SON RETOUR A SAINT LOUIS
bénédiclions de quatre mois! d Mais son espoir était que cette semence amère produirait quelque jour une moisson d'âmes sur ce rivage; et son récit se termine par cette belle parole : « Il me semble, ma mère, que tant de sacrifices ne seront pas perdus, et produiront dans la suite plusieurs établissements dans ces villes de Natchez et de la Nouvelle-iMadrid (jui, malgré le tremblement de terre qui l'a pres([ue détruite en 1811, s'augmente cliaque jour '. »
Ce fut le 28 novembre 1822 que M'"^' Duchesne arriva à Saint-Louis. Elle ne fit que le traverser pour se rendre à Fleurissant, où ses filles, informées de ses tribulations, attendaient son retour avec impatience. « Combien nous souffrons de l'absence de notre mère! écrivait peu de jours auparavant M'"^ Octavie Berthold ; combien nous souffrons surtout de ses épremes qui dépassent l'image que vous pouvez vous en faire. Je le sens vivement par les souffrances que j'ai éprouvées moi-même, quoique moindres que les siennes'. »
Le récit de ce voyage de M'"^ Duchesne, envoyé par , elle en France, émut de compassion et transporta d'admiration toute la Société. Le bon Père Varin , en particulier, ne savait s'il devait plaindre ou envier le sort de l'héroïque femme; et voici les beaux motifs de confiance en Dieu qu'il en déduisait, dans une instruction à la maison de Paris : « Voyez, mes chères filles, c'est lorsque nous croyons toucher à notre perte que Dieu nous prépare les grâces les plus insignes. Quel admirable spectacle que la conduite de la divine Providence envers M™*^ Duchesne! Voyez luette grande fondatrice, frappée, dans son voyage, d'une
' Fleurissant, l^r dpcembre 182i. — 2 ^ la mère Thérèse, 23 novembre 1822.
maladie mortelle, seule, sans secours, étrangère, repoussée d'un village par crainte de la contagion , étendue sur le sable, livrée aux ardeurs de la soif, appelant en vain un prêtre... Que va-t-elle devenir? Que deviendra aussi sa petite colonie? Mais non; elle s'est confiée en la divine Providence, et cette Providence saura bien la sauver. Allons donc, mes filles, jetons- nous dans le sein de Jésus-Christ, et ne nous inquiétons de rien *. »
Cependant, à côté de ce miracle éclatant de la protection divine, il y en a un autre : le miracle du courage invincible d'une femme soutenant seule une de ces luttes acharnées, surhumaines, dont un saint Père a dit : « Votre lutte contre l'enfer a pour spectateurs les anges et le Maître des anges*. » Au plus fort de ce combat, blessée elle-même cruellement, elle porte à l'ennemi de Dieu un coup victorieux , qui lui aiTache sa proie. Le Ciel et la terre semblent la repousser; elle se fait dans la retraite un ciel intérieur. Il ne lui faut que Jésus; mais, lui manquant, tout lui manque : c'est la croix toute nue. Ainsi le sentait-elle; ainsi le Père Barat l'en consolait-il, à sa forte manière, par les lignes suivantes : « Il n'y a, mai chère sœur, qu'une seule cause de chagrin dans cette vie, c'est d'être privé de la communion. Un autre sujet de peine, c'est de voir périr tant d'âmes sans pouvoir l'empêcher! Ce fut le sujet de la douleur infinie de Jésus- Christ, mais douleur adoucie par la pensée que du moins il servait les desseins de son Père en procurant notre salut. Et vous, ma très chère sœur, peut-être auriez-vous ^agné plus d'âmes à Jésus-Christ en demeurant en France; mais
1 Conf. du 16 juillet 1823. Rec. de Conflans , p. 174. - Angeles et angelorum Dominum in luctamine qnod tibi cum diabolo est spectatores habes. [S, Éphrem.)