‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 172 sur 247 · PROGRÈS DU CATHOLICISME · texte numérisé non relu

PROGRÈS DU CATHOLICISME

utiles à la religion el à la société. Partout je n'entends qu'actions de grâces pour ce que la Providence a permis en faveur de ce pays. Partout il n'est question que de l'amour des catholiques et des protestants pour le saint prélat. Les prêtres n'ont qu'un cœur et qu'une âme, et leur dévouement à leur chef est tel que chacun donnerait sa vie pour lui ^ . »

L'Indiana, placée sous la même houlette, consolait aussi le zèle de M. l'abbé Blanc, établi dans la petite et pauvre ville de Vincennes. Les diocèses se multipliaient sur la face des Etats. L'Alabama et les Florides, d'abord érigés en vicariats apostoliques, en 182G, formèrent trois ans après un évêché confié à M"' Portier. Ainsi, des huit Etats que comprenait originairement le vaste diocèse de la Nouvelle- Orléans , tous étaient aujourd'hui pourvus de quelques prêtres et en voie de progrès religieux.

Maintenant, — comment le dire? — celui qui était le centre et l'âme de ce mouvement ne le dirigeait plus : M""" Dubourg venait de quitter l'Amérique, abandonnant tout à coup l'œuvre colossale dont il était le chef. Depuis longtemps aux prises avec des embarras et des difficultés intérieures et extérieures, et plus capable de les braver que de les surmonter, abreuvé d'amertumes , victime d'odieuses trahisons et même de vols sacrilèges , le gra-nd missionnaire était rentré en France; il venait de monter sur le siège de Montauban , d'où il fut transféré à celui de Besançon.

Mme Duchesne ne cessa de lui demeurer fidèle. Le 21 octobre 1828, elle lui écrivait ainsi, lui rappelant le souvenir de ses anciens combats : « Auriez- vous oublié, Mon-

1 Bardstown, 1" juillet 1824. Rec. de M™^ Duchesne, xxxvi^ lettre, p. 89.

seigneur, la terre arrosée de vos sueurs et de vos larmes, et le peuple qui vous a été soumis et qui jette toujours ses regards vers celui à qui il doit tout ? Ce peuple a pu être rebelle à la voix du pasteur; mais il n'est pas ingrat, et votre nom ne se prononce jamais au milieu de lui sans vénération ' . »

Et, nous aussi, nous garderons à M"'' Dubourg une fidèle vénération et éternelle reconnaissance. Il a été certainement, au commencement de ce siècle, un des plus grands restaurateurs des missions catholiques dans tout le sud des États. Nous ferons plus que d'admirer ce grand homme de Dieu , nous le plaindrons ; car il faut plaindre le général que ses blessures forcent de quitter le champ de bataille avant l'heuredela victoire, ou le moissonneur que la fatigue éloigne du sillon avant d'avoir entassé les gerbes dans le grenier. Mais , en payant à ce vaillant apôtre de l'Evangile ce juste tribut d'honneur, il nous sera bien permis d'ajouter que, toutefois , il est des ouvriers à qui est réservée , devant Dieu et l'histoire, une gloire plus entière. Ce sont ceux qui , ayant mis la main à la charrue , n'ont plus , un seul instant , regardé en arrière ; ce sont ceux qui , avançant infatigablement, sans souci des épines et sans espoir de la récolte , n'ont pas cessé de labourer le champ du père de famille, jusqu'à ce qu'ils y trouvassent une glorieuse tombe.

L'évêque parti. Dieu restait. Dans cet abandon douloureux , Dieu faisait à son épouse la grâce insigne et rude de ne plus connaître d'autre prix de l'amour que l'amour même : « Nous n'avons plus aujourd'hui d'ami zélé que Jésus, écrivait -elle en France; tout autre appui languit et s'éloigne de nous. » Parfois, cependant, du fond de ce dé-

1 Annales de la propagation de la Foi, n° xviii, t. V, p. 571.

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