PROPOSITION DU GRAND -COTEAU
de sa fortune et de ses entreprises pour ia gloire de Dieu, demanda à l'évèque de permettre, sur ses terres, la fondation d'une maison où la jeunesse serait instruite, et où elle-même pourrait se retirer et demeurer jusqu'à la fin de ses jours. L'habitation, les terres, le mobilier, le voyage, tout serait payé par elle; c'était uu don sans réserve. M"' Dubourg s'empressa d'accepter. Il indiqua tout de suite à la donatrice les dames du Sacré-Cœur comme devant répondre à ses intentions, se chargeant de demander et promettant d'obtenir l'assentiment de la supérieure générale et de la mère Duchesne.
Rien n'était davantage selon les vœux de cette mère. Elle-même en écrivit à M""' Barat dans ces termes solennels : « Les avantages de cette fondation ne se retrouvent pas en cent ans, dans un pays comme celui-ci. » Et dans une autre lettre, parlant du Grand -Coteau : « C'est à la vérité une campagne, mais un quartier riche pour la culture du sucre. Ces trois établissements. Fleurissant, les Opelousas, et plus tard, sans doute, la Nouvelle-Orléans, tiendront toute la Louisiane en longueur. » La conquérante avait déjà tout son plan de campagne.
La mère Duchesne, toujours oublieuse d'elle-même, proposa, comme chef de cette expédition. M""" Eugénie Aude : « Quant à moi, ajoutait-elle, vous me placerez où vous voudrez. Tout désir est éteint en moi, hormis celui de faire la volonté de Dieu. Ma dernière maladie m'a établie encore plus dans cette indifférence'. » Celle qu'elle désignait pour la remplacer, dans le laborieux honneur d'aller consacrer une nouvelle maison au Sacré-Cœur de Jésus, y était préparée par des qualités déjà éprouvées, ft Dieu , disait M"^'' Duchesne , l'a faite pour le commande-
1 Fleurissant, 30 octobre 1820, et HJ août 1821.
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nient'. » Dans la communauté, personne n'avait autant qu'elle le don de plaire aux enfants et d'attirer les mères. Un extérieur heureux et des manières honnêtes exerçaient autour d'elle une première attraction , que complétait promptement le charme d'un esprit délié, persuasif et plein d'agréments. Mais sa force principale résidait dans le cœur. Ce qu'elle aimait le plus ardemment au monde, après M""' Barat, c'étaient ses élèves; et son grand dévouement, un dévouement ([ue nous verrons ne reculer devant rien, ni devant la maladie, ni devant le péril de la mort, lui donnait cet empire que sont assurés d'obtenir hnalement tous ceux qui vivent par le cœur, et qui savent en parler la langue sacrée.
La supérieure générale reconnut dans ces oflres et cette désignation la volonté de Dieu. M'"*^ Aude fut donc nommée; et, peu de temps après, la mère Barat lui adressa d'admirables conseils , qui se résument ainsi : « Ma chère Eugénie, nous avons toutes goûté les raisons de votre mère, et je ne puis qu'approuver la. fondation des Opelousas... Adieu, ma chère illle, priez souvent pour celle qui pense souvent à vous, surtout depuis qu'elle sait quelle charge le Seigneur vous contie. Soyez remplie de courage et de confiance : le Cœur de Jésus vous soutiendra*. » Une lettre postérieure faisait savoir à la même que M™*^ Duchesne avait, sur la maison des Opelousas, l'autorité d'une Provinciale : a C'est le titre qu'elle aurait reçu, si ce terme eût été admis parmi nous. Recourez donc à elle pour les choses pressées, et ne réservez pour nous que les plus difficiles et les plus importantes. » L'unité et la force de la mission d'Amérique dépendaient de ce lien de subordination.
1 Fleurissant, 24 juin et i:i août l.S:2l. ' Paris, 13 novembre 1821.