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SON VOYAGE AU GRAND -COTEAU

dette. Nous appelâmes aussitôt un des prêtres passagers, et le baptême se fit au grand contentement des parents. Noire pensionnaire fut marraine , et le prêtre promit de irvenir visiter cette plage délaissée, où il y a d'ailleurs très [MU de catholiques.

' Le 22, fête de sainte Madeleine, nous relâchâmes à ^.linte- Geneviève, où nous eûmes la messe et nous reruines la communion. Nous l'offrîmes à Dieu, en union avec celles qui se font dans toute notre Société pour notre commune et chère mère Barat.

« Le 28, dimanche, nous fûmes à Natchez, où nous espérions recevoir la communion... Nous dînâmes chez le curé, jeune prêtre flamand nommé M. Mano, dont la santé était gravement compromise, moins je crois par les travaux du corps que par les peines du cœur, car ce pauvre prêtre n'a que peu de fidèles et une église en bois qui s'élève humblement au milieu de plusieurs beaux temples protestants. On entrait en foule dans celui des presbytériens, et nous fûmes sur le point de nous y rendre par erreur. Instruites de notre méprise, nous allâmes à la ; messe dans l'église catholique, le cœur bien serré, en voyant la solitude qui y régnait. »

Telle fut la première partie de ce voyage, où l'âme tout apostolique de M™"^ Duchesne éclate en si nobles et si simples accents. Jusque-là, le parcours avait été heureux. Les voyageuses, il est vrai, avaient eu à souffrir de l'incommodité d'une chaleur excessive, du voisinage des chaudières, « et des maringouins, qui les avaient couvertes de feux et de piqûres. » Mais , résignées d'avance à tous les sacrifices, elles se plaignaient plutôt de << n'avoir que si peu de chose à offrir à Dieu ». Le soir, la récréation se prenait sur une galerie où l'on chantait des cantiques qu'accompagnait de sa voix remarquablement belle un

prêtre missionnaire. C'était 31. Dumoulin, qui descendit le fleuve jusqu'à Bâton-Kougc, où il allait remplir les fonctions de curé.

Le 29 , on quitta le Mississipi , et ici commence la partie tragique de la traversée de M"""^ Duchesne. Une station de sept jours dans la détestable auberge de Pkujuemine , en altendaift le radoubage du bateau à vapeur; les rançons exorbitantes perçues par l'aubergiste et les conducteurs sur les pauvres religieuses , ne furent que le prélude de ce qui les attendait sur les bras d'eau ou Bayous, dont le niveau abaissé se refusait presque partout à la navigation.

D'un premier Bayou on passa dans un second sans pouvoir prendre terre , car le sol d'où les eaux venaient de se retirer était si délayé , que les bœufs y demeuraient enfoncés jusqu'au poitrail. « Malgré la fatigue des rameurs, nous nous rembarquâmes, continue M"^*^ Duchesne, et du second Bayou on entra dans un troisième , dont on se fera une idée , si on se rappelle ce que la Fable dit des fleuves du Tartare. Une eau noirâtre et fétide baignait à perte de vue des bois d'un aspect lugubre , dont le pied n'est guèrel qu'un mois ou deux hors de l'eau. On n'en voit que la tête, portant à son sommet un feuillage sombre , presque caché par de grandes plantes parasites , espèce de barbes grises couvertes de limon , qui pendent des rameaux. Plus nous avancions, plus les arbres se resserraient, sans que nous vissions la terre, ni même l'apparence. Le jour décHnait; nous n'avions pour huit personnes qu'un petit morceau de pain. Dans mon inquiétude, je dis au conducteur : « Je crois que vous avez perdu la l'oute, et qu'il serait prudent de retourner à un point où nous pourrions trouver une terre quelconque. » Il me répondit qu'il ne s'était pas égaré, que cela était impossible; mais son air embarrassé

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