‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 150 sur 247 · SA DESTINÉE DE VICTIME · texte numérisé non relu

SA DESTINÉE DE VICTIME

voici des jours qui me rappellent la retraite après laf|uelle vous m'admîtes dans la chère Société. Trop attachée alors à la sainte montagne, je ne prévoyais pas que je me trouverais si éloignée de vous qui me captiviez par des liens si aimables. Dieu , qui me voulait ici , m'a fait rompre ces chaînes, et j'ai lieu d'admirer le pouvoir de la grâce, qui Dpe rend heureuse et contente dans l'éloignement de tout ce que j'aime le plus, et sans aucun succès qui puisse rne faire oublier mes sacrifices. » Nous allons voir, se réaliser ces dernières paroles dans l'effondrement de toute l'œuvre de Fleurissant, mais pour une reconstruction qui sera le triomphe de la patience de l'apôtre et de la toute-puissante miséricorde de son Maître.

Le principe de cette ruine, M"^*^ Duchesne le signalait, dès son retour du Grand-Coteau, dans cette même lettre : « Au doux plaisir de retrouver mes sœurs et la pratique de nos saintes règles, se joint l'amerturne d'apprendre que nos élèves, sorties du pensionnat, se livrent aux plaisirs du monde, en oubliant Dieu. Les périls, il est vrai, sont si grands à Saint-Louis, que nous pouvons tout appréhender pour les enfants qui nous restent. Je regarde Saint- Louis comme Malacca au temps de saint François Xavier. A un moment de zèle et d'effervescence a succédé l'indifférence la plus grande pour la religion, suite du délice des plaisirs. Nos pauvres enfanis sont entraînées au bal, au spectacle, au prêche; elles ont entre les mains de mauvais livres, vivent dans l'oisiveté, et déjà plusieurs vocations ont succombé devant tant de périls. »

En même temps que cette lutte contre le pervertissement général des enfants 'aggravait la charge comme la douleur des maîtresses, leur appui le plus ferme venait de leur être enlevé par le départ de M^' Dubourg, qui abandonnait la résidence de Saint-Louis pour aller se fixer

dans la basse Louisiane. Il avait emmené mie partie de ses prêtres, entre autres M. Delacroix, l'aumônier du Sacré-Cœur et l'infatigable apôtre de toute cette contrée. « Monseigneur, écrivait-elle, a eu de grands chagrins à dévorer : le départ de deux prêtres , la mort de deux des meilleurs, l'ingratitude d'une ville qu'il a comblée de bienfaits. Un parti s'y est élevé contre lui, à l'occasion des dettes contractées pour la construction de l'église ; on voulait vendre le presbytère, et même une maison bâtie par Monseigneur sur le même terrain. L'orage est passé; mais le procédé reste. Il reste surtout l'esprit de mondanité et d'impiété, qui l'a emporté sur le zèle pour la religion, qu'on avait un moment montré. Nous participons nous-mêmes à la critique du monde et à son opposition. Je ne m'en décourage point. Nous ne travaillons pas pour lui ' . »

Et, dans une autre lettre, n'envisageant que les seuls intérêts de Dieu, de l'Eglise, des âmes, M™° Duchesne écrivait à la mère Barat : « Nous pouvons ressentir le contre-coup de ces maux, mais le mal est bien moins grand, s'attachant à de pauvres filles comme nous, qu'au chef de la religion dans un pays. Hélas! le monde parle, le monde court; Dieu appelle par la voix de ses merveilles, de ses châtiments, de ses pasteurs, et il ne peut obtenir l'entrée des cœurs , ni provoquer le réveil de l'assoupissement de l'indifférence. Que le Cœur de Jésus est outragé ' ! »

L'état moral de la ville, et l'indisposition des esprits à la suite du départ de l'évêque , amenèrent la désertion du pensionnat. A la date du 10' mars 1823, M"^" Octavie

' A la mère Bigeu, 20 mars 1823. — 2 Fleurissant, 10 février 1823,

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