MADAME AUDE EST RAPPELÉE EN FRANCE
rieure, ce voyage ne devait être qu'une mission temporaire, après laquelle l'assistante viendrait reprendre son poste. « Quelque temps passé auprès de vous , disait-elle , me fortitierait, retremperait mon pauvre cœur, me disposerait à mieux souffrir. » Mais ces transports de joie, cette soif de la présence de M"^'' Barat, joints au délabrement d'une santé qui appelait le repos de la patrie, ne faisaientils pas craindre un départ sans retour?
M"><^ Aude, suivant les instructions reçues, commença par visiter Saint-Louis et Fleurissant : « Elle nous a toutes édifiées et comblées de ses présents , » écrit M™^ Duchesne. Ni l'une ni l'autre ne savaient alors qu'elles ne se reverraient plus. Dieu avait décrété que seule M*"« Duchesne resterait juscjuà la fin fidèle à l'Amérique: et qu'ayant perdu coup sur coup ses deux premières compagnes , elle réunirait la force d'immolation de l'une et la force d'action de l'autre dans sa seule personne.
Rien ne manquait , semble-t-il , au martyre d'un cœur frappé de loutes parts dans ses affections. Il ne lui restait plus de la mère patrie qu'une image, un souvenir, et le ' plus cher de tous, celui de son monastère de Sainte-Marie de Grenoble , berceau de sa jeunesse , cénacle de son noviciat, conquête de son âge mûr, sanctuaire inoubliable de sa première vie religieuse , seconde fondation de sa Société chérie, tombeau enfin de sa sainte nièce Aloysia. Sans cesse elle y reportait sa pensée , comme une mère vers le premier enfant qu'elle a donné à son époux; mais cette attache déviait être rompue comme les autres. Des lettres de France apprirent à M'°® Duchesne que sa chère maison , menacée et dominée par les constructions du génie militaire, devait être abandonnée par le Sacré-Cœur. Le conseil général de la Société, en 1833, effrayé, plus que de droit, de ce gênant voisinage , décréta la suppression de Sainte-.Marie-
den-Haut. M"^*^ Baral eut la peine cravoir à l'apprendre a ]\jme Duchesne : « .Ma chère Philippine, cjuel chagrin nuu> avons eu de supprimer votre maison de Sainte-Marie, qui vous fut si chère ! C'est par force , hélas ! »
Ce coup lit à ce grand cœur une profonde blessure. Elitécrit, le y octobre 1834 : « J'oublierais plutôt ma main droite que ce délicieux séjour; et je peux le pleurer à plus juste titre que Jérémie ne pleurait Jérusalem. Témoignez à mes bonnes et anciennes sœurs de Grenoble , qui ont supporté la douleur des derniers moments , combien je compatis à leurs peines... » M"'° Duchesne, apprenant que le marquis de Vidaud expirait, dans le temps même de la suppression de cette maison de Grenoble , dont il n'avait cessé d'être le bienfaiteur, ajoutait ces lignes : « M. de Vidaud, mourant au moment de cette ruine qu'il n'a pu empêcher, aura reçu une grande récompense. »
Sainte- Marie -d'en -Haut, perdue pour le Sacré-Cœur, devait passer d'abord à l'Œuvre de la miséricorde , pour l'éducation des jeunes filles pauvres, puis, beaucoup plus tard, en 1851 , en la possession des Dames Ursulines, qui, y ont repris l'œuvre de l'éducation, avec des fruits de grâce'"! dont nous aimons à attribuer une part aux prières de M'"'^ Duchesne. Celle-ci en remercia Dieu avec allégresse, et| nous lisons dans une de ses lettres adressées le 1 1 juin 1837 à Mi^^ Jouve , sa sœur : « Tu m'as consolée, en m'apprenant que Sainte-Marie était rendue à un objet édifiant et religieux. Depuis son abandon, j'avais fait un dessin del ce cher asile, en écrivant à côté ce texte de Jérémie : LeS' voies de Sion pleurent, car il n'y a plus personne qui vienne à ses solennités. J'y ajouterai maintenant ces paroles de David: On y verra les tribus, les tribus du Seigneur, qui loueront son saint nom. Il m'est consolant de penser que M™*^ de Rollin est l'auteur de cette Œuvre de la miséricorde. Remerciez- K