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SOUFFRANCES DE MADAME OCTAVIE

6 ma mère, la bonté de Jésus était si grande, que moi, qui avais toujours et bien justement apprébendé la mort, je la voyais avec paix et résignation. Deux ans auparavant, m'étant donnée à Dieu sans réserve, et depuis ce temps ne lui ayant rien refusé, ce me semble, je sentais que ce divin Maître me conférait alors la force de lui faire certains sacrifices qui révoltaient beaucoup ma nature orgueilleuse. Je pensais à cela dans mes insomnies, me disant : « Si deux « années employées pour Dieu sont récompensées de tant « de paix dans l'âme, que sera-ce d'un plus long temps « passé dans l'humiliation, l'obéissance et la souffrance? » Ces réflexions ont adouci les longues veilles de mes nuits. Je me lève un peu à présent, je fais ma classe matin et soir, je vais même assister au goûter des élèves : c'est là , ma chère mère, tout ce que je puis faire. »

Mf"" Duchesne, témoin de ces souffrances et de ce courage, allait de la compassion à l'admiration. Elle disait dans une lettre du 2.3 août 1828 : « La santé de M™° Octavie est déplorable. Elle a maintenant deux plaies, l'une sur l'os du cou , l'autre sur l'épaule , qui lui rendent tout mouvement douloureux... Elle fait cependant ses classes avec un grand courage, et croît sensiblement en toutes vertus. » Et quelques jours après, 23 septembre : « La pauvre Octavie s'en va, à notre grand regret. Deux plaies à la poitrine et une fièvre lente ne laissent plus d'espoir. Mais plus son corps s'affaiblit, plus son âme sensible et reconnaissante s'attache à son Epoux, et se sacrifie comme lui sur le lit de douleur. »

L'union à Dieu, une union tour à tour bienheureuse et douloureuse, était donc à la fois le remède et le prix de cette immolation. La victime écrivait le 2 juillet, à M""" Barat : « Pour moi, je me sens intérieurement portée à m'unir à Dieu. Depuis six mois surtout, il m'attire beaucoup à

cette vie divine. Quelquefois le poids de sa grandeur et de son infinie sainteté m'accable, en me découvrant l'horreur de mon âme. Je ne sais alors où me cacher pour me dérober à la lumière qui me poursuit; et je voudrais m'ensevelir sous terre, et me mettre sous les pieds de toutes les créatures : il me semble que cela me soulagerait. D'autres fois , auprès du saint Tabernacle , même partout ailleurs, aux enfants, au réfectoire, dans la chambre où je couche, je sens une empreinte presque sensible de la présence de Dieu... Cet état dure souvent deux, trois, quatre, même cinq jours, et c'est presque toujours pour moi le'^prélude de nouvelles souffrances corporelles... Alors je m'offre à souffrir davantage, et je goûte une paix préférable à mon premier état. Comme cet état est sujet à des illusions , je ne laisse rien ignorer au Père Van Quickenborn. Je reviens d'auprès de lui avec une bonne humiliation : c'est toujours autant de gagné. »

Ce Père « la menait donc par la voie du détachement )>, c'est son expression. Altérée de Dieu seul, la sainte victime avait demandé à son guide d'opérer eu elle la destruction du moi, en lui refusant toute satisfaction. Les rudesses du directeur, tel que nous le connaissons, ne répondaient que trop à ses généreux désirs. Mais toute souffrance disparaissait pour elle dans le sentiment de l'amour du Crucifié , comme elle écrivait à M"!" Barat : « Ne croyez pas que je souffre. Oh! que je suis heureuse de me sentir, pour ainsi dire, tomber en lambeaux, et d'aller bientôt me réunir au centre de mon bonheur, mon Sauveur, mon Dieu, mon Tout! Quelquefois je lui dis : « Mon Dieu, soyez (( béni mille fois de me faire souffrir! » D'autres fois, il est vrai, je verse quelques larmes en disant : « MonDieu, ayez « pitié de moi ! » tant je suis faible , quand le Seigneur me retire la touche de sa grâce. »

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