‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 111 sur 247 · RÉSIGNATION DE LA COLONIE · texte numérisé non relu

RÉSIGNATION DE LA COLONIE

cher sur la terre, plus il devenait grand... Nous aurons le bonheur de manquer de beaucoup de choses : oh ! c'est alors que votre enfant nagera dans la joie la plus pure! » Puis répondant à une des préoccupations de la supérieure générale, à savoir le maintien de l'unité de l'Institut : (^ La maison de Saint -Charles, quoique à deux mille cinq cent douze lieues de Paris, sera, j'espère, unie d'esprit et de cœur avec celle de cette ville. Plutôt que de changer un iota dans notre manière de penser touchant notre société, je préférerais m'en retourner sans pain, sans argent, aimant mieux faire tout ce long trajet sans secours que de dévier du sentier que vous nous avez tracé. »

Si généreux que fût le sacrifice qui éloignait le Sacré- Cœur de Saint-Louis, il était d'autant plus douloureusement senti par M^^° Duchesne, qu'elle ne voyait guère de chances de se rapprocher. « A moins d'un coup de Providence , écrivait-elle , rien ne nous ramènera à Saint-Louis. Les enfants seules nous désirent. Elles quitteraient toutes leurs parents, qui les gâtent, pour venir avec nous; mais, eux, ne sentent pas le prix de l'éducation chrétienne. Et I tandis que même les esclaves donnent dans un luxe outré, qu'on bâtit des salles de spectacle et de bals, des temples, etc., pas un particulier, même les triples millionnaires , ne donnerait un sou pour une maison d'instruction. » Il faut dire, pour être juste, que ce jugement trop sévère sera rectifié plus tard par M™° Duchesne. Mais elle avait déjà senti le grand obstacle auquel son zèle devait longtemps se heurter : l'esprit utilitaire et l'amour des jouissances , ({ui gâtent les vertus de la race américaine , jusqu'à former un des traits caractéristiques de cette puissante rtation.

Au nombre des enfants qui voulaient retenir M"^^ Du- • licsne à Saint-Louis , il faut mettre au premier rang les

filles du général Pratt. C'était dans sa maison que les cinq religieuses étaient descendues, et elles y recevaient de toute la famille la plus obligeante hospitalité. M'"^Duchesne aimait à appeler M. Pratt « son père temporel ». — «Sa femme, écrivait-elle le 31 août, est la personne la plus estimable de Saint-Louis. Elle a cinq petites filles gâtées à l'excès, et qui nous aiment au point de vouloir toutes quitter leurs parents pour venir au couvent. Quand nous sortons , elles ont peur que nous ne nous en allions ; et Céleste surtout , au moins quatre ou cinq fois le jour, à temps et à contretemps, sollicite ses parents de la laisser venir chez nous. Ces cinq enfants ont les plus heureuses dispositions, avec des voix charmantes. Elles tiennent à toute la ville : c'est une fourmilière de petites cousines , toutes de tournure aimable, qui sont venues nous voir et voudraient nous suivre; l'une d'elles n'a pas dormi de la joie qu'elle eut de notre arrivée. J'attribue cet empressement à l'inspiration de leurs bons anges. Les petites de couleur font la même chose , elles ont jusqu'à la bouche ouverte pour nous regarder ; et M'"" Octavie en ayant placé une auprès d'elle à l'église, les autres lui disaient : « Toi, tu es bien heurt reuse! » Vous sentez que cette jeunesse est très attachante, ainsi que les sauvages que l'on voit ici. »

Un autre et puissant attrait eût retenu M™<' Duchesne et ses filles à Saint-Louis, c'était la direction spirituelle de l'évèque , dont la rude franchise était loin de déplaire à ce mâle caractère : « Sa bonté ne l'empêche pas d'être ferme, écrivait-elle dans la même lettre. Il m'a déjà connue et dit mon fait. »

Il fallut bien cependant se résoudre à sacrifier ces chères espérances. Le 7 septembre 1818, la petite colonie se rendit à Saint-Charles. M"'' Dubourg accompagna lui-même la voiture à cheval , aidant les religieuses à passer la ri-

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