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DÉPART POUR LE GRAND-COTEAU

Le 30 juillet 1821, veille de Saint-Ignace, il fut convenu avec M'J'' Dubourg que la fondatrice de la maison du Grand -Coteau partirait le dimanche suivant, emmenant avec elle la sœur Mary Layton , laquelle devait rester son unique compagne jusqu'à l'arrivée des religieuses de France, promises et annoncées par la mère Barat. Au moment du départ, M'"'^ Duchesne voulut, malgré son dénuement, remettre à sa chère fille la somme de cent piastres, environ cinq cents francs, « pour le plus nécessaire de la chapelle et du vêtement '. » L'évêque, de son côté, se dépouilla généreusemeut de tout ce qu'il avait à sa disposition : « 11 nous aurait donné toute sa maison, » rapportent les lettres de M'"" Duchesne. On eut bien garde d'oublier de mettre dans la petite valise les Constitutions de la Société : c'était le plus riche trésor ! Après de courts apprêts, on s'embrassa, en cherchant de part et d'autre à retenir ou cacher ses larmes, a Personne n'a perdu plus que moi à ce départ, écrivait M™® Duchesne. M°^^ Eugénie était mon bras droit... Le désir pur d'étendre nos saintes règles et l'aimable dévotion du sacré Cœur a seul inspiré et soutenu son courage. » Cela se passait le o août, à sept heures du matin. A clix heures. M™" Aude et la sœur Layton prenaient place sur le Rapide, qui faisait la descente du Mississipi.

Le voyage jusqu'à Plaquemine fut assez monotone. Mais là commença une série d'aventures, dont la plume pittoresque de M°i'^ Aude nous transmet le tableau. Le débarquement dans la boue à dix heures du soir, les incommodités d'une mauvaise auberge, le transport sur une charrette, une seconde navigation sur un bras d'eau conduisant aux Attacapas, un trajet à cheval plein d'émotions

1 Lettre du 15 août 1821, et Journal du 31 juillet, p. 20.

et (le hasards pour rincxpérience.de deux cavalières absolument novices en équitation , l'hospitalité tout à fait primitive d'un ixin vieux curé «le soixante-dix ans, M. isabey, ancien bénédictin, dont les naïves prévenances attestaient les habitudes simples autant que cordiales de l'homme du désert, semèrent la route d'incidents capables de déconcerter des femmes moins décidées à tout braver pour Dieu.

Le 2o, on arriva enfin chez M'"'^ Smith, ([ui reçut les religieuses dans sa propre demeure. Mais M'"'' Aude avait hâte d'occuper l'habitation qu'on lui destinait, afin de s'établir dans la vie régulière. Aussi, dès le 28, elle s'y transféra, quoique rien n'y fût prêt. On passa les premières nuits sur le plancher à terre, enveloppées dans un drap pour toute couverture. On pensait à la France, au sacré Cœur, au ciel, et on se résignait : a Priez pour moi, écrivait-elle à la mère générale : la pensée seule que vous priez peut me consoler et me fortifier. Le titre d'épouse du sacré Cœur et celui de votre fille sont mon seul bonheur. Ils sont tout moi; je ne suis rien sans eux. Plutôt tout soufTrir que de les perdre jamais! Adieu, ma digne mère, bénissez votre enfant; dites qu'elle est à vous, et que vous êtes à elle, par le Cœur de Jésus et celui de Marie, et tous ses maux ne sont plus rien. «

L'établissement du Grand -Coteau est à dix milles sudouest des Opelousas, cent quarante milles ouest et trente milles nord de la Nouvelle- Orléans, dans la paroisse de Saint-Landry. Ce qu'on appelle le Grand -Coteau n'est qu'un plateau dominant les prairies et les marécages, qui de là se prolongent indéfiniment jus([u'au golfe du Mexique, alternant avec des forêts vierges où la hache du pionnier n'avait fait alors ([ue de rares entailles. Des bras d'eau appelés Bayous, originairement produits par le iMississipi,

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