. < l.'air inttauimaMe. couim^ dit Charles loi-

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môme avec esprit, ne pouvait pas briser sa prison, puisque la porte lui en était toujours ouverte. « L'ingénieux physicien complète son matériel par le baromètre, qui lui donnera à chaque instant l'altitude à laquelle il plane; en un mot, nous le répétons, il créa de toutes pièces l'art aérostatique.

La mémorable ascension de Charles et de Robert s'exécuta dans le jardin des Tuileries, le 1" décembre 1783, en présence de tout Paris. Le ballon gonflé d'hydrogène avait 26 pieds de diamètre.

La descente eut lieu à Nesles, en présence de paysans nombreux et d'un groupe de cavaliers, parmi lesquels se trouvaient le duc de Chartres et le duc de Fitz-James. Kobert sauta en dehors de la nacelle et Charles repartit seul; il s'éleva rapidement à une hauteur assez considérable.

€ Je passai en dix minutes, dit le voyageur, de la température du printemps à celle de l'hiver. Le froid était vit et sec, mais point insupportable. J'interrogeais alors paisiblement toutesmes sensations, je m'écoutais cicve, pourainsi dire, et je puis assurer que, dans le premier moment, je n'éprouvai rien de désagréable, dans ce passage subit de dilatation et de température.

A mon départ de la prairie, le soleil était couché pour les habitants des vallons ; il se leva pour moi seul et vint encore une fois dorer de ses rayons le globe et le char. J'étais le seul corps éclairé dans l'horizon et je voyais tout le reste de la nature plongé dans l'ombre. Bientùt le soleil disparut lui-môme, et j'eus le plaisir de le voir se coucher deux fois dans le môme jour... Je me rappelai la promesse que j'avais faite à Mgr le duc de Chartres de revenir à terre au bout d'une demi-heure. J 'accélérai ma descente en tirant de temps en temps ma soupape imférieure. Bientôt le Globe, vidé presque à moitié, ne me présentait plus qu'une hémisphère. J'aperçus une assez

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belle plage en friche auprès du bois de la Tour du Lay. Alors je précipitai ma descente.

Arrivé à vingt à trente toises de terre, je jetai subitement 2 ou 3 livres de lest qui me restaient et que j'avais gardées précieusement. Je restai un instant comme stationnaire, et vins descendre mollement sur la friclie même que j'avais pour ainsi dire choisie. »

Pendant que ces expériences s ex éca talent, Joseph de Montgolfier', l'ainé préparait à Lyou, une ascension qu'il exécuta avec Pilàtre de Roiùerel ses autres voyageurs dans le liallon à airehaud /«'/*&■»■- .<v//('xaéroslatéDorme, l'un des plus volumineux que l'on ait construit jusqu'ici. Ce ballon que nous représentons page XIII. était nia-

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