‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 171 sur 247 · LES MAISONS DE LA LOUISIANE · texte numérisé non relu

LES MAISONS DE LA LOUISIANE

puisqu'il nous donne , non seulement le bienfait d'une éducation brillante et chrétienne, mais la grâce inespérée de plusieurs vocations à l'état religieux, ce qui est pour cette contrée un prodige inouï et jusque-là sans exemple... Le bien qui se fait est grand; celui que nous attendons le sera davantage ' . »

Trois jours après cette lettre, la maison de Saint-Michel perdait son assistante, M"" Xavier Hamilton, et, le 31 avril, M""" Aude adressait ces lignes désolées à Mf""^ Duchesne : « Elle n'est plus notre Ange de paix ! Le Seigneur l'a rappelée à lui, hier matin, l'^'" de mai 1827. A trois heures de la nuit , après avoir reçu les derniers sacrements , elle mit sa main glacée dans la mienne et me dit : « Je vais « mourir, dans quelques moments je serai avec Dieu. » Elle prit alors sa croix , y appuya ses lèvres , leva les yeux vers moi pour me dire adieu; prononça le nom de Jésus d'une voix expirante, et rendit le dernier soupir-. » Cette grande religieuse, que M"^" Duchesne avait surnommée l'Aloysia de l'Amérique, n'avait pas cessé de croître en amour de Dieu et de la Société. Peu de temps avant sa mort , elle avait adressé à la mère générale ce généreux adieu : « Les barrières que la nature a faites pour nous séparer ne peuvent arrêter un cœur que l'amour de Jésus unit au vôtre pour le temps et pour l'éternité. C'est là que j'espère entln voir et connaître celle qui tient pour moi ici-bas la place de Dieu même ^ »

Ces saintes morts et ces saintes vies, ces leçons et ces exemples , ces éducations et ces vocations , tout concourait

1 Nouvelle-Orléans, 28 avril 1827.

2 -^ivae Duchesne, Vies des Religieuses du Sacré-Cœur d'Amérique, p. o et 6; et Recueil des lettres, II^ partie, p. 21.

3 Saint-Michel, 10 octobre 1826.

au même but : le progrès de la religion catholique dans le nouveau monde. M<"^ Rosati écrivait en France : « Malgré tous les préjugés que les protestants nourrissent contre lâs religieuses, à peine ont-ils vu fonctionner un couvent, et sont -ils devenus témoins des progrès que les demoiselles font en ces saintes maisons, soit dans la vertu, soit dans l'instruction, qu'eux-mêmes en deviennent les panégyristes. Ils y envoient leurs tîUes , et ils voudraient voir se multiplier fces établissements. La Providence a beaucoup favorisé en cela notre diocèse ' . »

Les diocèses voisins recevaient également la véritable lumière. Dans celui de Cincinnati, le premier pasteur, M"" Edouard Fenwich , provincial des Dominicains , avait converti sa ville épiscopale presque tout entière : « Nous apprenons avec bonheur les progrès de la foi dans l'Etat de rOhio , relate le journal de M""" Duchesne , depuis que M"" Fenwich est évèquc de Cincinnati. La piété des fidèles y rappelle celle des premiers chrétiens : on en voit qui jeûnent jusqu'au coucher du soleil *. »

Du côté de l'Illinois, M™^ Duchesne recevait de M. l'abbé Martial des lettres qui lui racontaient les œuvres surprenantes de M*" Flaget , évêque de Bardstown. « Vous en seriez émerveillée, lui écrivait -il, et vous ne pourriez comprendre comment, en si peu de temps et avec aussi peu de moyens , le bon 31""^ Flaget a pu opérer tant de prodiges!... Logé dans son séminaire, vivant rigoureusement comme un séminariste et souvent moins bien, le saint prélat inspire l'amour de la pauvreté et de la mortification ; et avec les épargnes qu'une vie de privations procure, il crée journellement ou consolide les établissement les plus

1 Lettre de 1828. Annales, t. XVIII, septembre 1829, p. 548.

2 Journal, p. 30.

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