‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 192 sur 247 · SUPPRESSION DE SA MAISON DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DE SA MAISON DE GRENOBLE

la pour moi; car tout ce qui regarde la gloire de Dieu m'est personnel, et je m'en réjouis comme de mon propre gain. »

Achevons en disant qu "à tant de chagrins violents se joignit, en 1834, celui des maladies dans sa maison de Saint-Louis. Elle y comptait, à cette époque, trente-deux pensionnaires, « ce qui ne s'était pas encore vu, » comme elle récrivait, quand, dans le courant de l'été, une suite de calamités, fondant sur le pensionnat, força M'P^ Duchesne à le licencier. Cette triste séparation se fit le 31 juillet, fête de saint Ignace : « Cette sortie prématurée , jointe aux mauvais payements, nous laisse tout à sec, » écrivait le 13 août la pauvre supérieure, obligée de recourir à d'onéreux emprunts pour faire subsister une maison sans ressource. Elle envoya ses malades à Fleurissant , dans l'espoir d'.y trouver un meilleur air pour se rétablir; mais elle-même ne voulut pas s'éloigner de Saint-Louis; et là, seule, en compagnie de quelques orphelines, elle se mit en devoir de « satisfaire, comme elle le disait, à la justice de Dieu ». N'attribuant qu'à ses fautes les maux qui s'appesantissaient sur sa famille spirituelle, elle jeûna, se flagella, se dévoua, comme victime de propitiation , pour le salut de son peuple. Une procession expiatoire fut organisée par elle, et, se mettant à la suite de ses orphelines, elle y parut pieds nus, la corde au cou et un cierge à la main. Le Ciel agréa ses prières , et toutes ses chères malades se tpouvèrent guéries peu de jours après.

Cette maison , fondée , accrue et enfin sauvée par elle , ne devait plus rester sous sa direction. Elle-même répétait qu'elle ne se sentait plus à la hauteur de l'œuvre. Le flot montant du progrès l'avait submergée : « Je suis passée de mode. Ici il faut parler hautes sciences, astronomie, chimie, philosophie. Je m'en sens d'autant plus attirée à

ne connaître que Jésus comme l'objet de Tunique science nécessaire, et à le cliercher dans la solitude. Mon patron de celte année, c'est saint André et sa croix. Cette croix, cette boime croix, je la désire en deux choses : ou ma tin, ou la tin de mon gouvernement'. »

C'était la même prière qu'elle avait déjà faite (juatre ans auparavant. La mère Barat crut répondre aux voeux pressants de sa fille en la transférant de Saint -Louis à Fleurissant, mais en ayant bien soin d'adoucir par l'amitié ce que cette translation pourrait avoir de pénible pour cette tille chérie : « Ma chère Philippine, lui écrivit-elle, vous avez besoin de repos, et par conséquent d'une administration plus facile. iNous appelons M™° Thiéfry à Saint-Louis, à votre place, et vous irez prendre la sienne à Fleurissant... Ma chère Philippine, je me recommande à vos prières. Oh! otîrez-les à Jésus, avec toute la ferveur dont vous êtes capable , pour votre première mère -. »

Ce fut le il octobre que cet ordre arriva à M""' Duchesne. Le 12, le changement de maison se fit avec le même calme que s'il ne se fût agi que d'un changement ''^2 cellule. « Ce jour-là, rapporte-t-elle , je remis à M"' l'évéque de Saint-Louis la lettre de notre mère générale, qui le prévenait de mon départ... Je lui témoignai mon désir qu'il eût lieu le jour même. En etTet, la même voiture qui reconduisait Monseigneur chez lui, vint me prendre pour m'emmener à Saint-Ferdinand. J'y trouvai M""^ Thiéfry, prévenue de tout, et fus témoin des regrets qu'elle emportait de sa maison, qu'elle quitta le lendemain*. » Les novices de Fleurissant suivirent à"Saint-Louis M">® Thiéfry, pour être confiées aux soins de M™° de Kersaint.

1 A M^e Barat, 26 janvier 1834.

- Paris, 29 juillet 1834. — ^ Fleurissant, novembre 1834.

ELLE EST THANSKÉRKE A KLEllltISSANT 401

La mère Duchesue laissa à Saint -Louis une mémoire que le temps n'a pas effacée : il n'est pas rare de voir, chaque année , le !*■'■ mai , jour de l'apôtre saint Philippe, d'anciennes élèves revenir au Sacré-Cœur, apportant des bouquets, en souvenir de la fête de leur mère Philippine. Le souvenir de ses leçons est plus vivant encore ; et c'est une vérité reconnue dans cette ville que les dames les plus distinguées par leur instruction , leur religion , leur esprit de foi, leur mérite en tout genre, le doivent à l'école de M'"e Duchesne.

Nous avons montré ce que fut , pendant ces années , l'entier dépouillement de la servante de Dieu. On croit lire la première moitié de l'histoire de Job, celle de ses infortunes , mais il y aura la seconde : celle de ses récompenses ; nous la lirons bientôt. Il faut laisser faire Dieu : « Qu'il frappe tant qu'il voudra, il est toujours Père, » disait saint Augustin , Sœviat quantum vult : Pater est. Il faut laisser le céleste Cultivateur des âmes élaguer, retrancher les rameaux inférieurs et parasites de l'arbre , pour le faire se diriger plus vigoureusement vers le ciel. Un jour, nous n'aurons pas de trop de tous les siècles des siècles pour remercier le Seigneur des insuccès de ce monde qui nous auront valu la gloire et le bonheur éternel de l'autre !

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