LE CONSEIL DE SAINT -MICHEL
Deux œuvres, deux fondations achèvent ce que j'ai nommé la période de conquête , dans la vie apostolique de ;\jme Duchesne. La première n'est qu'un essai , inspiré par son amour de la vie pauvre, abjecte et laborieuse. La seconde est un retour spontané , désiré vers son point de départ ; et toutes deux , bien qu'avec des succès différents , portent le sceau du grand cœur de la servante de Dieu,
Depuis quelques années , existait dans un bourg nommé Bayou-Ia-Fourche , à deux lieues environ de la Nouvelle- Orléans, une communauté de religieuses enseignantes, que M. l'abbé Nérinckx avait d'abord établie à Loreto dans le Kentucky. On les appelait pour cette cause les sœurs Loretaincs; mais leur nom véritable était les Amantes de Marie au pied de la Croix, ou , par abréviation , les Filles de la Croix. Ce nom , elles le justifiaient par une vie crucifiée , qui faisait à la fois l'admiration et l'envie de M™« Duchesne. Elle-
même en trace ce tableau clans une de ses lettres : « Ces sœurs sont très austères. Elles sont entièrement voilées, vont nu-pieds^ font les gros travaux, labourent, sèment, fauchent, coupent le bois, soignent les chevaux, etc. Elles ont déjà plusieurs maisons, et, en peu d'années, le nombre de ces religieuses s'est élevé jusqu'à cent. Elles instruisent les pauvres, les forment au travail et font beaucoup de bien. Elles aspirent déjà à la mission des Osages pour J l'instruction des tilles; et je vois qu'elles nous devanceront pour beaucoup de bonnes œuvres que nous ne pourrons que désirer, leurs usages s'adaptant à la pauvreté et aux usages du pays. A toutes les demi-heures on sonne pour avertir de dire ces paroles : « 0 Jésus souffrant! ô Vierge (( douloureuse! » A d'autres heures toutes chantent à la fois les mêmes canti({ues , mais sans quitter leurs différentes occupations, l'une au bûcher, l'autre à la cuisine. La première maison de ces sœurs dans notre diocèse sera aux Barreins. De là elles se répandront '. »
L'établissement des Filles de la Croix à La Fourche , dirigé par M. l'abbé Bigeschi, curé de l'Assomption, se composait, en juin 1827, de neuf religieuses préposées à * une petite école (|ui ne comptait encore que neuf pensionnaires. Attribuant ce peu de succès à l'ignorance où les maîtresses étaient de la langue française , universellement parlée dans le pays , M"' Rosati fit demander au Sacré- Cœur de prendre la direction de la communauté et du pensionnat , en admettant ces saintes filles dans la Société. Cette demande fut présentée simultanément à la supérieure générale par M™® Duchesne, le 25 janvier 1828, et par
1 Fleurissant, 20 mai 1823. — Y. Annales, t. L, 5^ cahier, p. 66. Lettre de M. Odin, 1822 et p. 76 ; 2 août 1823. — Hem, M. Badia, !«'■ cahier, p. 31.