‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 110 sur 247 · SA MISSION POUR SAINT-CHARLES · texte numérisé non relu

SA MISSION POUR SAINT-CHARLES

protestants, le suivirent à l'envi, avides de le voir et de l'entendre '.

Ayant précédemment dirigé ses missionnaires sur les différents points de son immense diocèse, M*" Dubourg s'empressa d'assigner à M"^° Duchesne et à ses religieuses le poste qu'il leur destinait. Ne pouvant les établir auprès dejui à Saint-Louis , où il n'y avait pas même une chambre à louer, l'évêque fixa leur résidence à Saint- Charles du Missouri. « C'est une petite ville à quelques lieues d'ici, leur écrivait -il précédemment; vous y trouverez toutes les convenances désirables, jardin, verger, etc. Une fois colloquées là provisoirement , nous examinerons où vous pourrez être mieux pour votre objet... Il faut défricher avant de cultiver. Vous et moi nous passerons notre vie dans ce travail ingrat ; nos successeurs recueilleront dans ce monde ; rontentons-nous de recueillir dans l'autre. » L'évêque leur faisait d'ailleurs entrevoir de grands avantages dans cette station de Saint-Charles, qu'il croyait appelée à devenir une des villes les plus importantes du Nord de l'Amérique. « Située sur le Missouri, dont les bords, disait-il, 'ileviennent de plus en plus habités , et qui va donner son nom à un nouvel Etat de la République fédérative, il n'y a pas de jour où elle ne voie arriver quatre ou cinq nouvelles familles, venant s'établir dans les terres ilont la valeur augmente ainsi dans une progression effrayante. De plus, si l'on exécute le projet d'établir un canal qui , par l'Ohio et le Mississipi , doit ouvrir une com-

^ Voir Elizabeth Seton, xxv. V. le Journal de la traversée, reiiieilli et copié par M™" Duchesne, Archives du Sacré-Cœur, n° 28, C' recueil contient aussi des lettres fort édifiantes de MM. de An- 'In-is, Rosati, Bighi, Moni, Richard, Brassac et Babad à M"^^ Fouruier, sœur de M^i" Duiourg. Voir aussi les Annales de la propa- Oation de la Foi, t. I, n" i, p. 23.

munication par eau avec New -York, Saint-Charles aura ainsi des relations avec la France, plus promptes que par la voie de la Nouvelle-Orléans. »

Ces perspectives, ouvertes sur un avenir douteux, ne donnèrent pas le change à M"^*' Duchesne. Ayant toujours nourri , elle et ses religieuses , l'espérance de s'établir dans la ville épiscopale , sous le regard et la protection de M"' Dubourg, au centre des secours nécessaires à leurs âmes, elle se voyait reléguée à dix lieues plus au nord, dans un isolement affreux. D'un coup d'œil elle embrassa l'étendue du sacrifice , comme elle s'en expliquait dans cette lettre au Père Barat : « Nous allons habiter une petite maison louée. Rien n'est commencé ; rien ne peut être même conçu pour nos maisons. Monseigneur, qui fait maintenant bâtir une église aux frais des habitants qui s'en trouvent assez chargés, nous fait comprendre la difticulté de sa position ; il nous dit d'aimer présentement notre abjection, et que les fruits viendront dans l'avenir. J'ai été devant lui comme un rocher qui reçoit les coups de poinçon. Je vais les yeux fermés : la Providence ouvrira la voie s'il lui plaît... Mes sœurs sont courageuses et plus ferventes " que moi , elles voient la croix et l'embrassent < . »

Le courage, la ferveur, le généreux et amoureux embrassement de la croix , tels sont bien, en effet, les sentiments de cette lettre de M""= Octavie Berthold, écrite le 29 août à la mère Barat : « Ma bien digne mère, je vois tous les jours que vous avez accompli la volonté de Dieu sur moi en me laissant venir ici. A mesure que j'approchais du terme du voyage, mon cœur s'épanouissait; je sentais que plus il s'éloignait de tout ce qui lui était

1 Saint -Louis, 29 août 18J8, au P. Barat. — Item, 31 août, à l M™* Barat.

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