PROJET DE FUNDATIUN EN LOUISIANE
écrivait M. Portier, et j'ai vu avec une joie extrême qu'elle n'était pas éloignée de foncier une maison à la Nouvelle- Orléans ^ » Elle-rrième en écrivit, quelques jours après, dans des termes magnanimes à M'"° Barat : « Ne soyez pas surprise, ma digne mère, si j'insiste pour cet établissement. S'il est menacé d'avoir la fièvre jaune, il me semble, après tout, qu'on peut bien la braver pour sauver des âmes. Tandis que le directeur de la Comédie va en France chercher des acteurs pour perdre la jeunesse, ne voudrionsnous rien souffrir pour son salut •? » Il semblait justement à M'"^ Duchesne qu'à chacune de ses souffrances devait correspondre uns grâce de diffusion pour sa Société ; et la plus précieuse était l'établissement d'un autel au sacré Cœur sur le rivage même où elle avait commencé de tant souffrir pour lui.
Ainsi parlaient le zèle et la reconnaissance. La sagesse, la discrétion et l'esprit de circonspection parlèrent d'abord différemment dans plusieurs des lettres de M™" Barat : « Ma bonne fille, de grâce, ne vous affaiblissez pas. Si vous aviez les sujets nécessaires, à la bonne heure. Mais d'ici à quelques années , ne comptez pas sur nous. Je suis moi-même décidée à refuser la fondation de la Nouvelle- Orléans... Je crois que trois ou quatre ans ne seront pas trop pour atteindre ce but. Tâchez, chère Philippine, de faire comprendre cela à votre saint et digne évèque ^. » Ce terme de quatre ajcis était maintenant révolu ; le projet était donc mûr ; et le Seigneur donna le signal et les moyens de le mettre à exécution.
M. l'abbé Delacroix , le zélé missionnaire que nous avons vu naguère à Fleurissant , emmené en Basse-Louisiane par
1 Nouvelle-Orléans, 16 septembre 1822. Recueil in-f», lettre xlv», p. 66. — 2 Fleurissant, l«r décembre 1822.— 3 Paris, 27 septembre.
M"' Dubourg, y était devenu curé de Saint-Michel, petite ville près de la Nouvelle -Orléans; et désireux de doter sa paroisse d'une maison de religieuses du Sacré-Cœur, il présenta sa re(iuête à M'"'' Duchesne. Celle-ci s'excusa d'abord sur la défense qu'avait faite la mère générale de s'établir désormais ailleurs que dans les grands centres de population : « Il m'est dur, mon bon père , de renoncer à un établissement qui serait fait par vos soins, et que vous daigneriez diriger vous-même. Mais je ne puis transgresser les ordres de -notre mère; et de plus, en ce moment, n'ayant rien à dépenser pour des frais de' voyage et d'établissement, nous ne pouvons songer qu'à nous conserver du pain. » — « Ne faites donc pas de démarches inutiles, disait une autre lettre; j'en aurais une vraie peine; car, ne vous ayant jamais donné aucune consolation , il me serait trop dur de penser que , de plus , vous êtes dans l'embarras à mon occasion * . »
Cette humble obéissance est de celles qui, dit l'Ecriture, obtiennent la victoire : Dieu l'eut pour agréable. D'ailleurs M. Delacroix n'était pas homme à rendre les armes si facilement. Il gagna à sa cause M"^'^ Eugénie Aude; et celle-ci, au mois de juin 1825, se rendit à Fleurissant pour conférer de cette affaire avec M'"° Duchesne.
Elle la trouva épuisée par les luttes , les fatigues et les privations que nous venons de peindre : « Ma chère mère Duchesne me fait mal a voir, écrivit-elle à M'"" Barat; ses forces diminuent sensiblement chaque jour. Vous qui savez si bien entrer dans le Cœur de Jésus, demandez-lui qu'il nous conserve cette bonne mère Duchesne, pour affermir ici son œuvre naissante-. » Une défaillance générale, accompagnée d'étourdissements , faisait redouter une apoplexie.
' Fleurissant , 18 février et ii4 avril 1824. — 2 ll,ld., 3 juillet 1825.