‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 211 sur 247 · LA. MAISON DE SAINT-CHARLES EST CONSERVÉE · texte numérisé non relu

LA. MAISON DE SAINT-CHARLES EST CONSERVÉE

d'une tristesse que je ne pus exprimer. Elle me demanda si je voudrais coucher dans sa chambre : jugez si j'en suis heureuse! Je l'arrange le soir dans son lit, je l'aide le matin à s'habiller; enfin, je la soigne, non pas comme je veux, car elle a encore l'idée qu'elle doit faire pénitence et que tout est trop bon pour elle. Il en résulte que nous nous disputons quelquefois : tantôt je gagne, et tantôt je perds. »

C'était sur ce seul point que la douce invalide faisait quelque résistance , car son bonheur constant était d'obéir à sa première novice. « Que je suis heureuse , écrivait-elle à M""^ Jouve, de pouvoir donner le nom de mère à ma chère fille Régis! »

Un dernier coup faillit ruiner.encore ce bonheur en menaçant de suppression, pour la seconde fois, la maison de Saint- Charles. Ce fut un renouvellement d'inquiétudes et d'alarmes pour M™*^ Duchesne. Elle s'adressa au cœur de sa mère Barat : « Ma bien-aimée mère , lui écrivit-elle , je vous supplie de soutenir cette maison de Saint-Charles ! » Et dans une autre lettre : « Si vous pouviez voir notre logis de Saint-Charles qui touche à l'église, vous n'auriez pas le courage de nous en arracher, ne fussions-nous que quatre ' » La mère Jouve, de son côté, intercéda puissamment en faveur de ce premier et précieux berceau de la mission d'Amérique. Il put être conservé; et ce fut une double joie à M""^ Duchesne d'y prolonger son séjour, et de devoir ce bienfait à une nièce si chère. C'est ainsi que la main de Dieu secouait de temps en temps l'arbre qui portait le nid de cette vaillante vieillesse , pour qu'elle se souvînt de son aile et ne dirigeât plus son vol que vers les cieux.

i Saiût-Chailes , '■ad avril et 18 août 1851.

D'ailleurs, au sein de ces épreuves , l'âme n'avait cessé de grandir et de monter. Elle entra ainsi dans une région de paix , « récompense de l'amour pur et commencement de paradis, » ainsi que l'appelle Fénelon. Et comme on a écrit que le vieillard est à la fois « la victime du présent, le prêtre du passé, et le prophète de l'avenir », ainsi voyons-nous s'écouler, dans cette triple fonction , les dernières années de 31 "^° Duchesne.

Absolument sacrifiée, elle ne tenait plus à rien des choses de ce monde. La pauvreté l'avait affranchie de tout le reste, en lui donnant Jésus pour unique trésor. M'"° Jouve écrivait à M™° Barat : « Vous seriez touchée, ma révérende mère, de la pauvreté de Saint-Charles : on n'en peut imaginer de plus grande : la chambre de M™^ Duchesne en est le sanctuaire. Il n'y a certainement pas, dans toute la Société, une sœur plus mat couchée et plus misérablement chaussée et habillée. Le bienheureux Benoît Labre pourrait la réclamer pour sa sœur. Sur cet article', inutile de la contrarier , c'est son attrait. Je lui ai cependant enlevé son bréviaire, qui n'était qu'un lambeau , pour lui en substituer un autre moins mauvais. » Quelques restes de vêtements, voile et autres objets de cette pauvresse volontaire , conservés aujourd'hui à la maison de Paris, attestent quelles simples bardes suffisent en ce monde à ceux que le vêtement de gloire attend dans le ciel.

Elle priait sans cesse. « Je ne veux plus, disait-elle à une supérieure , vivre que pour Celui qui vit pour moi au saint Sacrement, mon cher et divin voisin à qui je parlerai souvent de votre famille '. » Comme naguère chez les sauvages j comme partout et toujours, sa place de prédilection était aux pieds de Jésus-Christ. Nous lisons dans

* A Mnie Brander, en 1832.

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