‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 186 sur 247 · SACRIFICE DE MADAME OCTAVIE · texte numérisé non relu

SACRIFICE DE MADAME OCTAVIE

Même après ces grands deuils, elle ne savait pas encore ce i|u'il en coule à une mère de voir expirer lentement sa lillc la plus chérie. Elle allait l'apprendre. C'est au lendemain même de cette épidémie qu'elle vit sa plus ancienne et plus fidèle compagne, M"^^" Octavie Berthold, consom- • mer son agonie, ou plutôt le mystère d'immolation volontaire dont il nous faut faire connaître le dessein et la vertu, non moins que les douleurs.

M'"" Oclavie Berthold, partie de France en ûiême temps que M™° Duchesne, n'avait plus été jamais séparée de cette mère. Leur attachement réciproque s'était resserré encore au moment du départ de M""' Aude pour les Opelousas, comme M™'^ Octavie le témoigne elle-même dès le 4 août i8*2l par la lettre suivante : « Voilà ma digne mère Duchesne seule dans cette maison , où il ne lui reste pour unique compagne, comme religieuse professe, que votre pauvre Octavie , et vous savez ce qu'elle vaut. J'ai cependant un grand désir de la seconder en tout. Le lien de la plus tendre charité, qui m'unit à elle, se resserre de plus en plus; et je puis dire que nos cœurs n'en font qu'un dans celui de notre adorable Maître. »

;\jme Duchesne, de son côté, aimait dans Octavie une âme d'une trempe à part. Mais cet amour se changea en vénération quand il lui fut donné de pénétrer la cause surnaturelle de ses souffrances, et de reconnaître en elle une victime généreuse, dévouée à tous les maux par un héroïque contrat avec Jésus-Christ. '( Dieu l'éprouva beaucoup, rapporte M™'" Duchesne dans la trop courte notice qu'elle lui a consacrée. Les oublis, la sohtude, les ennuis d'une longue maladie l'accablèrent tour à tour; le démon la tourmenta intérieurement; et ce fut en pressant continuellement la croix amère sur son cœur et en offrant à Dieu encore plus qu'il ne lui demandait, qu'elle se fit victime avec Lui. »

Quel fut ce sacrifice dans lequel il semblait que sa générosité avait dépassé même les bornes du devoir? Des récits authenti([ues, confirmés par les lettres de M"^*' Berthold , jettent sur ce sujet une précieuse lumière : a Cette mère, est-il dit, qui à une beauté remarquable joignait une grande bonté, s'étant aperçue que ces qualités extérieures lui attachaient les élèves d'une manière trop naturelle, et que plusieurs fois même, ayant été appelée au parloir, sa vue y avait produit une certaine sensation , en fut vivement poinée et humiliée. Anéantie au pied de l'autel, elle conjura l'Auteur de tous les dons de lui enlever ceux: qui paraissaient captiver les créatures, aimant mieux devenir un objet d'horreur qu'une occasion de chute ^ »

La correspondance de M"^^ Berthold avec .M"^° Barat nous permet de placer vers la fin de l'année 1823 cette oblation héroïque. Elle fut acceptée. En effet, dès cette époque, des abcès et ulcères d'un caractère inquiétant envahirent bientôt ce corps trop charmant et ce visage tant admiré. D'autres symptômes annonçaient un travail interne de décomposition qui préludait de loin à celui de la tombe. jyjmo Berthold sentit qu'elle était exaucée, et elle en tressaillit d'espérance : « Octavie gagne sans cesse dans cet état de souffrance, écrivait M""" Duchesne dès le 2o septembre 1823, et elle répète avec la plus vive ferveur : « Je « ne changerais pas mes souffrances pour toutes les cou- « ronnes du monde. »

]\Ime Barat avait reçu de M'^'^ Berthold la confidence de son oblation mystérieuse. Nous lisons dans une lettre du 14 juillet 1826 : « Mes vomissements continuels me faisaient souvent penser à la mort, dont j'étais si près. Mais,

1 Notice sur .V'"*' Beithold, par Mn^^^ Mathevon, Hamillon, etc., p. 37.

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