SA PRIÈRE POUR LES MISSIONS
venais de m'entretenir avec une vraie sainte. J'ai toujours regardé cette mère comme la plus grande protectrice de nos missions. Pendant bien des années, elle ofTrit deux communions par semaine, et des prières tous les jours, pour la conversion de nos Indiens qu'elle aimait tendrement. Rien ne semblait la rendre plus heureuse que d'entendre parler de leur conversion , de leur ferveur et de leur zèle dans la persévérance, et je ne doute pas que plusieurs ne doivent leur retour aux prières et aux mortitications de cette sainte mère '. » — « Je n'ai de plaisir qu'à entendre parler des espérances que donne la mission des montagnes Rocheuses, ^) écrivait- elle de son côté '. Et dans une autre lettre : « Quel bien immense résulterait pour la religion , si on pouvait aider à la mission d'au delà les montagnes Rocheuses : Plus on avance vers l'Océan , plus on trouve de facilité pour le progrès de la foi. Le P. de Smet écrit qu'ils ont baptisé douze cents Indiens; je crois qu'il y aurait de l'ouvrage pour vingt prêtres et vingt frères, si on les avait. C'est en considérant les frais nécessaires à de tels établissements qu'on est tenté d'être riche ^ ! » Son livre de prédilection était les Annales de la propagation de la Foi, dont elle-même écrivait : « Je n'ai rien lu de ma vie de plus intéressant , ni de plus propre à enflammer le zèle. Cette lecture fait mes délices *. » Ainsi se consolaitelle de ne pouvoir prendre part à ces expéditions , comme un vétéran qui , mis hors de service par sa glorieuse vieillesse , aime dii moins à relire le bulletin des batailles gagnées par des frères d'armes plus valides que lui. Elle priait pour les pécheurs. Une suite de désastres qui
1 Saint-Louis, 9 octobre 1872 (traduit de l'anglais).
2 A M"e Jouve, 5 mai 1843. — 3 A M^^ Bazire, 14 octobre 1844. - * Saint-Charles, 29 décembre 1844.
fondirent sur Saint-Louis en 1849, fut pour elle le signal d'un redoublement de prières, de zèle et d'expiations : « Cette ville, écrivait- elle, vient de fournir un terrible exemple des châtiments que Dieu envoie pour punir la transgression de ses lois. Le luxe, l'ivrognerie, la violation du repos du dimanche, l'omission de la messe, ont attiré premièrement un incendie qui a consumé entièrement trente-six steamboats et trois cents maisons dans les rues proches de la rivière. Le choléra est venu à la suite, et la dysenterie. Ces deux maladies ont fait périr dix mille habitants; il y a eu jusqu'à cent quatre-vingts morts par jour. Dans certaines maisons il n'est plus resté que les petits enfants'. » Au sein de ce vaste désastre, M™° Duchesne relatait avec consolation « l'ordre donné à chaque Etat, par le président Taylor, de consacrer à la prière le premier vendredi d'août, et d'y faire cesser tous les travaux publics , pour s'humilier devant Dieu et désarmer son bras ».
Enfin , dans le même temps , elle priait pour l'Eglise , pour Pie IX en exil, pour la France vengeresse des droits du Saint-Siège ; et elle écrivait : « L'état de l'Europe pèse bien sur mon cœur! Mais en tout temps la France se distingue, et c'est elle qui, aujourd'hui comme autrefois Charlemagne, rétablit le Pape dans ses affaires temporelles. Mais combien est nécessaire le secours du Ciel pour réprimer ce goût d'anarchie et de division - ! »
Telle fut M""® Duchesne dans ces années de retraite : « une femme de désirs, » un Moïse sur la montagne, debout, toujours en prière, les bras et le cœur en haut, et là, implorant de Dieu la victoire et le salut pour son peuple d'Israël.
1 A M™e Jouve, 12 septembre 1849. — 2 ibid., Saint -Char] es, 4 août 1850.
l'heure des récompenses 47S
Maintenant, nous demanderons-nous, Dieu a-t-il répondu à cette longue prière? a-t-il prêté l'oreille à ces incessantes négociations? a-t-il payé le prix de tant de sacrifices? 11 est temps de le voir : « Je monterai au palmier, dit le Cantique, et je saisirai son fruit'. » Nous touchons enfin à l'heure des grandes récompenses.
1 Ascendam ad palmam, et apprehendam fructus ejus. (Gant, vu, 8.)